thumb|right|La cathédrale vue depuis le sud-est.

La cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre est une cathédrale catholique française, située dans la ville d'Auxerre, dans le département de l'Yonne. De style gothique, elle fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques depuis 1840. Elle est dédiée à saint Étienne, premier martyr de l'Église.

Les éléments les plus notables de cette cathédrale sont le chœur de style gothique lancéolé de la première moitié du , les vitraux des , la chapelle absidiale particulièrement artistique et le déambulatoire, les portails avec une remarquable statuaire, trois grandes rosaces et autres verrières du , les façades du transept, la crypte, les fresques médiévales. L'ensemble est un remarquable représentant de l'architecture gothique de la moitié nord de la France.

Histoire

La cathédrale actuelle est le cinquième des sanctuaires qui se sont succédé depuis le Site de la cathédrale d'Auxerre - HistoireSite Structurae.de : histoire de la cathédrale d'Auxerre. Pour remplacer la première église devenue trop petite, saint Amâtre (vers 386-418) fit bâtir une nouvelle église plus vaste, à l'emplacement de l'édifice actuel. L'Évêque Desiderius dit Saint Didier d'Auxerre (603-621), ajouta à son église une abside décorée d'une mosaïque à fond d'or à l'exemple de celle de Syagrius à AutunLabbe, Nova Biblitheca manuscriptorum, t.II, . Cité par Anatole de Charmasse dans le Prieuré Saint-Racho-lez-Autun, . Mémoire de la Société Eduenne, t. X.. Cette construction fut totalement détruite lors d'un incendie à la fin du .

Le troisième sanctuaire fut érigé sous l’épiscopat d’Hérifried (887-909). C’est aussi un incendie qui ravagea en 1023 cette cathédrale, ainsi qu’une grande partie de la ville.

Une cathédrale romane fut alors édifiée par Hugues de Chalon.. Bâtie en pierre, la nouvelle église fut consacrée en 1057 par l'évêque Geoffroy de Champallement. Son chœur, flanqué de deux tours, reposait sur une crypte qui lui servait de soubassement en raison de la pente du terrain vers l’Yonne. Cependant, à la mort de Hugues de Chalon la construction n'est pas finie : pour les vitraux du chœur, seuls ceux du fond sont terminés ; et les tours des cloches ne sont montées que jusqu'au bas de la toiture de l'église. Ces éléments sont achevés par Robert de Nevers (1076-1084). Ce dernier fait aussi deux ouvertures dans la crypte de Hugues de Châlon, pour donner plus de lumière, volume 1..

Édification de la cathédrale gothique : 1220-1550 thumb|right|upright|La tour nord ne fut terminée qu'en 1547.

L'édification de la cathédrale actuelle débuta en 1215, sous l'épiscopat de Guillaume de Seignelay, sur base du vaste édifice roman dont subsiste toujours aujourd'hui la crypte du . Les travaux de démolition-construction démarrèrent simultanément au niveau du chœur (au-dessus de la crypte) et de la tour sud de la grande façade occidentaleUlrich Knop de Oppeln, Histoire de la restauration du chœur de la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre. Université de Stuttgart, thèse de doctorat homologuée par la Faculté 1, Architecture et Urbanisme. 2003.. Mais les successeurs de Guillaume de Seignelay étaient beaucoup moins enthousiastes que lui, et les travaux avancèrent lentement.

En 1235 cependant, à la suite de l'épiscopat d'Henri de Villeneuve (1220-1234), le gros œuvre du chœur était terminé. On débuta dès lors la pose des vitraux du déambulatoire, laquelle ne se termina que vers 1250. Les travaux de la façade occidentale et de la nef démarrèrent alors, mais très lentement.

À la fin du , on dut exécuter des travaux de consolidation du chœur dus à un problème d'équilibre des forces. En 1300, on entreprit la construction du croisillon sud du transept dont le portail est consacré à saint Étienne. Le tympan de ce portail fut sculpté vers 1320.

La destruction de l'ancienne nef romane, afin d'élever la nef gothique, eut lieu au début du . Après quoi on éleva la nef dans les années 1320-1350, et de 1345 à 1355, on réalisa les chapelles latérales des bas-côtés de la nef. Mais les vicissitudes de l'époque liées à la guerre de Cent Ans retardèrent le chantier ; ainsi le bas-côté sud ne fut achevé que vers 1378 et au début du , le croisillon nord du transept et les tours n'avaient pas encore été entrepris.

La pose des vitraux de la nef se fit de 1390 à 1410, et en 1403, le chapitre de la cathédrale commanda au charpentier Odon Gauthier les portes de la façade occidentale.

En 1415 débute la construction du bras nord du transept. Le portail de ce croisillon fut consacré aux saints de l'église d'Auxerre, en particulier à saint Germain, saint Pèlerin et saint Amâtre. On considère que le tympan du portail de ce croisillon fut sculpté vers 1415. Mais la construction de ce bras nord ne s'acheva que sous l'épiscopat de Jean III Baillet (1477-1513).

En 1478 eut lieu la construction des voûtes de la nef et en 1500, on commença enfin les travaux de la tour nord. Le deuxième niveau de celle-ci se termina en 1525 sous l'épiscopat de François  de Dinteville (évêque de 1513 à 1530).

Comme ces travaux nécessitaient des finances importantes, Louis XI confirma en par lettres patentes sa protection royale et les privilèges de l'égliseLettres patentes de Louis XI, Plessis-du-Parc-lèz-Tours, septembre 1481 (Ordonnance des rois de France de la troisième race, tome XVIII, , ..

En 1528, la pose de la verrière et de la rosace de la Vierge des Litanies du bras nord du transept est réalisée par Germain Michel.

En 1543, la tour nord était enfin terminée, sous l'épiscopat de François de Dinteville II (1530-1554), neveu du son prédécesseur.

En 1550, on posa la verrière du bras sud du transept (oculus central représentant Dieu le Père et 8 lancettes consacrées à l'histoire de Moïse), ainsi que la verrière de la façade occidentale. Les deux verrières sont l'œuvre du maître verrier Guillaume Cornouaille.

De 1567 à la Révolution À cette époque les guerres de religion mirent fin à tout espoir de terminer un jour la façade de la cathédrale (et la tour sud). En 1567 les protestants, conduits par les capitaines Louis de Blosset, Jean de La Borde et François Marraffin, mirent la ville à sac. L'édifice eut à en souffrir si bien qu'en 1576, l'évêque Jacques Amyot (1571-1593) fit entreprendre la restauration de la cathédrale, dont celle des verrières du chœur.

Ainsi la construction, demeurée inachevée, s'est étendue sur plus de trois siècles ; la tour sud ne fut jamais construite.

En 1690 fut détruit le labyrinthe dont disposait la cathédrale, qui existait déjà en 1334Michel Pauty, À la recherche des labyrinthes de Bourgogne, revue « Pays de Bourgogne » d'octobre 2011, ..

En 1764, le jubé Renaissance dû à François  de Dinteville fut détruit et remplacé par les grilles de chœur, œuvre du ferronnier parisien Dhumier avec des portes dues à Sébastien-Antoine Slodtz sur des dessins de Claude-Nicolas Ledoux.

La Révolution causa d'innombrables dégâts à l'édifice et à son mobilier. On supprima le diocèse en 1790 et peu après, on transforma Saint-Étienne en Temple de la Raison. On démonta stalles et grilles pour installer dans le chœur un théâtre en gradins destinés aux cérémonies républicaines. Des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie furent envoyés à la fonte. La belle statue de saint Étienne agonisant, située près du maître-autel, œuvre de Louis-Claude Vassé, échappa à la destruction car on en fit alors un Marat agonisant dans son bain. Les vitraux furent menacés de destruction, mais comme leur remplacement par du verre blanc eût coûté trop cher, la décision ne fut fort heureusement jamais prise. Enfin la crypte servit de cave au préfet du département qui occupait les locaux de l'évêché tout proche.

De 1801 à nos jours

En 1840, grâce à Prosper Mérimée, Saint-Étienne est inscrit sur la liste des édifices classés monuments historiques. De grands travaux de restauration eurent lieu tout au long du . Eugène Viollet-le-Duc restaure la crypte de 1844 à 1848. Il y effectue des travaux de consolidation des piles, de restitution des baies d’origine, de dallage du sol.

En 1866, démarre une grande campagne de restauration de la cathédrale gothique, sous la direction de l'architecte Piéplu. Les vitraux sont restaurés ou complétés de 1866 à 1880 par les verriers Vessières frères, puis à nouveau en 1925-1930 par David.

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, une dizaine de boulets de canon prussiens sont tirés sur la cathédrale. L'un d'eux vient malheureusement pulvériser la belle verrière droite du chevet de la chapelle axiale, datant de la première moitié du .

Depuis l'année 2001, une campagne de restauration générale de la cathédrale est en cours. Elle est financée par l'État, la région de Bourgogne, le département de l'Yonne et la ville d'Auxerre. Cette campagne concerne notamment les couvertures du sanctuaire ainsi que la remise en état de la grande façade occidentale, et plus particulièrement la restauration des trois portails et de leur statuaire.

Dimensions L'édifice de style ogival à une longueur extérieure de Largeur de la façade : Hauteur de la tour nord achevée au : (contre pour Notre-Dame de Paris) Diamètre de la rosace occidentale : ( à Paris) Longueur intérieure : . Hauteur sous voûte de la nef et du chœur : ( à Paris) Hauteur sous voûte des bas-côtés : Faîte du toit de la nef et du chœur : Diamètre des colonnes de la chapelle de la Vierge : Largeur du vaisseau central de la nef : (contre 13,5 pour Notre-Dame de Paris)

L'extérieur La façade occidentale

De profil triangulaire, la façade principale de l'édifice est déséquilibrée par l'absence de la tour sud, dont la base est recouverte d'un toit de fortune.

La façade est divisée verticalement en trois parties, grâce à quatre contreforts bien saillants. La partie latérale nord (ou gauche) est divisée en cinq étages, le dernier formant la tour nord proprement dite ou clocher. La partie centrale de la façade comprend quant à elle trois niveaux : portail, rosace et pignon. Enfin la partie latérale sud, prévue pour constituer la tour sud ne comprend que le niveau du rez-de-chaussée occupé par un portail ainsi que le second niveau et une partie du troisième jusqu'à hauteur du pignon central.

La façade occidentale possède un important décor floral de crochets, disposés en bandes verticales, en semis ou en tapis. Au rez-de-chaussée ou premier niveau de la façade se trouvent trois portails séparés par les imposants contreforts.

À la base de la partie centrale de la façade, le portail central, très imposant, possède un énorme gable ajouré dont la partie supérieure masque partiellement une belle rosace située en retrait et dont le diamètre est de plus ou moins . L'archivolte de celle-ci s'étend à tout l'espace de la façade situé entre les deux tours. Au-dessus de la rosace s'élève le troisième et dernier niveau de la partie centrale de la façade, formé d'un pignon de style flamboyant. Une balustrade et une moitié de galerie surmontent ce dernier ; elles sont l'amorce d'une liaison entre les deux tours, jamais terminée faute de tour sud.

Les portails occidentaux Toute la statuaire des trois portails a été réalisée en pierre calcaire fort résistante de la région de Tonnerre. La statuaire des portails de la cathédrale d'Auxerre, malgré les déprédations subies du fait des Huguenots au , est des plus intéressante et constitue un des plus beaux chefs-d'œuvre de la sculpture du .

Portail central ou portail du Jugement Dernier Le tympan du portail central est consacré au Jugement dernier. Le Christ Juge est assis entre la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste agenouillés. Les piédroits, où figurent les vierges sages et les vierges folles, se rattache à ce thème car ces dernières sont présentées montant à l'appel du Jugement Dernier, lequel figure au linteau.

Les voussures contiennent des statuettes représentant les apôtres. Elles sont décorées de 66 scènes.