Le Val sans retour, Val périlleux ou encore Val des faux amants, est un lieu légendaire du cycle arthurien, ainsi qu'un site renommé du centre-Bretagne, proche de Tréhorenteuc dans la forêt nommée administrativement forêt de Paimpont.

Présentation de la légende La légende qui y est attachée, racontée dans le Lancelot-Graal (début du ), circulait oralement avant la fin du . La fée Morgane vit une déception amoureuse avec le chevalier Guyomard (ou Guiomar, Guyamor), qui la repousse à l'instigation de la reine Guenièvre. Elle étudie la magie avec Merlin puis, en représailles, crée le Val sans retour dans la forêt de Brocéliande pour y enfermer les « faux amants », des chevaliers infidèles en amour. Après dix-sept ans, Morgane est déjouée par Lancelot du Lac, resté fidèle à Guenièvre, qui libère . Ce récit constitue la plus éclatante action de Morgane contre la chevalerie arthurienne, et une inversion des rôles masculins et féminins tels qu'ils sont conçus dans la littérature médiévale.

Localisation Le Val sans retour est pour la première fois localisé en Bretagne par Creuzé de Lesser en 1812. Le poète est aussi le premier à le placer en Brocéliande, même si pour l'auteur cette forêt se trouve près de Quintin. Il est alors rapidement identifié au val de la Marette près de Paimpont, en Bretagne, vers 1820, par Blanchard de la Musse. La localisation change en 1850 pour le val de Rauco et s'y fixe grâce à Félix Bellamy. Au fil du siècle suivant, ce Val devient l'un des principaux lieux visitables liés aux légendes arthuriennes. L'entrée s'effectue à Tréhorenteuc dans le Morbihan. Ravagé par des incendies puis remis en état, le Val sans retour se fait connaître grâce à l'abbé Gillard. Il compte différents points d’intérêt dont l'Arbre d'Or et le miroir aux fées dans sa vallée, l'hotié de Viviane et le siège de Merlin sur ses crêtes. Il attire chaque année de nombreux visiteurs, touristes, néodruides ou passionnés de la légende arthurienne.

Dans la littérature arthurienne Le Val sans retour est un lieu enchanté créé par la fée Morgane, dont parlent les romans médiévaux de la légende arthurienne. Il appartient aux « merveilles » de ces romans. Les récits de la légende arthurienne ayant circulé oralement, il est très probable que l'épisode du Val sans retour soit connu avant la fin du . La plupart des éléments proviennent du Lancelot-Graal, mais quelques indices le préfigurent dans le roman d’Érec et Énide, attribué à Chrétien de Troyes.

Dans le Lancelot-Graal

vignette|gauche|upright|alt=Une femme brune debout, portant une longue robe et tenant une petite branche dans sa main qu'elle porte à sa bouche.|La fée Morgane, enchanteresse à l'origine de la création du Val sans retour, vue par Edward Burne-Jones.

Selon le Lancelot-Graal, compilation anonyme de textes arthuriens du , les raisons de la création du Val sans retour proviennent de la courte aventure amoureuse entre Morgue (la fée Morgane) et le chevalier Guyamor (ou Guiomar, Guiamor, Guyomard), neveu de la reine Guenièvre. La reine pousse le jeune homme à repousser Morgue, jugée trop (chaude et luxurieuse). Il accepte, convaincu que ses sentiments pour Morgue ne sont pas aussi forts que ceux qu'elle ressent pour lui. Elle quitte la cour d'Arthur et rejoint l'enchanteur Merlin pour apprendre la magie, nourrissant une jalousie féroce envers Guenièvre et les chevaliers de la Table Ronde.

Riche de son savoir, la fée Morgane crée le Val sans retour en forêt de Brocéliande grâce à ses sortilèges, pour se venger en y enfermant les amants infidèles (qu'elle nomme les « faux amants ») entre des murs invisibles faits d'air. :

Le Livre d'Artus précise qu'elle le crée spécialement pour son ancien amant Guyomard : elle le surprend aux bras d'une autre, et le condamne à ne jamais plus quitter le Val, de même que tous ceux qui y entreront après lui. La jeune femme qui l'accompagne est maudite par Morgane, qui la condamne à ressentir le froid de la glace des pieds à la ceinture, et le feu d'un brasier de la ceinture à la tête. La fée se réserve la possibilité d'annuler son sortilège si un chevalier irréprochable se présente. Elle place à l'entrée du Val une indication, expliquant clairement que seul un chevalier capable de surmonter l'épreuve du Val pourra délivrer Gauvain, prisonnier de Carados à la Douloureuse TourLa Douloureuse Tour est un lieu où le géant Carados retient plusieurs chevaliers et les torture, notamment dans sa « chartre pleine de reptiles ».. De nombreux chevaliers tentent l'épreuve.

Personne ne parvient à briser l'enchantement et ces hommes errent dans le Val, à jamais perdus au regard du monde extérieur. Ils restent libres de se voir, de se parler, de jouer ou de danser car Morgane subvient à tous leurs besoins. Le chevalier Galescalain entend parler du Val et de la Douloureuse Tour pendant une nuit chez un vavasseur. Il s'y rend, mais se retrouve lui aussi incapable d'en sortir. Yvain, un autre chevalier d'Arthur, est à son tour emprisonné par Morgane. Finalement, Lancelot du Lac en entend parler et s'y rend pour secourir une jeune femme dont l'amant n'est jamais rentré. Il suit le « chemin du Diable », vainc un dragon, traverse une rivière gardée par deux chevaliersLa rivière symbolise généralement une frontière entre notre monde et l'Autre Monde, celui des fées et des enchantements. Voir . et rencontre Morgane. Vaguement amoureuse de lui, la fée Morgane lui tend des pièges et le séquestre en lui passant un anneau au doigt pour l'endormir. La fidélité absolue de Lancelot envers Guenièvre lui permet de triompher des enchantements et de lever la malédiction du Val sans retour. Dix-sept ans après le maléfice jeté par la fée Morgane, il libère ainsi les infidèles qui y étaient enfermés. Tous se rassemblent chez Keu d'Estraus, dans la joie générale.

Dans Érec et Énide

Ce roman de Chrétien de Troyes écrit vers 1160-1164 compte quelques éléments qui pourraient avoir inspiré l'histoire du Val sans retour. Vers la fin, dans le passage intitulé (la joie de la Cour) et pour honorer la promesse faite à sa femme, le chevalier Maboagrain doit rester enfermé dans un jardin enchanté et combattre tous les opposants qui se présentent, jusqu'à être vaincu. Les murs de ce jardin sont hérissés de piques. L'intention de la femme est clairement de garder le chevalier « pour elle » à jamais. Érec parvient à le vaincre. Le sort de Maboagrain représente un cas où une femme réduit la liberté de mouvement d'un chevalier, comme dans le récit du Val sans retour.

Dans un manuscrit tardif de ce même roman, il est fait mention d'un « Val périlleux » et d'un chevalier nommé « Guigomar », qui serait un ami de Morgain la fée et le frère de Graislemier de Fine Posterne, seigneur de l'île d'Avalon.. Il s'agit vraisemblablement d'un ajout de copiste connaissant par ailleurs le récit du Lancelot-Graal, et non d'une version originale de Chrétien de Troyes lui-même. Selon Jean Frappier, le nom de « Val périlleux » est probablement une création par réminiscence des noms de « Val sans retour » et de « Val des faux amants ». La voie qui mène au Val des faux amants est d'ailleurs qualifiée de « périlleuse » dans le Lancelot-Graal.

Analyse et symbolique

Le Val est conçu par Morgane pour . L'épisode du Val sans retour représente au sein de la littérature arthurienne une et un , d'après Laurence Harf-Lancner. Les femmes des romans de chevalerie sont d'ordinaire cantonnées entre les murs de leur château, pendant que les chevaliers agissent, partent à l'aventure et peuvent les tromper. Dans le Val, ce sont les hommes qui sont emprisonnés entre des murs invisibles, punis de leur infidélité. Ils y meurent de langueur sans pouvoir agir, à la merci de la fée Morgane et des femmes qu'ils ont trompées. Morgane traite correctement ses prisonniers et subvient à leurs besoins (aucun ne semble en détresse, et une fois libérés, ils gardent le souvenir de ce qu'ils ont vécu). Un parallèle peut être fait avec l'épouse de Bath, qui décrit finalement dans les Contes de Canterbury un royaume arthurien dominé par les femmes, où les rôles sont inversés, voir également le résumé dans Amour, mariage et transgressions au Moyen âge : actes du colloque des 24, 25, 26 et 27 mars 1983., ou encore avec la légende de Merlin, enfermé dans une grotte ou une prison d'air par la Fée Viviane.

D'après l'analyse de Carolyne Larrington, menée dans le cadre des études de genre, ce Val reflète aussi, en tant que création de Morgane, une part importante de la personnalité de la fée (en quelque sorte féministe avant l'heure). Son pouvoir, concentré dans son savoir magique, lui permet de retourner une situation que les femmes n'auraient pas la possibilité de changer (par leurs demandes ou leurs paroles) en temps ordinaire. La création du Val représente l'action magique la plus spectaculaire et la plus provocatrice de Morgane, qui met en déroute des centaines de chevaliers arthuriens. Elle illustre aussi une probable tension dans les rapports hommes-femmes au sein de la société du temps : dans les œuvres littéraires, le chevalier n'est rien sans l'amour d'une femme, souvent réduite au rôle d'objet. Cependant, les attentes d'une femme de l'époque vont au-delà du simple fait de voir son époux .

Selon Alexandre Micha, l'influence du Val sans retour est symétrique à celle que provoque l'amour lui-même : les personnes prisonnières sont condamnées à y tourner sans jamais retrouver la sortie, tout comme l'amour ensorcelle et entraîne dans une ronde enchanteresse, privant de libertés et interdisant l'action.

En forêt de Paimpont-Brocéliande Le Val sans retour, également connu sous les noms de « Val des faux amants » et « Val périlleux », est aussi un site de Bretagne, dont la légende locale reprend celle des romans arthuriens. Il fait partie des plus célèbres de la forêt nommée, administrativement, forêt de Paimpont (connue comme la « forêt de Brocéliande »).. Le Petit Futé 2011 le compte parmi les 100 plus beaux sites naturels de France, et estime qu'il s'agit du point .. Chaque année, particulièrement durant la saison estivale, de nombreux touristes visitent ce val, attirés tant par ses paysages changeants que par les contes et les légendes qui lui sont liés.

vignette|upright=2.5|centré|Carte du Val sans retour.

Histoire vignette|gauche|upright|alt=Vieille photo noir et blanc montrant un lac, un relief et une forêt à l'arrière-plan.|Photo du début du présentant le Miroir des fées et le Val sans retour. Publiée dans l'ouvrage de Charles Le Goffic, Brocéliande, en 1932. L'histoire du Val sans retour a été étudiée en 1896 par Félix Bellamy dans son ouvrage consacré à la forêt de Brocéliande, et par le sociologue Marcel Calvez en 1984. cité dans .. Elle illustre bien les relations étroites qui peuvent se nouer entre légendes et paysages.. Le Val sans retour constitue le premier lieu à revendiquer un lien avec les romans de la légende arthurienne. Rien ne le prédisposait à devenir un site de visite incontournable, notamment en raison de sa position éloignée des grands axes routiers et de Paimpont.. Durant la majeure partie de son histoire, ce lieu sert de pacage pour les animaux domestiques et d'approvisionnement en litière. Il héberge aussi un moulin à eau, qui reste en activité jusqu'en 1930. L'exode rural entraîne l'abandon de certaines zones habitées en bordure du Val, dont le lieu-dit du Bréholo.