William Kennedy Laurie Dickson, dit William K.L. Dickson ou William Kennedy Dickson, est un inventeur, réalisateur, scénariste, producteur de cinéma, directeur de la photographie et acteur franco-britannique, né le au Minihic-sur-Rance (Ille-et-Vilaine) et mort le à Twickenham (Royaume-Uni).

Sa carrière marquante s'est déroulée aux États-Unis. Il est l'un des inventeurs du pré-cinémaAucun de ses films n'a été projeté !, le premier réalisateur de films de l'histoire et le premier acteur dans un film.

Biographie vignette|redresse|Acte de naissance de William Kennedy Laurie Dickson. Dickson naît le en France dans le petit port du Minihic-sur-Rance (Ille-et-Vilaine), d'une mère d'origine écossaise et d'un père anglais. Son père, James Waite Dickson, est artiste, astronome et linguiste, et se dit être le descendant en ligne directe du peintre Hogarth ainsi que du juge John Waite, l'homme qui prononça la sentence de mort du roi . Musicienne douée, sa mère, Elizabeth Kennedy-Laurie Dickson, est apparentée aux Laurie de Maxwellton et, de façon plus lointaine, au duc d'Atholl et à la branche royale des Stuart.

Jusqu'en 1879, William Dickson habite en France. Après la mort de son père, il s'installe en Grande-Bretagne avec sa mère et ses sœurs. Là, Dickson, fasciné par les sciences et la mécanique, envoie des lettres à Thomas Alva Edison aux États-Unis, demandant à l'inventeur et industriel de l'employer, mais ses demandes demeurent sans réponse. La famille de Dickson émigre aux États-Unis, et quelques années plus tard Dickson voit son rêve s'accomplir : il obtient un emploi de photographe chez Edison. Très vite, il se révèle indispensable et doué, à tel point qu'il est chargé de travailler aux côtés d'Edison pour développer le phonographe.

Inventeur et pionnier du cinéma En 1887, Edison caresse un projet qui lui tient à cœur : créer un appareil qui devrait faire . Edison trace à grands traits les plans de plusieurs projets et charge Dickson de la réalisation des appareils. Dickson se penche d'abord sur la conception de l'appareil de prise de vues, la caméra. Plusieurs procédés voient le jour, qui seront abandonnés. Dickson développe notamment un système de prise de vue et d'enregistrement synchrone du son. C'est une adaptation du phonographe à cylindre, où sont disposés côte à côte sur le même axe en rotation, d'une part un graveur sur cylindre de cire, et d'autre part un enregistreur photographique enregistrant des photogrammes les uns à la suite des autres, à la manière du sillon du phonographe, en spirale, sur un cylindre enduit de produit photosensible. Le son et les images étant disposés sur le même entraînement rotatif, l'enregistrement, puis la lecture des photogrammes sur un cylindre transparent éclairé de l'intérieur, se font à la même vitesse et sont donc couplés au son. Mais Dickson se heurte à deux obstacles insurmontables. D'abord, la sensibilité de l'émulsion colloïdale est insuffisante, compte tenu de la nécessité d'enregistrer en une seconde au moins douze instantanés. D'autre part, alors que le cylindre de cire permet d'enregistrer quelques minutes de son, le cylindre-images, à douze photogrammes par seconde, ne permet que quelques secondes de prise de vues.

C'est l'invention d'un autre chercheur qui permet à Dickson de sortir de l'impasse. En 1887, John Carbutt met au point un support souple de nitrocellulose, le celluloïd, que l'industriel américain George Eastman commercialise dès 1888 sous la forme d'un ruban de de large, et de longueur en principe illimitée. Cette découverte met fin à la brièveté du cycle typique du jouet optique , qui offre un maximum d'une à deux secondes de spectacle, des dessins ou des photographies installés à la circonférence d'un disque tournant.

Co-invention du film standard vignette|redresse|Modèle de film cinéma Edison-Dickson.

Avec l'aide de ses assistants, William Heise et Charles Kayser, Dickson part dans une autre direction que leur trace à grands traits leur employeur, Edison. Dickson découpe d'abord le support souple lisse d'Eastman en trois bobineaux de de large qu'il dote d'une rangée de perforations ovales (six perforations par photogramme). La pellicule se déroule horizontalement et les photogrammes sont circulaires, d'un demi-pouce de diamètre, dernier lien formel avec les jouets optiques. Mais c'est avec ce format et ce procédé que l'équipe d'Edison enregistre ses premiers essais aboutis. Entre autres, Dickson se fait filmer par Heise, saluant avec son canotier un public imaginaire. Ce film, Dickson Greeting, est présenté en public le , devant une assemblée de de la Federation of Women’s Clubs, qui sont enchantées de ce spectacle de , qu'elles admirent en se penchant sans se lasser sur l'œilleton du kinétoscope. Il n'en reste que deux secondes sur dix car à l'époque, les copies étaient tirées à partir du négatif original qui subissait ainsi de nombreuses manipulations et des passages dans des machines aux mécanismes intermittents qui finissaient par détériorer le négatif (d'où les remakes fréquents). Le quotidien américain The New York Sun relate la première présentation publique de ce film, devant un parterre de militantes féministes et nous renseigne précieusement sur le contenu manquant : . On peut dire qu'il s'agit du premier film du cinéma, même si Georges Sadoul, dans la chronologie de sa monumentale Histoire du cinéma mondial, le qualifie d'.

vignette|redresse|Modèle de pellicule Lumière. Si Dickson Greeting est un film abouti, l'équipe d'Edison reproche au format son manque de définition, qui est ressenti plus particulièrement quand les personnages sont filmés en pied (dans Dickson Greeting, le personnage est cadré en plan américain, coupé au milieu des cuisses). Aussi Dickson conçoit-il un film plus adapté à des cadrages larges : le film Eastman de de large est débité en deux rouleaux de de large, chacun doté sur ses bords de perforations rectangulaires, à raison de huit perforations par photogramme (quatre d'un côté, quatre de l'autre). Le déroulement de la pellicule est, cette fois, vertical, de haut en bas, et les images sont rectangulaires. Edison s'empresse de déposer des demandes de brevet dans plusieurs pays sur la disposition, le nombre et la forme précise de ces perforations. Le film standard du cinéma est né : le aux perforations Edison, que les cinéastes et industriels du monde entier choisiront en 1906 comme standard international des films de cinéma, aux dépens d'autres formats, moins performants, comme le à double jeu d'une seule perforation ronde par photogramme (une d'un côté, une de l'autre) utilisé par les frères Lumière, et le sans perforations (entraînement par came battante) de l'industriel Léon Gaumont, et d'autres encore.

Co-invention du kinétographe vignette|redresse|L'intérieur du Black Maria, avec le kinétographe et un phonographe pour un jeu en play-back. La pellicule étant prête, la caméra d'Edison est alors finalisée. Baptisée kinétographe, c'est une machine plutôt lourde et encombrante, et de surcroît nécessitant une alimentation électrique. Laurent Mannoni, conservateur à la Cinémathèque française des appareils du précinéma et du cinéma, précise : et : .

C'est ainsi que le couple Thomas Edison et William Dickson est à l'origine de la première caméra de cinéma, et du film standard de . Selon Dickson, c'est Edison qui le premier désigne par le mot anglais film les bobineaux impressionnés et leur contenu artistique.

Co-invention du kinétoscope vignette|redresse|Intérieur du kinétoscope. Le film est en boucle continue.

Le procédé, optique , est un système de vision individuel. Le kinétoscope, développé pratiquement par le seul Dickson, se présente sous la forme d'un coffre en bois, dans les flancs duquel un film d'environ une minute, monté en boucle, se déroule en continu devant une forte lampe éclairant par intermittence, grâce à un obturateur rotatif synchronisé aux perforations. (Edison est par ailleurs l'un des inventeurs de l'ampoule électrique.) Les spectateurs, les uns après les autres, se penchent sur un œilleton qui permet de regarder le film à travers une loupe. L'image apparente a les dimensions d'une carte postale en mouvement.

Edison, pourtant plutôt prudent de nature, ne dépose pas de demandes de brevet à l'étranger pour cette machine qui n'est pour lui qu'un stade intermédiaire vers une invention plus parfaite : les films sonores. Cependant le retentissement international de cette invention, notamment lorsqu'il la présente en 1893 à l'Exposition universelle de Chicago, est considérable. Des Anglais s'empressent de reproduire le kinétoscope, non protégé hors des États-Unis, et de le produire en série. Aux États-Unis, l'invention, en règle générale, est cédée contractuellement de l'employé à l'employeur, ce qui est le cas pour les inventions de Dickson faites en tant que salarié. C'est ainsi que les machines signées Edison sont connues par les photographes et les industriels de la photographie du monde entier, et que des machines, reproduites, sont commercialisées. , soupire plus tard Thomas Edison. Cela ne l'empêche pas d'organiser, notamment à Paris, des démonstrations du kinétoscope.

L'Institut Lumière remarque qu' Cette nouvelle attraction n'est autre que les premiers films du cinéma, vus grâce aux kinétoscopes.

Co-invention de la « boucle de Latham » vignette|redresse|Projecteur pour amateurs (1910). Le mécanisme d'avance intermittente à croix de Malte entraîne la totalité du film (moins d'une minute).

Sa non-reconnaissance en tant qu'inventeur par Edison blesse Dickson. À la fin de 1894, après avoir essayé de convaincre son employeur de l'urgence de mettre sur le marché un système de projection, Dickson entre en contact avec les fils de Woodville Latham, Otway et Grey, qui lui demandent de fournir secrètement ses conseils à leur société, la Lambda Company, pour finaliser un appareil de projection de films, et le mettre en vente au public fortuné. Début , Dickson quitte Edison, comme l'a fait Eugene Lauste, un français qui l'assiste alors dans la mise au point de l’eidoloscope, l'appareil que les Latham cherchent à rendre capable de projeter des films de plus d'une minute.

vignette|redresse|Mécanisme de cinéma à griffes, au format , montrant les deux boucles de Latham en action.