Isabelle du Brésil (en portugais, Isabel do Brasil), née à Rio de Janeiro, au Brésil, le et morte au château d'Eu, en France, le a été princesse héritière du Brésil, régente de l’Empire à trois reprises (en 1871-1872, 1876-1877 puis 1887-1888) puis prétendante au trône après la chute de la monarchie.
Libérale, la princesse Isabelle soutient fermement les partisans de l’abolition de l’esclavage et appuie ainsi le combat de nombreux jeunes politiciens et artistes. Or, à l’époque, une grande partie des abolitionnistes sont liés au mouvement républicain. D’autre part, avec sa cassette personnelle, la princesse impériale soutient l’artisanat des anciens esclaves et appuie également le quilombo de Leblon, qui cultive les camélias blancs, symboles de l’abolitionnisme.
En 1887, elle assume pour la troisième fois de sa vie la régence et décide très vite d’en terminer avec le régime esclavagiste. Cependant, sa volonté d’abolition soulève une forte opposition de la part des grands propriétaires terriens (les « fazendeiros ») et les relations de la princesse avec son cabinet ministériel conservateur (et notamment le ministre Cotegipe) se tendent. La princesse profite finalement d’une émeute urbaine pour renvoyer ses ministres et nommer un nouveau cabinet ayant à sa tête son conseiller, João Alfredo : la route vers la liberté est dès lors assurée pour les esclaves de l’Empire.
Ayant aboli l’esclavage en signant la Loi d'or en 1888, elle reçoit le surnom d’« Isabelle la Rédemptrice ». Par son mariage avec le prince Gaston d'Orléans, comte d'Eu, petit-fils du roi des Français, elle donne naissance à la Maison d'Orléans-Bragance.
Jeunesse et famille
Premières années et éducation gauche|vignette|256x256px|Portrait de la princesse Isabelle à l’âge de 7 ans, en 1853. Deuxième enfant de l’empereur Pierre II, la princesse Isabelle naît en 1846 au palais de Saint-Christophe. Elle est l’aînée des enfants survivants de l’empereur Pierre II (1825-1891) et de son épouse, l’impératrice Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles (1822-1889), elle-même fille du roi François des Deux-Siciles (1777-1830).
Le , elle est baptisée dans la chapelle impériale par l'évêque-comte d'Iraja et son nom lui est donné en l’honneur de sa grand-mère maternelle, Marie-Isabelle d’Espagne (1789-1848), reine des Deux-Siciles.
Peu de temps après, le frère de la princesse, dom Alphonse (1845-1847), meurt et Isabelle devient princesse impériale et héritière du Brésil. La même année naît la princesse Léopoldine de Bragance (1847-1871) qui va être l’amie et la compagne de jeu de sa sœur. En 1848, Isabelle perd son statut d’héritière avec la naissance de son second frère, dom Pierre-Alphonse (1848-1850), mais elle le retrouve rapidement puisque l’enfant meurt à l’âge d'un an et demi.
Afin de préparer la princesse Isabelle à son rôle d’héritière du trône, Pierre II lui fait donner une éducation soignée. Sur les conseils de sa sœur, la princesse de Joinville, l’empereur nomme ainsi, en 1855, la comtesse de Barral, épouse d’un noble français, comme préceptrice de ses filles.
Comme le lui demande la constitution brésilienne, la princesse Isabelle prête serment, le jour de ses 14 ans, de « maintenir la religion catholique apostolique romaine, d’observer la constitution politique de la nation brésilienne et d’obéir aux lois et à l’empereur ».
Mariage et descendance La principale préoccupation de l’empereur et de sa famille consiste à trouver des maris honorables pour les princesses Isabelle et Léopoldine. Avec l’aide de la princesse de Joinville, Pierre II choisit finalement comme gendres les princes Gaston d’Orléans (1842-1922) et Auguste de Saxe-Cobourg-Kohary (1845-1907), tous deux petits-enfants du roi des Français Louis-Philippe et neveux de sa sœur. Les deux jeunes gens arrivent ensemble au Brésil en 1864 : Gaston, pour épouser Léopoldine et Auguste, pour s’unir à Isabelle. Cependant, les deux princesses prennent la liberté de choisir chacune leur époux et Isabelle s’unit au prince Gaston d'Orléans, comte d'Eu, petit-fils du roi des Français. Les deux jeunes gens vont ainsi engendrer une nouvelle dynastie : les Orléans-Bragance. droite|vignette|282x282px|Isabelle et Gaston d’Orléans avec leur fils Pierre d’Alcantara, par Karl Ernst Papf. Le , la princesse impériale épouse Gaston, à Rio de Janeiro. De cette union naissent quatre enfants : la princesse Louise Victoire de Orléans e Bragança (1874-1874) ; le prince Pedro de Alcântara Luís Filipe Maria Gastão Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1875-1940), prince du Grão-Para (1875-1891) puis prince impérial (1891-1908), qui épouse en 1908 la comtesse tchèque Elisabeth Dobrzensky de Dobrzenicz (1875-1951). Ce sont les grands-parents du prétendant orléaniste au trône de France, Henri d’Orléans (1933-2019), comte de Paris. Au Brésil, Pierre d’Alcantara est également le fondateur de la branche de Petropolis de la maison d'Orléans-Bragance ; le prince Luís Maria Filipe Pedro de Alcântara Gastão Miguel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1878-1920), prince impérial (1908), qui s’unit à Marie-Pie de Bourbon-Siciles (1878-1973). Au Brésil, ce sont les ancêtres de la branche de Vassouras de la maison d'Orléans-Bragance ; le prince Antônio Gastão Filipe Francisco de Assis Maria Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Orléans e Bragança (1881-1918), sans alliance. Peu après leur mariage, Isabelle et Gaston partent en lune de miel à Pétropolis puis ils gagnent l’Europe pour qu’Isabelle soit présentée à son beau-père, le duc de Nemours. gauche|vignette|La princesse Isabelle en 1870. Une fois revenus au Brésil, Gaston demande à l’empereur la permission de s’engager dans la guerre que livre alors le Brésil contre son voisin, le Paraguay. Le prince reçoit alors du souverain la dignité de maréchal de l'armée. Puis, dans la phase finale du conflit, le comte d’Eu assume le commandement des troupes brésiliennes, ce qui est source de préoccupations pour la princesse Isabelle mais surtout d’opposition dans certains cercles brésiliens dans la mesure où le prince Gaston ne prend pas toujours des décisions militaires très sages.
Une fois la guerre terminée, Isabelle et Gaston réalisent un nouveau voyage en Europe pour rendre visite à la princesse Léopoldine, alors malade. Mais celle-ci meurt du typhus le et le couple rentre au Brésil. La même année, dom Pierre II se rend à son tour en Europe et Isabelle doit assumer la régence à l’âge de 24 ans. C’est durant cette période qu’est signée la « Loi du Ventre libre », qui donne la liberté aux enfants d’esclaves nés après 1871.
Mais, à cette époque, c’est moins le statut des esclaves que l’absence d’héritier dans la famille impériale qui préoccupe Isabelle et son époux. Il faut en effet attendre 1874 pour que la princesse tombe enceinte mais l’enfant dont elle accouche est mort-né. C’est finalement le , après 11 ans de mariage, que naît l’héritier tant attendu de la princesse Isabelle, Pierre d’Alcantara d’Orléans-Bragance, titré prince de Grão-Para. Deux autres garçons vont suivre.
En tant que princesse impériale, Isabelle obtient de droit un siège au Sénat lorsqu'elle atteint l'âge de ., devenant la première femme sénatrice de l'histoire du Brésil..
Régente du Brésil Première régence thumb|250px|La princesse Isabelle prête serment en tant que régente de l'empire du Brésil.|gaucheMalgré son affection pour ses filles, Pierre II ne croit pas qu'Isabelle, devenue princesse héritière, soit capable d'assurer correctement les fonctions impériales. Il pense au contraire que son successeur doit être de sexe masculin pour que la monarchie puisse être viableVainfas (2002), p. 239.. Il considère de plus en plus que le système impérial lui est lié de façon inextricable et qu'il ne peut lui survivre. Isabelle et sa sœur reçoivent une éducation exceptionnelleOlivieri (1999), p. 43. mais l'empereur ne les prépare pas du tout à diriger la nation. Il exclut ainsi Isabelle de toute participation aux réunions et décisions gouvernementalesCarvalho (2007), p. 131.. vignette|Prestation de serment de la princesse Isabelle. L'absence d'héritier mâle permettant d'envisager une nouvelle direction de la nation diminue également les perspectives à long terme de la monarchie brésilienne. L'empereur aime sa fille Isabelle, mais il estime qu'une femme au pouvoir est impossible au Brésil. Il considère la mort de ses deux fils comme un signe que l'Empire est destiné à être supplantéBarman (1999), p. 262.. La résistance à accepter une femme à la tête de l'État est également partagée par l’establishment politiqueBarman (1999), p. 268.. Même si la constitution permet une succession féminine au trône, le Brésil est encore très traditionnel et envisage seulement un successeur mâle comme chef d'ÉtatBarman (1999), p. 130..
En 1871, Pierre II et son épouse partent en voyage en EuropeBarman (1999), p. 236.. Il y a longtemps que l'empereur souhaite voyager à l'étranger. Quand on lui apprend que sa fille cadette, Léopoldine, est morte à 23 ans, à Vienne, de la fièvre typhoïde, le , il a enfin une raison majeure de s'aventurer hors de l'Empire.
Avec le départ de l’empereur, Isabelle est propulsé sur le devant de la scène. Elle prête officiellement serment sur la constitution, devant le parlement, et devient régente de l’Empire à partir du . gauche|vignette|Portrait de la régente Isabelle du Brésil. Elle approuve alors la politique du chef de gouvernement, le conservateur José Maria da Silva Paranhos, vicomte de Rio Branco, dont le principal objectif est de faire adopter une loi pour libérer immédiatement tous les enfants nés de femmes esclaves. Le projet de loi controversé est présenté à la Chambre des députés en mai et . Le projet est finalement promulgué en septembre et est connu sous le nom « Loi du ventre libre ». Cette victoire de Rio Branco ébranle cependant sérieusement la stabilité politique de l'Empire. La loi , formant une nouvelle génération d'ultra-conservateurs.
En 1870, peu de Brésiliens s'opposent à l'esclavage et moins nombreux encore sont ceux qui osent prendre ouvertement position contre lui. Isabelle est l'une des rares à le faireCarvalho (2007), p. 189.Barman (1999), p. 194. et elle considère l'esclavage comme « une honte nationale »Olivieri (1999), p. 44.. La famille impériale ne possède d'ailleurs pas d'esclave. En 1823, les esclaves formaient 29 % de la population brésilienne, mais ce chiffre tombe à 15,2 % en 1872. Cependant, l'abolition de l'esclavage est un sujet délicat au Brésil. Presque tout le monde, du plus riche au plus pauvre, a ses esclavesCarvalho (2007), p. 130.. Le gouvernement veut pourtant mettre fin à l'esclavage progressivementLyra (v.2, 1977), p. 161. afin d'atténuer l'impact de l'abolition sur l'économie nationaleLyra (v.3, 1977), p. 29.. Il feint ainsi d'ignorer les dommages croissants que causent à son image et à celle de la monarchie son soutien à l'abolitionBarman (1999), pp. 224–225..
La régence prend officiellement fin le , lors du retour de l’empereur dans la capitale.
Seconde régence vignette|Isabelle et son père, l’empereur Pierre II. En , l’empereur part une nouvelle fois en voyage à l'étranger, cette fois à destination des États-Unis. Isabelle assume une nouvelle fois la régence. Alliée aux libéraux, et favorable aux réformes progressistes déjà initiées par son père, Isabelle est confrontée à plusieurs oppositions. L'armée, qui avait gagné en influence après avoir participé à la guerre de la Triple Alliance () contre le Paraguay, devient de plus en plus insatisfaite du régime impérial. Beaucoup de militaires n'étaient pas non plus satisfaits de la manière dont le recrutement de troupes a été effectué pour participer à l'effort de guerre, l'armée ne comptant que en 1865.