La Force d'intervention unifiée (UNITAF) est une force multilatérale de l'Organisation des Nations unies menée par les États-Unis qui est déployée du au en Somalie. Initiative américaine (nom de code Operation Restore Hope, soit « »), l'UNITAF a pour but de mettre en œuvre la résolution 794 du Conseil de sécurité des Nations unies. La mission se conclut par un échec.
Contexte vignette|gauche|Trois chars M47 Patton de l'Armée nationale somalienne abandonnés sont mis hors de combat en décembre 1993 par les forces américaines. vignette|gauche|Chars T-72 de l'armée indienne à Kismayo le 29 décembre 1993. L'opération connue officieusement sous le nom (« Restaurer l'espoir en Somalie ») débute le par la résolution 794 du Conseil de sécurité des Nations unies. et s'achève le ; elle s'inscrit dans une suite d'événements qui précèdent cette opération et se poursuit avec les interventions consécutives de l'ONU, de à que l'on appelle l'Onusom II.
Si l'on peut faire remonter la crise du début des années 1990 au conflit qui opposa le plus souvent indirectement la Somalie et l'Éthiopie entre 1977 et 1988, via les mouvements « rattachistes » de l'Ogaden (est de l'Éthiopie) et « indépendantistes » du Somaliland (nord-ouest de la Somalie), les événements qui conduisirent à la situation de 1992 ont leur origine précise en 1986, année des premiers grands succès du Mouvement national somalien (MNS) dans le Somaliland, et des premières grandes répressions consécutives du pouvoir central, sous l'autorité du président, le général Siad Barre. Cette année-là, la guerre civile larvée en cours depuis 1978 s'installe durablement et se radicalise, et de nouveaux mouvements, indépendantistes ou d'opposition, vont apparaître et prendre les armes.
Le premier tournant de cette guerre civile est la fin des soutiens extérieurs au pouvoir en place, en 1990. Jusque-là, Siad Barre put se maintenir avec l'aide, d'abord de l'URSS, de 1969 (année où il prit le pouvoir par un coup d'État) à 1977, puis à partir de 1978, des États-Unis. Le second tournant est la destitution puis la fuite du général Barre, le . Son successeur, Ali Mahdi Muhammad, membre comme son prédécesseur du Parti socialiste révolutionnaire de Somalie (PSRS), ne parvint jamais, faute de moyens et de soutiens, à rétablir l'autorité du pouvoir central sur le pays, d'autant que peu après le sud du pays (les districts Jubbada et une partie du district Gedo, actuellement en sécession de fait, mais précaire, sous le nom de Jubaland), dont les autorités sont favorables au président déchu, s'arme à son tour contre la capitale Mogadiscio.
À partir de ce moment les événements s'enchaînent pour aboutir à une complète désorganisation du pays: le Somaliland proclame son indépendance en , le nord-est prend dans le même temps une indépendance de fait (qui aboutira à une indépendance proclamée de cette zone en 1998, sous le nom de Puntland), enfin le sud se soulève sous les ordres de Mohamed Said Hersi, gendre de Siad Barre. En , la Somalie se réduit de facto à sa capitale, Mogadiscio.
Le conflit en Somalie, parmi les plus meurtriers en Afrique à cette période, prend alors un tour encore plus dramatique, aggravé par trois facteurs: une sécheresse prolongée, la désorganisation complète des infrastructures du pays, qui ne permet pas de secourir les populations en détresse, et la volonté de plusieurs parties au conflit de bloquer les secours en direction de leurs adversaires. Car si les régions en rébellion s'opposent au pouvoir central, elles mènent aussi une lutte contre les autres régions soulevées, de nombreuses zones limitrophes étant disputées entre elles. Le résultat en est qu'aux quelque à directes de la guerre s'ajouteront entre et de la famine qu'elle provoquera.
C'est dans ce contexte que l'ONU décide, par la résolution 751 du ., de créer une opération des Nations unies en Somalie (ONUSOM) qui se déploiera le 26 et comptera environ 960 membres dont 53 observateurs militaires et trois représentants spéciaux successifs. En la résolution 775. décide une extension de son mandat, mais sans renforcement de ses effectifs.
Restore Hope vignette|Véhicules blindés de l’USMC et de l'armée italienne à Mogadiscio le 19 janvier 1993. L'ONUSOM ne parvenant pas à rétablir la situation ni surtout à remplir sa mission première, (résolution 751, art. 7), les États-Unis soumirent un plan à l'ONU en , pour une intervention renforcée sous leur autorité avec un fort contingent US.
Le Conseil de sécurité décida dans sa résolution 794 du . la création d'une force d'intervention distincte de l'UNOSOM, sous autorité de l'ONU mais sous commandement autonome des États y participant, l'UNITAF (Force d’intervention unifiée) avec la mission d', les autres parties de la mission restant dévolues à l'ONUSOM. L'opération Restore hope débute le . avec le déploiement rapide sur le terrain de près de des forces armées des États-Unis et d'une forte logistique à Mogadiscio en à peine trois jours. À son plus haut, l'UNITAF comptera environ , dont américains.
Dans sa première phase l'opération est une réussite, tant au plan du secours aux populations qu'à celui de la reconstruction des infrastructures (plus de de routes refaits, construction ou réhabilitation de nombreux hôpitaux, écoles, orphelinats, etc.). En revanche, les autres missions, réconciliation et règlement politique, ne progressent pas, et la guerre civile, freinée un moment, va reprendre de plus belle après que, à l'instigation de Bill Clinton, devenu président des États-Unis en , l' fut arrêtée en , réduisant à moins de le nombre des soldats de l'UNITAF sur place, cette fois sous mandat direct de l'ONU.
À la suite de la résolution 814 du ., qui crée l'ONUSOM II, le Conseil de sécurité entérine cette décision de réduire le nombre de troupes sous responsabilité de l'ONU en fusionnant celles de la première ONUSOM et la partie restante des troupes de l'UNITAF, ce qui ramène le nombre de soldats déployés à environ . Mais c'est moins la réduction du nombre de soldats que celle des moyens déployés qui explique la rapide reprise de la guerre civile, les diverses factions ayant affaire alors à des troupes qui disposent de moyens comparables aux leurs, mais en étant bien moins nombreuses.
Restore Hope II, ou l'échec thumb|Un checkpoint américain au port de Mogadiscio, janvier 1994. C'est en que la seconde phase, Continue Hope, se met définitivement en place, mais très rapidement l'ONUSOM II doit faire face à des attaques, et à un retour de la violence à Mogadiscio même, qui se solde le par la mort de 24 soldats pakistanais lors de l'inspection d'une cache d'armes. Très rapidement, on identifie les troupes de Mohamed Farrah Aidid comme étant les auteurs de cette action, et le les troupes des États-Unis de l'ONUSOM II, sur autorisation du Conseil de sécurité (résolution 837 du .), lancent une vaste action contre ce groupe, qui se termine le sans résultats tangibles. Trois jours après, l'amiral Howe, de l'US Navy, annonce une prime de pour toute information permettant l'arrestation de Mohamed Aidid, sans suite.
Ensuite, la situation ne cesse de se dégrader : le , outrepassant la mission confiée par l'ONU, une unité d'hélicoptères de combat détruit plusieurs immeubles, tuant de nombreux Somaliens; en réponse, une foule bat à mort quatre journalistes venus observer l'attaque. Dans les jours qui suivent, des attaques répétées visent les forces de l'ONUSOM II, principalement des Américains, quatre d'entre eux sont tués et plusieurs gravement blessés. À partir du les États-Unis redéploient des troupes de rangers hors commandement de l'ONU, afin de pouvoir lancer des attaques lourdes contre les factions somaliennes, au-delà des limites du mandat de l'ONUSOM II. Cette nouvelle phase, menée sous le nom de code , et visant toujours à capturer ou éliminer Mohamed Aidid, culmine avec la « bataille de Mogadiscio », les 3 et , se soldant par la mort de 19 soldats (18 rangers et membres de la Delta Force et 1 Malaisien) et de plusieurs centaines de Somaliens (combattants et civils), et avec 82 blessés graves parmi les soldats (73 rangers, 7 Malaisiens, 2 Pakistanais), plus de parmi les Somaliens. Bataille qui encore une fois ne parvint pas à son objectif principal.
Les mois suivants, la situation se dégrade encore, bien que l'ONUSOM II ait vu la durée de sa mission, initialement prévue jusqu'au , prolongée d'abord au (résolution 878 du .), puis au (résolution 886 du .). Cette mission fut encore prolongée plusieurs fois (résolutions 897, 923, 946, 953 et enfin 954, en 1994.); la dernière résolution, dans son article 1, « décide de proroger le mandat d'ONUSOM II pour une dernière période allant jusqu'au 31 mars 1995 ». Mais les pays fournisseurs des principaux contingents, au premier chef les États-Unis, constatant leur incapacité à « restaurer l'espoir », et encore moins la paix, avaient commencé à retirer leurs troupes et à limiter leurs actions et la mission, bien avant cette échéance. Les casques bleus ont perdu 140 hommes, les États-Unis plusieurs dizaines.
Évolution ultérieure de la situation
La résolution 954 du se terminait sur la formule concluant la majeure partie des résolutions précédentes, (le Conseil de sécurité) . Or, il se passera presque sept ans avant que, par sa Résolution 1356 du ., il se penche de nouveau sur le sujet et (dernier article), , puis encore un an et la résolution 1407 du . décide de
Deux mois et demi plus tard, la résolution 1425 du . décide
Mais entretemps la guerre civile a continué, le gouvernement officiel et ce qu'il restait du Parlement étaient en exil en Tanzanie ou au Kenya, les rébellions du nord (Somaliland, Puntland) et du sud (Jubbada) avaient consolidé leurs positions et leur sécession se consolidait. En 2006, et malgré les «groupes d'experts» onusiens, la situation reste assez similaire à celle qui s'instaura environ un an après la fin de l'ONUSOM II, avec une Somalie « officielle » réduite à Mogadiscio et sa province, une partition de fait qui semble, pour le nord, difficilement réversible, et des combats récurrents entre provinces sécessionnistes pour les zones contestées.
Références
Annexes Articles connexes
Opération des Nations unies en Somalie I Opération des Nations unies en Somalie II Bataille de Mogadiscio (1993) Guerre civile somalienne
Liens externes
Somalia sur military.com Operation Restore Hope/Battle of Mogadishu sur novaonline.nvcc.edu Operation Restore Hope sur globalsecurity.org
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