est le troisième album studio de l'auteur-compositeur-interprète américain Lou Reed. Il est sorti en 1973 sur le label RCA Records.
C'est un album-concept mélancolique qui raconte l'histoire d'un couple, Jim et Caroline, à travers la drogue, la violence conjugale, la prostitution, le masochisme, la maltraitance d'enfants et le suicide.
Histoire
Contexte
Après le succès de son deuxième album solo et du single , Lou Reed est sous pression : sa maison de disques, RCA Records, s'attend à ce qu'il récidive. Il décide rapidement de ne pas faire à nouveau appel à David Bowie pour produire son album suivant et entre en contact avec le producteur canadien Bob Ezrin, qui s'est fait un nom en chapeautant les enregistrements d'Alice Cooper. Ezrin a également produit en 1971 le premier album homonyme du groupe canadien sur lequel figure une reprise de du Velvet Underground dont Reed apprécie particulièrement le son.
Ezrin suggère à Reed d'écrire un album-concept qui décrirait les déboires du couple d'amoureux apparaissant dans , une chanson parue sur son premier album solo en 1972 :
Pour écrire l'histoire de Caroline et Jim, Reed s'inspire en partie de son mariage avec Bettye Kronstad, à la grande consternation de celle-ci. La chanson , qui raconte comment Caroline se voit retirer ses enfants, reprend des éléments de la querelle ayant opposé les parents de Kronstad au sujet de sa garde alors qu'elle était enfant.
Enregistrement
La majeure partie de l'album est enregistrée aux studios Morgan de Londres. Ezrin a recours à des musiciens de studio réputés pour accompagner Reed, avec notamment Jack Bruce (ex-Cream) à la basse, Aynsley Dunbar à la batterie et Steve Winwood aux claviers. Les parties de guitare électrique sont assurées par deux guitaristes ayant travaillé avec Alice Cooper, Steve Hunter (ex-Detroit) et Dick Wagner. Des overdubs sont ajoutés dans un second temps au Record Plant de New York.
Ezrin joue un rôle important pendant les séances d'enregistrement, qui sont marquées par la grande consommation de drogue (surtout l'héroïne) de tous les participants. C'est lui qui se charge d'ajouter les arrangements orchestraux, les cuivres et les chœurs, tandis que Reed est souvent absent du studio. Il fait appel à ses propres enfants afin d'obtenir les pleurs et cris qu'il souhaite ajouter à la chanson .
est conçu comme un double album de près d'une heure de long. Une semaine avant sa date de sortie prévue, Ezrin apprend que RCA refuse de publier un album qui ne tienne pas sur un seul disque. Alors que Reed est en vacances au Portugal, le producteur doit trouver une solution pour réduire l'album à une durée acceptable. Il exclut l'idée de retirer des chansons et choisit d'en diminuer la longueur en enlevant des solos, des conclusions et d'autres passages qu'il juge digressifs, un travail qui le laisse exténué.
Parution et accueil
À sa sortie, en , polarise les critiques. Certains sont admiratifs, comme John Rockwell dans le New York Times qui y voit « l'un des albums de rock les plus puissants et originaux de ces dernières années ». En revanche, Robert Christgau écrit dans Creem que l'histoire est « pourrie » et la musique « à peine compétente », tandis que Stephen Davis n'hésite pas à parler de « désastre » dans Rolling Stone, allant jusqu'à suggérer que l'artiste mériterait un châtiment physique pour avoir produit une œuvre aussi offensante. Ces critiques négatives ont un effet durable sur Reed : il reste méfiant vis-à-vis des journalistes jusqu'à la fin de ses jours et affirme haut et fort que leur opinion l'indiffère complètement.
S'il se classe dans le Top 10 des ventes au Royaume-Uni (il y est certifié disque d'argent), connaît des ventes décevantes aux États-Unis après le succès de : il ne dépasse pas la du Billboard 200.
Postérité
est considéré avec le recul comme l'un des meilleurs albums de la discographie de Lou Reed. En 2012, il apparaît en dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps établie par le magazine Rolling Stone.. a été reprise par de nombreux artistes, parmi lesquels , The Soft Boys ou ..
Plusieurs chansons de font partie des setlists de Lou Reed tout au long de sa carrière. En , il interprète pour la première fois l'album sur scène dans son intégralité lors de concerts qui donnent lieu à un film et un album tous deux baptisés .
Caractéristiques artistiques
Outre la chanson-titre, plusieurs des morceaux de l'album sont des versions retravaillées de compositions plus anciennes qui remontent à l'époque où Lou Reed était membre du Velvet Underground. La version originale de , appelée , est parue en 1985 sur la compilation d'inédits , tandis que les démos de (devenue sur ) et apparaissent dans la réédition de l'album en 1997.
L'album s’ouvre sur Berlin et son brouhaha d'où émerge le son d'un piano (joué par Allan Macmillan) puis la voix de Lou Reed aux accents de tristesse.
Lady Day (en référence à la chanteuse Billie Holiday) évoque Caroline qui chante juchée sur un bar et vit à l'hôtel dans une chambre aux « murs verts », avec des « wc sur le palier ».
Men of Good Fortune illustre sans doute l'utilisation de certains produits (un chanteur ne disait-il pas que l'héroïne avait un avantage : « quand on en prenait on n'avait plus qu'un problème : elle. »). Les strophes se succèdent, se contredisant avec insouciance, comme si chacune d'entre elles effaçait la mémoire de la précédente : « les hommes de bonne naissance peuvent tout faire quand ceux de basse extraction sont voués à l'échec », l'inverse dans la strophe suivante (plus exactement les paragraphes opposent le riche héritier - qui a les moyens mais la pression sociale, au pauvre - qui n'a rien mais la liberté d'être sans le poids de l'héritage), avec clichés et lieux communs à l'appui ; et puis la conclusion, glacée, désabusée : « moi, moi je m'en fiche complètement… ». La basse de Jack Bruce est ici particulièrement volubile et sauvage.
The Kids décrit la descente aux enfers de Caroline à qui on a retiré ses enfants « parce qu'on disait qu'elle n'était pas une bonne mère ». Dans le pont de la chanson, on entend des pleurs d'enfants : la légende veut qu'il s'agisse de ceux de Bob Ezrin, à qui leur père aurait fait croire qu'ils ne reverraient plus jamais leur mère.
The Bed, où Caroline se donne la mort… Jim dit qu'il n'aurait jamais cru cela et qu'« il n'est pas du tout triste que cela se termine comme ça ».
Sad Song clôt l’album aux airs lancinants d'un harmonium. Caroline n'est plus qu'une photo que Jim contemple dans un album, la comparant à « Marie la reine d'Écosse ».
Fiche technique
Chansons
Musiciens
Lou Reed : chant, guitare acoustique, chœurs Steve Hunter : guitare électrique Dick Wagner : guitare électrique, chœurs Jack Bruce : basse sur toutes les chansons sauf et Aynsley Dunbar : batterie sur toutes les chansons sauf et Bob Ezrin : piano, mellotron, chœurs Steve Winwood : orgue Hammond, harmonium Tony Levin : basse sur B. J. Wilson : batterie sur et Allan Macmillan : piano sur : guitare acoustique, synthétiseur et arrangements vocaux sur , basse sur Michael Brecker : saxophone ténor Randy Brecker : trompette Jon Pierson : trombone basse Blue Weaver : piano sur Steve Hyden, Elizabeth March : chœurs Orchestre philharmonique de Londres
Équipe de production
Bob Ezrin : producteur Peter Flanagan, Robin Black : ingénieurs du son (studios Morgan) Richard Lewzey : ingénieur du son (studios CTS) Danny Turbeville, Dennis Ferrante, Ed Sprigg, Greg Calby, Jay Messina, Jim Frank, Jim Reeves, Joe Lopes, Pat Martin, Shelley Yakus : ingénieurs du son (studios Record Plant) Randy Kling : mastering Pacific Eye & Ear : design de la pochette LA Legion, Saint-Jivago Desanges : photographie
Classements et certifications
+ Classements hebdomadaires Pays (classement) Meilleureposition (Billboard 200). 98 (UK Albums Chart). 7
+ Certifications Pays Certification Date Ventes certifiées (BPI).
Références
Bibliographie
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Liens externes
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