vignette|Flûtes de Pan roumaines.
La flûte de Pan est un instrument de musique à vent composé d'un ensemble de tuyaux sonores assemblés.
Elle appartient au groupe des instruments à vent, le matériau vibrant produisant le son étant l'air lui-même. Et plus précisément, puisqu'il s'agit d'une flûte, le son (vibration ondulatoire) est obtenu par la rupture d'une lame d'air sur un biseau.
Il existe dans le monde une grande variété de formes et d'organisations spatiales de cette flûte. Les matériaux utilisés sont aussi très variés. Mais quelle que soit la forme ou l'époque, elles dérivent d'un archétype commun : quelques chaumes (roseaux, bambous, etc.) rassemblés« Il ne semble pas douteux que la syrinx soit née d’un assemblage de roseaux inégaux ». André Schaeffner, Origines des instruments de musique, 1968, Paris, Mouton, 1980, ..
On trouve des flûtes de Pan en Europe, en Asie, en Amérique, en Océanie et en Afrique. Ces flûtes portent naturellement de nombreux noms différents et « flûte de Pan » est le nom générique français pour l'ensemble des flûtes appartenant à cette famille d'instruments. On utilise aussi en français, dans l'usage poétique ou didactique, le mot de « syrinx », qui rappelle l'origine mythologique, dans la sphère gréco-latine, de la flûte de Pan occidentale :
Histoire thumb|Plateau romain en argent représentant Pan jouant du syrinx et une Ménade jouant de l'aulos. British Museum. L'ancienneté de l'instrument est attestée par diverses découvertes archéologiques : « Les plus anciennes flûtes de Pan découvertes en Europe sont originaires des régions orientales du continent : d’une nécropole néolithique (2000 ) d’Ukraine méridionale et d’un site de la région de Saratov. Chacune se compose de sept à huit tuyaux en os creux d’oiseau… »A. Buchner, Encyclopédie des instruments de musique, Paris, Gründ, 1980, ..
Cependant, il serait vain de vouloir préciser la date ou le lieu de sa naissance. Considérons donc simplement que l'on peut fabriquer une flûte de Pan en roseau (ou en chaume) sans aucun outillage, ce qui accrédite sensiblement son extrême ancienneté..
Par ailleurs, l'ethnomusicologue André Schaeffner propose une théorie essentielle sur sa genèse, laquelle serait très progressive. Il faut, si on veut le suivre, imaginer des personnes portant chacune un tuyau, et c'est l'ensemble de ces personnes qui constitue la flûte de Pan originelle« … elles nous suggèrent qu’avant que la syrinx ait été disposée soit en forme de galette soit en faisceau les tuyaux ont peut-être été retenus par un lien assez lâche. » A. Schaeffner, Origine des instruments de musique, 1968, Paris, Mouton, 1980, .« … le lien le plus subtil qui se conçoive est une chaîne de danse : danse de flûtiste, chacun porteur d’une flûte ou d’un sifflet produisant un son unique ; l’ensemble des instruments individuels donnant une suite de sons comparable à la gamme d’une Syrinx. » A. Schaeffner, ibid., .« … cette syrinx humaine dont les tuyaux étaient distribués entre les danseurs. » A. Schaeffner, Origine des instruments de musique, .. Cette théorie s'appuie notamment sur les travaux des archéologues P. Girod P. et E. Massenat, qui ont découvert un ensemble de sifflets reliés entre eux par un lien lâche« Ces phalanges réunies entre elles, à l’aide de courroies, ont pu former de véritables flûtes de Pan… » Les stations de l’âge du renne dans les vallées de la Vézère et de la Corrèze, Laugerie et Basse, ..
Grèce ancienne right|Flûte de Pan
La flûte de Pan, ou syrinx, est un attribut du dieu Pan. Toutefois, il faut se garder de traduire systématiquement syrinx par « flûte de Pan ». En effet, syrinx signifie « flûte », c'est donc aussi un nom générique. On précisait ainsi : syrinx polycalame / , syrinx à plusieurs roseaux., ou syrinx monocalame / , syrinx à un seul roseau., le premier pouvant designer la flûte de Pan (ou une flûte double ou triple). Le mot syrinx provient du grec ancien , signifiant « roseau taillé et creusé » et, par extension, « flûte », le mot a été repris par le latin syrinx, syringis qui signifie « roseau » ou « flûte »C'est également l'origine du mot français « seringue »..
thumb|left|Statuette du dieu Pan donnant une leçon de musique au berger Daphnis, , Musée national archéologique de Naples.
On attribue à Pan différents pères et mères selon les récits que l'on consulte. Cependant, le lien avec Hermès/Mercure est toujours fort et Pan est souvent présenté comme étant le fils d'Hermès. Ainsi le chant XVIIIAussi considéré parfois comme le . des Hymnes homériques, sans doute un des textes occidentaux les plus anciens où la flûte de Pan soit évoquée, précise bien la généalogie de Pan et rapporte déjà l'existence de l'instrument de musique qui est son attribut. Toutefois, il n'est alors jamais précisé que Pan en est l'inventeur. En fait, dans ces temps anciens, c'est Hermès qui est donné comme l'inventeur de cette flûteVoir le chant XVIII des Hymnes homériques.. thumb|Attis jouant de la syrinx à boîte carrée. Terre cuite macédonienne, 200 av. J.-C. Musée du Louvre. Le traducteur parle de chalumeaux et non de syrinx. Ces "chalumeaux" pourraient également être l'ancêtre organologique de la clarinette comme les anciennes clarinettes doubles, mais aussi une flûte de Pan - le caractère polycalame confirmé par l'usage du pluriel dans « chalumeau » ne permettant pas de trancherIl faut se souvenir que les traductions sont le fait souvent de poètes, de lettrés ; ici le recours au vocable chalumeau fait référence au mot grec kalamos (roseau, chaume), les chaumes étant les matériaux mis en œuvre pour la fabrication de la syrinx archétypale..
Ces hymnes furent certainement écrits entre le et le de notre ère sans qu'on puisse les dater avec une grande précision. Il faut aussi dire qu'ils ne doivent rien à Homère, si ce n'est le recours à un mètre poétique aussi utilisé par lui. Cette première association Pan–flûte de Pan, relatée par le chant XVIII des Hymnes homériques, ne nous permet donc pas de remonter au-delà du
Cette première évocation de la relation Pan–flûte de Pan — la plus ancienne connue de nous — ne fait cependant pas de Pan l'inventeur de la flûte qui porte aujourd'hui son nom. C'est plus tard, avec les Métamorphoses d'Ovide , et , Livre I, 691 sqq., que Pan devient enfin l'inventeur de sa flûte. Pour résumer la métamorphose de syrinx : Pan, poussé par le désir, pourchasse la nymphe Syrinx, mais elle se dérobe finalement sur les berges du fleuve Ladon. Son souhait d'échapper à Pan est exaucé et elle est transformée en roseaux, lesquels bruissent doucement sous le souffle de Pan déçu. Il décide alors d'assembler quelques roseaux pour entretenir sa mémoire et invente ainsi la syrinx. Platon, par ailleurs, évoque la syrinx en ces termes : « Il te reste […] la lyre et la cithare, utiles à la ville ; aux champs, les bergers auront la syrinx livre III, 399 d lire en ligne). ». Cette citation est importante pour situer la flûte de Pan dans son contexte. Il s'agit d'un instrument de pasteurs, fortement associé à une économie où la fertilité des troupeaux est le centre d'intérêt premier.
Dans ce cadre, la flûte de Pan a pu opérer par ses vertus symboliques, vertus largement partagées par l'ensemble des flûtes puisqu'elles sont liées au matériau mis en œuvre bien plus qu'à la forme spécifique de la flûte de PanGilles Patrat, « », publié par la Romanian Society for Ethnomusicology (Bucarest, Roumanie), en 1999, dans le de son bulletin international East European Meetings in Ethnomusicology fondé et dirigé par Marin Marian-Bălaşa..
Acoustique On trouve des flûtes de Pan dont les tuyaux sont fermés à une extrémité et d'autres qui sont ouvertes aux deux extrémités. Ces dernières sont très rares dans le monde, et en voie de disparition ; le peuple des îles Salomon joue encore de la seconde variété et il existe aussi au Viêt Nam une flûte de Pan de ce type, le Dding-Dek jouée par les jeunes filles.
Sauf mention contraire, les flûtes présentées dans cet article sont de type à tuyaux bouchés à une extrémité.
Tuyaux bouchés à une extrémité L'air est soufflé, légèrement en biais, sur la face opposée interne du tube en faisant le son « te »« Te » est une des attaques utilisées pour initier fermement le son… Mais on articule le Te avec le Ke pour obtenir des successions rapides de sons. En fait la palette des attaques utilisées aujourd'hui est assez importante… et à la manière d'un pépin qu'on expulse à travers l'extrémité ouverte du tuyau sur le biseau opposé aux lèvres, créant les vibrations régulières de la colonne d'air qui produisent les ondes sonores dans les tubes.
Le résultat est assez analogue pour chaque tube à celui d'une bouteille plus ou moins remplie dans laquelle on souffle en biais par le goulot.
La différence avec une flûte à bec ou traversière est que la hauteur des sons n'augmente plus en débouchant au fur et à mesure des trous percés le long d'un tuyau ou tube unique, puis en ajoutant une octave par la puissance du souffle.
Cette fois ce sont des tuyaux successifs non percés, de longueurs différentes, qui génèrent les longueurs d'onde différentes. Le son produit est donc grave quand le tuyau est long et aigu quand le tuyau est court, l'ensemble formant ainsi une succession de notes, une échelle, conformes aux standards de la culture concernée, En Occident, on trouve couramment la gamme diatonique comme échelle, tandis qu'on peut trouver chez les 'Are 'are différentes échelles, comme une equiheptaphonique pour les ensembles 'au Tahana et 'au Keto, une échelle pentatonique pour l'ensemble 'au Paina, etc, et encore d'autres échelles, comme des pentatonique anhémitonique en Afrique ou en Amérique du Sud.
Les tuyaux composant ce type de flûte de Pan étant bouchés à leur extrémité inférieure, les ondes sonores doivent parcourir deux fois la longueur du tuyau et produisent donc une note une octave plus basse que si elle était produite par une flûte ouverte de longueur égale.
La loi des tuyaux bouchés précise que seuls les harmoniques impairs sont théoriquement audibles, mais la pratique montre que les harmoniques pairs sont aussi présents, toutefois en proportion bien moindreSur ce sujet, voir un sonagramme sur le site flute-de-pan.fr.. Ce qui en résulte, c'est bien sur le timbre caractéristique de la flûte de Pan, sans redondance d'octave, mais avec une composante forte de quinte. Le sonagramme est caractéristique : harmoniques pairs très faibles ; de même la sinusoïde est remarquable.
L'altérationLa plupart des flûtes de Pan ont un jeu strictement diatonique, sans altérations. Par contre la flûte de Pan roumaine, bien qu'elle aussi soit diatonique, joue dans différentes tonalités et passe des chromatismes. inférieure d'un demi-ton (ou autre) est obtenue par divers procédésMouvement de tête, mouvement de flûte, mouvement du maxillaire inférieur, mouvement de la lèvre supérieure et combinaison de ces procédés., lesquels permettent d'obturer légèrement le tuyau et d'abaisser la fréquence du tuyau.
L'altération supérieure est impossible. On procède donc par enharmonie pour produire les notes diésées.
En fournissant une plus grande pression de souffle et avec une tension importante des lèvres, des partiels harmoniquesDans le cas du tuyau bouché, on trouve seulement les harmoniques impairs.Et donc toujours selon la loi des tuyaux bouchés, une flûte de Pan n'octavie pas mais quintoye (dans le jargon des musiciens et des acousticiens), mais en réalité c'est la douzième qui est produite par le renforcement du souffle, et non la quinte. sont produits.
Tuyaux ouverts aux deux extrémités thumb|upright 1.5| Flûte de pan en os - Musée des Amériques Dans ce cas le tuyau n'agit pas comme un résonateur. Le son est faible, subtil ; l'adjectif qui le définit le mieux serait « éolien ». À noter que les flûtes de ce type sont plutôt disposées en fagot, contrairement à celles dont les tuyaux sont fermés à une extrémité et qui le plus souvent ont une disposition en radeau.