La cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême est une cathédrale de style roman située à Angoulême, dans le département de la Charente.
Église principale du diocèse d'Angoulême, elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.
Historique
Préambule Trois cathédrales ont vu le jour avant que soit bâtie celle que nous connaissons actuellement. L'emplacement de ces cathédrales, près des remparts de la ville et d’une ancienne porte de la cité, correspondrait à celui d’un sanctuaire primitif, antérieur à la chrétienté, probablement un temple dédié à Jupiter.
Une première cathédrale fut construite au cours du , consacrée à saint Saturnin. L'édifice disparut au moment de la prise d'Angoulême par Clovis en 508, lorsque celui-ci chassa les Wisigoths, après la victoire de Vouillé en 507. Clovis puis le roi Charibert ordonnèrent la reconstruction de la cathédrale en l'honneur de saint PierreAndré Debord in ..
Cette deuxième cathédrale fut consacrée en 566 par l'évêque saint Germain de Paris et l'évêque saint Euphrône de Tours et est mentionnée dans l'Histoire des Francs de Grégoire de ToursLa crypte de cette église a été redécouverte en 1870. Deux chapiteaux du ont été réemployés de chaque côté de la fenêtre axiale du chœur.. Elle fut incendiée, sans doute par les Normands.
La troisième fut l'œuvre de Grimoard de Mussidan, évêque d'Angoulême (991-1018). Il était également abbé de Brantôme en Périgord, et utilisa les revenus de l'abbaye pour financer la construction de la cathédrale. Elle fut commencée vers 991 et consacrée en 1015. Elle ne dura qu'un siècle, ses dimensions étant trop réduites. Il n'en reste que le mur nord dans les deuxième et troisième travées de la nef, sous les fenêtres.
Cathédrale Saint-Pierre actuelle L'Angoumois, au début du , comptait parmi les plus riches comtés du duché d'Aquitaine, en raison de la fertilité de son sol et du commerce actif. La cité d'Engolesme (Angoulême) pouvait donc se doter d'une vaste cathédrale.
Sa réalisation est due à l'impulsion de Girard II, évêque d'Angoulême (1101-1136)L'évêque Girard II, né à Blay dans le diocèse de Bayeux et mort à Angoulême en 1136, est élu évêque en 1107. Il était légat du Pape Pascal II pour l'Aquitaine. En 1131 il fut déclaré schismatique à la suite de sa prise de position en faveur d'un antipape, Anaclet, alors que l'Église gallicane avait pris officiellement le parti d'Innocent II, en 1130 lors de l'élection de deux souverains pontifes par des conciles différents.
Sa dépouille exhumée de la cathédrale fut transférée à l'extérieur dans un emplacement inconnu puis rapprochée par la suite, mais toujours secrètement quant à sa situation. Un historien amateur ayant permis de redécouvrir cette sépulture en 2004, l'actuel évêque d'Angoulême a fait déposer la dépouille du bâtisseur à une place plus en rapport avec son rang, dans le chœur de la cathédrale.. Successivement professeur, évêque et légat de quatre papes, ami des ducs d'Aquitaine, conseiller des comtes d'Angoulême, il se révéla également un artiste de premier plan. Il dirigea les travaux de sa cathédrale sous la surveillance du chanoine Itier Archambaud, mort en 1125. Ceux-ci commencèrent vers 1110 et l'église fut consacrée en 1128.
Le chantier commence par la nef, puis continue, vers 1118, avec les parties basse et médiane de la façade occidentalePierre Dubourg-Noves, « La cathédrale d'Angoulême », dans Congrès archéologique de France, , Charente, 1995, , Société française d'archéologie, Paris, 2000..
Cette date coïncide avec celle de la mort du chanoine Raymond Guérard, qui surveillait les travaux de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Ce décès a, peut-être, permis à Girard de faire venir à Angoulême certains sculpteurs toulousains, qui ont vraisemblablement exécuté les reliefs de la partie basse de la façade. Cette date correspond aussi à la reprise de Saragosse dans la reconquête de l'Espagne contre les Sarrasins, dont certains faits de guerre sont illustrés sur la frise sous le tympan au sud de la porte centrale.
En 1125 la façade s'élève d'un . Une lanterne à la croisée du transept et la couverture des coupoles de la nef par une charpente unique. Cela entraîne la surélévation de la façade pour cacher les parties hautes de la nef.
En 1128, une dédicace. a lieu dans la cathédrale, ce qui indique qu'une grande partie des travaux du chevet et peut-être la nef étaient réalisés.
En 1136, l'évêque Girard mourut en laissant la partie haute de la façade inachevée.
Vers la fin du le chevet et le transept sont enrichis avec six chapelles/absidioles. Car la cathédrale était un lieu de sépulture des comtes d'Angoulême Jean d'Orléans (), le « Bon Comte Jean d'Angoulême » repose à l'angle entre les marches du chœur et celles du transept sud.
Entre 1562 et 1568 la cathédrale a souffert des guerres de Religion. Elle fut canonnée en 1568 par l'armée protestante conduit par l'amiral de Coligny et le clocher sud détruit.
Pendant la période (1625-1634) la cathédrale fut restaurée et deux tours de guet ont été ajoutées en haut de la façade orientale. On les voit sur la photographie prise en 1851 lors de la Mission héliographique (photo Gustave Le Gray et Auguste Mestral). On peut voir également les clochetons, le chapiteau central, le porche avec la repose des sculptures de chaque côté et de sa double colonnade.
En 1784 une tribune en pierre était construite pour poser un orgue.
La cathédrale a été transformée en temple de la Raison sous la Révolution.
D'importantes restaurations faites de 1852 à 1879, par l'architecte Paul Abadie, sous l'égide d'Antoine-Charles Cousseau, évêque d'Angoulême, ont sensiblement modifié l'intérieur et l'extérieur de l'édifice.
Classement comme Monument historique La cathédrale a été classée Monument historique en 1840..
Travaux de restauration sur la façade occidentale La façade occidentale fait l'objet de travaux de restauration, depuis 2019 et pour une durée de 27 mois., sous la conduite de Denis Dodeman, architecte en chef des Monuments historiques..
Organisation, calendrier et coût des travaux La cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême appartient à l’État – ministère de la Culture. La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Nouvelle-Aquitaine est chargée des travaux d’entretien et de restauration sur ce monument. La Conservation régionale des Monuments historiques (CRMH), site de Poitiers et l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine de la Charente (UDAP 16). assurent le contrôle scientifique et technique (CST) de cette restauration. Le financement de ce chantier est assuré à 100 % par l'État - ministère de la Culture..
Cette opération est lancée en une seule phase d’intervention et comporte huit lots pour un montant total de . La réalisation des panneaux et des bâches de chantier a été conçue par Olivier Thomas., auteur et dessinateur de bande dessinée, pour permettre une médiation autour du chantier sur les palissades.
Un cycle de conférence a été réalisé durant l'avancement du chantier par le Pays d'art et d'histoire de Grand'Angoulême et le CRMH - site de Poitiers..
Travaux prévus Un échafaudage de 40 mètres de haut sur plus de 19 mètres de large et de 8 mètres de profondeur est mis en place. Des bâches de protection seront posées et illustrées. Un tunnel de protection permettra de conserver une entrée par le portail occidental tout en assurant la sécurisation du chantier et du public. La couverture sera révisée à l'identique (tuile creuse) avec remplacement de la volige et réfection des ouvrages d'étanchéité à neuf. Les chéneaux et les descentes sont également révisés. Les grillages anti-volatiles actuels seront déposés car en très mauvais état, et remplacés par des grillages déperlants anti-volatiles en cuivre pour les cinq oculi.
Sont pris en compte dans la restauration la façade occidentale mais également les faces latérales, l'arrière du massif occidental, la couverture et le comble associé, les espaces intérieurs de la tribune d'orgueLa couverture en pierre de clochetons sera nettoyée, traitée et rejointoyée. Les grillages en place dans les baies des clochetons seront vérifiés. Traitement biocide des mousses et des lichens qui se sont développés sur les parties en saillies : chapiteaux, entablements, frises des arcatures aveugles, fûts des colonnes adossées ainsi que sur les parties en creux. Une éradication de la végétation sera également effectuée. Le nettoyage des parements sur les parties anciennes et les parties sculptées, se fera par désincrustant neutre de type latex ou compresse d’argiles.
Le nettoyage des parties hautes se fera par micro-gommage à basse pression à sec ou par cryogénie. Les zones de parements contaminées au chlorure de sodium, seront dessalés et les anions solubles devront être extraits. Des essais seront réalisés par application de compresses et cataplasmes. En fonction des résultats, ce procédé d'intervention sera systématisé aux parements extérieurs et intérieurs. Des contrôles après chaque intervention seront réalisés. Une désagrégation de l'épiderme a pu être observée sur les parties originelles particulièrement exposées aux intempéries. L'étude préalable fait apparaître la caractérisation de plus de douze mortiers différents d'époques et de constitution différentes. Des mortiers de ragréage ont été mis en place lors des restaurations des années 1970.
Ces compléments de modénatures, réalisés pour permettre une meilleure lecture de la façade, sont aujourd'hui jaunis et se dissolvent sous l’action de la pluie et de la pollution environnementale. La dépose des éléments métalliques exogènes sera effectuée, ainsi que le traitement par consolidant de pierre en recherche au silicate d'éthyle sur les parements anciens. La dépose des pierres de parements unis ou de moulures fracturées ou desquamées et remplacement à l'identique sur les parements récents et en recherche sur les parements anciens. Les pierres de soubassement altérées puisque directement soumises aux remontées capillaires seront substituées par des pierres neuves identiques à celles déjà restaurées par deux fois au XIXe siècle. Les sculptures, seront nettoyées, et recevront un traitement pré-consolidant ainsi qu’une consolidation spécifique.
Pour les plus altérées, elles seront déposées et entreposées dans le dépôt archéologique départemental. Des pierres neuves de Sireuil seront taillées et sculptées représentant les apôtres et les personnages à l'identique. La lame d'épée de saint Georges sera remise en place. Le vitrail axial sera déposé et restauré ainsi que le vitrail nord. Le comble du massif occidental sera nettoyé, la végétation éradiquée, et recevra un traitement biocide. Les joints ciment seront purgés et refaits à la chaux. La main courante sera recelée..
Architecture
Généralités
La cathédrale a été construite en petit appareil allongé et moyen appareil de pierre de taille avec le calcaire turonien du plateau sur lequel est construite la ville médiévale.
L'édifice se compose d'une nef unique de trois travées carrées, large de , surmontées de coupoles sur pendentifs. La nef est suivie d'un transept, aux bras très courts. Sur chaque bras du transept s'ouvre une absidiole semi-circulaire. Chaque bras est prolongé d'une travée sous clocher rectangulaire, sur laquelle était édifiée une tour-clocher.
Un chœur profond, terminé en hémicycle, autour duquel s'articulent quatre absidioles rayonnantes.
À l'intérieur de la nef, la première travée est une reconstruction du .
La croisée du transept est couverte par une coupole octogonale. À l'origine il y avait un étage animé par des arcades aveugles sous le tambour de la coupole. Au des baies sont percées au centre de chaque série d'arcades. Au , Abadie fit détruire cet étage pour le reconstruire en le surélevant et aménager deux baies sur chaque côté de l'octogone, puis reconstruire la coupole. Ce qui augmente considérablement l'éclairage de cette partie de la cathédrale.