Robert James Fischer, dit Bobby Fischer est un joueur d'échecs américain né le à Chicago (États-Unis) et mort le à Reykjavik (Islande), naturalisé islandais en 2005.

Champion des États-Unis à quatorze ans en , Fischer devint, en 1972, champion du monde en remportant, sur fond de guerre froide, le « match du siècle »L'expression servit également à désigner le championnat du monde d'échecs 1960 entre Mikhaïl Botvinnik et Mikhaïl Tal, ainsi qu'en 1970, le match URSS–Reste du monde à Belgrade. à Reykjavik face au joueur soviétique Boris Spassky.

Fischer contribua de façon décisive, par ses revendications (parfois excessives) lors des tournois, à l'amélioration de la condition de joueur d'échecs professionnel, tant du point de vue financier que de l'organisation matérielle des tournois. Sa victoire sensationnelle en finale du championnat du monde d'échecs 1972, mettant un coup d'arrêt à la domination soviétique dans le championnat du monde des échecs depuis 1948, en fit une icône dans son pays, lui apportant la reconnaissance du public américain et la médiatisation à travers le monde, bien qu'après 1990 il fît des déclarations controversées qui ternirent sa réputation.

Après s'être retiré de toutes les compétitions en 1972, Fischer disputa en 1992, à Sveti Stefan et à Belgrade, pendant les guerres de Yougoslavie, un match revanche contre son adversaire de 1972, Boris Spassky, en violation de l'embargo proclamé par le département d'État américain. Menacé de poursuites par son pays, il termina sa vie en exil et multiplia les déclarations antisémites, antichrétiennes et anti-américaines après 1990. Il vécut d'abord en Hongrie (de 1993 à 1999), puis au Japon (de à ) et enfin en Islande (de 2005 à 2008).

Années de formation Famille La mère de Bobby Fischer, Regina Wender (1913-1997), est une Américaine d'ascendance juive allemande. Née en Suisse, elle fut éduquée à Saint-Louis (Missouri). En 1932, à 19 ans, diplômée du college, elle partit à Berlin pour retrouver son frère qui y était stationné en tant que marin de l’US Navy et elle fut recrutée comme secrétaire par le généticien américain Hermann Joseph Muller. En 1933, elle fit la connaissance de Hans Gerhardt Leibschner qui avait changé son nom en Fischer pour avoir un nom à consonance moins juive. Gerhardt Fischer, né à Berlin en 1909, était un biophysicien allemand et un assistant du professeur Muller. Le professeur encouragea Regina à poursuivre ses études et à le suivre à Léningrad où il avait un poste et à Moscou. En 1933, Regina et Gerhardt quittèrent l'Allemagne nazie et partirent à Moscou où ils se marièrent en octobre de cette année (ou en 1938). Regina Fischer devint étudiante de l'Institut de médecine de Moscou de 1933 à 1938. En 1939, pour fuir l'antisémitisme qui se développait en URSS, Regina partit en France avec leur fille Joan née en 1938 puis elle alla aux États-Unis, mais sans son mari qui partit au Chili, son entrée sur le territoire des États-Unis lui étant refusée du fait de sa nationalité allemande..

Lorsque Bobby Fischer naquit à Chicago en , Gerhardt et Regina Fischer étaient séparés depuis 1939. Regina Fischer demanda le divorce en 1945, deux ans après la naissance de son fils, alors qu'elle habitait Moscow dans l'Idaho. Elle avait inscrit Gerhardt Fischer comme père de Robert James en dépit du fait qu'il n'avait jamais mis les pieds aux États-Unis. En 2002, une enquête menée par deux journalistes du Philadelphia Inquirer a montré que le père biologique de Fischer serait plutôt le physicien juif hongrois Paul Nemenyi qui avait émigré aux États-Unis la même année que Regina Fischer en 1939. Quand le physicien participait au projet Manhattan en tant qu'ingénieur à Washington, le FBI soupçonna Nemenyi d'être communiste et Regina d'être une espionne russe Nicholas, Peter Benson et Clea Benson, Files reveal how FBI hounded chess king, The Philadelphia Inquirer, 17 novembre 2002. En effet, Regina avait étudié à l'Institut de médecine de Moscou, où elle avait passé cinq ans avant d'émigrer aux États-Unis après son mariage. Le FBI tint un dossier sur Regina. Elle avait fait la connaissance de Nemenyi au Colorado, en 1942, et, après la naissance de Bobby en , le physicien lui envoya chaque mois une somme d'argent. Les versements continuèrent jusqu'à la mort de Nemenyi, en 1952.

Bobby ne vit jamais Gerhardt Fischer puisque ses parents étaient séparés à sa naissance selon le dossier que tenait le FBI. Gerhardt ne pouvait venir aux États-Unis du fait de sa nationalité allemande. Il s'installa au Chili où il se fit appeler Gerardo Fischer. Il n'envoya aucune pension pour aider sa femme et sa fille. En , inquiet pour son fils et sa fille qui étaient à Moscou tandis que la situation internationale était tendue, il écrivit à son ancienne femme lui demandant ce qu'elle comptait faire. En 1974, Gerardo, sa nouvelle femme et ses enfants furent brièvement emprisonnés en Amérique du Sud, du fait de leurs engagements politiques. Libérés, ils partirent en France et Gerhardt demanda l'aide financière de son ancienne femme. Contacté, Bobby Fischer refusa alors d'aborder le sujet de son père. En 1990, le champion américain vint en Europe et vécut plusieurs mois en Allemagne. Son père résidait à cette époque à Berlin mais Bobby Fischer ne le rencontra pas.

Enfance et études Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, Regina vivait seule avec ses enfants. Elle changea souvent de résidence pour trouver un emploi et exerça plusieurs métiers, dont celui de soudeuse dans les chantiers navals de Portland dans l'Oregon. En 1948, Regina, qui avait trouvé un emploi d'institutrice, et ses deux enfants déménagèrent d'abord dans le sud de Los Angeles, puis à Phoenix et à Mobile dans l'Arizona, une ville isolée au milieu du désert. C'est la mère de Bobby qui s'occupait de son éducation et de celle de Joan, son aînée de six ans, ainsi que de sept autres enfants venus des ranchs alentour. Les Fischer s'installèrent un an plus tard, au début de l'année 1949, à Manhattan dans New York puis, à l'automne 1950, à Brooklyn où Regina voulait terminer ses études de médecine à l'université de New York et obtenir un diplôme d'infirmière.

Regina Fischer inscrivit son fils à l'école juive de Brooklyn, avant de le retirer quelques semaines plus tard et l'inscrire à plusieurs écoles publiques différentes de Brooklyn. De 1952 à 1956, Fischer étudia à la Woodward Community School, une école d'environ 150 élèves où il fut accepté grâce à son QI élevé de 180. Dans cette école, il pouvait pratiquer les échecs et développa un intérêt pour le baseball. Puis, en , il entra à , une école secondaire de Brooklyn avec plus de . Parmi les élèves de son institution (Erasmus Hall), figurait Barbra Streisand qui raconterait plus tard qu'elle le trouvait à la fois solitaire, un peu spécial mais très attirant.Barbra Streisand : , in ..

Débuts aux échecs (1949 à 1954) Un jour de , Joan, pour distraire son petit frère, lui acheta un Monopoly, un jacquet et un jeu d'échecs au bazar du coin. Les deux enfants apprirent seuls les règles à l'aide du feuillet joint au jeu. Ce n'était au début qu'un jeu comme les autres pour Bobby. Néanmoins, la lecture pendant les vacances d'été de 1949 d'un livre contenant des parties d'échecs commentées changea la donne. Regina, sa mère, a raconté que lorsqu'il lisait ce livre, il était inutile d'essayer de lui adresser la parole. Après les vacances, l'échiquier fut remisé pendant un an avant que Bobby Fischer ne réclame à sa mère de lui acheter un nouvel échiquier à l'automne 1950.

À l'automne 1950, la famille de Bobby quitta Manhattan pour s'installer à Brooklyn. En novembre, la mère de Bobby écrivit au responsable de la rubrique échecs du Brooklyn Eagle indiquant qu'elle cherchait des adversaires de son âge pour son fils de sept ans et demi et, en , l'invita dans une lettre à prendre contact avec le secrétaire du club d'échecs de Brooklyn et d'amener Bobby Fischer à la bibliothèque publique de Brooklyn pour affronter (qui avait été champion de l'État de New York) lors d'une séance de partie simultanée disputée le . Bobby Fischer a raconté que sa défaite contre Pavey le motiva beaucoup. Une semaine après, Regina inscrivit son fils au Brooklyn YMCA Chess and Checker Club et au club d'échecs pour adultes de Brooklyn. Il vint tous les vendredis soir au club de Brooklyn, dont il était le seul enfant parmi les membres, et y multiplia les partiesLes débuts de Fischer sur le site de Bill Wall.. Au début il perdait toutes ses parties.

Le président du club d'échecs de Brooklyn (fondé après la Guerre de sécession), Carmine Nigro, un musicien de profession, fut le premier professeur et entraîneur de Bobby Fischer de 1951 à 1955. Il ne faisait pas payer à la mère de Bobby Fischer les leçons d'accordéon ou d'échecs qu'il donnait à son fils. Fischer disait que Nigro n'était peut-être pas le meilleur joueur du monde mais qu'il était un très bon professeur qui fut un facteur décisif dans ses progrès. En 1966, dans sa chronique de la revue Boy's Life, Fischer écrivit qu'un des plus grands frissons de sa carrière fut de remporter le premier prix du championnat des enfants du club d'échecs du YMCA (en 1952), une médaille qu'il gagna grâce à sa victoire dans la partie qui l'opposait au fils de Carmine Nigro.

En , Fischer apparaît dans une photographie publiée par le Brooklyn Public Library News Bulletin. Fischer passait son temps après ses cours à étudier à la bibliothèque publique de Brooklyn (située à la Grand Army Plaza). À la fin de l'année, il commença à lire toutes les publications des bibliothèques portant sur les échecs. Le week-end, Nigro emmenait Bobby Fischer disputer des parties en plein air au Washington Square Park dans Greenwich Village.

Fischer participa à son premier championnat du club de Brooklyn (pour adultes) avant d'avoir dix ans : en 1953, il finit cinquième du championnat du club Fischer Tourneys sur le site de Bill Wall.. Au début, Fischer ne remportait aucun de ses tournois. Il finit troisième-cinquième ex æquo du championnat annuel du club de Brooklin 1954-1955Bobby Fischer, Mes 60 meilleures parties, avant ses douze ans (-). En , Fischer put assister au match USA-URSS qui avait lieu à l'hôtel Roosevelt à Manhattan et voir les meilleurs joueurs soviétiques et américains.

Premiers tournois en dehors de Brooklyn (1955) Au début 1955, le nom de Fischer apparut dans la revue Chess Review parmi les participants d'un tournoi d'échecs par correspondance. Son classement parmi les joueurs d'échecs par correspondance américains diminua progressivement, ce qui indique qu'il abandonnait le jeu par correspondance ((Bobby Fischer’s Correspondence Career par Tartajubow, 2012..

Fin , Fischer participa à son premier tournoi organisé par la fédération américaine. Il fut emmené par Carmine Nigro au championnat américain amateur à Lake Mohegan (un hameau situé à cheval sur la ville de Yorktown et celle de Cortlandt, dans l'État de New York). Le championnat amateur, qui avait lieu pendant le week-end du Memorial Day, du 20 au , est rapporté par le numéro du de Chess Life et le numéro de juin de Chess Review. Il avait 75 participants et était ouvert à tous les joueurs non classés ou avec un classement inférieur à 2 300 points. Ce fut Carmine Nigro qui paya l'inscription de Fischer au tournoi et sa licence auprès de la fédération américaine. Fischer termina le tournoi au-delà de la trente-deuxième place.