Représentation de William S. Burroughs par Christiaan Tonnis.|thumb|right

William Seward Burroughs (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. Écouter sur Forvo.), dit William S. Burroughs, né le à Saint-Louis au 4664 de Pershing Avenue.. dans l'État du Missouri et mort le dans sa propriété de Lawrence (Kansas) de complications liées à une crise cardiaqueLe journal Libération lui rend hommage le lendemain en lui consacrant sa une, où il est représenté un fusil à la main.Le Festin nu, son livre le plus connu, a été traduit en France par Eric Kahane, traducteur de Lolita de Nabokov., est un romancier et artiste américain.

Principalement connu pour ses romans hallucinés mêlant drogue, homosexualité et anticipation., il est associé à la Beat Generation et à ses figures emblématiques : ses amis Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Il a expérimenté avec Brion Gysin le , technique littéraire consistant à créer un texte à partir d'autres fragments textuels d'origines diverses.

Biographie William Seward Burroughs naît dans une famille bourgeoise. Il est le petit-fils de William Seward Burroughs I., inventeur de la première machine comptable et fondateur de la « Burroughs Adding Machine Company ». Sa mère, Laura Lee Burroughs, est la fille d'un homme d'Église dont la famille se réclame de l'ascendance de Robert E. Lee. Son père Mortimer, l'aîné de la famille, revend ses parts dans la Burroughs Corporation en 1929 juste avant le krach et devient antiquaire. Burroughs fils entre à l'université Harvard pour une licence de littérature anglaise ; il sort diplômé en 1936. Son expérience à Harvard est résumée au début de Junky : Il y étudie ensuite l'anthropologie puis part à Vienne, où il étudie la médecine en 1936-1937, expérience dont il garda toute sa vie un goût prononcé pour la chirurgie et les modifications du corps, la chimie du cerveau et les drogues. Il épouse, à Athènes, Ilse Herzfeld Klapper, menacée par les lois de Nuremberg, et lui permet ainsi de quitter l'Europe pour les États-Unis ; ils divorcent à l'amiable en 1946..

En 1944, Burroughs est détective et travaille avec la pègre à New York. Il vit avec Joan Vollmer, une jeune femme brillante, passionnée de littérature et de philosophie, dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et sa première femme Edie Parker. C'est à cette période, entre autres marquée par une affaire de meurtre dans laquelle sont impliqués des amis proches , qu'il commence à consommer de l'héroïne et de la morphine, produits dont il restera dépendant jusqu'à son traitement à la méthadone à partir de 1980. Il épouse Joan deux ans plus tard, en 1946, avec le projet de fonder une famille. Leur fils William S. Burroughs Jr. naît en 1947, au Texas. Le , en voyage à Mexico, Burroughs, ivre, tue sa femme d'une balle en pleine tête, alors qu'il essayait de reproduire la performance de Guillaume Tell., qui fendit d'une flèche la pomme posée sur la tête de son fils. Burroughs est arrêté puis inculpé pour homicide involontaire. Il passera un court séjour en prison avant d'être relâché.

Commencent alors des années d'errance : il parcourt l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de yagé, puis l'Afrique du Nord, avant de s'installer dans le sillage de Paul Bowles à Tanger, au Maroc en 1954. Il sombre dans une totale déchéance, conséquence d'une consommation effrénée de drogues. : . Parvenu , il écrit cependant un grand nombre de pages sous le titre provisoire Interzone. avant que Jack Kerouac ne fournisse plus tard le titre définitif à cet ouvrage. Il confesse dans , roman écrit en 1953 mais qui ne sera publié qu'en 1985 : , 1985, p. xxii..

En 1956, il entame une première cure de désintoxication avec l'aide de John Dent, un médecin londonien qui inventa la cure d'apomorphineSeule cure efficace en matière de désintoxication selon Burroughs.. À l'issue du traitement, il emménage au légendaire Beat Hotel à Paris, où il accumule des masses de fragments de pages manuscrites.

Avec l'aide de Ginsberg et Kerouac, il fait éditer Le Festin nu par Olympia Press (Paris). De leur côté, les fragments deviennent les trois épîtres d'une trilogie : La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Nova express. Après sa sortie, le Festin nu est poursuivi pour obscénité par l'État du Massachusetts puis de nombreux autres. En 1966, la Cour Suprême du Massachusetts déclare finalement le livre « non obscène », ce qui ouvre la porte à d'autres travaux comme ceux d'Henry Miller (en particulier Tropique du Cancer).

Devenu l'amant de Ian Sommerville, Burroughs part pour Londres en 1960, où il publie de nombreux petits textes dans des magazines underground, travaillant dans le même temps sur un projet qui est publié en trois parties : Les Garçons sauvages, Les Cités de la nuit écarlate et Havre des saints. Il retourne à New York en 1974, où il devient professeur d'écriture pendant quelque temps, avant de réaliser que l'écriture ne peut être enseignée. Dans les années 1980, il entame une cure de désintoxication, s'installe à Lawrence en 1981 avec son dernier compagnon de vie et amant James Grauerholz, avec qui il forme un couple de 1974 à sa mort.

Dans les années 1990, Burroughs a attiré de nombreux symboles de la culture pop. Il apparaît notamment dans le film Drugstore Cowboy de Gus Van Sant, et, sur le conseil d'Allen Ginsberg, collabore avec Bob Wilson et Tom Waits pour donner naissance à la pièce , jouée la première fois au de Hambourg le . Burroughs participera ensuite à des enregistrements de ses textes qui sortent chez Industrial Records, label de musique expérimentale et bruitiste de Londres : Throbbing Gristle pour le titre Nothing Here Now But the Recordings, Sonic Youth pour le titre Dead City Radio, Kurt Cobain pour le titre The Priest They Called Him ; R.E.M., Ministry, Bill Laswell, Parrhesia Sound System, entre autres.

Burroughs se distingue également par son utilisation du cut-up, technique qu'il met au point dans une petite chambre du Beat Hotel, rue Gît-le-Cœur à Paris avec Brion Gysin. : le cut-up consiste à créer un texte à partir d'autres fragments textuels de toute origine (littérature, articles de presse, catalogues de vente par correspondance…) découpés de manière régulière, et remontés selon une logique prédéfinie, afin de faire émerger l'implicite, l'inavoué des textes de départ. Associé aux routines (récurrences de fragments du texte) tout au long d'une œuvre, le cut-up a également pour objectif de briser la cohérence logique imposée au discours par l'emploi du langage, considéré comme structure structurante. L'impression de semi-chaos générée par les cut-ups et de déjà-vu initié par les routines permettent de se rapprocher, sur le plan formel, de la logique de perception d'un individu plongé dans un environnement dont il ne maîtrise par définition pas les stimuli. L'ensemble a pour ambition de faire faire à la littérature la même révolution que celle de la peinture lors du passage à l'abstrait.

Après l'éclipse de Kerouac et la gloire que connaît Ginsberg à l'époque des hippies, Burroughs connaît un regain de popularité dans les années 1980-1990, Citation extraite du livre Queer Beats de Regina Marler..

Décoré chevalier des Arts et des Lettres en 1984, lors de son passage en France au Printemps de Bourges avec Brion Gysin, Burroughs est considéré comme un des écrivains les plus influents du . Un des Cahiers de l'Herne lui fut consacré par Dominique de Roux, qui avait été son premier éditeur chez Christian Bourgois.

William S. Burroughs a consacré les quinze dernières années de sa vie à la peinture et aux arts visuels. Il a eu une production artistique dès les années 1960, et fut initié à l’art par Brion Gysin ; en 1963 ils produisirent ensemble un grand nombre de collages.

En 1978, ils réalisent également l’ouvrage , qui utilise la forme du cut-up pour élaborer un ensemble de courtes histoires. Du collage plastique au cut-up littéraire il n’y a qu’un pas, les fragments originaux de ce livre en témoignent : Gysin et Burroughs mélangent morceaux de textes et images afin de leur conférer un sens nouveau. Le titre renvoie à la sensation bouleversante que les deux artistes ont ressenti à la découverte de leur travail collectif un troisième auteur ou esprit, synthèse de leurs deux personnalités..

En 1982, il se retire et s’installe au Kansas pour mettre en œuvre de nombreuses expérimentations plastiques. Il réalise alors des peintures au tir de carabine, séries intitulées , faisant exploser la peinture sur des planches de bois. Il revient ensuite sur ces pièces avec des pochoirs et de la peinture fluo, des collages et des dessins à l’encre. Ces relèvent de l’assemblage et sont dans la filiation de ses techniques d’écriture et de ses romans..

(John Waters à propos de Burroughs).

Burroughs travaillait également au pinceau et à l’encre de couleur sur des pochettes qu’il utilisait pour classer ses papiers administratifs ; sur certaines, il est possible de lire son écriture au crayon décrivant ce qu'elles contenaient. Cette série appelée est très souvent recto-verso. De manière décomplexée Burroughs vidait ces pochettes de leur contenu, les ouvrait et peignait instinctivement dessus, figurant une représentation abstraite et colorée..

William S. Burroughs a exposé de son vivant dans de nombreuses galeries. Son œuvre a également fait l’objet d’une rétrospective au LACMA, au Musée d’art de comté de Los Angeles en 1996, puis au ZKM de Karlsruhe en 2012. En 2014 une exposition à la de Londres lui est consacrée.

Aujourd'hui, William Burroughs Communications à Lawrence au Kansas gère et garantit la protection de son œuvre littéraire et visuelle. À Paris, la galerie Semiose le représente et lui a consacré une exposition personnelle en 2016, parallèlement à l’exposition sur la Beat Generation au Centre Pompidou dans laquelle de nombreuses œuvres de l’artiste étaient présentées...

Œuvre

Ouvrages publiés de son vivant (1953-1997) Avec indication de premières dates d'édition et, quand c'est le cas, de traduction en français :

[William Lee], , roman, New York, Ace Double Books, 15 avril 1953 ; trad. en français : Junky, par C. Cullaz et J.-R. Major, Paris, éd. Pierre Belfond, 1972. , roman, coll. « » , Paris, Olympia Press, juillet 1959 ; trad. en français : Le Festin nu, par E. Kahane, Paris, Gallimard, 1964. , poésie cut-up (avec Sinclair Beiles, Gregory Corso, Brion Gysin), Paris, Two Cities Editions, 1960. (avec Brion Gysin), San Francisco, The Auerhahn Press / Dave Haselwood, 1960. , roman, Paris, Olympia Press, 1961 ; éd. revue, Grove Press, 1966 ; trad. en français : La Machine molle, par Mary Beach et Claude Pélieu, Paris, Christian Bourgois, 1968.

, roman, Paris, Olympia Press, 1962 ; trad. en français : Le Ticket qui explosa, par M. Beach et C. Pélieu, Paris, Christian Bourgois, 1969.

(avec Allen Ginsberg), San Francisco, City Light Books, 1963 ; trad. en français : Les Lettres du Yage, Paris, Christian Bourgois, 2008. , roman, New York, Grove Press, 9 novembre 1964 ; trad. en français : Nova express, par M. Beach et C. Pélieu, Paris, Christian Bourgois, 1970. Darayt, poèmes (avec Lee Harwood), Londres, Lovebooks, 1967. (avec C. Pélieu & Carl Weissner, San Francisco, Beach Book Texts & Documents, 1967. , cut-up/collage, coll. « Nova Broadcast » , San Francisco, Jan Herman / The Nova Broadcast Press, 1969. Daniel Odier. Entretiens avec William Burroughs, Paris, Éditions Pierre Belfond, 1969 ; éd. en anglais : , New York, Grove Press, 1970 : éd. revue définitive : Grove Press, 1974. , essai, Bonn, Expanded Media Editions, 1970 ; trad. en français : Révolution électronique, par Henri Chopin, Paris, Éditions Allia, 2017. , roman-scénario, Londres, Cape Goliard Press, 1970 ; trad. en français : Les Derniers Mots de Dutch Schultz, par M. Beach et C. Pélieu, Paris, Christian Bourgois, 1972.