L'abbaye Saint-Germain-des-Prés (), qui comprend l'actuelle église Saint-Germain-des-Prés, est une ancienne abbaye bénédictine de Paris (France), située 3 place Saint-Germain-des-Prés dans l'actuel Église Saint-Germain-des-Prés, Parisinfo.com.. Fondée au milieu du sous le nom de basilique Sainte-Croix et Saint-Vincent par le roi mérovingien et saint Germain, évêque de Paris, elle doit son nom actuel à ce dernier.

C'est une abbaye royale, qui bénéficie donc d'une exemption et est directement soumise au pape. La première église abbatiale est consacrée le à la Sainte Croix et à saint Vincent de Saragosse. Cette basilique possédait des colonnes de marbre, un plafond lambrissé et des fenêtres vitrées. Elle est nécropole royale jusqu'à la création de celle de la basilique Saint-Denis et les reliques de saint Germain y sont vénérées, mais plus aucune sépulture médiévale ne subsiste et les reliques se sont considérablement amoindries.

L'église est rebâtie par l'abbé Morard, à partir de la fin du . Les quatre premiers niveaux du clocher occidental, la nef et le transept de l'église actuelle remontent à cette époque, dans lesquels on peut notamment voir d'intéressants chapiteaux d'autour de l'an mil. Le chœur actuel est construit au milieu du dans le style gothique primitif et consacré par le pape Alexandre III le . C'est l'un des premiers édifices gothiques, qui contribue à la diffusion de ce nouveau style et est de toute première importance sur le plan archéologique. Les bâtiments conventuels sont reconstruits successivement au cours du , et une chapelle abbatiale inspirée par la Sainte-Chapelle est édifiée par l'architecte Pierre de Montreuil puis dédiée à la Vierge ; l'ensemble est démoli au début du .

L'instauration de la réforme mauriste en 1630 fait de l'abbaye un centre de l'érudition d'un grand rayonnement. Mais la Révolution impose la suppression de la totalité des abbayes et, pour Saint-Germain-des-Prés, la fin survient le . L'église devient bientôt une manufacture de salpêtre et le culte n'y est rétabli que le . Depuis lors, l'église est exclusivement paroissiale. Entre 1821 et 1854, l'église, mise à rude épreuve sous la période révolutionnaire, est restaurée par les architectes Étienne-Hippolyte Godde et Victor Baltard. Elle est classée aux monuments historiques par la liste de 1862. et les vestiges de l'abbaye sont inscrits par l'arrêté du .. L'église Saint-Germain-des-Prés est la plus ancienne des grandes églises parisiennes.

Le quadrilatère compris entre les rues de l'Échaudé, Gozlin, Saint-Benoît et Jacob marquent les limites l'enclos de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Histoire de l'abbaye vignette|redresse|115px|Le roi , fondateur de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Représentation rétrospective du , pierre calcaire, restes de polychromie.Proviens du trumeau de la porte du réfectoire de l'abbaye (Paris, musée du Louvre).

Époque romaine Avant la fondation de l'abbaye, se trouvait à son emplacement, à l'époque romaine, un lieu de culte. Aucune preuve n'existe qu'il ait été dédié à Isis. Ce lieu de culte profitait d'une position légèrement plus haute qu'aux alentours (un « mamelon » aujourd'hui invisible, car en partie arasé) à l'abri des crues annuelles, car ce temple se trouvait alors le long d'une route allant vers l'ouest qui longeait la Seine à bonne distance (grosso modo à la hauteur du boulevard Saint-Germain), hors des zones humides connues au sous le nom de « Clos de Laas ». Cette voie rejoignait ensuite le passage du fleuve par ce qui est aujourd'hui la rue Saint-André-des-ArtsHistoire du Pré-aux-Clercs, sur ruevisconti.com..

Haut Moyen Âge (500-987) L'époque mérovingienne (481-751) : la fondation Afin de glorifier la tunique de saint Vincent et une croix d'or de Tolède, reliques ramenées de Saragosse à la suite d'une expédition en 542, , fils de Clovis et roi mérovingien, fit construire une basilique qui fut placée sous la double protection de saint Vincent et de la Sainte Croix et dénommée basilique Sainte-Croix et Saint-VincentHistoire de l'abbaye, site officiel.. Il fera également une donation des terres du « clos de Laas » à cette dernière en 553 et lui cède toutes les pêcheries qui sont sur la Seine, depuis le pont de la Cité jusqu'au point où le ruisseau, appelé Savara, se jette dans ce fleuveJacques-Antoine Dulaure : histoire physique, civile, et morale de Paris, T 6, p164. Elle fut consacrée vers 558 par l'évêque de Paris, Germain, ancien moine de l'abbaye Saint-Symphorien de Saint-Pantaléon (Saône-et-Loire) dont il fait venir les moinesGilles Corozet in Fleur des Antiquitez, 1532. en 543.

Dans une charte du , Childebert annonce « J'ai commencé de construire une église », ce qui permet de dater la fondation du monastère aux environs de 557Andrée Jacob et Jean-Marc Léri, Paris, Vie et histoire du , 1986, Éditions Hervas, .. Le souverain mérovingien y fut inhumé le entre les et sudMartyrologe d'Usuard, Patrologie latine, Migne ., puis, à sa suite, plusieurs membres de la famille royale des Mérovingiens de Paris : Chilpéric en 584, Frédégonde en 598, Clotaire II en 628, Childéric II en 673 et son épouse Bilichilde, morte en 679.. Les corps, entourés d'un suaire ou vêtus, furent déposés dans des tombeaux placés dans le chœur des moines ; ainsi, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés fut, avant l'abbaye de Saint-Denis, et après celle de Sainte-Geneviève, nécropole royale. L'évêque Germain, lui, avait été enterré dans la chapelle Saint-Symphorien, à côté de l'église le alors qu'il avait fait don de son alleu de BitryPolyptyque d'Irminon, édition Longnon, tIII, .

Dès le , un monastère s'installa à côté de l'église. Son premier abbé fut saint Doctrové († vers 580), qui assura la mise en œuvre du service liturgique de l'église, où son corps fut déposé à sa mort. À partir du , le nom de Saint-Germain fut associé à celui de Saint-Vincent.

L'époque carolingienne (751-987) En 756, en présence de Pépin le Bref et de son fils Charles, futur Charlemagne, le corps de saint Germain est transféré de la chapelle Saint-Symphorien dans l'église même, derrière l'autel principal, en raison de l'affluence des pèlerins qui venaient lui rendre hommage. L'importance du cimetière, mis au jour à côté de l'église en 1876À l'occasion des travaux de percement du boulevard Saint-Germain., s'explique aussi par ce désir de rapprochement de la sépulture de Saint-Germain. L'église est désormais uniquement connue sous le nom déglise Saint-Germain-des-Prés. Ornée d'un sol en mosaïque, de hautes colonnes de marbre supportant des arcades, de peintures à fond d'or sur les murs, son toit revêtu de cuivre doré répand une lumière dorée, ce qui lui vaut d'être longtemps appelée « Saint-Germain-le-doré »..

L'abbaye parisienne dispose alors d'un vaste réseau spirituel et économique le long des grandes voies de communication terrestres et fluviales de l'empire carolingien, depuis la vallée de la Seine jusqu'à la Belgique, la Suisse, en passant par la Bourgogne et le Morvan..

L'abbaye, largement et richement dotée de terres à cette période (le polyptyque d'Irminon, rédigé autour de 823-828, en donne une idée), est assaillie à plusieurs reprises par les Normands dès 845, puis en 856 et n'est sauvée du saccage que contre le paiement d'une importante rançon. Mais en 861, un incendie détruit l'abbatiale. Restaurée en 869, elle est à nouveau occupée par ceux-ci lors du siège de Paris (885-887), dont le déroulement nous est connu par le récit qu'en fit un moine de l'abbaye, Abbon de Saint-Germain-des-Prés. Les bâtiments sont pillés, saccagés, puis brûlés, marquant la destruction de l'œuvre de Childebert. Les reliques de Saint-Germain, mises plusieurs fois à l'abri des murailles de Paris, retrouvent leur place en 888.

Bas Moyen Âge (987-1500) L'époque des Capétiens directs (987-1328) vignette|gauche|200px|Diplôme du roi de France, Robert II le Pieux, par lequel il restitue à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés des biens jusqu'ici détenus injustement par le comte Dreu, son avoué. Poissy, 1030 (Pierrefitte-sur-Seine, Archives nationales de France). L'abbé Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l'an mil : cette dernière était expressément mentionnée dans son épitaphe, conservée dans l'église actuelle, mais la datation des chapiteaux de la nef est contestée. En même temps que le clocher-porche terminé en 1014, deux tours encadrent le chevet : elles sont quasiment détruites au .

Les études dendrochronologiques de la charpente de la nef ont donné une date d'abattage des bois comprise entre 1018 et 1038. Cette période de construction de la nef est confirmée en rapprochant sa réalisation d'ensembles sculptés comme la tour-porche de l'abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire. Cette construction a dû être largement commanditée par Robert II le Pieux. Cette construction royale s'est traduite par l'usage de la pierre de taille, encore rare à l'époque, et par l'utilisation de certains thèmes mythologiques pour les chapiteaux, comme Hercule et la biche de Cérynie qui relève d'une culture savante encore courante dans le milieu monastique du . D'autres chapiteaux renvoient aux débats théologiques de cette période..

vignette|170px|Donation à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés par le roi de France Philippe II Auguste d'une poterne des murs de Paris, 1209, Archives nationales de France. La règle bénédictine de Cluny est introduite en 1024..

En 1129, un concile extraordinaire se tient à l'abbaye sous la présidence du légat du pape Mathieu, cardinal-évêque d'Albano, rassemblant douze évêques dont celui de Paris, Étienne de Senlis, plusieurs abbés, le roi Louis VI, la reine Alix et leur fils aîné, afin de statuer sur la demande de l'abbé Suger qui revendique le retour de la riche abbaye Notre-Dame d'Argenteuil dans la dépendance de Saint-Denis. Les religieuses d'Argenteuil, alors dirigées par la fameuse Héloïse, vont être transférées sous le prétexte de dérèglements au monastère du Paraclet en Champagne.. L'abbaye d'Argenteuil devient alors un prieuré d'hommes dépendant de l'abbaye de Saint-Denis., qui y développe l'agriculture et le vignoble.

Au , le chœur de l'abbatiale est démoli et remplacé par un sanctuaire gothique à déambulatoire et chapelles rayonnantes. Il est dédicacé le en présence du pape Alexandre III et de nombreuses personnalités (Jean II archevêque de TolèdeCartulaire général de Paris, De Lasteyrie, ., Humbauld évêque d'Ostie), événement rapporté par l'abbé Hugues de Monceaux ; la porte (occidentale) qui vit l'entrée du pape portera alors le nom de porte papale. Le portail est orné de statues colonnes (un évêque et sept rois et reines inhumés dans l’abbatiale). Ce programme iconographique remplacent les traditionnels rois de l’Ancien Testament et renforcent le caractère de nécropole royale, page 18..

De 1227 à 1273, quatre abbés rebâtissent de nouveaux bâtiments, de style gothique : cloître, réfectoire, salle du chapitre et dortoirs, ainsi que la chapelle de la Vierge, que l'on doit à l'architecte Pierre de Montreuil, élevés entre 1245 et 1255 qui y fut inhumé.

L'abbaye était utilisée par les monarques français pour accueillir des rois en visite, comme le roi Édouard d'Angleterre en 1286, qui l'utilisa comme base lors d'une visite à Philippe IV de France au LouvreTNA E101/351/23 « « Thome Lengleys, pro passagio regis, videlicet en .ix. batillis, de abbacia Sancti Germani usque ad curiam regis Francie et Lovre, par .iiij. vices, die martis .iiijt. die junii computato, videlicet pro batillo portante regem: .xij. d. parisiensium qualibet vice, et pro quolibet alio vj. d. par., et pro passagio regine per idem tempus : xxx. s. par., qui valent en sterlingis : .viij. s. vij. d." Ou « Thomas Langley, pour le passage du roi, à savoir en neuf bateaux, de l'abbaye de Saint-Germain à la cour du roi de France et au Louvre »..