John Joseph Pershing, né le dans le Missouri et mort le à l'hôpital Walter-Reed à Washington, D.C., est un militaire américain. Il commande le Corps expéditionnaire américain en Europe à partir de 1917 lors de la Première Guerre mondiale. Il est le seul général, avec George Washington (à titre posthume en 1976À l’occasion du bicentenaire de la Déclaration d’Indépendance (1976), George Washington fut élevé de façon posthume au grade de General of the Armies par une résolution du Congrès des États-Unis approuvée par le président de l’époque Gerald Ford. Public Law 94-479, George Washington – General of the Armies – Appointment, by United States Congress) et Ulysses S. Grant (à titre posthume en 2022), à avoir obtenu le grade de General of the Armies.
Jeunesse vignette|gauche|upright|Pershing, jeune cadet à West Point. John Pershing est né dans la petite maison de ses parents près de Laclede dans le Missouri le . La famille Pershing était d'origine alsacienneAnnick Foucrier, « Les immigrants français aux États-Unis (1870-1914) », Études canadiennes / Canadian Studies, 86-2, 2019. ; en effet, le premier Pershing venu s'installer en Amérique était Frederick Pfoerschin, émigré d'Alsace en 1724. Le nom de famille s'est alors modifié en Pershin puis est devenu Pershing.
Le père de John, John Fletcher Pershing avait émigré de Pennsylvanie pendant sa jeunesse. Sa mère, originaire du Kentucky, se nommait Ann Elizabeth Thompson. John fait partie d'une fratrie de neuf enfants.
Jusqu'en 1873, John Pershing est allé à l'école tout en travaillant à la ferme de son père. Il travaille également très rapidement en tant qu'enseignant dans une école pour Noirs : le salaire versé lui permit d'intégrer la Normal School Kirksville d'où il sort diplômé d'une licence d'art en 1880.
En 1882, une annonce de concours pour entrer à l'Académie militaire de West Point attire son attention. Bien que peu enclin à s'engager dans une carrière militaire, il se décide cependant pour celle-ci car West Point lui offre la chance de bénéficier d'une formation de grande qualité.
Soutenu par sa sœur, John réussit le concours d'entrée à West Point. Il n'y brille pas par ses résultats scolaires mais ses qualités de meneur d'hommes le font nommer en 1886 au grade de capitaine des cadets qui était la plus importante distinction à West Point. Ses qualités d'organisateur, alliant rigueur, discipline et une bonne psychologie font dire au général Merritt, alors directeur de West Point, que les qualités démontrées par le jeune Pershing le promettent à une grande carrière d'officier. Malgré cela, John Pershing ne voyait toujours pas son avenir dans l'armée.
Carrière militaire Campagnes indiennes
John Pershing sort de West Point avec le grade de sous-lieutenant dans l'US Army. Il est affecté à la Troop L du de cavalerie de Fort Bayard (Nouveau-Mexique), sous le commandement du général Nelson Miles. Celui-ci est alors en campagne contre un Apache, le chef Geronimo. Pershing y reste pendant quatre ans.
Après avoir été transféré en 1887 à Fort Stanton, où Pershing continue à participer aux diverses campagnes, le de cavalerie est envoyé à Rapid City (Dakota du Sud). Il y parvient le et doit, pendant l'hiver qui s'ensuit, faire face aux derniers grands soulèvements des Amérindiens, en l’occurrence les Sioux (massacre de Wounded Knee).
Après les campagnes indiennes, le lieutenant Pershing est envoyé, le , à l'université du Nebraska en tant qu'instructeur sur les tactiques militaires.
Le , Pershing est prié de rejoindre son régiment au dans le Montana et est nommé au grade de lieutenant dans le . C'est un régiment noir de « Buffalo Soldiers ». Dans une armée américaine raciste et ségrégationniste, cette affectation le suit toute sa vie. Cela lui vaut le surnom méprisant de « Nigger Jack » (« Jack le nègre ») que le temps transformera en un moins violent « Black Jack »..
En juin 1897, John Pershing est envoyé comme instructeur à West Point, où sa cote de popularité auprès des cadets tombe au plus bas en raison de l'aspect trop strict de son enseignement. Il quitte son poste d'enseignant en 1898 et rejoint son régiment à Tampa, où il travaille à l'administration des Philippines et de Porto Rico.
Guerres avec l'Espagne et aux Philippines vignette|Le capitaine Pershing en 1901. Il participe aux batailles de Santiago et de San Juan durant la guerre hispano-américaine et est cité le à la Silver Star Medal.
Le , Pershing est chargé d'une nouvelle division créée par le département de la Guerre et qui a pour but de gérer les nouvelles possessions insulaires que sont Cuba, Porto Rico, les Philippines et Guam.
Le , Pershing est envoyé à Manille dans les Philippines pour pacifier les îles de Mindanao et Jolo. Ces régions, historiquement colonies espagnoles, n'avaient jamais pu être pacifiées par les Européens qui avaient toujours été confrontés aux guerriers Moros. Après que les troupes américaines eurent chassé les Espagnols, les Moros continuèrent les combats contre leurs « libérateurs ».
Pershing gagne ses galons de capitaine et commence à apprendre la langue moro afin de mieux pouvoir converser avec ses adversaires. Il prend le commandement du Fort Padapatan, situé sur le lac Lanao, et tente une approche diplomatique du problème. Après un échec des pourparlers, Pershing lance ses troupes contre les Moros et prend le contrôle total de la zone du lac Lanao le . L'organisation et la conduite des expéditions contre les insurrections Moro sont remarquées et appréciées à Washington.
Retour à Washington
Le capitaine Pershing est rappelé à Washington en juin 1903. Le président Theodore Roosevelt lui rend honneur en mentionnant ses états de service lors d'un discours au Congrès. Son retour est également marqué par sa rencontre avec Helen Warren, fille du sénateur Francis E. Warren du Wyoming. Tombant aussitôt amoureux, ils se marient le devant de prestigieux invités, dont les époux Roosevelt.
Observateur militaire à Tokyo
Après son mariage le capitaine est affecté à l'ambassade des États-Unis à Tokyo en tant qu'attaché militaire. Le Japon était alors en guerre contre la Russie pour un différend sur la zone d'influence de la Mandchourie. Pershing accompagne, en tant qu'observateur, l'armée du général Kuroki lors de sa marche victorieuse sur la Mandchourie. Lors de cette expérience japonaise, Pershing est décoré des mains même du Mikado de l'ordre du Trésor Sacré.
Nouveau retour à Washington
Pershing revient au pays en 1906 et son premier enfant, Helen Elizabeth, voit le jour. Cette expérience au Japon permet au capitaine de rencontrer beaucoup d'autres observateurs militaires européens, officiers, colonels ou généraux alors que lui, à présent âgé de plus de , n'était encore que capitaine. Jusqu'à présent, la nomination au grade de général que Pershing demandait et que le président Roosevelt, lors de son discours au Congrès trois années auparavant, avait exprimé le vœu de lui voir accorder, n'était obtenue qu'au titre de l'ancienneté. Accorder ce grade au capitaine Pershing, même avec les états de service qui avaient été les siens aux Philippines, dérangeait beaucoup d'officiers.
Le , le président Roosevelt fait parvenir au Sénat sa décision de nommer le capitaine Pershing au grade de général de brigade, alors que supérieurs (commandants et colonels) étaient en attente du même titre. Accusé de favoritisme, notamment par le statut privilégié dont bénéficiait Pershing, beau-fils du sénateur Francis E. Warren, président du comité du Sénat aux affaires militaires, Roosevelt déclare que « promouvoir un homme parce qu'il a épousé la fille d'un sénateur serait une infamie, refuser cette promotion pour la même raison serait également une infamie ».
Philippines
Après sa promotion, le général Pershing demande à être affecté aux Philippines. Il obtient le commandement du fort McKinley, près de Manille. Le voit la naissance d'Anne, second enfant des époux Pershing.
L'automne 1908 semble annoncer une guerre imminente dans les Balkans. On demande à Pershing de se rendre à Paris et, au cas où la guerre éclaterait, de jouer le rôle d'observateur militaire. Les Pershing s'établissent à Paris pendant deux mois puis retournent aux États-Unis, attendu que la situation dans les Balkans s'était calmée.
Pendant son absence, la situation avec les Moros de Mindanao et dans les îles de Sulu était redevenue houleuse. Le gouverneur des Philippines, Smith, réclame le retour d'urgence du général Pershing, mais ce dernier était atteint de complications résultant de la malaria.
Le naît le seul fils de Pershing, Francis Warren, né à Cheyenne (Wyoming). En octobre de cette même année, le général Pershing se trouve guéri de sa maladie. Il peut alors retourner aux Philippines afin de reprendre en main la province de Moro, en tant que gouverneur militaire.
Les Moros sont finalement défaits et Pershing raconte dans ses mémoires un des moyens employés : Son supérieur confirme et approuve cette action psychologiqueIdem, en note, extrait d'une lettre du Maj. Gen. J. Franklin Bell envoyée à John Pershing : .
Mexique
Le quatrième et dernier enfant, Mary Margaret, naît le . En 1913, le général Huerta trahit le président mexicain Madero et prend le pouvoir. Les États-Unis refusent de reconnaître le nouveau gouvernement et les relations diplomatiques se détériorent rapidement. Dans l'hypothèse d'un conflit, le général Pershing reçoit l'ordre de rejoindre la à San Francisco.
Alors que Pershing et la opèrent à la frontière mexicaine, une tragédie survient : le un incendie détruit le domicile du général Pershing. Sa femme et ses trois filles trouvèrent la mort dans l'accident. Seul son fils, Warren, survit. Après les enterrements à Cheyenne, Pershing retrouve son fort en compagnie de son fils Warren et de sa sœur Mae pour reprendre son commandement. Travaillant d'arrache-pied, il parvient à recouvrer le courage et la sérénité.
Après que Huerta eut pris le pouvoir, un soulèvement s'effectue en partie sous les ordres de Pancho Villa. Ce dernier se révèle être l'auteur de meurtres qui font pour victimes huit soldats américains. Le président Wilson ne peut l'accepter. Il demande à Pershing de monter une expédition punitive afin de capturer Villa. Le gouvernement mexicain de Carranza refuse aux troupes américaines l'autorisation d'utiliser les voies de chemin de fer. Pershing mène (parmi lesquels le futur général Patton, alors sous-lieutenant) en territoire mexicain, malgré une préparation logistique insuffisante.
Malgré tous les efforts déployés, Villa n'est pas capturé. Au début de 1917, l'expédition est arrêtée.
Première Guerre mondiale : le corps expéditionnaire américain en France
vignette|Pershing débarquant en France vignette|Pershing en octobre 1918 Dans le même temps, les événements se bousculent. Pershing est nommé au grade de major général et les États-Unis déclarent la guerre le à l'Empire allemand de Guillaume II.
L'armée régulière américaine n'existe pas à proprement parler. Elle ne compte alors qu'environ . De plus, le général Frederick Funston, commandant de l'AEF (American Expeditionary Force), meurt le , nécessitant de désigner de toute urgence un nouveau commandement et engager tout aussi rapidement une structuration de l'armée.
Quatre semaines après l'entrée en guerre des États-Unis, Pershing reçoit un télégramme de son beau-père, le sénateur Warren, lui demandant comment il parlait le français. John répond qu'il le « parlait couramment ». Quelques jours plus tard, il reçoit une lettre du sénateur. Celui-ci l'informe que le secrétaire à la Guerre, Newton D. Baker, l'avait consulté au sujet du général qui devrait être envoyé en France. Un nouveau télégramme du major général Hugh L. Scott convoque Pershing à Washington où ce dernier apprend sa nomination au commandement de l'AEF.