Saint-Maurice-l'Ardoise dit « Camp de l'Ardoise » est un camp militaire situé à Saint-Laurent-des-Arbres dans le Gard.

Toponymie Le camp, situé au nord de la commune de Saint-Laurent-des-Arbres à la limite avec la commune voisine de Laudun-l'Ardoise, doit son nom au lieu-dit de Saint-Maurice (nom d'un château à proximité) et à l'Ardoise, un des deux villages constituant la commune de Laudun-l'Ardoise.

Camp de prisonniers Il a servi de camp de prisonniers pour les forces d'occupation pendant la Seconde Guerre mondiale.

Caserne

Le camp est ensuite utilisé comme caserne pour des compagnies républicaines de sécurité Didier Lavrut, « Saint-Maurice l’Ardoise : Un camp pour activistes dans le Gard en 1962 », Criminocorpus, Justice et détention politique, Répressions politiques en situation de guerre, mis en ligne le 2 décembre 2013, consulté le 2 septembre 2019..

Centre d'assignation à résidence surveillée À partir de 1957, le camp est transformé en centre d'assignation à résidence surveillée. Le camp s'étend sur un terrain de entouré d'un double grillage de barbelés au-delà duquel s'étire un no man's land de broussailles de plus de de large ceint d'une double ou triple rangée de ribards ou chevaux de frise. Des miradors sont disposés sur tout le périmètre. Le camp est dirigé par un commissaire-divisionnaire assisté de personnel technique. La garde extérieure est assurée par deux CRS (plus de ). Sont présents des fonctionnaires des renseignements généraux pour le contrôle des assignés. Y sont internés des Algériens suspectés d'être membres du FLN. L'arbitraire et les conditions de détention sont critiquées par l'Action civique non violente et des défenseurs des droits de l'Homme. Puis des militants partisans de l'Algérie française et des personnes suspectées d'appartenir à l'OAS y ont été internés entre janvier et . Ils se sont regroupés dans l'association ADIMAD.

Camp de harkis

De 1962 à 1976, le camp, utilisé comme camp de transit et de reclassement, accueille des Harkis.

En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint-Laurent-des-Arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de faire sauter ce bâtiment à la dynamite, ils obtiennent après de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. À l'époque, depuis , ce camp de Saint-Maurice-l'Ardoise accueillait et leurs familles. Il y régnait, selon Hocine Louanchi dans le film documentaire Hocine le combat d'une vieLe film sur Dailymotion ou Vimeo , une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, et mentaux erraient désœuvrés dans un isolement total vis-à-vis de la société française.

Un cimetière provisoire y est aménagé qui selon le registre d’inhumation compte 71 harkis, dont 62 enfants, tous morts entre 1962 et 1964 (l'hiver 62-63 étant particulièrement rigoureux et la rougeole fort active), dont 31 enfants en bas âge. Après la fermeture du camp, aucune inhumation définitive n'est organisée. Début 2022, la secrétaire d’État aux anciens combattants, Geneviève Darrieussecq, se rend sur place et parle de de l'Etat.

En 2019, Nadia Ghouafria, une fille de Harkis dont les parents ont transité dans ce camp, découvre la preuve officielle de l'existence de ce cimetière d'enfants de Harkis dans un document "interdit à la consultation" des archives départementales du Gard, auquel elle a accès après deux ans d'attente. Des fouilles sont menées par des archéologues de l'INRAP le et ont permis de localiser 27 tombes, découvrant des ossements d'enfants enterrés dans des conditions sommaires. Patricia Mirallès, Secrétaire d'Etat aux Anciens combattants et à la Mémoire, présente lors d'une marche blanche le annonce la construction d'un mémorial. Les familles auront la possibilité de recueillir les dépouilles et d'effectuer des tests ADN.

Bibliographie Saint-Maurice-l’Ardoise. Socio-histoire d’un camp de harkis (1962-1976), menée par Tom Charbit, assisté de Mababou Kébé. Cette étude de , commanditée par la mission interministérielle aux rapatriés de la Direction de la population et des migrations (DPM) du ministère de l'Emploi, a été publiée en 2005 et est consultable au centre de documentation de la Direction de la population et des migrations. Elle a été distinguée, en 2006, par le prix Sydney-Forado de l'Académie de Nîmes. Une synthèse partielle de 12 pages, titrée Sociographie des familles de harkis de Saint-Maurice-l’Ardoise, a été publiée, en , dans les colonnes du 130 de la revue Migrations étudesvoir la version en ligne, au format .pdf (265 Ko).. Retour à Saint-Laurent-des-Arabes est une bande dessinée documentaire de Daniel Blancou dans laquelle l'auteur interroge longuement ses parents, enseignants à la retraite, sur leur expérience d'instituteurs dans les années 1960 au camp de harkis de Saint-Maurice-l'Ardoise. .

Notes et références

Catégorie:Seconde Guerre mondiale Catégorie:Guerre d'Algérie Catégorie:Lieu d'accueil des harkis en France