Charles Lassailly, né le à Orléans et mort le à Paris.Charles Louis Lesur, Ulysse Tencé, Victor Rosenwald, Hippolyte Desprez, Armand Fouquier, A. Thoisnier Desplaces, Annuaire historique universel, ou Histoire politique pour 1843, Paris, A. Thoisnier Desplaces, 1844, 403 : ., est un écrivain français.
Classé généralement parmi les « petits romantiques » et les « romantiques frénétiques », comme Philothée O'Neddy ou Xavier Forneret, il est surtout connu comme auteur des Roueries de Trialph.
Un jeune orléanais Né le , à 2 heures, au de la rue Royale, à Orléans, Charles Lassailly est le fils aîné de Louis-Prosper Lassailly, un courtier de commerce, et de Louise-Angélique Margoullier. Il a deux frères : Jules-Alexandre-Victor, né le , qui ne survit pas, et Henri-Émile, né le , qui devient journaliste, maître de pension et littérateur, avant de mourir à Saint-Pétersbourg le , avec lequel il ne semble pas avoir été intime. En revanche, il a toute sa vie été très lié avec sa sœur, Anne-Angélique-Léonide, née le et morte célibataire le à Arcueil-Cachan..
Le père de l'auteur est né à Orléans le . Fils de Charles Lassailly, négociant, et de Madeleine Husson, il est marié depuis le 27 brumaire an XIV () à Louise-Angélique Margouiller, d'une famille de Coulommiers, née en 1784 et morte à Paris à une date inconnue, avec laquelle il s'installe au 17, rue des Trois-Marie, avant de déménager rue Royale, au 16 en 1806, puis au 8 en 1814. Ses affaires ayant périclité, il sombre dans l'endettement et finit par se suicider en se jetant dans la Loire le . Son corps est retrouvé près de La Baule, où un procès-verbal est dressé deux jours après.
Après de bonnes études, alors que sa famille pensait qu'il s'orienterait vers la prêtrise, en particulier sa mère, il entre comme commis dans la pharmacie de Jacques Montagnier, dont la boutique se trouve 8, place du Grand-Marché. Après avoir entrevu Hugo et Nodier de passage à Orléans en 1825, il décide de quitter la pharmacie et part, en , avec accordés par son père en échange de la promesse d'aider son frère Émile et sa sœur Léonide, tenter sa chance à Paris, où il connaît la vie de bohème.
La bohème romantique À Paris, Lassailly parvient à placer plusieurs poèmes dans le mensuel La Psyché, puis dans la Tribune romantique, jusqu'à leur disparition. Par la suite, L'Almanach des Muses l'accueille dans ses colonnes ; il y publie en 1832 les 120 vers de son « Hommage à de Lamartine », écrit en réponse au poème « À Monsieur de Lamartine » paru le dans La Némésis de Barthélemy et Méry et justification de l'auteur des Méditations.« Charles Lassailly, repères chronologiques », in Gustav Landauer, La Révolution, Éditions Sulliver, 2006, ..
Se distinguant par son dandysme, il rencontre Victor Cousin, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, est admis en 1833 aux samedis de Gavarni, où il fait la connaissance de Balzac en 1834, et au salon de la duchesse d'AbrantèsMichel Brix, Nerval journaliste (1826-1851), problématique, méthodes d'attribution, Presses universitaires de Namur, 1986, 616 pages, 205-206 .. En , après les Trois Glorieuses, recommandé par Cousin, Lamartine et Hugo, il rencontre Villemain, membre du Conseil royal de l'Instruction publique, afin d'obtenir un emploi de bibliothécaire, en vain. Devenant journaliste, il s'épuise dans des travaux alimentairesLoïc Chotard, « Pourquoi j'aime La Flûte » (327-339), dans Approches du , Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 333 ., est publié dans l'Indépendant, L'Artiste, assure la rubrique des spectacles à L'Intransigeant, devient secrétaire à la Revue des deux Mondes, donne des recensions bibliographiques au Messager de 1838 à 1840. Toutefois, le caractère épisodique de ces contributions ne lui permet pas de vivre réellement de sa plume.
Il appartient au groupe des Bousingos, groupe de jeunes romantiques excentriques des années 1830, parmi lesquels on trouve Pétrus Borel, Alphonse Esquiros, Théophile Gautier ou Gérard de Nerval. Avec ses camarades, il participe à la bataille d'Hernani (), où, vêtu d'un gilet vert tendre et de la casquette rouge à chaînette des Bousingos, à la boutonnière, il a un échange virulent avec l'académicien François-Auguste Parseval-Grandmaison au sujet d'une réplique, selon Alexandre Dumas, et démolit les banquettes du parquet pour en faire une arme contre les « philistins ».Alexandre Dumas, Mes Mémoires, Paris, Michel Lévy frères, 1863, 17.. On le retrouve aussi aux premières de Marion de Lorme au théâtre de la Porte-Saint-Martin () et du Roi s'amuse ()Correspondance de Balzac, Paris, Garnier, 1969, tome 3, 828 ..
En 1832 paraît chez Renduel et Fournier, l'éditeur des romantiques, Poésie sur la mort du fils de Bonaparte, qui annonce en quatrième de couverture la parution prochaine de deux romans, Robespierre, roman politique, et Jésus-Christ, roman philosophique, qui ne verront jamais le jourThierry Galibert, « Charles Lassailly, repères biographiques », dans Charles Lassailly, Les Roueries de Trialph: Notre contemporain avant son suicide, Éditions Sulliver, 2006, 224 pages, 217 et alii ..
Le , le roman Les Roueries de Trialph paraît chez Sylvestre, mais ne rencontre pas le succès escompté ; La France littéraire et le Journal général de la littérature de France l'éreintent, la Revue des deux Mondes et la Revue encyclopédique en font une recension assez critiqueLa France littéraire, Paris, tome 6, 1833, ; Journal général de la littérature de France, Paris, Treuttel & Würtz, 1833, tome 36, ; La Revue des deux mondes, , tome 3, 1833 ; Revue encyclopédique, ou Analyse raisonnée des productions les plus remarquables, Paris tome 58, avril-mai 1833, .. Par la suite, il prépare avec Gavarni et Antony Deschamps la création du Journal des gens du monde, journal artiste, fashionable, consacré à la littérature et à la mode, le . Rédacteur en chef, il est bientôt contraint de démissionner, mais continue à publier des articles, avant la disparition du périodique, en , au bout de 19 numéros. En 1834, il collabore au magazine d'Édouard Pouyat, Les Étoiles, où paraît notamment un poème de 400 vers intitulé « Le Cadavre », ainsi qu'à d'autres publications, notamment féminines, ainsi qu'au Monde dramatique de Gérard de Nerval, et participe, avec Borel, au Livre de beauté de Louis Janet..
En 1836, il rencontre lors d'un bal la comtesse de MagnencourtMarie-Élisabeth-Claudine Destutt de Tracy, fille unique de Victor Destutt de Tracy et de Sarah Newton, nièce du physicien, née à Paris le , mariée le à Flavien-Césaire-Emmanuel Henrion de Staal de Magnencourt (né à Dole le - mort à Paris le ), remariée le à Victor-Gabriel de Bay (né à Paris le )., qui lui inspire une passion muette.. Cette idylle aurait inspiré l'intrigue de Ruy Blas à Hugo, selon André LeboisMaurice Tourneux, Revue d'histoire littéraire de la France, Paris, Armand Colin, 1894, 235 : , pseudonyme d'Anne-Gabrielle de Cisternes de Coutiras, vicomtesse de Poilloüe de Saint-Mars (1804-1872)., le personnage de Michel Chrestien à Balzac dans les Illusions perdues, selon Jean-Hervé DonnardJean-Hervé Donnard, Balzac, les réalités économiques et sociales dans la Comédie humaine, Armand Colin, 1961, 488 pages, 107., ou celui de Ferrante Palla dans La Chartreuse de Parme de Stendhal, selon Maurice TourneuxRevue d'histoire littéraire de la France, Armand Colin, 1960, 236.. De son côté, André Ferran suggère un rapprochement avec Samuel Cramer, le héros de La Fanfarlo de Charles Baudelaire..
À plusieurs reprises, il tente de fonder ses propres revues, toutes au destin éphémère malgré leur ambition, faute d'abonnés, qu'il s'agisse d’Ariel, journal du monde élégant, créé avec Théophile Gautier et à laquelle contribuèrent Vigny et Musset, mais qui ne parut que du au Marcel Voisin, « La Pensée de Théophile Gautier », in Freeman G. Henry (dir.), Relire Théophile Gautier, le plaisir du texte, Rodopi, 1998, 263 pages, 89, note 46 Louise Bulkley Dillingham, , Bryn Mawr College, 1927, 356 pages, 343. Lassailly est « chef de rédaction »., ou de la Revue critique, dont il était à la fois le directeur, le propriétaire et l'unique rédacteur, en (ce mensuel n'eut que quatre numéros).
En 1839, il est employé comme secrétaire par Balzac, alors installé à la Maison des Jardies, pour l'aider dans la rédaction de l'École des ménages et collabore à Mercadet, ou Le FaiseurEdmond Texier, Critiques et récits littéraires, Paris, Michel Lévy frères, 1853, 342 pages, .. Revenant sur cet épisode de sa vie, Lassailly expliquera avoir été réveillé Métaphore sexuelle., jusqu'à huit fois par nuit, pour inventer . Toutefois, il décline l'offre de François Guizot, alors ministre de l'Intérieur, qui, en 1830, lui propose de devenir sous-préfet, de même que celle de Villemain, alors ministre de l'Instruction publique, qui, en 1839, lui ouvre les portes de l'enseignement, car, l'une comme l'autre, elles l'auraient éloigné de Paris et contraint à renoncer à une carrière littéraire, alors qu'il est encore persuadé que justice sera rendue à son talent. En même temps, s'il persiste dans l'activité journalistique, c'est qu'à ses yeux, l'art peut influer sur le réelThierry Galibert, « Charles Lassailly, l'an I du frénétisme littéraire », dans Charles Lassailly, Les Roueries de Trialph: Notre contemporain avant son suicide, 7-25..
L'internement Esprit tourmenté par la religion, obsédé par la pureté, enfermé dans l'illusion d'un dialogue avec de grandes figures de l'histoire, alors qu'il vit dans la misère, il sombre dans la folie au début de , à la suite du naufrage de la Revue critique. Grâce à l'intervention de Vigny, qui fait ce qu'il peut pour aider un Lassailly qu'il considère comme , il obtient un secours du ministère de l'Intérieur et, le , Lamartine organise une quête à la Chambre des députés en sa faveur.. Il est admis dans la maison de santé du docteur Blanche, au 4 de la rue Traînée devenu le 22-22bis rue Norvins. Puis, le , à l'initiative de Vigny, il devient pensionnaire du docteur Brière de Boismont, au 21 rue Neuve Sainte-Geneviève, près du Panthéon, où il demeure, hormis quelques absences, jusqu'à sa mort, en 1843, à l'âge de 36 ansIl s'installe chez le docteur de Boismont en pour .Laudyce Retat, Jean Balcou, Tivadar Gorilovics, Madeleine Aubrière (dir.), Bretagne et romantisme: mélanges offerts à M. le professeur Louis Le Guillou, Brest, CNRS, Université de Bretagne occidentale, 1989, 455 pages, 337, note 1..
Postérité Républicain, il a facilité la formation de la légende napoléonienne avec ses poésies qui ont remporté un succès populaire. Surtout, il est l'auteur d'un roman où le héros reflète la tendance suicidaire de la génération romantique.
Pour Tristan Tzara, Lassailly est, avec Borel, de ceux qui (Essai sur la situation de la poésie, 1927).
Œuvres Poésie sur la mort du fils de Bonaparte, Paris, Eugène Renduel, 1832, 15 pages. Les Roueries de Trialph, notre contemporain avant son suicide, Paris, Silvestre, 1833, XXXII-338 pages (réimpression de l'édition de 1833 : Genève, Slatkine Reprints, 1973 ; réédition : Paris, Plasma, 1978, 191 pages, et Arles, Sulliver, 2006, 221 pages).
Auteur de quelques articles dans la Revue des Deux Mondes, il a publié en feuilleton plusieurs nouvelles dans le Siècle. : Une éducation de jeune homme au , ; La Trahison d'une fleur, ; Grégorio Banchi, ; Un secrétaire du , ou le Griffon de la vicomtesse de Solanges, 6 et ; Louisette, 8 et ; Les Gouttes de digitale, .