vignette|La grippe de 1918, ici à Saint-Louis (Missouri, États-Unis), a causé une forte mortalité dans le monde entier.
Une pandémie (du grec ancien / , et / ) est une épidémie présente sur une large zone géographique internationale. Dans le sens courant, elle touche une partie particulièrement importante de la population mondiale.
Les pandémies surviennent lors de déséquilibres majeurs liés à des modifications sociales et environnementales au cours de l'histoire (révolution agricole, guerres et commerce, voyages et grandes découvertes, révolution industrielle et empires coloniaux, mondialisation…).
Les conséquences d'une pandémie non maîtrisée peuvent être très importantes, comme cela a été le cas de la peste noire en Europe et en Asie, où elle a tué en quelques années des dizaines de millions de personnes et a eu un fort effet sur la démographie, ou, plus récemment, avec l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui touche sévèrement l'Afrique subsaharienne.
Au , la surveillance et le contrôle d'une pandémie reposent en premier lieu sur une coopération internationale.
Définitions
Généralités Le terme pandémie apparait en français en 1752 sous le modèle de épidémie (epi « sur » et demos « peuple »).. Une « pan-démie » est étymologiquement (sous-entendu) un mal qui s'étend sur l'ensemble (pan-) de la population (demos).
Dans son sens général, une pandémie désigne une épidémie qui se développe à l'échelle mondiale, ou sur de vastes zones internationales traversant des frontières, et touchant le plus souvent un grand nombre de personnes...
Mais, selon le journaliste spécialisé Marc Gozlan, "il n’existe pas de définition claire et unanimement acceptée du terme pandémie"..
Une description pertinente d'une « pandémie » est en littérature celle de Jean de La Fontaine, dans « Les Animaux malades de la peste » : « Ils ne mouroient pas tous, mais tous eſtoient frappez ».
La notion de pandémie, et les concepts et modèles permettant d'y réagir, porte en premier lieu sur l'émergence de maladies infectieuses fortement contagieuses, et les modalités d'action permettant d'en atténuer la propagation, et les effets sanitaires ou sociaux. La question centrale est alors celle de sa propagation. La transformation d'une épidémie en pandémie est d'autant plus facilitée dans un monde de plus en plus globalisé..
Le terme de « pandémie » est parfois employé pour des maladies non infectieuses. En 1997, après une consultation tenue à Genève (3-5 juin), l'OMS a parlé d'une « épidémie globale » de l'obésité dans le monde. Le terme pandémie peut alors s'appliquer aux addictions, aux maladies cardiovasculaires, à celles liées au grand âge, etc. voire à tout phénomène ou comportement émergent devenant très répandu ou mondialisé.. Dans cette acception, la notion de « propagation » est au mieux secondaire (et probablement limitée à une question de structure sociale ou de comportement culturel) ; une pandémie renvoie simplement à la politique permettant de lutter à long terme contre son incidence, ou d'en atténuer les effets sanitaires ou sociaux.
Il faut attendre 2011 "pour que le mot pandemic entre dans le thesaurus des mots clés (MeSH) de la base de données biomédicales PubMed de la National Library of Medicine (Bethesda, Maryland, États-Unis)"..
Cas particulier de la grippe
Les épidémies mondiales de grippe saisonnière sont des « pandémies » au sens ordinaire : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) suit mondialement la grippe saisonnière pour la composition des vaccins antigrippaux.. Cependant, les termes de pandémie grippale ou de grippe pandémique sont utilisés pour désigner plus particulièrement l'apparition d'un nouveau virus grippal qui se propage mondialement..
Pour l'OMS, « Une pandémie est une épidémie mondiale d'une maladie. Une pandémie de grippe peut survenir lorsqu'un nouveau virus grippal apparaît contre lequel la population humaine n'est pas immunisée. »WHO, mai 2009 : A pandemic is a worldwide epidemic of a disease. An influenza pandemic may occur when a new influenza virus appears against which the human population has no immunity.. Cette définition élimine la référence précédemment retenue à un « nombre élevé de morts et de maladie »WHO, avril 2009 : An influenza pandemic occurs when a new influenza virus appears against which the human population has no immunity, resulting in epidemics worldwide with enormous numbers of deaths and illness..
En effet, selon Patrick Zylberman, professeur émérite d’histoire de la santé :
Dans ses plans de préparation (1999, 2005, 2009) contre une grippe pandémique, l'OMS a proposé des niveaux d'alerte organisés d'abord en six, puis en neuf phases... Les modifications actualisées de 2009 ont fait l'objet de critiques de la part de ceux qui y voient une influence de l'industrie pharmaceutique..
En 2017, l'OMS propose quatre phases pandémiques grippales : phase interpandémique, phase d'alerte (identification d'un nouveau sous-type de virus chez l'humain) phase pandémique (propagation mondiale), phase de transition (mesures de relèvement en fin d'épidémie). Ces phases mondiales ne doivent pas être confondues avec deux autres processus relevant, en dernier ressort, de la responsabilité du directeur général de l'OMS. : La détermination d'une urgence de santé publique de portée internationale qui entraîne des recommandations temporaires. La déclaration d'une pandémie qui entraîne des mesures réglementaires, de la part de l'OMS ou des États Membres.
Les actions nationales sont à dissocier des phases mondiales dans la mesure où l’évaluation mondiale du risque, par définition, n’est pas révélatrice de la situation dans chacun des États Membres.
Lutte contre la propagation
Facteur de propagation Le facteur premier dans la propagation d'une épidémie est d'influer sur le nombre de reproduction de base, ou R0, c'est-à-dire le nombre de personnes qui sont en moyenne infectées par contagion par une personne malade, pendant la durée de sa maladie. Ce nombre est fondamental : Si , chaque personne contaminée en contamine tôt ou tard une autre, mais la maladie reste à un niveau constant. Si , le nombre de personnes porteuses diminuera exponentiellement, et l'épidémie finira par s'éteindre, simplement du fait que dans les conditions qu'elle rencontre, elle n'est pas suffisamment contagieuse. Mais inversement, si , le nombre de personnes porteuses augmentera exponentiellement, d'autant plus rapidement que le est grand ; et une croissance exponentielle conduit très rapidement à un nombre de cas dépassant les capacités sanitaires. Sur un territoire donné, la lutte contre une pandémie abordera trois aspects. En premier lieu, éviter d'importer des cas pathologiques nouveaux, ce qui implique de fermer et filtrer les transferts de cas potentiellement contaminant, en maîtrisant les frontières. Sur le plan médical, détecter et soigner au mieux les victimes de l'infection. Imposer en tant que de besoin des dispositions de distanciation à l'ensemble de la population, y compris d'isolement ou de quarantaine, aux cas suspects
Facteurs pandémiques Il existe quatre niveaux de causes différentes et spécifiques menant à une pandémie : L'émergence d'un nouvel agent pathogène transmissible. L'émergence d'une nouvelle maladie (manifestations cliniques) causée par ce nouvel agent. L'origine d'une épidémie. L'origine d'une pandémie.
Dans le cas de retour d'une maladie infectieuse déjà connue, seuls les niveaux trois et quatre sont concernés.
Le niveau 1 est surtout biologique. Il dépend des caractéristiques de l'agent, et de la capacité à le détecter. L'émergence est rendue visible par l'utilisation de nouvelles techniques (biologie moléculaire, bio-informatique). Par exemple, l'agent du sida n'a pu être conceptualisé que par la connaissance des virus ARN, de nouveaux coronavirus par l'utilisation de la bio-informatique.
Le niveau 2 est biomédical, mettant en œuvre des systèmes de surveillance épidémiologique de maladies ou de syndromes (découverte du sida par les CDC).
Les niveaux 3 et 4 sont, pour l'essentiel, d'ordre environnemental et social. Les facteurs en jeu sont nombreux : changements démographiques des populations humaines : urbanisation, densité des populations, déplacements et migrations. comportements des individus : sexuel, alimentaire, rituels (rassemblements, pèlerinages…), de loisirs (tourisme exotique ou d'aventure), etc. modifications écologiques : catastrophes naturelles, développement industriel, déforestation, construction de barrage, agriculture intensive… commerce intercontinental de marchandises contenant ou transportant des germes ou des vecteurs. Par exemple le commerce des pneus usés (lieu de reproduction de moustiques) est un facteur de propagation d'arboviroses ; de même le commerce, légal ou illégal, d'animaux vivants (bétail, de laboratoire, de nouveaux animaux de compagnie…) présente un risque de diffusion de maladies. insuffisance des systèmes de santé (manque de vaccinations, de prévention et surveillance, d'infrastructure sanitaire…) ou leur mauvaise utilisation (matériel médical non stérile, mésusage d'antibiotiques développant une résistance aux antibiotiques, expérimentations hasardeuses, xénogreffes…).
Il s'avère de plus en plus que les rapports entre les germes microbiens et les populations humaines devraient dépasser les métaphores militaires qui les opposent de façon radicale. Il faudrait interpréter les pandémies (ou épidémies dans un « village mondial ») comme une coévolution darwinienne liée à des déséquilibres écologiques (démographie humaine et perturbations de l'environnement).
Surveillance Maladies émergentes prioritaires
En 2015, l'OMS publie une liste de 8 pathogènes émergents à surveiller en priorité (affectation de nouveaux moyens). : Fièvre hémorragique de Crimée-Congo Maladie à virus Ebola : En 2014, l'épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest touche africains et se répand dans 6 autres pays sur trois continents. Virus de Marburg Fièvre de Lassa SRAS (coronavirus SARS-CoV) : le syndrome respiratoire aigu sévère de 2003 (un coronavirus) a touché plus de , tuant près de 10 % d'entre elles, inquiétant le monde entier avec des pertes économiques importantes en Asie. MERS (coronavirus MERS-CoV) Infection à virus Nipah Fièvre de la vallée du Rift
Cette liste est susceptible de révision annuelle en fonction de la situation mondiale, elle devrait varier entre 5 et 10 maladies prioritaires. Trois autres sont candidats prioritaires : maladie à virus Zika, Chikungunya, et syndrome de fièvre sévère avec thrombocytopénie.
En 2015, le virus Zika, transmis par moustique, provoque des épidémies (maladie à virus Zika) dans près de , dont de graves atteintes chez les femmes enceintes au Brésil (nouveau-nés atteints de microcéphalie).
D'autres maladies présentent un risque important, mais elles ne sont pas incluses dans la liste, car il existe déjà des moyens de contrôle ou d'importants secteurs de recherches consacrés à ces maladies : sida, tuberculose, paludisme, grippe aviaire et dengue.
En règle générale, le choix des maladies prioritaires se basent sur neuf critères. : la transmission à l'Homme ; la gravité, ou la mortalité ; l'extension ou la propagation ; le potentiel évolutif (de l'agent pathogène) ; la disponibilité de contre-mesures ; la difficulté de détection ou de contrôle ; le contexte de santé publique dans les zones touchées ; le risque de propagation internationale ; les conséquences sociales éventuelles.
De façon plus détaillée, d'autres facteurs sont pris en compte, par exemple les facteurs par rapport au système immunitaire : agent pathogène qui échappe au système immunitaire ; qui dérègle le système immunitaire ; qui entraine une réponse délétère ; qui ne donne pas ou peu d'immunité croisée (contre les agents pathogènes voisins) ; totalement nouveau (aucune immunité collective) ;