thumb|Prise de drogue aux États-Unis en 1996.

, traduisible par « guerre contre les drogues » ou guerre contre la drogue, est une expression utilisée aux États-Unis pour désigner les efforts entrepris par le gouvernement américain pour lutter contre les drogues.

Historique Origines La campagne des États-Unis contre la toxicomanie s'inscrit dans une logique plus globale de lutte anti-drogue basée sur l'abstinence et visant à une éradication totale des drogues dont la première étape serait leur prohibition. Ce contexte prend place lors des guerres de l'opium qui opposent principalement la Chine et le Royaume-Uni : la Chine désirant interdire les importations d'opium britannique. À la suite de ces guerres, le Royaume-Uni obtient la liberté d'importer l'opium en Chine, les ligues de tempérances américaines s'indignent alors de ce commerce forcé d'une substance stupéfiante dans un seul et unique but de profit.

Ces ligues ont des fondements d'ordre religieux ou moral et présentent la consommation de psychotropes comme un danger pour la société et les valeurs morales. Ces ligues sont rejointes par des mouvements féministes et prennent une place importante dans la politique américaine influant sur le discours et la politique internationale.

En 1906, les législateurs américains mettent en place une première loi le Pure Food and Drug Act qui vise à contrôler la vente de cocaïne dont l'abus se fait de plus en plus important puis en 1914, le Harrison Narcotics Tax Act pour finir par prohiber l'alcool (1919-1933) et enfin la marijuana en 1937. En 1909, à Shanghai, a lieu la première concertation internationale sur le sujet à l'initiative des États-Unis, et dont l'un des objectifs est de priver les Européens des revenus fructueux du commerce de l'opium.. Après la Première Guerre mondiale, une importante campagne soutenue par l'Association médicale américaine réclame l'interdiction des centres de traitement médical des drogués. Entre 1914 et 1938, sont inculpés pour avoir traité des drogués et d'entre eux sont incarcérés.

Elle sera suivie de la conférence de La Haye en 1912 où sera signée la première Convention internationale de l'opium. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis prennent en main la politique internationale de lutte anti-drogue notamment via l'ONU ; diverses conventions visant à interdire ou à réglementer ces produits (conventions internationales de 1961, 1971 et 1988).

Depuis les années 1960 vignette|Elvis Presley et Richard Nixon à la Maison-Blanche le 21 décembre 1970.

Le , le président Nixon annonce par surprise l'opération Interception, visant à lutter contre le trafic de cannabis en fouillant chaque véhicule traversant la frontière avec le Mexique. L'opération est un échec, mais réussit à faire de la lutte contre la toxicomanie et du thème de la « drogue » une priorité nationale. C'est dans ce contexte qu'Elvis Presley est invité à la Maison-Blanche pour manifester son soutien à la lutte anti-drogue et obtenir un badge du Bureau fédéral des narcotiques..

Au cours des années 1970, le Mexique se laissera convaincre d'organiser l'opération Condor afin de lutter contre la culture d'opium et de cannabis dans le « triangle d'or », en particulier le Sinaloa. L'opération, elle aussi, échouera : bien que de nombreux petits paysans et petits trafiquants furent arrêtés, des villages entiers furent contraints d'émigrer, tandis que de nombreuses violations des droits de l'homme étaient commises, et qu'aucun gros bonnet n'était capturé.

D'après la DEA, la vente au détail d’héroïne atteint au début des années 1970 un chiffre d'affaires annuel de près de 500 millions de dollars pour la seule ville de New York. Entre le début de la « guerre contre la drogue » lancée par Richard Nixon en 1971 et la fin de l’administration Reagan en 1989, les importations de drogue aux États-Unis ont triplé.

Parallèlement à la politique officielle des États-Unis, la CIA participe à de nombreux trafics de stupéfiants dans le monde afin de financer ses opérations, ce qui conduit parfois à créer de vives tensions entre l'agence de Langley et la DEA, par exemple au Pérou avec l'affaire Fujimori. Pendant la guerre du Viêt Nam, elle finance ainsi les opérations militaires au Laos, menées par les combattants irréguliers Hmong du général Vang Pao, par le trafic d'opium . En Amérique latine, la DEA reçoit pour instructions de la CIA de ne pas perturber le trafic de cocaïne entre la Bolivie et l'Amérique centrale, qui contribue au financement des Contras (paramilitaires anticommunistes du Nicaragua). Dans son rapport du , le Comité du Sénat des affaires étrangères mentionna : .

Depuis les années 1990, les énormes profits du trafic de stupéfiants constituent un risque réel de déstabilisation avec l'augmentation du risque de corruption et l'utilisation d'armes de guerre par les divers cartels. La lutte contre les narcotrafiquants au Mexique constituant, par exemple, la deuxième préoccupation de la CIA en 2009NOTES D'ACTUALITÉ ETATS-UNIS : LE TESTAMENT DE L'EX-DIRECTEUR DE LA CIA, 7 février 2009 . Au , 51,3 % des prisonniers gérés par le Bureau fédéral des prisons avaient été condamnés dans le cadre de lutte contre les stupéfiants Quick Facts About the Bureau of Prisons.

Principaux consommateurs mondiaux de drogues., les États-Unis voient d'année en année le nombre de décès provoqués par une surconsommation s'accroitre pour atteindre près de en 2016..

Motivation . La consommation de drogues s'est répandue aux États-Unis dans les années 1970.

Le gouvernement américain refuse de voir son avenir être menacé par ce problème. Et cette raison est suffisante selon lui pour justifier les ressources, le temps et les efforts consacrés à la guerre contre les drogues que cela soit sur le territoire des États-Unis ou à l'étranger.

Toutefois, selon Alain Labrousse, les États-Unis sont la seule grande puissance à utiliser systématiquement la guerre à la drogue comme outil de leur interventionnisme.

Les initiatives mises en œuvre aux États-Unis Budget En 1996, au niveau fédéral, les États-Unis ont affecté plus de quinze milliards de dollars à de tels programmes. De 1987 à 1997, un total de cent dix milliards de dollars ont été consacrés à cette lutte. Il convient d'ajouter à ce total les sommes comparables dépensées à cette fin par les États et les localités, ainsi que celles déboursées par les entreprises, les collectivités, les écoles et les particuliers pour faire face à tous les problèmes liés à la toxicomanie. En tout, cela représente près de cinq cents milliards de dollars. Ce chiffre ne tient pas compte des coûts indirects de la toxicomanie mesurés en souffrances, actes de violence et pertes de vies humaines. Il reflète le poids financier que les lois anti-drogues imposent aux États-Unis, mais aussi selon le gouvernement, sa volonté et celle du public de faire face au problème des drogues sous tous ses aspects.

La grande majorité des crédits fédéraux alloués à la lutte anti-drogue financent les initiatives mises en œuvre sur le territoire même des États-Unis. Il en est de même pour les fonds qu'y consacrent les États, les municipalités et les groupes privés. Cela représente au total plus de trente milliards de dollars par an. Les ressources fédérales consacrées à la lutte contre la drogue sont réparties entre quatre grands domaines : traitement, prévention, répression, et interception et programmes internationaux. Des sommes importantes sont également affectées à la recherche scientifique dans ces mêmes domaines.

+ Répartition des crédits(en milliards de dollars) Domaine 1997 1998 Répression 7,835 8,126 Traitement 2,808 3,003 Prévention 1,648 1,916 Interception 1,638 1,609 Programmes internationaux 0,450 0,487 Recherche et renseignements 0,723 0,831

Mise en place du budget En 1986, est adopté par le Congrès et signé par le président Ronald Reagan le Anti-Drug Abuse Act. Cette loi débloque 1.7 milliard de dollars afin de financer la lutte contre la drogue dont 97 millions sont alloués à la construction de nouvelles prisons, 200 millions sont dirigés vers la sensibilisation à la consommation et 241 millions de dollar servent à la recherche d'un traitement. Cette loi met en place des peines plancher pour les condamnations liés à la possession et à la vente de drogue; la possession d'au moins un kilogramme d'héroïne ou de cinq kilogrammes de cocaïne devient punissable d'une peine de dix ans. Tandis que la vente de cinq gramme de crack est condamnable par une peine d'au moins cinq ans.

En 1988, le Congrès a créé l'Office of National Drug Control Policy (Bureau chargé de la lutte nationale contre la drogue) qui, sous la direction d'un haut responsable, est chargé de coordonner tous les programmes fédéraux relatifs à la lutte contre les drogues.

Le Congrès exige que l'exécutif lui soumette chaque année sa stratégie nationale de lutte contre les drogues dans le cadre de laquelle le gouvernement doit établir un budget consolidé basé sur ces objectifs. Les seize milliards de dollars sollicités pour l'exercice 1998 répondent à cette exigence.

Répartition des ressources Les ressources prévues pour la répression couvrent un certain nombre d'activités comme les enquêtes judiciaires, les procès, le coût des incarcérations, ainsi que des sommes modestes pour le traitement médical des toxicomanes dans les prisons. Elles comprennent aussi quelque dix millions de dollars destinés au Service national des forêts pour lui permettre de combattre la production illicite de marijuana dans plusieurs parcs nationaux ainsi qu'un appui aux divers États en vue de la destruction des cultures de marijuana.

Les fonds réservés aux traitements médicaux soutiennent des programmes de désintoxication mis en œuvre dans l'ensemble du pays. La majorité des fonds sont fournis sous forme de dotations que les États sont chargés d'administrer en vue du financement de divers programmes allant du suivi médical à long terme en milieu hospitalier à d'autres formes d'intervention conçues pour aider les toxicomanes. On ne guérit pas toujours facilement de la toxicodépendance et le traitement peut parfois durer longtemps. C'est pourquoi les efforts de prévention sont aussi soutenus. L'objectif est de dissuader les usagers en puissance de faire l'essai de la drogue. La majorité des crédits affectés à la prévention sont accordés aux États pour des projets d'information dans les établissements scolaires et pour soutenir les initiatives prises par les coalitions locales afin d'empêcher les enfants de vouloir essayer la drogue.

Selon le gouvernement américain, la prévention est plus efficace si les parents, les responsables locaux, les écoles, les entreprises, le clergé et les étudiants y participent s'appuyant sur les exemples des résultats obtenus à Miami et à Cincinnati. Il se base aussi sur des expériences des années 1980 et du début des années 1990 où les activités ciblant les jeunes auraient permis de réduire de façon significative l'usage expérimental de la drogue. Selon le gouvernement américain, entre 1980 et 1990, la consommation de drogue chez les jeunes aurait baissé de plus de 50 % et celle de cocaïne de plus de 70 %. Le comportement adopté à l'égard des dangers de la drogue aurait également complètement changé durant cette période, et de plus en plus de jeunes considéraient l'usage de la drogue comme dangereux et condamnable. Ces résultats auraient été obtenus en dépit du fait que la drogue restait disponible.