Un consensus est un accord des volontés sans aucune opposition formelle ("personne ne dit non"). Le consensus se distingue de l'unanimité qui met en évidence la volonté manifeste de tous les membres dans l'accord. Un consensus caractérise l'existence parmi les membres d'un groupe d'un accord général (tacite ou manifeste), positif et unanime pouvant permettre de prendre une décision ou d'agir ensemble sans vote préalable ou délibération particulière. Le consensus peut parfois être contraire à la majorité en tant que résultat.

Attention : bien qu'en principe le consensus désigne depuis longtemps un accord par absence d'opposition formelle ("personne ne dit non") dans les pratiques établies de nombreux collectifs et communautés, certains milieux ont adopté plus récemment un usage très différent qui ressemble plus au principe du consentement ou consentement express ("tout le monde dit oui"). En effet, par exemple dans des groupes "neo-ruraux" ou en sociocratie, on nomme parfois consensus un résultat visé et obtenu par l'emploi d'une méthode de prise de décision, où après avoir fait exprimer et reconnu la validité des opinions exprimées par chacune des parties en présence, le groupe ou ses animateurs s'efforcent de dégager et de recueillir un accord pouvant être présenté comme unanime ou quasi unanime. Ce qui se démarque de la pratique courante d'atteindre un accord par absence d'opposition après avoir traité les objections.

Étymologie et histoire Consensus est un mot latin qui signifie « accord », au sens de « sentiment commun ». Ainsi par exemple, "au cours des années 58-56 av. J-C, [l'échec des réformes politiques proposées par Cicéron] lui font souhaiter, sous le nom de consensus universorum le rassemblement de tous ceux qui, quelle que soit leur origine sociale (et c'était très neuf), s'accordaient sur certains principes modérés (...)"Claude Nicollet, in : Encyclopaedia Universalis, article Cicéron, vol. 4, p.1041, col.1.. Le mot a été lexicalisé dans la langue française au sous le sens de « large accord » Définition de consensus dans la du dictionnaire de l’Académie française.. Le mot latin dissensus, bien qu'il ne soit pas lexicalisé en français (il n'apparaît pas dans les dictionnaires) est parfois utilisé pour désigner soit l'échec d'une recherche de consensus, soit l'attitude qui consiste à vouloir opposer les différentes opinions sans chercher à les rapprocher.

Du fait du changement de sens récent qui fait que le terme consensus se dissocie de l'unanimité ou de la quasi-unanimité, on en vient à parler de « consensus absolu » ou de « consensus parfait » pour désigner un accord qui ne recueille aucune opposition.

Selon le Trésor de la langue française informatisé, la prononciation de la deuxième syllabe se fait selon la forme []consensus dans le TLFi et non [].

Enjeux et difficultés du consensus

Selon Christophe Pacific, à vouloir éliminer le conflit dans la démarche de recherche de consensus, nous éludons l'opportunité de le dépasser. Nous sacrifions un meilleur possible au profit d'une démocratie du moindre mal. Les décisions pluridisciplinaires, qu'elles soient issues d'un staff médical, d'un comité d'éthique ou d'une instance politique internationale, succombent aujourd'hui au chant du consensus. A contrario, le dissensus assure, par le lien fécond de la parole, le souffle éthique d'une société. Il y a davantage de possibles dans un conflit que dans un consensus.

Le consensus cherche à sacraliser de nouvelles normes dans une société en crise de rituel. La réalité nous montre que l’étoffe du consensus est tissée de soumission librement consentie, de nécessités et de jeux de pouvoir liés de près à des plaisirs immédiats. À force d’habitude, l’exigence de certitude, de vérité, le processus substitue le poison au remède. Le consensus sonne le glas de l’éthique. Poursuivant l’unanimité, la sympathie naturelle entre les éléments de la nature entre eux comme le décrivait Cicéron, le consensus diabolise le conflit et cherche expressément à l’éliminer du fait de son chaos apparent. Le besoin d’ordre normatif tend à rechercher l’exclusion du risque d’égarement, la menace d’une possible logique contraire, il totalise le besoin de vérité commune. À ce stade, la démocratie est en danger car il est nécessaire qu’une démocratie nous permette de nous égarer sans nous perdre. La réflexion démocratique doit pouvoir envisager tous les possibles et c’est dans cette projection qu’une démocratie se rend brillante. La certitude, elle, présente le chemin comme un paradigme sécurisant qui, par le sentiment de confort qu’elle nous procure nous confine dans une pensée arrêtée, sans issue. L’unanimité du consensus recherche la puissance de cohésion contre le risque déstabilisant d’une controverse. En voulant se débarrasser de la différence et en la diabolisant comme un danger sociopathique, la démocratie pourrait se complaire dans l’incomplétude en fabriquant de la sympathie artificielle. Si le consensus n'est pas un poison en soi, la recherche à tout prix de ce dernier est une démarche totalitaire, alors se pose comme incontournable en termes d'éthique le Principe du conflit nécessaireChristophe Pacific, Consensus/Dissensus - Principe du conflit nécessaire, l'Harmattan, 2011.

Consensus et pensées collectives De nos jours, on confond souvent consensus et « choix collectif ». Il existe des degrés de variation toujours possibles entre individus, et il doit y avoir une implication individuelle forte pour faire suivre la prise de décision de l'action. Auquel cas, la prise de décision nécessite une négociation au bout de laquelle les autres participants au débat seront satisfaits.

L'opinion collective n'est pas un consensus, mais une opinion reçue, un alignement sur une orthodoxie - éventuellement à partir d'une manipulation mentale ou de la propagande. Des études sur les effets de groupes et des foules affirment l'existence des consensus émotionnels pouvant aller jusqu'à l'hystérie collective.

Il existe plusieurs débats et recherches à la fois sur les notions d'intelligence collective et de prise de décision par consensus - discutés dans d'autres articles. Cet article traite de l'idée de consensus dans son sens le plus strict, et non pas de ses implications en politique ou en économie (domaines dans lesquels non seulement le consensus importe mais également l'action subséquente).

Consensus et dictature de la majorité Le terme consensus implique également des notions de compromis. Plutôt qu'une opinion adoptée par une majorité, le consensus suggère l'apport de multiples opinions différentes, et leur adaptation progressive jusqu'à ce qu'une solution satisfaisant le plus grand nombre de personnes puisse être dégagée. Le consensus ne signifie pas forcément que tout le monde est satisfait du résultat, mais suggère plutôt que tout le monde peut juger le résultat acceptable et que la majorité est satisfaite. On doit donc apporter un soin particulier à la définition de cette majorité représentative de l'ensemble, faute de quoi ce compromis peut s'éloigner de la réalité pourvu que le consensus se construise, au vu de la subjectivité de l'estimation de la « représentativité » de chaque personne. Ce type de consensus, limant les divergences au profit des similitudes, manifeste la justesse de l'opinion répandue. On peut considérer que le consensus se construit avec la loi de juste milieu (pris dans le sens d'un milieu acceptable pour les différentes parties). Certains considèrent alors que l'objectivité, si ce n'est la vérité, répond à la courbe de Gauss où les 20 % restants sont quantité négligeable et, de ce fait, inutiles à conserver. Ce type de solution est souvent appelé consensus, mais n'en est pas un à proprement parler.

Plus généralement, on considère la prise de décision par consensus comme la recherche d'une solution de résolution, où le compromis doit être une proposition originale, qui tienne compte des positions de chacun et essaye de satisfaire tous les participants au débat. Ce type de compromis est nommé gagnant-gagnant. Chaque proposition doit être évaluée pour ce qu'elle est et non pour ce que chacun en imagine, l'imagination portant le plus généralement sur l'émetteur de la proposition.

Certains considèrent que dans le cas où un compromis gagnant-gagnant ne peut être construit, on peut alors enregistrer les dissensions (ou dissensus) car elles sont considérés comme plus proches de la réalité décrite et susceptibles de faire avancer le problème. Cette solution peut satisfaire la majorité des participants au débat. D'autres considèrent qu'il s'agit alors d'un échec de consensus, car chacune des parties étant restée sur ses positions, le problème débattu n'est pas réellement réglé. Cela dit, la recherche du consensus permet d'éviter que la majorité impose ses décisions à la minorité, puisque le veto permet à chacun de refuser une solution qui ne lui convient vraiment pas (à condition de ne pas en abuser, auquel cas c'est une autre forme de dictature, de l'individu sur le collectif).

Contextes conflictuels : impossibilité du consensus ? La fable de La Fontaine, (« Le Meunier, son Fils et l'Âne »). montre que les décisions peuvent ne pas tenir longtemps du fait de l'inconséquence et de l'irrésolution personnelle du décideur.

Sur le plan historique, l'expérience de la Diète polonaise illustre jusqu'à la caricature l'état de paralysie auquel aboutit une représentation politique fondée sur la règle trop exigeante de l'unanimité.

Sur le plan théorique, le paradoxe de Condorcet, repris dans le Théorème d'impossibilité d'Arrow montre bien la difficulté d'élaborer des choix collectifs cohérents dès lors que les options possibles sont trop nombreuses (démonstration de la quasi-impossibilité logique d'établir une fonction de préférence collective en agrégeant les préférences individuelles).

Dans ce cas, les réponses potentielles - sauf à nommer un « dictateur » comme le font les Romains sous l'Antiquité, ou à donner, comme en France, des prérogatives exceptionnelles, pour un objet et un temps limités, au président de la République en cas de situation d'urgencecf. les dispositions prévues par l'article 16 de la Constitution de la V République — relèvent de la négociation :

résolution de conflit ; résolution de problème ; arbitrage (droit) ou médiation ; dialogue, palabre.

Risques Pour Heiko Maas le fonctionnement à l'unanimité est une .

L'art du consensus Prise de décision par consensus Dans une démarche d'ouverture à la multiplicité et à la diversité des opinions, la prise de décision par consensus s'oppose à la pensée unique. Pour assumer et gérer positivement cette diversité il faut être capable de prendre des décisions et d'avoir les pratiques pertinentes pour ce faire : la démocratie de type occidental recommande l'usage du vote soit dans le cadre de la démocratie représentative, soit de plus en plus dans le cadre de la démocratie directe (usage du référendum, conférences de citoyens…). Si le vote démocratique se trouve être légitimé comme seule source légitime du pouvoir, il est fréquent de constater - surtout lorsque le sujet est complexe ou met en jeu des positions très antagonistes - qu'il laisse une minorité - parfois importante - des votants mécontente du résultat. Et si la majorité - bien que légitime - se comporte de façon arrogante ou intransigeante, la situation peut apparaître comme une « stratégie de force » de type « gagnants contre perdants ». Et même si cette minorité accepte la « règle du jeu » et la décision prise, elle sera tentée de résister activement ou d'atténuer les conséquences de cette décision jusqu'à la « revanche prochaine », au prochain scrutin ;