thumb|300px|La First Fleet entrant dans Port Jackson le , par E. Le Bihan.

First Fleet (« Première flotte ») est le nom donné aux onze premiers navires britanniques qui, en mai 1787, partirent en Australie établir la première colonie européenne en Nouvelle-Galles du Sud. La colonie fut un établissement pénitentiaire et marqua les débuts de la déportation de bagnards en Australie. Les bateaux étaient sous l'autorité du capitaine (plus tard amiral) Arthur Phillip.

Les membres de la First Fleet

Le nombre des participants directement impliqués dans ce convoi « First Fleet » ne sera probablement jamais connu, en particulier parce que toutes les relations de cet évènement donnent leurs propres chiffres. Gillen., donne le chiffrage suivant :

Embarqués à Portsmouth

Officiers et passagers : 15 Équipage des navires : 323 Soldats (Marines) : 247 Femmes et enfants des marines : 46 Bagnards (hommes) : 582 Bagnards (femmes) : 193 Enfants de bagnards : 14 Total des embarqués : 1 420

Débarqués à Port Jackson

Officiers et passagers : 14 Équipage des navires : 306 Soldats (Marines) : 245 Femmes et enfants des marines : 54 Bagnards (hommes) : 543 Bagnards (femmes) : 189 Enfants de bagnards : 22 Total des débarqués : 1 373

Durant le voyage, on a compté 22 naissances (13 garçons et 9 filles) et 69 décès, désertions ou mises à terre (61 hommes et 8 femmes).

Il est aussi possible que le total soit sous-évalué de 110, pour les marins, car les rôles d'équipage pour les six transports et les trois cargos ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

vignette|Pierre tombale d'une des personnes arrivées par la First Fleet.

Les préparatifs du voyage

La décision de déporter des condamnés à Botany Bay fut prise par le gouvernement britannique le , et la responsabilité de l'organisation et le choix des officiers relevèrent du ministre de l'Intérieur, lord Sydney et son assistant Evan Nepean. Les préparatifs pour obtenir navires, bagnards, gardiens et provisions commencèrent peu après. À cette époque, les cinq pontons-prisons en service contenaient environ ; des bagnards choisis, quelques femmes purgeant leur peine dans des prisons locales, furent transférés sur le ponton Dunkirk à Plymouth et à la Nouvelle Prison à Southwark. La date de départ avait été fixée pour octobre, mais il y eut une série de retards. Le St. James's Chronicle commenta en mi-avril 1787 que

En octobre 1787, plus de 200 marines s'étant déjà portés volontaires pour une affectation à Botany Bay, le major fut nommé à leur tête. Le commandement de l'expédition, du navire et, par la suite, le gouvernorat de la colonie, fut accordé au capitaine Arthur Phillip, dont le premier lord de l'AmirautéL'Amirauté britannique est dirigée par un membre du Cabinet qui porte le titre de premier lord de l'Amirauté. Il est assisté de plusieurs amiraux portant le titre de (premier, second, etc.) lord de la Mer (First Sea Lord, Second Sea Lord, etc.). disait :

Les navires destinés aux déportés, dont deux anciens négriers réquisitionnés par la Royal Navy, furent adaptés avec de fortes barres sur les écoutilles entre les ponts, ainsi qu'une palissade pour séparer les bagnards de l'équipage, des armes à feu et des munitions. Les réserves chargées à bord comprenaient de la farine, des pois, du riz, du beurre, de la viande de bœuf, du porc salé, du pain, de la soupe, du fromage, de l'eau et de la bière. Bois et charbon pour combustible. Il y avait aussi des perles de verre, des miroirs et d'autres cadeaux pour les aborigènes, des tentes (où les déportés vivraient jusqu'à l'installation dans des baraques), des charrettes, des brouettes, de la poudre à canon, du mobilier démontable pour le gouverneur, des instruments scientifiques, papier, cordes, vaisselle, vitres (pour les fenêtres du gouverneur), bois précoupé, du matériel de cuisine (même des fours complets en fonte), armes diverses, etc. À côté de cela, on trouvait aussi du matériel agricole, des semences, de l'alcool, des fournitures médicales (pansements, instruments chirurgicaux), menottes, chaînes et fers. Les pièces détachées d'une maison préfabriquée, pour le gouverneur, furent aussi chargées dans les cales de l'un des navires. Cinq mille briques et des milliers de clous furent embarqués. Comme l'expédition devait s'installer dans un territoire quasi inexploré, elle devait apporter assez de provisions pour survivre jusqu'à ce que l'exploitation des ressources locales permettent d'atteindre l'autosuffisance alimentaire, en admettant que cela soit possible.

Les bagnards furent embarqués sur les navires depuis les pontons et les prisons, sans tenir compte de leur santé physique ou de leurs compétences nécessaires en vue de la création de la nouvelle colonie. Les premiers arrivés embarquèrent à Woolwich et Gravesend au début du mois de janvier, et d'autres bagnards furent amenés à bord tout au long des trois mois suivants. Les navires se dirigèrent progressivement vers Portsmouth ; les derniers prisonniers y furent embarqués le jour où la flotte fit voile. Ils prirent la Manche le .

Le voyage Les sentiments des déportés et des soldats devaient se partager entre peur et appréhension au moment du départ. Ils s'embarquaient pour le plus long des voyages jamais réalisé par un groupe aussi nombreux, se dirigeaient vers une destination peu connue des Européens, et dont on ignorait si elle était propice à la colonisation. Peu d'entre eux pouvaient espérer revoir un jour l'Angleterre, leur famille et leurs amis.

Quand la mer était belle, les bagnards étaient autorisés à monter sur le pont, à condition que la terre ne soit pas en vue. Les bagnards, donc, ne virent pas la terre pendant 9 mois, de leur embarquement en Angleterre jusqu'à leur débarquement en Nouvelle-Galles du Sud..

Le la flotte jeta l'ancre à Santa Cruz de Tenerife. On y embarqua de l'eau, des légumes et de la viande. Phillip et ses officiers furent reçus par le gouverneur local, et un bagnard tenta de s'évader, sans succès. Le ils appareillèrent pour Rio de Janeiro, profitant des alizés et des courants marins.

Le temps devint très chaud et humide sous les tropiques. La vermine tourmenta les bagnards, les officiers et les marins. L'eau des sentinesLes sentines ou puisards sont les endroits, à fond de cale, où se rassemblent les eaux usées ; les pompes doivent rejeter ces eaux par-dessus bord. devint corrompue et son odeur, insupportable, surtout pour les déportés enfermés à fond de cale. Sur le , certains bagnards tombèrent malades et moururent. Les tempêtes tropicales empêchèrent les déportés de monter sur le pont, les forçant à rester en bas, dans les cales sales et exigües. Sur les navires transportant des femmes, la séparation entre les prisonnières, l'équipage et les marins ne fut que théorique. Il en résulta quelques naissances. Dans les zones de calme plat, Arthur Phillip dut limiter la consommation d'eau à trois pintes1 litre et demi environ. Il s'agit de la mesure britannique. Précisons que l'eau distribuée à l'équipage comme boisson correspond au tiers de ce volume ; le reste sert pour la cuisson, le dessalage des viandes, l'alimentation des charniers. Voir J. Boudriot, Le vaisseau de 74 canons, tome 4, pages 161-162, Grenoble, 2001, Éditions des Quatre Seigneurs. par jour dans la zone de convergence intertropicale.

La flotte arriva à Rio de Janeiro le et y resta un mois. Les coques des navires furent nettoyées, les réserves d'eau reconstituées ; on procéda à des réparations, et Arthur Phillip commanda beaucoup de vivres. Les vêtements des prisonnières, infestés de poux, furent brûlés, et les femmes reçurent de nouveaux vêtements confectionnés à partir de sacs de riz. Les officiers visitèrent la ville, assistant à des réceptions données par les habitants. Un bagnard et un marin furent punis pour avoir fabriqué de la fausse monnaie à partir de cuillers en étain et de vieilles boucles.

Ils quittèrent Rio le et, profitant des alizés, firent voile vers le cap de Bonne-Espérance, où ils mouillèrent à la mi-octobre. Les prisonnières du furent transférées sur d'autres bateaux de la flotte pour faire de la place à du bétail acheté au Cap. Du bœuf et du mouton, du pain et des légumes furent donnés aux déportés afin de les remettre en état pour la suite du voyage. La colonie hollandaise du Cap fut le dernier établissement européen que les membres de la flotte purent contempler avant des années, voire la fin de leur vie.

Poussés par les vents tempétueux des rugissants, la flotte lourdement chargée entreprit de labourer des eaux agitées. Une violente tempête, rencontrée alors qu'ils avaient doublé la pointe de Van Diemen's Land pour faire voile vers le nord, causa des dommages aux voiles et mâtures de plusieurs bâtiments.

Le commandant Arthur Phillip passa sur le en novembre. Avec l’Alexander, le Friendship et le , les bateaux les plus rapides de la flotte , il pensait devancer les autres, choisir l'endroit adéquat, trouver de l'eau, préparer le terrain et peut-être construire quelques huttes et autres structures avant l'arrivée du reste de la flotte. Cependant, cette « escadrille rapide » n'arriva à Botany Bay que quelques heures avant les autres navires, aussi aucun des travaux d'aménagement ne put être réalisé. Le Supply arriva le , les trois autres navires du groupe de tête le , et les navires plus lents, dont le Sirius, le .

Ce fut l'un des voyages maritimes les plus longs de l'histoire. Onze navires transportant et des vivres avaient voyagé durant 252 jours et sans perdre un seul bateau. Quarante-huit personnes étaient mortes pendant le voyage, soit un taux de mortalité d'un peu plus de trois pour cent (3 %). Étant donné les privations du voyage, les problèmes de navigation, sa mauvaise organisation, la piètre condition et la faible expérience des bagnards, le savoir médical limité, le manque de précautions contre le scorbut, l’exiguïté et le mauvais état des navires et les outils inadéquats, ce fut un exploit remarquable.

Il fut bientôt évident que Botany Bay n'était pas à la hauteur des éloges du capitaine James Cook en 1770. La baie était trop ouverte et non protégée, l'eau douce, rare, et la terre, pauvre. Un premier contact entre les nouveaux venus et la tribu d'aborigènes de la région, les Eora, eut lieu ; ces derniers se montrèrent curieux mais méfiants. Les environs offraient nombre d'arbres très massifs : quand les bagnards essayèrent de les couper, leurs outils se cassèrent et ils durent faire sauter les troncs à la poudre à canon. Les huttes primitives, construites pour les officiers, ne résistèrent pas aux tempêtes. Les soldats avaient l'habitude de se saouler et de laisser les bagnards sans surveillance, pendant que leur prétentieux commandant, le major Robert Ross faisait damner Phillip avec son attitude arrogante mâtinée de fainéantiseGillen décrit même le personnage comme : .. Phillip s'inquiétait surtout de l'exposition de sa petite colonie aux attaques des aborigènes ou des puissances étrangères.

thumb|right|Le monument inauguré à Botany Bay en honneur du First Fleet. Les noms de tous les membres de la flotte y sont gravés.

Le , deux jours après son arrivée à Botany Bay, Phillip, avec un groupe d'hommes au nombre desquels on trouvait John Hunter, partit de la baie avec trois petits bateaux pour explorer d'autres baies au nord. Ils trouvèrent rapidement ce qu'ils cherchaient, et retournèrent le décrivant une rade, plus au nord, avec des mouillages sûrs, de l'eau douce et un sol fertile. Les impressions de Phillip sur cette rade furent notées dans une lettre qu'il envoya plus tard en Angleterre. Il y écrivit : . C'était Port Jackson, que Cook avait vu et nommé, mais où il n'était jamais entré. La décision fut prise : le groupe y déménagea.