vignette|upright=1.5|Plafond de la Sagrada Familia, à Barcelone (en février 2011). vignette|upright=0.8|Façade de la Nativité de la Sagrada Familia, à Barcelone (en septembre 2012). vignette|Intérieur du Palais de la musique catalane, à Barcelone.

Le modernisme catalan est un mouvement artistique d'origine catalane inscrit dans la tendance de l'Art nouveau en Europe et dans la continuité de la renaissance catalane.

Le modernisme catalan se développa principalement, en particulier dans les arts décoratifs (architecture et architecture d'intérieur), pendant un demi-siècle, entre 1880 et 1930. Il a été fortement soutenu par la bourgeoisie catalane cultivée qui, par son mécénat, voulait ainsi satisfaire son élan de modernité, exprimer son identité catalane et démontrer sa richesse et distinction. Comme pour la sécession hongroise, la dimension nationale du mouvement, marqué par l', le distingue des autres formes de l'art nouveau en Europe où prédomine une approche supranationale.

Le modernisme catalan a influencé aussi d’autres zones d’Espagne ayant connu, comme la Catalogne, un important développement économique au début du , comme Carthagène, où l’architecte Víctor Beltrí a réalisé plusieurs édifices modernistes.

Le musée du Modernisme catalan, situé rue Balmes, dans l'Eixample de Barcelone, est consacré à ce mouvement artistique, ainsi que le musée d'art de Cerdanyola, dans la ville de Cerdanyola del Vallès.

Historique

À la suite de l’industrialisation du continent durant la première moitié du , un débat naquit en Europe sur la façon de maintenir les idées académiques classiques – dont le néoclassicisme était le dernier représentant – en même temps qu’avançait l’innovation, l’expérimentation, le développement économique industriel et la création de nouveaux biens matériels.

Les tendances architecturales qui surgissent veulent rompre avec les critères traditionnels, recherchant de nouvelles formes d’édification, les yeux rivés sur le , et réservant une place privilégiée à l’esthétique. Ce mouvement résulte de la Révolution industrielle, déjà installée dans divers pays, et des avancées techniques dérivées, comme l’électricité, le chemin de fer et la machine à vapeur, innovations qui changèrent complètement les modes de vie de la population et furent à l’origine du déploiement des villes où s’installèrent les industries.

Le modernisme est un style urbain et bourgeois. Ce fut également un mouvement international et connu sous différents noms en Europe : Art nouveau en France et en Belgique, Modern Style ou Glasgow Style en Écosse et au Royaume-Uni, Jugendstil en Allemagne, Sezession en Autriche, Liberty en Italie, etc.

Cependant, en Catalogne, ce mouvement eut une personnalité propre et des implications suffisantes pour considérer le comme un mouvement autonome, tant par la grande quantité d’œuvres, que par leur qualité et le nombre d'artistes de premier ordre. Stylistiquement, ce fut un mouvement hétérogène avec de grandes différences entre les artistes, chacun avec une sensibilité différente, mais avec un même esprit, une volonté de moderniser et d'européaniser la CatalogneFrancesc Fontbona: El modernisme i el noucentisme. À El llibre d'or de l'art català, pàg. 153..

La récupération du passé architectural médiéval promue par John Ruskin et Viollet-le-Duc, l'esthétique de William Morris, Walter Crane, Mackmurdo, Mackintosh, entre autres, fut la base de la rénovation artistique. Les modernistes croyaient en l'imagination créative comme créatrice de symboles, par opposition à la pensée dominante qui pensait l'art comme représentation objective de la réalité. Partout dans le monde, et plus singulièrement en Catalogne, le Modernisme représentait la liberté de création de formes nouvelles et qui avaient été jusqu'alors refusées par l'académisme.

Ces nouvelles tendances sont évidentes dans plusieurs domaines artistiques tels que l'architecture, la sculpture, la peinture, les arts décoratifs (avec des matériaux et supports variés, céramique, mosaïque, verre, bois, textile, fer, appliqués à toutes sortes d'objets, lampes, bijoux, verres, vaisselle, mobilier et mobilier urbain), la littérature et la musique.

En architecture, il est classique de considérer que le modernisme catalan commence en 1888, l'année de la première exposition universelle de Barcelone, mais les prémices du modernisme se retrouvent dès 1871 dans les cours de la nouvelle École provinciale d'architecture de Barcelone qui était alors dirigée par Elies Rogent i Amat (1821-1897) et dans les œuvres de Josep Domènech i Estapà - malgré lui, puisqu’il refusa explicitement de suivre le modernisme. Le mouvement naquit du bouillonnement artistique et de la fièvre constructrice qui suivit la destruction des murailles qui ceinturaient Barcelone, de la formidable impulsion du plan Cerdà, de la construction de l'Eixample afin d'unir les villages qui entouraient la ville médiévale de Barcelone, en lançant la construction, en 1860, des de terrains vagues jusqu’alors considérés comme terrains militaires, évolution qui valut à Barcelone son surnom de . Il est également classique de situer sa fin avec la seconde exposition universelle de Barcelone en 1929, dominée par le noucentisme, bien que le mouvement commença à s'essouffler bien avant.

Architecture Origine

Durant les dernières décennies du et durant le premier quart du , la bourgeoisie catalane, tant industrielle que rurale, trouva dans l’architecture moderniste un chemin de compromis. Ce mouvement se traduisit par une rénovation artistique en parallèle d’autres arts contemporains, la recherche de nouvelles expressions formelles, la volonté de se situer dans une modernité d’envergure européenne. Elle présentait des similitudes conceptuelles et stylistiques avec diverses variantes de l’Art nouveau qui se développait en Europe à la même époque. Les centres artistiques étaient les villes qui se trouvaient traditionnellement à la périphérie des grands mouvements culturels : Glasgow, Bruxelles, Nancy, Vienne et dans une moindre mesure Paris.

En Catalogne, ce processus se singularisa et se renforça selon trois aspects. Il se développait dans la continuité de la Renaissance catalane (1833 – 1880), il tombait au moment où il existait un pressant besoin d’évolution et de rénovation politique et sociale, et alors qu’au même moment, la plupart des villes de Catalogne s’agrandissaient à un rythme hors de toutes comparaisons depuis la Renaissance : Girone, Tarragone, Reus, Sabadell, Terrassa, Mataro et surtout Barcelone avec son plan Cerdà lancé en 1859 et qui multiplia par 20 la taille de la ville.

Durant les dernières années du , Barcelone se convertit en la métropole la plus importante du sud de l’Europe, tant au niveau démographique, économique, culturel, avec une multiplication des publications, des éditions, des revues, des journaux et des associations. Les intellectuels profitèrent de ces capacités de communication pour ouvrir un débat sur la sécularisation et l’ouverture, la libéralité, et en général sur un thème officieux : les valeurs établies étaient en crise, les conséquences sociales de l’industrialisation et les particularités de la culture catalane soumise à l’Espagne. L’orientation artistique vers l’Europe ne se fit pas attendre : les autres arts prirent le relais de la littérature et il fallait construire et décorer l’Eixample – extension urbaine de Barcelone – qui se développait à un rythme phénoménal.

Le plan Cerdà, concrétisa cette volonté en lançant la construction de la célèbre extension urbaine, l'Eixample. Un district favorisant la biodiversité. Une pensée moderniste grandement partagée par l'architecte Antoni Gaudí dans son utilisation de la nature comme d’un modèle. Au cœur de l’Eixample, se trouvent plusieurs de ses œuvres telles que la Casa Batlló et la Casa Milà (La Pedrera). Cette tentative de naturalisation, peut être vue comme une entreprise allant à l’encontre du processus de construction excessive.

Les prémisses qui donnèrent naissance à ce mouvement en Catalogne sont clairement décrites dans le texte de Lluís Domènech i Montaner (1849-1923) En busca de una arquitectura nacional (à la recherche d’une architecture nationale), publié en 1878 par la revue La Renaixensa.

Ce document reste proche du courant éclectique mais Domènech met alors en évidence deux aspects : une volonté d’inspiration des styles historiques nationaux, tels que l’architecture médiévale, et la confiance dans la créativité et le savoir-faire de l’architecture pour utiliser les styles idoines. Cet article fut immédiatement commenté par Gaudi, Fontserè, Domènech i Estapà, Vilaseca, Martorell i Puig i Cadafalch.

Exposition universelle C’est dans ce contexte, qu'il faut situer les premières productions du même Domènech i Montaner, tels que Editorial Montaner i Simón (Barcelone, 1879-1885) — siège contemporain de la Fondation Tàpies — ou les travaux réalisés pour l'exposition universelle de Barcelone (Le Café restaurant et l’hôtel international, aujourd’hui disparus et l’arc de triomphe de Josep Vilaseca). Ces bâtiments sont représentatifs des principales caractéristiques du premier modernisme : des références diffuses à l’architecture gothique catalane, l'omniprésence des éléments ornementaux et décoratifs, l’utilisation de méthodes de constructions traditionnelles catalanes – les tuiles vernissées, la voûte catalane, le fer forgé – alliées à des produits et techniques industriels : structures métalliques en fonte d’acier, briquette et céramiques nues. Matériaux et techniques de construction

Avec la puissance économique qui suivit l’exposition universelle, une série de bâtiments innovants furent construits. Ils supposaient une profonde recherche formelle. Le recours à une ornementation détaillée, les motifs végétaux, les lignes courbes et les couleurs des façades et des intérieurs commencèrent à se développer avec les premières œuvres d’Antoni Gaudi, qui fut l’architecte le plus influent du mouvement. Ces recherches se retrouvent également dans une série de maisons urbaines pour la bourgeoisies conçues par Lluís Domènech i Montaner (Casa Roura, Canet de Mar, 1889-92 ; Palau Montaner, Barcelone, 1889-1893 ; Casa Thomas, Barcelone, 1895-98 ; et Casa Rull, Reus, 1900).

Ces œuvres supposèrent l’expansion du mouvement à l’ensemble de la Catalogne durant la dernière décennie du , lorsque se construisirent, au centre des principales villes catalanes, des bâtiments et hôtels particuliers bourgeois aux caractères très marqué. Josep Puig i Cadafalch (1867-1956) fut l’un des principaux architectes. Il conçut la Casa Martí (Barcelone, 1895-96), où s’installa la célèbre brasserie Els Quatre Gats, la Casa Coll i Regàs (Mataró, 1897-98) et la Casa Ametller (1898-1900). Il utilisa dans ces réalisations un schéma formel rigoureux, mélangeant des images médiévales de palais catalans et européens. D’un autre côté, les intérieurs des édifices furent richement décorés par les travaux conjoints d’artisans de grande qualité : ébénistes et forgerons d’arts par exemple.