Laurent, chevalier d'Arvieux ( à Marseille - à Marseille) est un négociant marseillais, passionné d'orientalisme scientifique et nommé diplomate. Ses Mémoires, en sept volumes, firent connaître la culture des Turcs et des Arabes du Proche-Orient dans la France du .
Biographie
Enfance et formation Né à Marseille le Mémoires..., tome VI , sous le nom de Laurent Arviou. Il est l'ainé d'une fratrie de trois garçons et deux filles. Sa famille est issue de la noblesse de Lombardie, du nom d’Arveo (Arvei au pluriel). La branche provençale avait conservé ce nom sous la forme corrompue Arviou.
Son père exploitait ses terres comme bien des gentilshommes de sa condition. Il mourut prématurément, tué par des voisins au cours d’un différend au sujet d’un lopin de terre. Sa famille compte sur lui pour remplacer le père de famille à la tête de l'exploitation mais le jeune homme est nettement plus attiré par les contrées lointaines chaque fois qu'il assiste à l'arrivée d'un navire chargé de marchandises qui le fascinent.
Carrière C'est ainsi qu'il suit en 1653 un de ses parents nommé consul à Saïda (Sidon) avant de se rendre à Smyrne, où ses cousins, Michel-Ange et Antoine Bertandié l'initient au commerce. Il voyagera pendant douze ans en Orient, apprenant l'arabe, le persan, le turc, l'hébreu, le syriaque et l'histoire des peuples du Levant. Habile, non seulement il réalise des gains commerciaux lors de ses voyages, mais encore il sait les faire fructifier. En 1665, il retourne en France.
Remarqué, il est introduit à la cour. Hugues de Lionne (1611-1671), secrétaire d’État proche du Cardinal Mazarincf Dictionnaire de la noblesse, François-Alexandre Aubert de la Chesnaye des Bois, Imprimé Chez la veuve Duchesne, 1775, , ajoute le « x » final et la particule nobiliaire « d » en vue de sa nomination en tant qu’envoyé extraordinaire du roi. Il est envoyé par Louis XIV en mission d’abord à Tunis, puis à Constantinople (1672) où il seconde le Charles de Nointel dans la négociation du renouvellement des capitulations par le sultan . De nouveau à Tunis, il négocie en 1688 la libération de 320 Français réduits en esclavagecf Gabriel Peignot, Dictionnaire historique et bibliographique, abrégé des personnages illustres, célébres ou fameux, Tome 1, imprimé Chez Haut-Cœur et Gayet, 1822, page 122.
À son retour en France, en 1689, il est fait chevalier de Saint-Lazare et pourvu d'une pension. Sa famille lui enjoint alors de se marier. Le à Montpellier, il épouse Marguerite de Fabre, issue de la noblesse provençalecf Mémoires du Chevalier d'Arvieux, , Mariage et mort du Chevalier d'Arvieux. Il n'eurent pas d'enfants.
Il est ensuite nommé consul à Alger, puis à Alep.
Pour ses services rendus à l'Église, notamment la protection qu'il obtient pour les religieux du mont Carmel, le pape Innocent IX, après l'avoir nommé évêque du Caire« Sa Sainteté le nomma à l’Évêché de Babylone », Voyage dans la Palestine, p. xix (lire sur Gallica)., ce qu'il déclina, le qualifie dans un autre bref apostolique « de Magnanime Protecteur de l’Église Catholique de l'Orient, et [qu']il lui est permis, par concession du Saint Siège, d'ajouter à ses Armes celles de Jérusalem ».
En raison de sa connaissance des mœurs des Turcs, il collabore avec Molière et Lully à l'élaboration du Bourgeois gentilhomme, pièce qui devait, selon le vœu de Louis XIV, présenter des turqueries« Jocelyne Dakhlia, la lingua franca », Judaïca, avril 2009, consulté le 17 avril 2014.
Mort
Il meurt le à Marseille. Il est inhumé dans l'église du Canet, à Marseille, où se trouve la sépulture de sa famille. Une épitaphe en latin résume sa vie.
Ce monument, dit l'inscription, lui a été élevé par son épouse, Marguerite de Fabre.
Les Mémoires Deux opuscules ont fait connaître le Chevalier d'Arvieux dès le début du , notamment son « Voyage dans la Palestine vers le grand émir des Bédouins » qui fait connaître « un peuple (selon Jean de Laroque, son préfacier) que les plus grands Conquérants n'ont jamais pu subjuguer, assez peu connu jusqu'à présent des Européens, et dont la plupart de nos Voyageurs ont parlé fort confusément »Voyage dans la Palestine, (lire en ligne). et « Les mœurs et coutumes des Arabes du désert ».
Les Mémoires de Laurent d'Arvieux constituent la partie la plus importante de ses œuvres, mais restèrent cependant inachevés. En effet, le Chevalier d'Arvieux était atteint de maladies touchant ses yeux et ses bras. Le père Jean-Baptiste Labat, dominicain, qui tria et publia ces mémoires avec « approbation et privilège du Roy »Mémoires, page de garde des 7 tomes, et annexe du tome I. en 1735, décrit les symptômes :
Résumé D'Arvieux collabore avec ses cousins Bertandié, alors en commerce avec Smyrne (İzmir). Grâce à ces relations, il entreprend un commerce dans l'empire ottoman, et commence à apprendre les langues orientales (turc, arabe, grec). Les rencontres et les amitiés qu'il se crée lors de ses voyages en fait un bon témoin des sociétés turque et arabe à la fin du .
Arrivé à Smyrne en 1659, il découvre la société, les coutumes orientales, et la vie d'Orient en général. Il part pour la ville de « Seyde » (Saïda, Sidon) en , en passant par l'Égypte.
Les Mémoires fourmillent d'anecdotes qui montrent les réseaux entre les marchands et les autorités locales dans ces villes où le commerce est souvent malmené. Ainsi un conflit, qui oppose les marchands français, est une aubaine pour le gouverneur de la ville, qui encaisse une série de pots-de-vin pour faire « embarquer » l'un ou l'autre des prétendants au titre de Consul de la ville, fonction qui en faisait les protecteurs des marchands de l'échelle.
À son arrivée en Syrie (qui incluait alors le Liban, Israël et la Palestine), il poursuit son négoce et tisse des liens avec les pachas ou vice-rois et les émirs de la région, notamment et Dervick (tome III).
Ces relations lui sont utiles lors de conflits opposant les autorités locales à des négociants français, comme lors de l'expédition du duc de Beaufort contre la régence d'Alger sous suzeraineté ottomane.
Il rapporte de son séjour au camp de Ce chef bédouin, nomade et qui officie pour le compte des Turcs, est le sujet principal du Voyage dans la Palestine., en 1664-1665 au sud du mont Carmel, une foule d'informations, souvent piquantes, sur les coutumes arabes, les repas servis, les amitiés entre les différents élites locales, le sort des étrangers qui acceptent ou refusent de se convertir à l'islam, et également les autorités turques. À ce chef qui ne sait pas écrire, il finit par servir de secrétaire et d'écrivain public en langue arabeVoyage dans la Palestine, et suivantes (lire en ligne)., et rapporte de ce séjour une lettre de protection de Turabay interdisant à quiconque de l'importuner sous peine de représailles. Auparavant il assiste à une cruelle répression par les Bédouins, d'ordre du pacha turc, de paysans de Naplouse qui, ayant été ruinés par les sauterelles, ne pouvaient plus payer l'impôt et s'était rebellésVoyage dans la Palestine, et suivantes (lire en ligne)..
Il assimile si bien les coutumes locales, et parle si bien, qu'il lui arrive de se faire passer pour un local du pays lorsqu'il voyage seul.
Œuvres On a conservé de lui : Voyage (en 1664) dans la Palestine vers le grand Émir des Bédouins, édité par Jean de Laroque (La Roque), Paris, André Cailleau, 1717 et Amsterdam, Steenhouwer & Uytwerf, 1718, lire en ligne sur Google Book – sur Gallica. Les mœurs et coutumes des Arabes du désert, édité par Jean de Laroque (La Roque), Paris, André Cailleau, 1717 et Amsterdam, Steenhouwer & Uytwerf, 1718 (fait partie du titre précédent), lire en ligne sur Google Book – sur Gallica. Mémoires du Chevalier d'Arvieux, envoyé extraordinaire à la Porte, Consul d'Alep, d'Alger, de Tripoli et autres Échelles du Levant, édité par le Révèrend Père Jean-Baptiste Labat de l'Ordre des frères Prêcheurs, Paris, Charles-Jean-Baptiste Delespine le fils, 1735 (7 tomes), lire en ligne : tome 1 sur Google Book, tomes 1 à 6 sur Gallica.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
André Bouyala d’Arnaud, Évocation du vieux Marseille, les éditions de minuit, Paris, 1961, . Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, t.1, Ch. Delagrave, 1876, Bibliographie du catalogue de la BnF. Vanezia Parlea, « Un Franc parmy les Arabes »: Parcours oriental et découverte de l’autre chez le chevalier d’Arvieux, UGA Éditions, 2017, , 298 pages lire en ligne
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