Le potager du Roi est un jardin potager de 9 hectares, créé en 1683 près du château de Versailles par le directeur des vergers et potagers royaux Jean-Baptiste de La Quintinie, à la demande du roi Louis XIV pour alimenter la cour de Versailles.

Son sort évolue après la Révolution : successivement mis en location puis jardin d'application, il est finalement exploité par l'École nationale supérieure d'horticulture de 1874 à 1995. Depuis 1995, il est pris en charge par l'École nationale supérieure de paysage de Versailles.

Il est classé, avec le parc Balbi voisin, aux monuments historiques par arrêté du .. Reconnu Jardin remarquable de France, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979 avec le parc de Versailles.

Principes Il s'agit d'un potager de château classique : il est à l'écart du parc du château il est entouré de hauts murs c'est un potager nourricier Un exemple contraire est fourni par le potager de Villandry, qui sert d'écrin au châteaulire en ligne sur le site du château.. Il est intégré dans un jardin à la française qui l'entoure et est essentiellement décoratif.

Le potager du Roi se distingue par sa taille de neuf hectares, ce qui en fait le plus grand de France. En comparaison, l'un des plus grands potagers privés, celui de Saint-Jean de Beauregard, fait deux hectares. Il se distingue aussi par ses multiples murs intermédiaires (voir la gravure de Pierre Aveline). Ces murs ont une triple fonction : coupe-vent accumulation de chaleur support pour palisser des espaliers qui forment des tapisseries végétalesvoir photos sur Amis du potager du Roi.. Ils doivent être distingués des contre-espaliers qui nécessitent des supports métalliques. Ces murs sont constitués de deux parements de moellons enduits de plâtre avec un remplissage intermédiaire en glaise. Pour cette raison, leur faîtage (avec chaperon débordant) nécessite un entretien pour éviter que la pluie ne lessive les intérieurs et provoque des éboulements.

Une autre caractéristique importante du potager du Roi est qu'il s'agit d'un potager d'essais : amendements, sélection des variétés, taille, greffage, traitements, acclimatation d'espèces méditerranéennesLes orangers et les citronniers étaient réservés à l'Orangerie. Le même dispositif était utilisé au potager du Roi pour les figuiers, cultivés en caisses et rentrés dans la figuerie en hiver, alors qu'aujourd'hui ils sont en pleine terre en Île-de-France. ou tropicalesLes ananas sous Louis XV., forçage (sous châssis, sous cloche ou en serre) pour obtenir des fruits et légumes hors saison. Louis XIV le voulait en effet comme une vitrine du savoir français et le faisait volontiers visiter à ses invités de marque.

Histoire

Création par La Quintinie à la demande de Louis XIV Jean-Baptiste de La Quintinie est un avocat devenu agronome par passion. Après la disgrâce de Fouquet, Louis XIV l'embauche avec d'autres membres de l'équipe de ce dernierAndré Le Nôtre, Louis Le Vau et Charles Le Brun.. En 1673, il le nomme intendant de ses vergers et en 1677 directeur des vergers et potagers royaux. À la demande du roi, il crée entre 1678 et 1683 ce jardin potager de 9 hectares, structuré en jardin à la française, voisin de l'Orangerie de Versailles et de la cathédrale Saint-Louis.

Le terrain choisi était proche de l'aile du midi du Château mais jugé jusque là inutilisable car occupé par un marécage d'eau croupissante. Il a fallu le drainer, installer un aqueduc souterrain, et le remblayer en utilisant la terre extraite de la future pièce d'eau des Suisses.. Ensuite, il a fallu amender la terre en faisant venir des écuries du Château des centaines de tombereaux de fumier. Dans son Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, La Quintinie explique candidement toutes les difficultés qu'il a rencontrées avant de parvenir à ses fins. En même temps, il devait veiller à l'édification des murs d'enceinte et intérieurs selon le plan établi, avant de pouvoir commencer à planter.

thumb|Le potager du Roi, par Pierre Aveline (1700)|280x280px L'emplacement est commode d'accès pour Louis XIV qui s'y rend par l'allée du Potager et entre par la Grille du Roi, œuvre de Louis Fordrin, serrurier ordinaire des Bâtiments du roi, une des plus belles portes monumentales en fer forgé de Versailles (parmi les rares grilles d'origine), face à la pièce d'eau des Suisses. Le Fonds mondial pour les monuments (WMF) a contribué à sa restauration en 1993.

Comme le montre la gravure d'Aveline ci-contre et le plan tiré de l'ouvrage de La Quintinie (voir plus bas), il y a une différence fondamentale avec la suite de l'histoire du potager : l'utilisation des contre-espaliers n'est pas systématique : au contraire, nombre de carrés sont bordés de fruitiers taillés en gobelet (en buisson, sur basse tige et sans charpentière axiale), une taille beaucoup plus légère et moins contraignante que la taille en espalier, d'autant qu'aucun support métallique n'est alors nécessaire. L'abandon de cette formule sera lourde de conséquences.

Jardin nourricier pour la cour du château de Versailles Ce jardin potager a pour tâche de fournir des fruits et légumes, en toutes saisons, au service de la Bouche du roi du château de Versailles. L'objectif de ce jardin est aussi de participer à la révolution agricole de l'époque en formant des jardiniers, en cultivant des plantes et variétés nouvelles. Le travail qui y est réalisé permet de développer des techniques de cultures expérimentales et innovantes, pour optimiser la qualité et permettre une productivité intensive d'horticulture.

Pour le roi Louis XIV, ce jardin allie agrément, esthétique, qualité, productivité, et sécurité alimentaire. Féru de jardinage, il aime s'y promener, et apprend même à tailler les arbres fruitiers avec son jardinier. Madame de Sévigné note ironiquement dans des mémoires : « Le chapitre des pois dure toujours ; l'impatience d'en manger, le plaisir d'en avoir mangé, et la joie d'en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours »..

Acclimatation de nouvelles variétés culturales thumb|gauche|Quelques légumes du potager du Roi, en 2009.|160x160px Jean-Baptiste de La Quintinie expérimente, sélectionne, acclimate, et développe entre autres la culture de près de 400 variétés légumières qui se succèdent au fil des saisons.. Parmi celles-ci : laitues, oseille, épinards, fines herbes, oignons, choux, artichauts, poireaux, pois, petit pois, fèves, concombres, aubergines, carottes, tomates, asperges, citrouilles, potirons, champignon de Paris, rosé des prés.

De nombreux fruits y sont aussi cultivés tels que les melons, cerises, fraises, framboises, cassis, groseilles, figues, raisins, amandes, pommes, poires, coings, prunes, pêches, nectarines, abricots..

Une partie du jardin est occupée par les plantes médicinales, il y a également des fleurs.

Des plantes exotiques rapportées par les voyageurs, sont également acclimatées dans le jardin : kakis, grenades, mais les citrons et oranges sont réservés à l'Orangerie créée en 1686.

Des innovations techniques pour obtenir des produits hors saison Il expérimente et développe des techniques d'étude des plantes au microscope. Concernant la gestion des arbres fruitiers, de savants procédés de taille, de porte-greffe, d'espalier, de treille permettent de façonner les arbres.

thumb|Instruction de La Quintinie : l'hiver.|280x280px Les techniques de paillage et d'irrigation, permettent de gérer la qualité du sol. L'enrichissement de la fertilité des sols est rendu possible par l'usage du fumier de bœuf, de vache, ou de cheval des écuries royales.

Des techniques de protection climatique sont également mises en place, par l'installation de successions de murs qui, en jouant des diverses expositions, permettent de créer des micro-climats pour préserver de la chaleur du soleil ou abriter du vent et des gelées.

Ce qui est également rendu possible par l'utilisation de cloches de verre de jardinage, et de culture sous serres chauffées au bois, avec les premières vitres de verre de grandes tailles produites à partir de 1685 par la Manufacture royale de glaces de miroirs Saint-Gobain.

Les instructions de La Quintinie thumb|Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, de La Quintinie. La savante combinaison de toutes ces différentes méthodes de culture permet de servir des légumes et des fruits frais hâtifs et tardifs, à la cour du château de Versailles, même en dehors des saisons habituelles. Jean-Baptiste de La Quintinie publie ses connaissances et résultats de ses observations journalières de ce chef-d'œuvre de sa carrière, dans son ouvrage d'horticulture de référence intitulé : « Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un traité des orangers, et des réflexions sur l'agriculture ». L'ouvrage est paru en 1690, à titre posthume.. Il a été maintes fois réédité. Dans ce livre, il décrit « ce qui, tant pour l'abondance que pour l'agrément, peut faire réussir avec plus de facilité et moins de dépense ».

Il y décrit en particulier une de ses grandes réussites, si appréciée de Louis XIV :« La chaleur, tant dans la terre que dans l'air ne peut régulièrement venir que des rayons du soleil. J'ose dire pourtant que j'ai été assez heureux pour l'imiter en petit à l'égard de quelques petits fruits : j'en ai fait mûrir cinq et six semaines devant le temps, par exemple des fraises à la fin mars, des précoces, et des pois en avril, des figues en juin, des asperges et des laitues pommées en décembre, janvier... ».

Jardin d'application après la Révolution française Placide Massey a été directeur du potager du roi entre 1819 et 1848, il développe des techniques perfectionnées. Par exemple, le principe du thermosiphon est utilisé pour le chauffage des serres. Ce système est mis en place par le jardinier en chef, M. Masson. Ce procédé était déjà adopté à l’époque par les horticulteurs anglais.

vignette|gauche|La Fontaine Hardy au potager du Roi.|240x240px Le , le gouvernement de la Deuxième république décide la création d’un Institut national agronomique situé à Versailles dans la Grande Écurie, qui ouvre ses portes en . Le potager de Versailles devient le champ d’application d’un établissement d’instruction. La direction des jardins est confiée à Auguste Hardy (1818-1882). L’Institut national agronomique est supprimé par décret le , au rétablissement du Second Empire, mais Auguste Hardy reste à la tête du potager.

thumb|Auguste Hardy, botaniste et directeur du potager du Roi.|240x240px