Charles-Marie Himmer est un évêque belge de l'Église catholique romaine, né le à Dinant et mort le à Fleurus. De 1949 à 1977, il est le du diocèse de Tournai. Dans les années 1960, il participe aux travaux du Concile Vatican II et met ensuite en œuvre ses réformes au sein de son diocèse.

Biographie Karl Alfred Marie Joseph Ghislain Himmer, né le à Dinant, est le fils d'Adrien Edgard Himmer (1873-1939), industriel dans le textile, et d'Hélène Laurent (1874-1954). Son grand-père paternel, Remy Himmer, avait fondé une filature à Dinant; il était par ailleurs vice-consul d'Argentine. Lors de la Première Guerre mondiale, l'armée allemande fusille Remy Himmer et une trentaine de ses ouvriers à l'occasion du sac de Dinant en , sur la place de l'abbaye à LeffeLéon Maccas, La guerre de 1914 : les cruautés allemandes, réquisitoire d'un neutre (Nouvelle édition. ), Nouvelle librairie nationale, Paris, 1915 .. Son grand-père maternel, Victor Alfred Laurent, né à Beauraing, exerçait la profession de notaire à DinantMichel Hubert, Histoire de la manufacture de tissus de Leffe (Ancienne Firme Albert Oudin et Cie) 1872-1971, décembre 2016, genedinant.be, (lire en ligne).. Cadet d'une famille de six enfants, Karl Himmer change son prénom en Carlos en 1914 à la suite de l'invasion de la Belgique par l'armée allemande et, en 1949, en Charles-Marie après son sacre d'évêque.

Il fait ses humanités gréco-latines au collège Notre-Dame de Bellevue, à Dinant. En 1922, devenu séminariste, il est envoyé à Rome, où il fait son doctorat en philosophie et théologie à l'Université pontificale grégorienne. Il est ordonné prêtre à Namur, le par Thomas-Louis Heylen, et nommé presque aussitôt vicaire à Beauraing.. Sur cette période de sa vie, il confie à Pierre Wilvers qui l'interrogeait à ce sujet : Il s'initie alors aux œuvres naissantes de la jeunesse d'action catholique qu'il avait déjà appris à connaître lors du Congrès A.C.J.B. à Charleroi, les 20 et .

En 1929, il devient professeur de philosophie au Petit Séminaire de Floreffe. Dans la ligne tracée par le cardinal Mercier,

L'abbé Himmer continue cependant à s'occuper activement des mouvements de jeunesse si bien qu'en 1944, l'évêque de Namur, André-Marie Charue, le décharge de son professorat pour lui confier la direction des œuvres de jeunesse catholique dans le diocèse, ainsi que l'organisation de l'École sociale de Namur. En plus de ces activités, Carlos donne également des cours au Grand Séminaire sur les enjeux et les méthodes de l'Action catholique. Durant la guerre, , en les hébergeant dans un home avant de les placer dans des familles catholiques.

En , il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Aubain, et son évêque, André-Marie Charue, songe déjà à lui pour le remplacer sur le siège épiscopal de Namur.

À Pâques de l'année 1948, Carlos Himmer est appelé à remplir les fonctions de supérieur au Petit Séminaire de Floreffe où il succède au chanoine Kaisin. Il n'assumera ces fonctions que durant quelques mois, car en décembre, il est nommé évêque de Tournai par le pape .

Évêque de Tournai Sacré en la cathédrale le , il succédait à Étienne Carton de Wiart (décédé le ), devenant le de Tournai, où il sera en poste durant 29 ans. Il abandonne immédiatement le prénom Carlos pour Charles-Marie.

À son arrivée à Tournai, il affronte divers problèmes : la déchristianisation y était plus poussée qu'à Namur; les problèmes socio-économiques s'y posaient de manière plus urgente ; le palais épiscopal avait été entièrement détruit lors de l'incendie de Tournai en , et la nécessité de restaurer la cathédrale.

Au cours de son épiscopat, il promulgue de nombreuses Lettres Pastorales ( et un total de près de trois mille pages) dans lesquelles il aborde diverses questions : apostolat des laïcs ; problème social ; presse et radio-diffusion ; vocations ; clergé ; enseignement chrétien ; églises africaines ; pastorale sacramentaire ; communauté d'entraide ; ; réforme liturgique ; structures diocésaines pour le monde d'aujourd'hui ; émigrants ; paix.

En 1950, lors du débat qui enflammait alors la Belgique sur la Question royale, il se voit forcé, dans une note très brève mais incisive, de prendre position contre l'abdication en désavouant la position exposée par le chanoine Jean Dermine, directeur général des œuvres du diocèse, dans une lettre adressée, en , à Jean Duvieusart, alors ministre des Affaires économiques et des Classes moyennes et dont le contenu fort critique à l'égard du roi avait été révélé par La Nouvelle Gazette, la veille même de la Consultation populaire.. En revanche, lorsque par la suite le cardinal Van Roey proposera aux évêques belges de signer une lettre collective faisant l'apologie inconditionnelle du roi, Himmer lui opposera un refus, si bien que le cardinal devra finalement se résigner à la publier sous sa seule signature.

Le , Himmer publie les nouveaux statuts diocésains. L'année 1952 fut une « année sociale » qui connut un réel succès notamment lors du grand rassemblement de Charleroi, le . Dans cette même ligne, l'attention de l'évêque se porta, dans les années qui suivirent sur Le problème du logement en Hainaut (), La menace de fermeture qui pèse sur quelques charbonnages du Borinage () et L'avenir économique du Borinage ().

En 1954, ce sera l'« année mariale », et le grand pèlerinage à Bonne-Espérance ().

L'année 1955 est centrée sur la Sauvegarde de l'enseignement chrétien () et la division du diocèse en régions pastorales.

L'année 1956 est marquée par la terrible catastrophe minière qui eut lieu le au charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle, une tragédie qui secoua profondément l'opinion publique belge. Après avoir passé plusieurs jours à soutenir par sa présence les familles italiennes immigrées sans nouvelles de leurs proches., il publie une lettre pastorale sur la Sécurité dans les mines ().

Cette même année, il entreprend, au mois de novembre, à la demande de quelques vicaires apostoliques, un voyage de trois semaines au Congo belge et au Ruanda-Urundi. À la suite de son action, un collège, principalement desservi par des prêtres du diocèse de Tournai, est créé en 1958 à Kitega au Burundi.

Du 21 au et du 6 au , il organise à Tournai deux colloques groupant des évêques de toute l'Europe centrale, et portant sur L'Évangélisation du monde ouvrier et les Processus de déchristianisation du monde ouvrier.

Durant les années 1962-1965, il consacre la majeure partie de son temps aux travaux du concile dont il communiquait régulièrement, de Rome, les résultats au clergé et aux fidèles du diocèse. Il fera lui-même partie de la Commission chargée de préparer le Décret sur la charge pastorale des évêques dans l'Église (Christus Dominus, ). Durant tout le Concile, il participe aussi à un groupe non officiel appelé « Église des pauvres » se réunissant chaque semaine, et qui s'était donné pour tâche de sensibiliser l'ensemble des évêques conciliaires au problème de la pauvreté dans l'Église et à son ouverture aux pauvres eux-mêmes. Ce petit groupe qui comprenait, entre autres, Hélder Câmara, Alfred Ancel, Huyghe, et, à titre d'experts, les Pères Chenu et Congar, eut une influence certaine sur l'orientation finale de , au point même que Himmer a pu voir dans la pauvreté la clef de la constitution Gaudium et Spes. Dans ses interventions, il insiste pour que

La sensibilisation de l'évêque de Tournai au problème de la pauvreté dans l'Église et dans le monde s'accentuera encore lors de sa participation, en , au Congrès eucharistique de Bombay et lors de plusieurs autres voyages au Zaïre où il put saluer les quatorze prêtres diocésains de Tournai qui, depuis son premier appel, étaient venus se mettre au service des jeunes les plus démunis. La lettre pastorale Partage avec les pays pauvres () fait écho à ces préoccupations.

La mise en œuvre du Concile (réforme liturgique, réorganisation du clergé et des circonscriptions diocésaines, ouverture au monde d'aujourd'hui et aux pauvres) occupa les années suivantes.

Quelques dates à relever : , création du premier Conseil presbytéral; fondation par la Conférence épiscopale de Belgique du séminaire Cardijn, à Jumet, pour les vocations ouvrières; installation à Louvain du Séminaire Saint-Paul pour le premier cycle de formation des séminaristes du diocèse de Tournai ; , instauration du Conseil pastoral ; , ordination en l'église Saint-Joseph de du premier diacre permanent, le Albert Geerts.

Au début de l'année 1971, l'évêque de Tournai commémore le huitième centenaire de la cathédrale le dimanche . Quelques mois plus tard, il doit entrer en clinique pour y subir une opération chirurgicale suivie d'une convalescence longue et pénible. Himmer en porta quelque peu le contre-coup et ses lettres pastorales (La paix dans le monde, La semaine de l'émigrant, La pastorale scolaire) se firent plus courtes dans les années 1972, 1973 et 1974.

En 1974 notamment, il jettera les bases, à Rilima, dans le sud du Rwanda, d'un nouveau collège destiné à accueillir les jeunes réfugiés du Burundi.

En 1975, il consacra toute son attention à la question d'une division éventuelle du diocèse de Tournai et eut recours à une consultation diocésaine qui trancha pour la négative.

Retraite Le , au cours d'un entretien privé avec le pape , il présente sa démission, motivée par l'âge et les prescriptions édictées à ce sujet par le Concile. Ses dernières lettres pastorales ont pour titre : L'Après-Concile () et L'Avenir du diocèse ().

Le , Himmer annonçait lui-même la nomination de son successeur, Jean Huard et prenait congé dans une lettre intitulée Adieu au diocèse (), suivie d'une Lettre au clergé où il remercie tous ses collaborateurs. Il se retire alors à l'abbaye Notre-Dame de Soleilmont où il se soucie de présider aux offices religieux et de communiquer à la communauté des sœurs trappistines le meilleur de sa doctrine et de son expérience religieuse.

En 1984, un problème cardiaque nécessita son hospitalisation à l'Hôpital de Gilly où il rédigea son testament spirituel reproduit sur son souvenir mortuaire.

Il est décédé à l'abbaye de Soleilmont le à trois heures du matin. Ses funérailles furent célébrées à la cathédrale de Tournai, le 15. Son corps repose à présent auprès de celui de Jean-Joseph Delplancq, inhumé en la cathédrale le .

Blason left|150px Blasonnement : D'or au chevron de sable chargé d'une rose du champ

Distinctions (1954), vraisemblablement pour son attitude extrêmement généreuse en faveur de la communauté italienne de son diocèse et en particulier lors du drame du Bois du Cazier à Marcinelle en 1956. (1960).

Publications . . . 4 volumes. . . .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie . . . . .

Article connexe Liste des évêques de Tournai

Liens externes

Généalogie de par Michel Hubert. Archives de l’évêché de Tournai

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