Erich Ludendorff, né le à Kruszewnia en province de Posnanie (Royaume de Prusse) et mort le à Tutzing en Bavière, est un militaire et homme politique allemand. Il a exercé les fonctions de général en chef des armées allemandes (la Deutsches Heer) pendant la Première Guerre mondiale, de 1916 à 1918. Il soutient activement le mouvement national-socialiste dans ses débuts (années 1920), avant de s'opposer à Adolf Hitler, et de se détourner de la politique pour créer, avec sa femme Mathilde Ludendorff, un mouvement néopaïen.

Biographie Sous l'Empire allemand Erich Ludendorff appartient à une famille de la bourgeoisie prussienne. Issu d'une famille de Kaufherr[en]. (grands commerçants) de Poméranie et originaires de Stettin, son père August Wilhelm Ludendorff, né d'un père et d'une mère mi-suédoise et mi-finlandaise, est un capitaine de cavalerie et officier de réserve d'un régiment du landwehr (armée territoriale) de la province de Poméranie., qui racheta le domaine et manoir de Kruszewnia près de Poznań, en Posnanie, et intégra la classe des grands propriétaires terriens. Sa mère, née d'un père prussien et d'une mère polonaise, appartient à la famille noble , originaire de la marche de Brandebourg et qui donna six bourgmestres à la ville de Berlin. Son jeune frère est l'astrophysicien .

Il fréquente l'école préparatoire militaire de Plön, puis est admis à l'Académie militaire de Lichterfelde (1877-1882) et obtient à l'âge de son brevet de lieutenant. D'abord affecté au d'infanterie stationné à Wesel, il rejoint en 1887 un bataillon d'infanterie de marine et sert à bord des vaisseaux , et Kaiser, qui croisent entre Scandinavie et Îles Britanniques. Simultanément, il étudie passionnément le russe et est recommandé par ses supérieurs pour l'Académie de guerre de Berlin. L'armée lui offre un stage de trois mois à Saint-Pétersbourg et Moscou pour qu'il puisse y parfaire sa connaissance de la langue et de la civilisation russes. Promu commandant en 1902, Ludendorff est officier d’état-major. vignette|L'École des cadets de Lichterfelde, à Berlin, où Ludendorff effectua ses études. Militariste convaincu, Ludendorff citait volontiers Salluste pour qui : il participe activement à l’élaboration du plan Schlieffen pour l’invasion de la France, en tant que chef de la du Grand État-Major d' à . En 1912, il refuse d'être anobli.

Grande Guerre

À peine le conflit est-il engagé que Ludendorff est nommé au poste de Generalquartiermeister à la deuxième armée commandée par von Bülow. L’objectif de la deuxième armée est de mettre en œuvre ce qui a été décidé par le plan Schlieffen, à savoir la prise des forts de Liège afin de s’ouvrir la route du territoire français. Après le succès de l’opérationCf. ., Ludendorff est rappelé à l'OHL (Oberste Heeresleitung ou « Commandement suprême de l'armée de terre ») aux côtés de Paul von Hindenburg. Après la victoire de Tannenberg () sur la armée du général russe Alexander Samsonov, Ludendorff est nommé Generalquartiermeister de von Hindenburg. Dans les territoires conquis à l'est de la Prusse et de la Pologne, l'Ober Ost, est mise en place une administration militaire sous la tutelle directe de l'OHL et confiée directement à LudendorffCf. ., sous l'autorité de von Hindenburg. Inséparables, ils deviennent peu à peu les véritables décideurs de l’Allemagne après que von Hindenburg eut été nommé chef suprême de l’armée allemande en remplacement de Falkenhayn, limogé en , reléguant le dans un rôle de faire-valoirCf. .. vignette|Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff.

Face à la supériorité maritime britannique, Ludendorff se fait l’apôtre de la guerre totale en utilisant à outrance sa flotte sous-marineCf. .Cf. .Cf. . : cette arme, destinée à provoquer l'effroi des convois de ravitaillement, envoie par le fond de multiples navires civils comme le Lusitania. Loin d'interrompre le trafic transatlantique, elle détériore fortement les relations diplomatiques entre l'Allemagne et les États-Unis. En 1917, Ludendorff est un des principaux acteurs qui négocient le traité de Brest-Litovsk avec la Russie révolutionnaire. Les forces allemandes pouvant être retirées du front est, Hindenburg et Ludendorff décident alors de planifier une vaste offensive pour le printemps 1918.

Le , allemandes s’attaquent à alliées, dont . Ludendorff met enfin en œuvre la tactique d'infiltration d'Oskar von Hutier qui, conjointement à la technique de tirs ciblés de l'artilleur Georg Bruchmüller, réalise pour la première fois depuis le début de la guerre des tranchées une authentique percée en prenant les Alliés totalement au dépourvu. Mais cette tactique consiste à négliger sciemment la protection des ailes de l'attaqueD'après . et, si elle amène Paris sous le feu des canons à longue portée allemands, elle échoue à faire la décision tant recherchée. faute de troupes de réserve (nouveaux engagements dans les Balkans, mutineries, disette et amorces de la grippe espagnole). De son côté, le Grand État-Major allié avait pallié le manque de chars par la constitution d’une artillerie mobile pour suivre les progressions de l’infanterie. Devant l’imminence du danger, le général français Foch est nommé commandant en chef des armées alliées à la , le . Clemenceau doit défendre bec et ongles Foch à la Chambre devant les critiques et finalement, l’offensive allemande est enrayée. Le , pour la première fois, français utilisés en masse permettent la percée du front au sud de Soissons.

L’offensive franco-britannique débute le et ne s’arrêtera plus. Dans ses mémoires, Ludendorff qualifie cette date du de « jour de deuil de l’armée allemande » parce qu’il sait à ce moment que la guerre est définitivement perdue. Confronté à l'armistice de Thessalonique et à la percée réussie des Britanniques sur la ligne SiegfriedCf. ., Ludendorff suggère au Kaiser le à Spa de demander sans délai l'armistice au président Wilson et d'engager (mais pour des raisons purement tactiques) une réforme constitutionnelleCf. .Cf. .. Les motifs de ce revirement chez Ludendorff (défaitisme ou calcul machiavélique) restent controversésCf. . ; il constituait en tous cas un aveu d'échec militaire et a ouvert la voie à l'instauration du régime républicain. Sans doute s'agissait-il de faire endosser la responsabilité des pourparlers de paix aux civils, et surtout aux députés sociaux-démocrates ; là se trouvent les prémices de la légende du « coup de poignard dans le dosCf. .. »

Après la nomination de Max de Bade au début d’, l'influence de Ludendorff s'effaça presque instantanément de la politique allemande ; les différends qui opposaient ces deux hommes furent tous tranchés en faveur du nouveau chancelier. Le comte von der Schulenburg prit au mot la proposition de Ludendorff de lancer les négociations d'armisticeCf. . : dès le , Wilson dans une troisième note, exigeait, outre l'évacuation des territoires occupés par l'armée allemande et l'arrêt immédiat de la guerre sous-marine, une réforme profonde de l'Empire allemand et l'adoption de mesures empêchant l'Allemagne de reprendre les armes et de déclarer les hostilités. Ludendorff, qui avait agité l'éventualité d'un armistice et , se trouvait désormais confronté à un ultimatum qu'il rejeta sans sourcillerD'après . : il décida d'interrompre les pourparlers sur le champ et exigea, en totale contradiction avec ce qu'il avait écrit la veille, de reprendre « la résistance par tous les moyens possibles » (Widerstand mit äußersten Kräften). Toutefois le cabinet formé par Max de Bade, qui venait d'entrer en fonction, ne l'entendait pas de cette oreille. Le , Ludendorff fut, sur requête du chancelier, convoqué (quoique formellement « invité ») par l’empereur au château de BellevueLes détails du renvoi de Ludendorff n'étaient naturellement pas alors connus de la presse française, comme en témoigne l'article du Petit Journal : . Ludendorff et Hindenburg furent donc conduits au château de Bellevue où, après une altercation verbale avec le représentant du gouvernement, Ludendorff quitta la salle de conférence. Il attendit dans l'antichambre le retour de son comparse Hindenburg, convaincu que ce dernier allait lui aussi remettre sa démission ; mais lorsque Hindenburg le rejoignit, toujours chef de l’État-major, Ludendorff décida de retourner seul au quartier général, déclarant : La convocation du château de Bellevue marque, selon l'historien Manfred Nebelin, le rétablissement du primat de la politique sur le militaireCf. ., en sommeil depuis la chute du chancelier Bethmann-Hollweg. Au début de la révolution allemande de 1918-1919, Ludendorff envisagea d'abord de s'emparer du quartier général de Cassel-Wilhelmshöhe mais fut en butte au refus du ministre « démissionné » Schëuch. Par divers expédients (il se fit passer pour le domestique d'un de ses amis qui l'hébergeait à Berlin-Wilmersdorf), il parvint à s'enfuir en Suède via Copenhague sous un faux nom (Ernst Lindström, dont les initiales E. L. étaient les siennes), muni d'un passeport diplomatique finlandais. Sa femme, redoutant une déchéance publique, avait tenté en vain de l'en empêcher ; d'ailleurs, le journaliste Kurt Tucholsky lui reproche en 1920 son comportement lâche et irresponsable, indigne d'un véritable chefLudendorff 1920, in: Kurt Tucholsky: Glossen und Essays. Gesammelte Schriften. ; dans un de ses romans (« Un été en Suède : vacances au château de Gripsholm »), Tucholsky recommande plaisamment au lecteur le restaurant favori de Ludendorff à Copenhague.

Le « Putsch de la Brasserie » et ses conséquences vignette|Ludendorff (au centre) aux côtés de Gustav von Kahr (marqué d'une croix ; cliché de 1921), qui jouera par la suite un rôle-clef dans la répression du Putsch de la Brasserie. thumb|upright=1.6|Les personnalités inculpées lors du procès d'Adolf Hitler en 1924 : Ludendorff se trouve au côté d'Adolf Hitler. Photo d'Heinrich Hoffmann. En Suède, il écrit des ouvrages sur la tactique militaire et d’autres, plus politiques, dénonçant le sabordage de l’Allemagne par le pouvoir politique alors dominé par le SPD. C'est l'un des grands propagandistes de la fameuse thèse du « coup de poignard dans le dosCf. » (Dolchstoßlegende) selon laquelle l'armée allemande, invaincue sur le terrain, a été trahie par les politiciens de l'arrière.

Revenu en Allemagne en 1920, il fréquente les milieux nationalistes et les intellectuels de la révolution conservatrice. Il participe au putsch de Kapp, puis Max Erwin von Scheubner-Richter lui présente un jeune agitateur, Hitler, auquel il n'accorda d'abord que peu d'attention car l'homme n'était pas même officier ; ce sont les affinités politiques de plus en plus fortes qui les rapprochent progressivement. Ludendorff participe au putsch préparé par Adolf Hitler à Munich dans la nuit du 9 au . Hitler, qui considérait encore l'ancien généralissime comme l'âme des forces réactionnaires allemandesCf. ., envisageait, s'il avait réussi son coup de force à Munich, de placer Ludendorff à la tête d'une grande marche sur Berlin ; mais le coup de Munich tourna à l'échec, et Ludendorff, cité à comparaître lors du procès Hitler-Ludendorff, fut relâché faute de preuves ainsi qu'en raison de son dévouement à la patrie pendant la Grande Guerre. Son attitude envers Hitler, condamné à une peine de détention à Landsberg, se dégrada clairement au début de 1924, surtout parce qu'Hitler se considérait désormais comme le guide du mouvement national-socialiste allemand. : Ludendorff se défiait de Hitler, à qui il reprochait d'avoir « déserté » le mouvement nationaliste le Cf. .. Opposant décidé au cléricalisme, il désapprouvait également les concessions qu'Hitler faisait par pragmatisme à l'Eglise catholique. ; quant à Hitler, il reprochait à Ludendorff de diviser le mouvement völkisch avec son sectarisme religieuxKurt Meier: Kreuz und Hakenkreuz. Die evangelische Kirche im Dritten Reich. München 1992, S. 10 f..