Le bassin houiller lorrain est l'un des deux grands bassins houillers de France, situé dans le nord-est du département de la Moselle.
C'est une entité géologique, mais comme dans tous les bassins charbonniers et industriels, l'exploitation charbonnière a aussi contribué à créer une « identité » industrielleCapot-Rey, R. (1934). La région industrielle sarroise: territoire de la Sarre et bassin houiller de la Moselle. Berger-Levrault., socioculturelle (multiculturalisme avec par exemple près de étrangers comptabilisés dans ce bassin houiller en 1921Baulig, H. (1923). La population de l'Alsace et de la Lorraine en 1921. In Annales de géographie (Vol. 32, , ). Société de géographie.) et économiqueRebaudieres-Paty, M. (1985). Langues et identités dans le Bassin Houiller Lorrain : une approche de terrain. , 1985(54), 17-40 DOI:10.1515/ijsl.1985.54.17 (également lié dans cette région à la présence d'un bassin ferrifère de Lorraine, voire sanitaire en raison d'une prévalence plus importante de la silicose notammentDechoux, J., & Ruyssen, L. (1956). Syndrome de Caplan; première observation dans le bassin houiller lorrain. Strasb Med, 7(6), 399-403.. Ce bassin a marqué le développement de la Lorraine du aux années 1960Bonnefont, J. C. (Ed.). (1979). Histoire de la Lorraine de 1900 à nos jours (Vol. 5). Privat.. Le bassin et ses ressources (en charbon, mais aussi en fer comme à Aumetz Gréau, E. (1908). Le fer en Lorraine. Berger-Levrault.) ont aussi joué un rôle historique dans les relations franco-allemandes (période d'occupation allemande et deux guerres mondiales) avec les intérêts de l'industrie lourde et de l'industrie charbonnière en arrière fond.
Superficie, géographie
Il s’étend sur une superficie de et peut être grossièrement délimité par le triangle Villing – Faulquemont – Stiring-Wendel. Géographiquement, il correspond à la vallée de la Rosselle. En surface, ce « bassin » concerne environ soixante-dix communes.
Les gisements houillers les plus proches sont le bassin houiller de la Sarre au nord-est et le bassin houiller de la vallée de Villé au sud-est.
Géologie Grâce aux nombreux forages exploratoires et aux fossiles de plantes et de sporesLachkar, G., & Ybert, J. P. (1965). Répartition des mégaspores dans le Westphalien D et dans le Stéphanien inférieur du bassin houiller de Lorraine. C. r. hebd. Séans. Acad. Sci. Paris, 261, 5577 (et plus rarement d'insectes ou autres animaux) remontés du fond, ce bassin a été beaucoup étudié par les géologues et paléobotanistes et palynologistesAlpern, B., Liabeuf, J. J., & Schömer, R. (1965). Zonation palynologique du Bassin Houiller lorrain. Zeitschrift der Deutschen Geologischen Gesellschaft, 117, 162-177. qui ont permis de mieux comprendre sa formation, ses spécificités, ainsi que la paléofloreLaveine, J. P. (1989). Guide paléobotanique dans le terrain houiller sarro-lorrain : documents des Houillères du bassin de Lorraine. Houillères du bassin de Lorraine, Groupe Charbonnages de France.Doubinger, J., & Germer, R. (1975). Sphenopteris dimorpha (Lesquereux) Wagner: polymorphisme et extension stratigraphique de l'espèce dans le bassin houiller sarrolorrain. Compte rendu Congrès National des Sociétés Savantes (Paris, 1975), 2, 47-57. et paléofaunesWaterlot, G. (1934). Études des Gîtes Minéraux de la France. Bassin Houiller de la Sarre et de la Lorraine. II. Faune Fossile. Étude de la faune continentale du Terrain Houiller Sarro-Lorrain, 1-317.Waterlot, G. (1934). Bassin houiller de la Sarre et de la Lorraine. II. Faune fossile. Étud. Gites min. France, Lille. qui ont présidé à sa lente formation il y a plusieurs centaines de millions d'années.
Histoire En 1896, Jules Bergeron fait une communication, à la Société des Ingénieurs Civils de France, sur l'extension possible des différents bassins houillers français. Il indique notamment qu'il est probable que le bassin de Sarrebruck doit se prolonger jusqu'en Lorraine. Cinq ans plus tard, Marcel Bertrand et Bergeron affirment que la continuité des assises houillères de Sarrebruck vers le Sud-Ouest est certaine, mais il leur semble toutefois que le houiller doit se trouver dans cette partie de la Lorraine à une profondeur qui ne permet pas d'en prévoir l'exploitation.
Il est présenté en 1905 comme le « nouveau bassin houiller » de FranceLaur, F. (1905). Le nouveau bassin houiller de la Lorraine française. Congr. intern. des mines, etc. Liége, 391-436., bien que franco-allemand du point de vue géologiqueLaur, F. (1905). Le prolongement du bassin houiller de Sarrebruck sous la Lorraine française. Bull. Soc. Géol. de France, 104-106.. Il est, à cette époque, situé sur le territoire de l'Empire allemand (l'Alsace-Lorraine étant alors annexée par ce dernier depuis 1871).
Il tire son nom de l'activité économique qui a forgé son unité avec les houillères du bassin de Lorraine.
C'est un anticlinal évidé par érosion, appelé « boutonnière du Warndt ». C'est dans cette formation géologique que le charbon est le plus accessible, ce qui a permis le développement de l'industrie charbonnière, qui elle-même a nourri l'industrie métallurgique.
Depuis la fermeture des mines de charbon on parle plutôt de bassin de vie de Moselle-Est que de Bassin houiller lorrain pour désigner ce territoire en reconversionDaviet, Sylvie. (1990). Le bassin houiller lorrain et son espace frontalier: l'évolution d'une région en voie de reconversion (Thèse de Doctorat en géographie soutenue à Aix-Marseille 2 en 1990, dès les années 1960 pour ce qui concerne les mines de fer puis la métallurgie dont l'activité va constamment diminuer alors qu'en 1960 Tanguy, L. (1999). Reconversion industrielle ou conversion culturelle dans un bassin minier de Lorraine au milieu des années 1960. Sociétés contemporaines, 35(1), 43-70., bien que quelques projets d'exploitation de gaz de couche aient été prévus ou maintenusMascle, A., Bertrand, G., & Lamiraux, C. (1994). (). Springer Berlin Heidelberg.. La reconversion est aussi foncière (patrimoine minier des houillères et de friches industrielles à recycler, avec l'EPF notamment) et urbaine avec la reconversion des villes-usines et zones-dortoirEdelblutte, S. (2009). Que sont devenues les villes-usines? Réflexion à partir du cas lorrain. Pérennité urbaine ou la ville par-delà ses métamorphoses, 3, 137-153.)
Gestion de l'eau, un cas particulier L'exploitation houillère a eu des conséquences écopaysagères importantes, notamment en raison de l'exploitation forestière sollicitée pour les besoins de bois de mineRoth, Catherine (1997). Bois de mine. Ethnographie d’un chantier d’abattage dans le bassin houiller lorrain ; Sarreguemines, Pierron, 151 pages, installations industrielles) et modification considérable du cycle de l'eau et la chimie des nappes et des eaux superficiellesFabriol, R. (2008). Projet MINEWATER. Étude de préfaisabilité–Chimie de l’eau dans le bassin houiller lorrain. BRGM/RP-56907-FR, 48 p., 7 fig., 10 tab. 3 annexes. qui tendent par ailleurs à remonter depuis l'arrêt de l'exploitation.
C'est le premier bassin houiller à bénéficier d'un SAGE spécifique, dénommé « Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux du Bassin Houiller ».
Ce sage concerne 72 communes disposées dans le triangle formé par Creutzwald, Faulquemont et Forbach (état des lieux Plaquette État des lieux, SAGE du bassin houiller lorrain ; Il s'appuie sur un « diagnostic du territoire » et un « scénario tendanciel »Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux du Bassin Houiller (Version 16 juillet 2010, validée la Commission locale de l'Eau ) . La création de ce SAGE « frontalier » et de l'après-mine avait été suggérée et préparée dès la fin des années 1990 pour mieux faire face aux « séquelles minières ».
Il concerne les eaux souterraines et de surface et cherche à répondre à des enjeux de restauration, préservation et protection de la ressource, des points de vue quantitatifs et qualitatifs (nappe des grès vosgiens pour l'eau potable en particulier). Il a aussi pour objet de mieux gérer les risques d’inondations ou de mouvements de terrain (notamment liées aux problématiques d’affaissements miniers et de regonflement du sous-sol sous l'effet de la remontée des eaux après l’arrêt de l’exhaure minière, bien qu'ils soient supposés relativement stabilisésDegas, M., Wojtkowiak, F., METZ, M., & BRANCHET, M. (2003). Stabilité de la surface après l'exploitation totale du charbon et l'arrêt des pompages d'exhaure minière . In Colloque international Après-mine 2003, Nancy, février 2003, CD Rom JSBN2-85555-057 (Vol. 2). et de « remontées de nappe » en fond de vallées) ; il s'agit en particulier d' , tout en surveillant le altérations des eaux et en optimisant les moyens de lutte contre les pollutions. Il vise enfin à encourager une utilisation raisonnable des ressources en eau, et l'amélioration continue des connaissances du bassin.
En 1998, la procédure de le lancement du SAGE a été suspendue le temps de finalisation des « procédures d'abandon minier » et de sorties de concessions, jusqu’à la fermeture du dernier puits (en 2004).
Le Préfet a ensuite relancé le processus du SAGE (fin 2005), qui s’est conclu en 2008 par des arrêtés préfectoraux définissant le périmètre géographique Arrêté du 4 avril 2008 fixant le périmètre du SAGE du Bassin Houiller lorrain du SAGE et la composition de la Commission locale de l’eau Arrêté préfectoral du août 2008 fixant la composition de la CLE (Commission locale de l’eau). La cohérence d’un AGE est habituellement celle d’un ou plusieurs bassins versants. Ce SAGE contient 3 têtes de bassins versants mais a sa propre cohérence qui est la réponse aux séquelles minières (sous forme de plus de 100 fiches actions SAGE Bassin Houiller – actions (467 Ko) et de scénarios d'intervention, accompagnés d’une évaluation socio-économique. Un résumé de sa stratégie a été publié en 2013 Stratégie du SAGE, synthèse.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie Aspects culturels et linguistiques d'une région frontalière : l'exemple du bassin houiller lorrain, de la région de Sarreguemines et du pays de Bitche, Metz, 1981 Villemin, T., & SUNWOO, C. (1987). Distribution logarithmique self-similaire des rejets et longueurs de failles: exemple du Bassin Houiller Lorrain. Comptes rendus de l'Académie des sciences. Série 2, Mécanique, Physique, Chimie, Sciences de l'univers, Sciences de la Terre, 305(16), 1309-1312. Donsimoni, M. (1981). Le bassin houiller lorrain: synthèse géologique (Vol. 117). Ed. du BRGM. Alpern, B., Lachkar, G., & Liabeuf, J. J. (1967). Le bassin houiller lorrain peut-il fournir un stratotype pour le Westphalien supérieur ?. Review of Palaeobotany and Palynology, 5(1), 75-91. (résumé) Alpern, B., & Morel, P. (1968). Examen dans le cadre du bassin houiller lorrain, des possibilités stratigraphiques de la geochimie. Ann. Soc. Geol. Nord, 88(4), 185-202. Villemin, T. (1986). Tectonique et extension, fracturation et subsidence: le fossé rhénan et le bassin de Sarre-Nahé (Thèse de Doctorat en sciences naturelles) ; 279 p. Alpern, B. (1963). Coupe palynologique du Westphalien du bassin houiller de Lorraine. Comptes rendus Académie des Sciences, 5170-5172. Pruvost, P. (1934). Bassin houiller de la Sarre et de la Lorraine, 3. Description géologique. Service des Topographies souter raines, Études gites minéraux de la France. Impr. Danel, Lille, 174. Carasco, Bruno (1987). Les grabens stephano-permiens de l'est de la France : évolution tectono-sédimentaire, développement des facies lacustres carbonates et sapropéliques (thèse de doctorat soutenue à Strasbourg 1, rédigée sous la direction de Jean-Claude Gall et de Francis Weber). Liu, X. B. (1990). La qualité des charbons dans le bassin houiller de Lorraine (thèse).