Une cabane en pierre sèche est un type d'édifice champêtre, bâti entièrement sans mortier, avec des pierres d'extraction locale et ayant servi d'abri temporaire ou saisonnier au cultivateur des , à ses outils, ses animaux, sa récolte, dans une parcelle éloignée de son habitation permanente.
Cabanes en pierre sèche et architecture Les cabanes en pierre sèche sont au premier chef des « productions architecturales » dans la mesure où : elles allient des techniques de construction d’origine rurale (maçonnerie à pierres sèches, c’est-à-dire sans mortier) à des procédés de franchissement de l'espace (voûte de pierres encorbellées et inclinées, voûte clavée) librement adaptés de l'architecture savante (il ne faut pas confondre le type architectural qu'est la cabane de pierre sèche avec, d'une part, la technique de la maçonnerie à pierres sèches et, d'autre part, le procédé de voûtement en pierre qu'est la voûte d'encorbellement : cette technique et ce procédé sont vieux comme le monde, leur ancienneté n'implique pas automatiquement l'ancienneté de l'édifice où ils sont employés) ; elles manifestent une variété des formes et une plastique originale imputables non seulement à la diversité géologique de leurs matériaux et à la variété de leurs fonctions mais aussi aux différences de savoir-faire et d'inspiration esthétique de leurs constructeurs ; elles ont une durée de vie utile, au cours de laquelle elles subissent des vicissitudes (modifications, réfections, etc.), cessant d'être entretenues dès leur abandon et s'acheminant petit à petit vers la ruine et la disparitionChristian Lassure (texte), Dominique Repérant (photos), Cabanes en pierre sèche de France, Edisud, 2004, chap. I : « Cabanes et architecture », ..
Elles relèvent d'une « architecture sans architecte » ou « anonyme » en ce sens qu'elles sont l'œuvre non pas d'architectes (contrairement aux bâtiments religieux, militaires et civils du passé) mais de paysans et d'ouvriers autoconstructeurs ou de maçons dont le nom est perdu« La tradition des bâtisseurs à pierre sèche : la fin de l'anonymat », Études et recherches d'architecture vernaculaire, , 1981, .
Elles entrent dans le cadre de « l'architecture rurale » de par : leur implantation dans les campagnes, le plus souvent aux marges des terroirs, leur intégration aux aménagements en pierre sèche des champs cultivés (murs, tas d’épierrement, voies de cheminement, etc.), leurs fonctions essentiellement agricoles et, dans une moindre mesure, pastorales, leur mode d'utilisation occasionnel, temporaire ou saisonnier.
Elles ressortissent à une architecture populaire, du fait de l'origine sociale de leurs bâtisseurs et utilisateurs (petit peuple des campagnes et des villes).
Elles constituent une architecture vernaculaire dans la mesure où : elles ont surgi dans un même mouvement de construction affectant diverses régions mais s'inscrivant dans une période variant d'une région à l'autre selon des décalages ; elles sont caractéristiques des couches sociales qui les ont construites et utilisées ; elles sont soumises à la diffusion de techniques, de plans et de formes transcendant le cadre régional, voire national (loin d’être un phénomène purement méditerranéen, la cabane de pierre sèche se rencontre également dans des régions françaises autres que celles du Midi (Lyonnais, Bourgogne, Franche-Comté, Champagne, etc.) et dans divers pays de l’Europe non méditerranéenne (Irlande, Grande-Bretagne, Suisse, etc.).
Elles appartiennent à l'architecture des temps modernes (, ) et surtout de l'époque contemporaine () et n'ont rien à voir avec les témoins des architectures funéraires (chambres sous cairn, tombes mycéniennes, etc.), militaires (nuragues, etc.) et domestiques (cabanes chalcolithiques, etc.) de la Préhistoire et de l'Antiquité car : les époques respectives sont très éloignées les unes des autres ; les places respectives dans l'échelle socio-économique des bâtiments ne sont pas les mêmes ; les techniques de construction sont différentes malgré des analogies (la voûte de pierres sèches encorbellées et inclinées est distincte de la voûte d'appareil en tas de charge, aux pierres taillées et placées à l'horizontale) (le célèbre Trésor d'Atrée à Mycènes, ou tombeau d’Agamemnon, doit être comparé avec ce qui lui est fonctionnellement et socialement comparable, c’est-à-dire les mausolées funéraires des rois et empereurs de l’histoire ancienne ou récente, ainsi la tombe de Napoléon aux Invalides à Paris ou le mausolée de Lénine sur la place Rouge à Moscou).
Extension géographique du phénomène L'extension géographique du phénomène architectural des cabanes en pierre sèche en France a été cartographiée pour la première fois en 1978Cf. Carte « Zones à constructions rurales en pierre sèche, 1 état, 1977 », dans Christian et Jean-Michel Lassure, éditorial [sur l'architecture rurale en pierre sèche de la France], dans L'Architecture rurale en pierre sèche, 1977, , , pl. h. t. par Christian Lassure et Michel Rouvière du Centre d'études et de recherches sur l'architecture de pierre sècheSur la genèse et les buts de cette association, cf. The CERAV and the studies on the dry stone architecture of France: an assessment of a decade of research and publication (1977-1987), www.pierreseche.com, puis réactualisée successivement en 1988, 1995, 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005 Cf. Extension géographique du phénomène des cabanes en pierre sèche, www.pierreseche.com, publié le 23 mai 2002 et actualisé le octobre 2005. au fil des découvertes.
Les départements où des zones à cabanes de pierre sèche ont été signalées sont au nombre de 52. Dans certains d'entre eux, ces zones sont nombreuses ; dans d'autres, elles se limitent à de rares isolats, voire, dans certains cas, à quelques structures isolées.
Une aire d’extension couvrant les deux tiers sud de la France Ces départements sont situés dans les deux tiers sud de la France (si l'on fait exception de la façade atlantique). On en trouvera ci-dessous la liste, chacun d'eux étant suivi des noms des communes ou des secteurs où des cabanes ont été signalées ou étudiées (indications données sans prétention d'exhaustivité) :
l'Ain (01) (région de Ceyzériat) l'Allier (03) les Alpes-de-Haute-Provence (04) (monts de Lure et plateau d'Albion, pays de Forcalquier) les Alpes-Maritimes (06) (plateau de Caussols, arrière-pays de Grasse) l'Ardèche (07) (Bourg-Saint-Andéol, Labastide-de-Virac, Orgnac-l'Aven, Vinezac, « plaine » de Gras, etc.) l'Ariège (09) (Camon, haut Vicdessos, Plantaurel et Val d'Ariège) l'Aube (10) (Les Riceys, Barséquanais, Courteron) l'Aude (11) (Corbières, Montagne Noire, Minervois) l'Aveyron (12) (causse Rouge, causse Comtal) les Bouches-du-Rhône (13) (Ceyreste, Cornillon-Confoux, Éguilles, Grans, Istres, Jouques, Miramas, Peyrolles-en-Provence, Rognes, Salon-de-Provence, etc.) le Cantal (15) (Blesle et Auriac-l'Église) la Charente (16) (Aizecq) la Charente-Maritime (17) (vallées de l'Arnoult et de la Seudre) le Cher (18) (Châteauneuf-sur-Cher et Venesmes) la Corrèze (19) (causse corrézien, plateau de Millevaches) la Corse-du-Sud (2A) (région de Bonifacio) la Haute-Corse (2B) (Nebbio) la Côte-d'Or (21) (Châtillonnais, vignobles de Nolay et de Meursault, Agey, Flavigny-sur-Ozerain, Montigny-Montfort, etc.) les Côtes-d'Armor (22) (autel de pierre sèche en plein champ de Coat-Correc) la Creuse (23) (Saint-Goussaud et Arrènes) la Dordogne (24) (Badefols-sur-Dordogne, Daglan, La Boissière-d'Ans, Meyrals, Montignac-sur-Vezère, Savignac-les-Églises, les « cabanes du Breuil » à Saint-André-d'Allas, Sorges, etc.) le Doubs (25) (région de Besançon) la Drôme (26) (plateau de Clansayes, Ferrassières, Grignan, Chantemerle-lès-Grignan) l'Essonne (91) (cabanes de cantonniers de la région d'Étampes) le Finistère (29) (remise à charrette de Barnenez-Troadec) le Gard (30) (Arpaillargues et Aureilhac, Aubais, Aujargues, Barjac, Blauzac, causses de Blandas et de Campestre, Calvisson, Congénies, Junas, Langlade, Nages-et-Solorgues, Sommières, Souvignargues, Vers-Pont-du-Gard, Villevieille, garrigues de la Vaunage et du Sommièrois, garrigue marguerittoise, garrigue nîmoise, garrigue d'Uzès, etc.) la Haute-Garonne (31) (« Petites Pyrénées ») l'Hérault (34) (massif de la Gardiole, Frontignan, mont Saint-Clair à Sète, Larzac héraultais, Saint-Jean-de-Buèges, Soubès, Bédarieux, plateau de l'Auverne, etc.) l'Indre (36) l'Isère (38) (nord du canton de Crémieu) le Jura (39) (premier Plateau à l'est de Lons-le-Saunier) la Haute-Loire (43) (Vals-près-le-Puy, plateau de la Moutète vers le Monastier, Chadron, Solignac-sur-Loire (plus de 25), Coubon, Auzon) le Lot (46) (coteaux de la vallée du Lot, Bouriane, causses de Limogne, de Cahors, du Quercy Blanc, de Lalbenque, de Catus, de Cajarc, de Figeac, de Martel, de Rocamadour, etc.) la Lozère (48) la Haute-Marne (52) (plateau de Langres) le Morbihan (56) (Caves à boisson du pardon de Notre-Dame de Crénénan en Ploërdut) la Nièvre (58) le Puy-de-Dôme (63) (côtes de Clermont, plateau de Mirabel près de Châteaugay, rebord de la chaîne des Dômes vers Orcines, montagne de la Serre entre Nadaillat et Rouillas-Haut) les Hautes-Pyrénées (65) (hautes vallées des Nestes) les Pyrénées-Atlantiques (64) (hautes vallées béarnaises) les Pyrénées-Orientales (66) (Catllar, Cassagnes, Collioure, Estagel, Latour-de-France, etc.) le Rhône (69) (Theizé-en-Beaujolais, Mont d'Or lyonnais, Poleymieux-au-Mont-d'Or, Albigny-sur-Saône) la Haute-Saône (70) (Champlitte et Bucey-les-Gy) la Saône-et-Loire (71) (Genouilly, Joncy, Mancey, Martailly-lès-Brancion, Saint-Clément-sur-Guye, Tournus, etc.) les Deux-Sèvres (79) le Tarn (81) (causse calcaire au sud de Cordes) le Tarn-et-Garonne (82) (région de Caylus et de Saint-Antonin) le Var (83) (haut Var, Var central, région de Toulon)Le Var compte 125 communes dont 73 avec une ou des cabanes, en tout 615 cabanes. le Vaucluse (84) (Le Beaucet, Bonnieux, Buoux, Caromb, Gordes, Goult, La Bastidonne, La Roque-sur-Pernes, Mazan, Ménerbes, massif de Montmirail-Vaison, Mornas, Piolenc, Murs, Saignon, Saumane-de-Vaucluse, Velleron, Viens, Villes-sur-Auzon, etc.) la Vendée (85) (vignoble de Sigournais) la Vienne (86) (moitié nord du département) la Haute-Vienne (87) (Bessines, Bersac, Folles, Jabreilles-les-Bordes, Laurière, Saint-Léger-la-Montagne) l'Yonne (89) (sud du département)
Le mythe d’un « style méditerranéen » de construction La distribution des zones à cabanes de pierre sèche en France établit sans conteste le fait que le phénomène, loin d’être cantonné à la région méditerranéenne, déborde largement au nord de celle-ci, montant jusqu'à une ligne courbe joignant la Vendée à l’ouest, l’Aube au nord et le Doubs à l’est. Il n’y a donc pas lieu de qualifier « la technique de construction en pierre sèche » de « particulièrement représentative d’un style méditerranéenCf. Florence Dominique, introduction, dans Bories, La Calade, Edisud, coll. « Luberon images et signes », 1994, . », puisque la dite technique et ses œuvres sont présentes par ailleurs dans des îles aussi peu méditerranéennes que les îles Britanniques.
En dehors de la France, les cabanes en pierre sèche sont présentes dans divers pays du pourtour de la Méditerranée (Espagne, Portugal, Italie, Croatie, Slovénie, Malte, Grèce, Cisjordanie, Maroc) mais aussi dans certains pays ou régions du nord-ouest et de l'ouest de l'Europe (Islande, Irlande, Pays de Galles, Écosse, Angleterre, Suède, Allemagne, Suisse) (liste non exhaustive).
Les noms des cabanes en pierre sèche vignette|Cabane en pierre sèche, dite « la cabane Bonnet », à Malemort-du-Comtat (Vaucluse) (carte postale du début du ). Les cinq grandes catégories d'appellations Les noms donnés aux cabanes de pierre sèche sont nombreux et variés. Ils sont pour la plupart issus des langues régionales et généralement francisés.
Ils se répartissent en plusieurs grandes catégories :