Le est un acte sexuel sans le consentement de l'ensemble des personnes impliquées et consistant donc en une violence sexuelle. En fonction des juridictions, le terme de viol peut être seulement applicable à un abus sexuel jugé plus grave qu'une autre agression sexuelle. Cette définition peut être liée à la notion de pénétration, mais pas uniquement.
Il peut être exercé par la force, la surprise, la menace, la soumission chimique, la ruse ou la contrainte (physique ou psychologique). Au , le viol constitue un crime dans la plupart des législations ; l'imposture ou le dol constituent en général, ainsi que la violence, un élément d'appréciation du viol.
La définition du terme peut être plus ou moins large selon les pays.. Dans plusieurs pays occidentaux, la définition du viol a fait l’objet d’extensions depuis les années 1970 pour englober des atteintes sexuelles autres que la pénétration vaginale (pénétration anale, attouchements, actes bucco-génitaux ou bucco-anaux), pour reconnaître la possibilité du viol conjugal, pour inclure des situations autres que l’usage de la force physique et, plus récemment, pour intégrer la notion de consentement sexuel qui n’était le plus souvent pas clairement présente dans la définition. Au Canada, l'infraction de viol a été abolie et remplacée par le crime d'agression sexuelle, notamment pour mettre l'accent sur la dimension violente de l'acte et pour inclure toute forme d'attouchement sexuel non consenti. En France, le viol est un crime et le criminel s'expose à une peine allant de de réclusion jusqu'à la perpétuité (par exemple en cas de récidive ou si le viol est accompagné de tortures). La reconnaissance et la condamnation sociale du viol restent cependant incomplets, en particulier lorsque celui-ci est commis dans l’entourage (conjugal, familial, amical ou professionnel) ou réalisé par des procédés autres que le recours à la force physique.
Selon un rapport de 2010 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime et une étude de l'Organisation mondiale de la santé de 2017, la très grande majorité des viols sont commis par des hommesLe European Sourcebook de 2006 rapporte que dans européens, près de 99% des viols rapportés aux autorités sont commis par des hommes (International Statistics on Crime and Justice, 2010) et des victimes sont des femmes, la même proportion existant pour les violences conjugales et les agressions sexuelles , Harrendorf, Haskenan, Malby, Stefan, Marku, Steven, www.unodc.org. Office des Nations unies contre la drogue et le crime, .. En France, 3,8 % des femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol au cours de leur vie, selon une enquête de l'Institut national d'études démographiques (Ined) soutenue par le ministère chargé des Droits des femmes. Environ sont enregistrés chaque année par les forces de l'ordre dans l'Union européenne, dont plus de sur 10 sont des femmes, alors que les emprisonnements pour viol sont presque tous sur des hommes (99 %).
Approche socio-historique Antiquité Lois babyloniennes La première mention écrite du viol est dans le Code de Hammurabi, qui distingue viol et adultère. La établit que si une femme mariée et un homme sont surpris ensemble « en flagrant délit », les deux doivent être noyés mais le mari peut cependant pardonner à sa femme. La établit, en revanche, que si une jeune fille vierge est trouvée avec un homme, seul l'homme doit être mis à mort..
Judaïsme Chez les Hébreux, le viol de la femme d'autrui est interdit dans le dernier des Dix Commandements : . Dans le Code deutéronomique, la punition infligée est : si une femme mariée ou fiancée est surprise avec un homme, il est considéré comme ayant eu adultère et la mort par lapidation est exécutée pour les deux individus ; si, en revanche, une femme mariée ou fiancée est prise par un homme à l'extérieur de la ville, le viol est supposé et seul l'homme est lapidé ; si la victime est une jeune fille non fiancée, l'homme doit payer une amende au père de la fille et épouser la jeune fille sans possibilité de divorce. C'est une des premières attestations du mariage réparateur, conçu comme une forme de dédommagement et de protection pour la femme, qui avait perdu son honneur et n'aura probablement pu trouver d'autre mari (Devarim 22:28-29).
vignette|Mishné Torah enluminé de Maïmonide, 1296
En général, l'application des sanctions les plus sévères à l'enfreinte des lois juives n'est pas effective dans la mesure où le tribunal rabbinique chargé de s'adapter aux nécessités de l'époque, y met de telles conditions qu'elles deviennent des références théoriques, pour autant maintenues mais conduisant à des peines de substitution ou des réparations à hauteur du crime ou délit commis afin qu'il y ait justice dans le sens de la Torah. Les débats du Talmud (premiers siècles de notre ère) et les travaux de Moïse Maïmonide (Séfer nashim dans le Mishné Torah au ) vont toujours dans ce sens ; par exemple, Maïmonide indique que dans le cas d'un viol, .
Mythologie grecque Dans la mythologie grecque, les dieux recourent très souvent au viol notamment contre les humains mais en utilisant rarement la violence. Dans certains cas il est question de mariage par enlèvement, qui est encore actuellement pratiqué par certaines cultures traditionnelles. Par exemple, l'enlèvement de Perséphone par Hadès ; de Daphné par Apollon ; de Cassandre par Ajax ; d'Andromaque par Hector ; de Polyxène par Achille ; pour ne pas mentionner la liste de femmes et de nymphes violées par la force ou la tromperie par Zeus. La banalisation du viol dans la mythologie grecque est un des révélateurs de la misogynie des sociétés hellénistesEnid Bloch, Misogyny, Androgyny and Hellenism, 1983Sarah B. Pomeroy, Goddesses, Whores, Wives, and Slaves: Women in Classical Antiquity, 1975Gerda Lerner, The Creation of Patriarchy, 1986Francine Sporenda, La mystification patriarcale, 2024 .
Dans la Grèce antique, l'adultère de la femme est puni mais l'homme peut légalement entretenir des concubines.
Rome antique Dans la société romaine primitive, le pater familias dispose du droit de vie et de mort sur les personnes et notamment les femmes placées sous son autorité et qui légalement lui appartiennent. Le développement du droit romain donnera aux femmes un statut et une liberté exceptionnels tout en les laissant sous l'autorité du père, du mari ou d'un autre homme.
Moyen Âge
Le début du christianisme est marqué par la promotion de la chasteté et le respect des vierges. L'Église s'attache d'abord à condamner le rapt des veuves et des vierges consacrées (conciles de Chalcédoine et de Lérida au ) puis en précise l'interdiction pour toutes les femmes : un pénitentiel du condamne les ravisseurs de femmes mariées à l'anathème, ceux de jeunes filles ou de veuves à l'excommunication.
Si le viol est un pseudo-viol arrangé par l'homme et la femme dans le but d'obtenir le consentement des parents, il bénéficie d'une certaine indulgence (voir : élopement).
Durant le haut Moyen Âge, le viol n'est pas encore un crime à part entière. Il est le plus souvent présent dans les codes dits « barbares » en tant que circonstance aggravante du raptus, le fait d'enlever une femme contre le consentement de ses parents, la plupart du temps pour donner lieu à un mariage forcé. C'est, par exemple, le cas dans le code burgonde, dit loi Gombette, rédigé vers 535.
Tout au long du Moyen Âge, le crime de rapt et celui de viol restent inextricablement liés. À partir du , en parallèle de la renaissance du droit romain, les coutumiers font du viol l'un des crimes qui doivent être punis de mort, mais il est toujours confondu avec l'enlèvement puisqu'il est désigné par les mots « rapt », « rat » ou « raz », bien que ce soit un viol qu'ils décrivent en ces termes. Jean Boutillier affirme que , la Très ancienne coutume de Bretagne que , et Philippe de Beaumanoir que . Cette confusion tient aussi du fait que les femmes violées au Moyen Âge étaient très souvent enlevées avant que le crime sexuel soit perpétré. Ce n'est qu'à partir du que le viol est définitivement séparé du rapt en droit..
Il a été perçu durant tout le Moyen Âge comme un crime grave. Les coutumiers des offrent déjà une définition assez similaire à celle d'aujourd'hui. Il s'agit d'un rapport sexuel, une pénétration donc, forcée, contre le consentement de la victimePhilippe de Beaumanoir est probablement le juriste qui en offre la définition la plus précise : . Pour que l'acte puisse constituer un viol, il faut que la victime ait tenté de s'y soustraire par ses gestes ou par ses cris. Néanmoins, les coutumiers prévoient qu'un tel crime ne puisse être commis que de la part d'un homme sur une femme. La jurisprudence révèle, en outre, que la pénétration digitale contre le consentement d'une femme ne pouvait pas être qualifiée de viol mais seulement de tentative de violA ce titre, une lettre de rémission, cotée JJ 194, , fol. 200 (septembre 1473) aux archives nationales, en est révélatrice puisque le coupable, auquel le roi de France Louis XI a accordé sa grâce, affirme qu'il a seulement tenté de violer la victime, en la pénétrant de deux de ses doigts, mais qu'il n'a pas réussi à en venir à bout à cause de sa résistance. Le roi lui accorde son pardon et le fait échapper à la justice « antendu les choses dessus dites, et que ladite fille n'a esté aucunement violee ».. Les lettres de rémission de la sous-série JJ sont consultables en ligne via HIMANIS. Dans la seconde moitié du Moyen Âge, le viol est couramment désigné par le mot .. Le verbe « efforcer » est utilisé jusqu'à la fin du même si le verbe « violer » est déjà employé à la fin du Moyen Âge.
Malgré les fortes peines prévues, il est rare qu'un homme soit pendu pour viol et ce sont souvent des peines plus légères qui sont prononcées : une forte amende, la mutilation d'un membre ou parfois le bannissement. La large impunité des violences sexuelles n'est pas sans rapport avec des mentalités misogynes qui entretenaient l'idée selon laquelle les femmes aimeraient être violéesIdée qui est d'ailleurs fortement critiquée dès la fin du Moyen Âge par Christine de Pizan dans sa célèbre diatribe « Contre ceux qui disent que les femmes aiment être violées » : « je suis navrée et outrée d'entendre des hommes répéter que les femmes veulent être violées et qu'il ne leur déplaît point d'être forcées, même si elles s'en défendent tout haut. Car je ne saurais croire qu'elles prennent plaisir à une telle abomination. » (trad. par Erik Hicks et Thérèse Moreau), voir Christine de Pizan, Le trésor de la cité des dames, Erik Hicks et Thérèse Moreau (trad.), Paris, 1986, mais elle est surtout la conséquence d'une grande difficulté des victimes à prouver leur agression. L'examen gynécologique est pratiqué depuis le dans le cadre de poursuites pour viol mais il doit être réalisé très rapidement pour être considéré comme fiable et n'a d'utilité que si la victime était vierge, la déchirure de l'hymen constituant la preuve. Les témoins oculaires étaient rares et les accusés refusaient presque systématiquement d'avouer, affirmaient qu'ils avaient en effet entretenu une relation charnelle avec la victime mais plaidaient son consentement.