Michelangelo Merisi da Caravaggio, francisé Caravage ou le Caravage, est un peintre italien, né le à Milan et mort le à Porto Ercole.
Son œuvre puissante et novatrice révolutionne la peinture du par son caractère naturaliste, parfois brutal, et l'emploi appuyé de la technique du clair-obscur allant jusqu'au ténébrisme. Il connaît la célébrité de son vivant et influence nombre de grands peintres après lui, comme en témoigne l'apparition du caravagisme.
Il obtient en effet un succès foudroyant au début des années 1600 : travaillant dans un milieu de protecteurs cultivés, il obtient des commandes prestigieuses et des collectionneurs de très haut rang recherchent ses peintures. Mais ensuite Caravage entre dans une période difficile. En 1606, après de nombreux démêlés avec la justice des États pontificaux, il blesse mortellement un adversaire au cours d'un duel. Il doit alors quitter Rome et passe le reste de sa vie en exil, à Naples, à Malte et en Sicile. Jusqu'en 1610, l'année de sa mort à l'âge de , ses peintures sont en partie destinées à racheter cette faute. Toutefois, certains éléments biographiques portant sur ses mœurs sont aujourd'hui revus, car des recherches historiques récentes remettent en cause le portrait peu flatteur qui a été longtemps propagé par des sources du et sur lesquelles on ne peut plus désormais se fonder.
Après une longue période d'oubli critique, il faut attendre le début du pour que le génie de Caravage soit pleinement reconnu, indépendamment de sa réputation sulfureuse. Son succès populaire donne lieu à une multitude de romans et de films, à côté des expositions et des innombrables publications scientifiques qui, depuis un siècle, en renouvellent complètement l'image. Il est actuellement représenté dans les plus grands musées du monde, malgré le nombre limité de peintures qui ont survécu. Toutefois, certains tableaux que l'on découvre depuis un siècle posent encore des questions d'attribution.
Biographie Jeunesse et formation vignette|gauche|alt=Gravure représentant une église.|La basilique Saint-Étienne-le-Majeur, à Milan, où Michelangelo est baptisé en 1571. Gravure de Marc'Antonio Dal Re vers 1745.
Michelangelo naît le , à Milan, dans la paroisse de où résident alors ses parents Fermo Merisi et Lucia Aratori qui, tous deux originaires de Caravaggio, une petite ville de la région de Bergame alors sous domination espagnole, se sont mariés le de la même année avec pour témoin Francesco Sforza de Caravage, marquis de Caravaggio.
On connait assez peu de chose des premières années de Michelangelo et sa date ainsi que son lieu de naissance ont longtemps constitué une énigme : c'est l'année de 1573 qui a souvent été retenue, jusqu'à la découverte en 1973 de l'acte de naissance de son frère cadet Giovanni Baptista, permettant alors par déduction de corriger à l'année 1571. Les derniers doutes sont levés grâce à la découverte en 2007 de son propre acte de naissance dans les archives historiques du diocèse de Milan où figure, à la date du — lendemain de la fête de l'archange Michel auquel il doit probablement son nom — : « Aujourd'hui le 30 fut baptisé Michel-Ange, fils du signor Fermo Merisi et de la signora Lucia Aratori. Parrain, le signor Francesco Sessa »L'archive paroissiale rapporte dans l'acte de baptême : cf. ., ce dernier étant un patricien milanais..
Michelangelo est ainsi baptisé le lendemain de sa naissance à la basilique Saint-Étienne-le-Majeur (alors Santo Stefano in Brolo), église voisine de la paroisse familiale, dans le quartier milanais où réside le maître de la ..
Son père exerce des fonctions qui sont différemment définies selon les sources : contremaître, maçon ou architecte ; il a le titre de , ce qui pourrait signifier qu'il est l'architecte décorateur ou l'intendant de Francesco Sforza. Néanmoins, plusieurs documents emploient le terme assez vague de pour qualifier le métier du père de Caravage, ce qui semble signifier qu'il dirigeait une petite entreprise de construction. Son grand-père maternel est un arpenteur reconnu et estimé. Ses deux familles, paternelle et maternelle, entièrement originaires de Caravaggio, appartiennent à la classe moyenne et sont honorablement connues : Costanza Colonna, fille de Marcantonio Colonna et épouse de Francesco Sforza, a recours à plusieurs femmes de la famille Merisi comme nourrices pour ses enfants . Sa demi-sœur, Margherita, est née d'une union précédente en 1565. La naissance de Michelangelo en 1571 est suivie par celles de deux frères et une sœur : Giovan Battista en 1572, Caterina en 1574 et Giovan Pietro vers 1575-1577. Giovan Battista devient prêtre et est parfaitement informé de la Réforme catholique initiée à Milan par l'archevêque Charles Borromée et à Rome par le fondateur des Oratoriens, Philippe Néri. Michelangelo reste pendant toute sa période romaine en accord étroit avec cette société des Oratoriens.vignette|upright|Simone Peterzano, autoportrait daté de 1589, à la fin de l'apprentissage du Caravage.La peste frappe Milan en 1576. Pour échapper à l'épidémie, la famille Merisi se réfugie à Caravaggio, ce qui n'empêche pas la maladie d'emporter successivement le grand-père de Michelangelo et quelques heures plus tard son père le , puis son petit frère Giovan Pietro.. En 1584, la veuve et ses quatre enfants survivants sont de retour dans la capitale lombarde où Michelangelo, âgé de treize ans, intègre l'atelier de Simone Peterzano, qui se dit disciple de Titien mais avec un style plus proprement lombard que vénitien : le contrat d'apprentissage est signé par sa mère le , moyennant pour une durée de quatre ans.
L'apprentissage du jeune peintre dure donc au moins quatre ans auprès de Simone Peterzano, et à travers lui, au contact de l'école lombarde avec son luminisme expressif et ses détails vrais. Même référence pour les frères Antonio et Vincenzo Campi. Le sujet est développé, avec les références vénitiennes et bolonaises dans un autre ouvrage : .. Il est attentif au travail des (principalement Antonio) et d'Ambrogio Figino, que l'apprenti-peintre a pu étudier de très près à Milan même et dans les petites villes voisines. Il voit probablement aussi de bons exemples des peintures vénitiennes et bolonaises : Moretto, Savoldo, Lotto, Moroni ou encore TitienTitien, Le Couronnement d'épines, à Santa Maria delle Grazie, aujourd'hui au Louvre, signalé par Michel Hilaire dans ., tout autant accessibles sur place, et même celles de Léonard de Vinci qui a séjourné à Milan de 1482 à 1499-1500 puis de 1508 à 1513 et dont les traces des divers séjours ont été nombreuses et plus ou moins accessibles : La Cène, le projet de sculpture pour un cheval monumental Le jeune Merisi étudie les théories picturales de son temps, le dessin, les techniques de la peinture à l'huile et de la fresque, mais s'intéresse surtout au portrait ainsi qu'à la nature morte.
Les dernières années d'apprentissage de Caravage, entre 1588 et l'année de son déménagement à Rome durant l'été 1592., restent peu connues : il aurait été l'élève d'Enea Salmeggia et peut-être même de Simone Peterzano, à moins qu'il ne se fût déjà établi à son propre compte.
Contexte artistique et religieux Héritage pictural L'historien de l'art italien Roberto Longhi a su le premier mettre des noms dans la culture visuelle de Caravage en étudiant ses tableaux. D'après lui, le développement du style de Caravage aurait été la conséquence de l'influence de certains maîtres lombards, et plus précisément ceux ayant travaillé dans la région de Bergame, Brescia, Crémone et jusqu'à Milan : Foppa et Borgognone au siècle précédent, puis Lotto, Savoldo, Moretto et Moroni (que Longhi qualifie de « pré-caravagistes »). L'influence de ces maîtres, à laquelle on peut ajouter celle d'Ambrogio Figino, aurait donné les bases de l'art de Caravage. Savoldo ou encore les frères Antonio, Giulio et Vincenzo Campi utilisent ainsi des techniques de contraste entre ombres et lumière, peut-être inspirées de la fresque vaticane en clair-obscur de Raphaël représentant saint Pierre en prison. Cet effet de contraste devient un élément central de l’œuvre de Caravage. D'après Longhi, le principal maître de cette école serait Foppa, à l'origine de la révolution de la lumière et du naturalisme — opposé à une certaine majesté de la Renaissance — qui sont les éléments centraux des peintures de Caravage. Enfin, Longhi ne manque pas de souligner la très probable influence de Simone Peterzano, le maître du jeune apprenti qu'est encore Caravage. Le voyage vers Rome pouvait passer, pour un peintre en particulier, par Bologne, où il a pu aussi découvrir les expériences d'Annibale Carrache, qui lui auraient été utiles lors de ses premiers tableaux pour le marché libre à Rome.
Influence de la Réforme catholique Les biographes de Caravage évoquent toujours les rapports étroits entre le peintre et le mouvement de la Réforme catholique (ou « Contre-Réforme »). Le début de l'apprentissage du peintre coïncide ainsi avec la disparition d'une figure majeure de cette Réforme : Charles Borromée., qui, parallèlement au gouvernement espagnol, a exercé au nom de l'Église l'autorité juridique et morale sur Milan.. Le jeune artiste y découvre le rôle essentiel des commanditaires, à l'initiative de presque toute peinture à cette époque, et le contrôle exercé par l'autorité religieuse sur le traitement des images à destination du public. Charles Borromée, cardinal puis archevêque de Milan, est l'un des rédacteurs du concile de Trente et il s'est efforcé de le mettre en pratique en ravivant l'action du clergé auprès des catholiques et en incitant les plus aisés à s'engager dans des confréries au secours des plus pauvres et des prostituées.
vignette|redresse|alt=Homme vêtu de l'habit de cardinal|Le cardinal Charles Borromée, figure centrale de la Réforme catholique au . Tableau d'Ambrogio Figino. Pinacothèque Ambrosienne, Milan.
Frédéric Borromée, cousin de Charles et lui aussi archevêque de Milan depuis 1595, a poursuivi cette œuvre et a entretenu des liens étroits avec saint Philippe Néri, mort en 1595 et canonisé en 1622. Fondateur de la Congrégation des Oratoriens, celui-ci a souhaité renouer avec la dévotion des premiers chrétiens, leur vie simple, et il a accordé un grand rôle à la musique. L'entourage de Caravage, ses frères, et Costanza Colonna qui protège sa famille, pratiquent leur foi dans l'esprit des Oratoriens et des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola afin d'intégrer les mystères de la foi à leur vie quotidienne. Les scènes religieuses de Caravage sont donc logiquement imprégnées de cette simplicité, mettant en scène des pauvres, avec leurs pieds sales, les apôtres allant pieds nus ; la fusion des costumes antiques les plus modestes et des vêtements contemporains les plus simples participe de l'intégration de la foi à la vie quotidienne..
Période romaine (1592–1606)
Mise en place d'un répertoire personnel vignette|upright|gauche|alt=Tableau représentant un jeune garçon portant un panier de fruits.|L'un des tout premiers tableaux connus de la main de Caravage : Garçon avec un panier de fruits, , 1593. Galerie Borghèse, Rome.
Caravage quitte l'atelier de Simone Peterzano et retourne à Caravaggio vers 1589, année de la mort de sa mère.. Il y reste jusqu'au partage de l'héritage familial en ., puis il part à l'été, peut-être pour Rome, cherchant à y faire carrière comme beaucoup d'artistes alors. Il n'est pas exclu, toutefois, qu'il arrive à Rome plus tôt car cette période est mal documentée ; en fait, sa trace est perdue en 1592 pour un peu plus de trois ans, jusqu'à ce qu'on puisse attester de sa présence à Rome en (et sans doute depuis la fin 1595). Rome est à cette époque une ville pontificale dynamique, animée par le concile de Trente et la Réforme catholique. Les chantiers y fleurissent et il y souffle un esprit baroque. Le pape est élu le , succédant à qui a déjà beaucoup transformé la ville.