vignette|250 px|Les abstentionnistes sont souvent vus comme des « pêcheurs à la ligne »Site retourdactu.fr, page "La voix du silence", consulté le 12 août 2020(peinture de László Mednyánszky - 1890).

L'abstention ou abstention de vote est le fait de ne pas voter lors d'une élection (abstention électorale) ou au cours de toute autre procédure consultative (référendum national ou local, votation populaire en Suisse) malgré une inscription sur les listes électorales. La personne qui ne vote pas est qualifiée d'« abstentionniste ».

Les motivations des abstentionnistes sont diverses. En cas de fort niveau d'abstention, la légitimité des décisions votées ou des résultats d'élections peut, indépendamment de leur valeur légale, être fragilisée, notamment par l'idée que la « majorité silencieuse » ne se serait pas exprimée par le vote.

Le vote blanc et le vote nul ne relèvent pas de l’abstention ; ces suffrages sont généralement enregistrés comme « non exprimés ».

Définition et modalités

Statut légal

En France, à compter de dix-huit ans (âge de la majorité civile), l'inscription sur les listes électorales est un droitSite service-public.fr, page "élections", consulté le 15 juillet 2020, mais aussi une obligation : elle est en principe obligatoire (article L9 du Code électoral), bien que le défaut d'inscription ne soit soumis à aucune sanction. En France, l'inscription est automatique pour les jeunes qui à l'âge de participent au recensement citoyen.

En Belgique, l'inscription et le vote sont obligatoiresSite aceproject.org, page Le réseau du savoir électoral, consulté le 15 juillet 2020..

Calcul du taux d'abstention alt=carte montrant le taux d'abstention, où la surface d'un territoire est proportionnelle à son nombre d'inscrits sur les listes électorales|thumb|upright=1.6|Cartogramme de l'abstention au premier tour des élections régionales françaises de 2015. Le taux d'abstention peut être calculé de différentes manières : En France, le ratio est établi en rapportant le nombre des citoyens s'étant abstenus lors d'un vote au nombre de ceux inscrits sur les listes électorales, à la date du scrutin. Aux États-Unis, le ratio est calculé par rapport à tous les électeurs potentielsNicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ?, Paris, éditions du Seuil, 2005, , . C'est aussi le cas dans la plupart des pays européens, en particulier ceux qui, comme l'Allemagne, disposent d'un système de domiciliation des citoyens permettant la localisation géographique et, donc, l'inscription automatique du corps électoral.

L'abstention due à la non-reconnaissance du vote blanc En France, jusqu’au , le vote blanc n'était pas reconnu par les institutions, ce qui pouvait pousser certains électeurs à préférer l'abstention plutôt que de voir leur absence de choix interprétée comme un vote nul.

Bien que leur statut ait changé, les votes blancs sont comptés à part : « Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n'entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins ». Cette mesure ne donne donc pas au vote blanc le même poids qu'à un vote non blanc.

Moyens proposés de lutte contre l'abstention Les démocraties et certains partis politiques s'inquiètent des conséquences d'un taux d'abstention souvent relativement élevé dans les pays développés et s'efforcent de le réduire.

Une première idée est de sanctionner l'abstention. La sanction financière est pratiquée en Belgique depuis 1893., et ce pays a l'un des taux d'abstention parmi les plus bas d'Europe (environ 9 % pour les Élections européennes de 2004, pour 44 % en moyenne dans l'Union européenne). Des mesures similaires ont été adoptées dans d'autres pays : Luxembourg, Pays-Bas, Italie, Danemark, Grèce, Autriche ; ainsi que dans certains cantons suisses, et hors de l’Europe : en Australie, en Turquie, au Costa Rica, au Brésil, en Argentine. L’obligation de voter réduit fortement le taux d’abstention ; pourtant, cette méthode reste fort discutée. Ses opposants lui reprochent de ne pas prendre en compte les raisons qui poussent les électeurs à l’abstention. Ses partisans répondent qu’ils peuvent se servir du vote blanc et qu’ils peuvent inscrire sur les bulletins ce qu’ils pensent des partis ou des personnalités en place, . Certains changements techniques dans la manière de voter sont susceptibles d'améliorer la satisfaction de l'électeur et donc peut-être la participation électorale.. C'est le cas lorsque la forme du bulletin de vote laisse une plus grande latitude à l'électeur dans son expression (vote par évaluation de tous les candidats, possibilités de vote préférentiel dans les scrutins de liste, vote unique transférable). C'est le cas aussi lorsque le résultat du vote reflète plus finement la volonté des électeurs (système non exclusivement majoritaires, problématique de la représentation des minorités). Une des solutions évoquées sur UsenetLivre Sociétés de la connaissance Fractures et évolutions de Michel Durampart CBRS 2019, page 110 est le vote négatif. Deux modalités sont envisagées : dans la première, des votes positifs et des votes négatifs sont comptabilisés ; dans la seconde, les participants n’expriment que des votes négatifs, et le résultat du scrutin est donc le choix qui emporte le moins de votes. Il existe d'autres méthodes, comme expliquer le fonctionnement des institutions politiques, ou encore débattre ouvertement des points de vue qui séparent les différents partis politiques. Une autre méthode proposée consiste à donner réellement le pouvoir aux populations dans les choix politiques de leur vie, par le moyen du mandatement impératif plutôt que par la représentation majoritaire (qui ne donne finalement aucun pouvoir aux individus, seuls les intermédiaires politiques ayant un pouvoir de décision, une fois élus). Cette solution a l'avantage de rendre le pouvoir à la population qui peut ainsi s'auto-déterminer. En France, le mandatement impératif est considéré comme nul par la Constitution de la République Article 27 de la Constitution de la République française.

Définition lexicale et interprétation du mot Selon le chercheur et politologue Denis Barbet, le recours à l'abstention est , mais, le phénomène ayant tendance à s'amplifier et à être de plus en plus commenté, il reconnait que ce « vote négatif » demande une vision plus approfondie et entreprend d'étudier le phénomène dans le champ lexicalHAL SHS, Mots: les langages du politique, Lyon : ENS édition, 2007, pages 53-67, consulté le 24 août 2018.

Ainsi, l'abstention peut être considérée comme un « refuge », un « retrait ». Celle-ci est souvent indirectement évoquée en négatif de la participation: une hausse de l'abstention sera décrite comme une « chute de la participation » et inversement, une baisse d'abstention sera décrite comme un « sursaut » ou un « élan ». L'abstention est décrite comme une exclusion quand ces mêmes médias évoquent le fait que « des Français […] sont restés en dehors de la décision électorale ». Enfin, il n'est pas rare de lire ou d'entendre les termes de « manque », d'« absence », voire de « grève » ou d'« incivisme » des électeurs.

Denis Barbet conclut que des associations récurrentes donnent à cette action un côté négatif, s'opposant à la norme du devoir électoral, introduisant un langage dominant qui associe l'abstention à un fait anormalarticle "Quand les mots de l’abstention parlent des maux de la démocratie", année 2007, consulté le 24 août 2018.

L'abstention aujourd'hui Le civisme électoral s'est récemment affaissé dans les démocraties libérales. Les élections européennes, les dernières à avoir été mises en place dans ces pays, tirent considérablement vers le bas les courbesSite cairn.info.fr, article Une démocratie de l'abstention Retour sur le non-vote et ses conséquences politiques lors des scrutins municipaux et européens de 2014 deCéline Braconnier, Jean-Yves Dormagen sans Hérodote 2014/3 (n° 154), p. 42-58.. Pourtant, c'est l'Afrique et le Moyen-Orient qui sont à la traîne de la participation électorale dans le monde, et l'orientation est à la dégradation des diverses situations démocratiques et partant électorales dans cette vaste région du monde Cartes de la participation par pays dans le monde par période quinquennale depuis 1945.. Au contraire de l'Asie centrale ainsi que de la Turquie, quoique musulmans comme la dernière zone citée, mais qui ont des régimes hérités de la défunte Union soviétique, autoritaires, où la famille au pouvoir sait éviter toute contestation sérieuse du régime comme toute abstention électorale.

En France

En France, le vote n'est obligatoire qu'aux élections sénatoriales pour les grands électeurs (conseillers municipaux, départementaux, régionaux et députés) qui se voient, en cas d’abstention, infliger une amende de http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006353759&cidTexte=LEGITEXT000006070239&dateTexte=20111228.

En Belgique Dans le royaume de Belgique, le vote est obligatoire, mais l’abstentionnisme reste important, car les amendes ne sont pas effectives L'abstentionnisme électoral en Belgique : données individuelles et agrégées à Charleroi http://espacepolitique.revues.org/2025. Par ailleurs, dans ce même pays, 90 % des résidents des maisons de repos ne votent plus, l'une des raisons invoquées étant la mobilité réduiteAbsentéisme électoral des seniors… Et encore ? http://www.solidaris-liege.be/fps/newsletter/absenteisme-electoral-des-seniors-et-encore.html.

Au Canada (Québec) thumb|Résultats comparatif de l'élection fédérale canadienne de 2011, avec ou sans abstention (sans prise en compte des votes blanc et nul). Au Québec, durant la période électorale, certains groupes d'extrême-gauche font explicitement campagne pour l'abstention. C'est le cas, par exemple, de l'Union communiste libertaire, qui diffuse un site internet. à cet effet.

Par ailleurs, il existe depuis le une formation politique explicitement abstentionniste: le Parti nul. Le Parti nul milite afin que les personnes remettant en cause la légitimité du système parlementaire britannique ou n'ayant aucune confiance envers les autres formations politiques ne soient pas obligées de s'abstenir de voter ou de présenter un bulletin blanc ou de cocher en faveur de tous les candidats inscrits.

Le Parti nul demande en effet qu'il y ait, lors des prochaines élections, une case "Aucune de ces réponses" ou "Abstention" sur les bulletins de vote afin que les électeurs puissent un jour manifester leur mécontentement, au lieu de voir leur suffrage être automatiquement rejeté par le Directeur général des élections.

Aux États-Unis

Aux États-Unis, le taux d'abstention est historiquement très élevé, même pour l'élection présidentielle. En moyenne, un électeur sur trois ne vote pasSite franceinfo.fr/ article "Présidentielle américaine : les abstentionnistes, véritable énigme du scrutin"..

Dans les autres pays

Les causes de l'abstention

thumb|upright=0.6|Le , ancien membre du Conseil constitutionnel, est le premier auteur reconnu par la communauté scientifique à publier une étude sociologique sur les causes de l'abstentionnisme en France.

À la suite d'un appel effectué auprès de ses lecteurs abstentionnistes lors de l'élection présidentielle de 2017, le journal Le Monde a collecté divers témoignages. La plupart d'entre eux, sans forcément être engagés dans une cause politique avouent leurs dégoûts ou leurs rejets de la politique et vont même jusqu'à militer pour une reconnaissance de ce choix ou du vote blanc. Certaines personnes interrogées militent également pour d'autres façons de voter (dites "alternatives" dans l'article) et du mode de choix pour le peuple de désigner ses représentantsSite du journal le Monde, article "Pourquoi ils n’iront pas voter. Des abstentionnistes témoignent"consulté le 04/07/2018.