vignette|250px|Une oreille ornée d'une boucle. Une boucle d’oreille est un bijou ornant le pavillon de l’oreille, le plus souvent au niveau du lobe. Il se porte traditionnellement par paires et implique généralement d'avoir les oreilles percées.

Du Néolithique à nos jours, des boucles d'oreilles ont été portées à de nombreuses époques et sur tous les continents, par des femmes comme par des hommes. Leur popularité a fluctué au cours de l'Histoire, notamment du fait de la modification corporelle qu'elles impliquent. Leur style, leur forme et leurs dimensions ont évolué avec les techniques de joaillerie, mais également sous l'influence de la mode (notamment des coiffures) et de la portée symbolique associée à ce bijou.

Souvent associées à la féminité, les boucles d'oreilles sont de nos jours le bijou le plus porté par les femmes..

Histoire Traces archéologiques

Les plus anciennes boucles d'oreille connues à ce jour ont été découvertes sur le site de Chifeng en Mongolie et datent d'environ 8000 ans avant notre ère. Appartenant à la culture Xinglongwa, ces bijoux sont en pierre de jade et de forme hémicirculaire.. D'autres exemplaires datant du début de l'âge du bronze () ont été identifiés dans des sépultures royales à Ur, en Mésopotamie. Ces bijoux sont de petits anneaux d'or travaillés en filigrane, par granulation et par gaufrage..

Au cours du , les boucles d'oreille semblent avoir été populaires dans les civilisations minoenne et mycénienne. Plusieurs matériaux sont utilisés, notamment le cuivre, l'étain et l'ivoire. La seconde moitié du millénaire signe l'apparition des premières boucles d'oreille articulées, constituées d'un anneau et d'un pendant.

À partir du , les boucles d'oreille apparaissent en Grèce sous la forme de croissants travaillés en filigrane et par granulation. Les motifs se diversifient au cours des trois siècles suivants par l'ajout de pendentifs et de pierres précieuses. Le style baule apparaît au dans la civilisation étrusque. Ces boucles d'oreille ont une forme hémicylindrique et sont souvent décorées par granulation ou l'ajout d'émail, de verre ou d'ambre. Les boucles d'oreille en forme de disque restent populaires à Rome pendant plusieurs siècles. Les techniques de filigrane, de gaufrage et d'opus interrasile sont fréquemment employées.

, les boucles d'oreille en Inde sont probablement des attributs royaux. Très travaillées et particulièrement lourdes, celles-ci sont maintenues par pincement du lobe. Étant donné leur poids, il est probable qu'elles aient distendu le lobe et reposé sur les épaules du porteur, comme l'illustrent les statuettes de l'époque. Contrairement à d'autres cultures, les boucles d'oreilles n'auraient pas été transmises de génération en génération, mais refondues à chaque décès pour éviter la transmission du karma.

À partir du , les boucles d'oreille gagnent en complexité, notamment via l'apparition de nouveaux motifs comme le crochet en S et les crotalia. Plusieurs types de fermoirs datent de cette époque, notamment et le crochet libre.

Les crotalia ("grelots") jouissent d'un engouement inégalé dans l'empire Romain dès cette époque. Ces boucles d'oreille, synonymes d'un haut rang social, sont constitués de deux perles pendantes dont la particularité est de tintinabuller lorsqu'on les porte... Les boucles d'oreille en delta et les petits anneaux munis de pendants restent populaires à cette époque..

À la même époque, les affaires florissantes de l'Empire parthe favorisent l'apparition de boucles d'oreilles en or très travaillées. Les pendants en forme d'amphores sont typiques de cette époque..

Époque byzantine et Moyen Âge

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Les rares modèles de l'époque subsistent dans l'Empire byzantin et s'inscrivent dans la continuité de l'Antiquité. Les demi-lunes ornées de motifs d'oiseaux et les symboles chrétiens sont les plus fréquents. Déjà présentes à l'époque byzantine, les boucles d'oreille en panier se démocratisent en Italie avec l'arrivée des Lombards. Elles intègrent rapidement la tenue traditionnelle des femmes..

Au cours du Moyen Âge, particulièrement entre et , les boucles d'oreille disparaissent complètement d'Occident. La tendance aux longues chevelures, aux coiffures recouvrant les oreilles et l'essor du capuchon contribuent à les masquer, ce qui en fait disparaître l'usageEsther Brassac, Le costume au Moyen Âge : les bijoux. De plus, et les lois somptuaires interdisent aux femmes de porter des tenues trop élaborées. Les boucles d'oreilles deviennent un signe d'exclusion imposé aux prostituées et aux femmes juives..

Renaissance,

Les boucles d'oreille réapparaissent en Italie au début du sous la forme d'un anneau muni d'une perle en pendentif, parfois complétée d'un ruban assorti à la robe. À la même époque, les boucles d'oreille sont à la mode en Espagne, principalement en accompagnement d'autres bijoux d'une même parure. En Espagne, puis en France et en Angleterre, il devient fréquent pour les hommes d'avoir les oreilles percées.

Le début du marque l'apparition de la girandole, une boucle d'oreille en forme de chandelier à trois branches, où sont attachées trois pierres en forme de goutte. Les modèles les plus anciens, souvent décorés d'émail sont progressivement remplacés par des pierres précieuses.

Au cours du siècle, les trois pierres des girandoles se voient progressivement remplacées par un unique pendentif en forme de poire pour former un nouveau genre de boucle d'oreille, les pendeloques. Ces boucles sont particulièrement lourdes, si bien qu'elles sont parfois munies de rubans et de crochets destinés à reporter la charge sur les cheveux ou la partie supérieure de l'oreille..

En France, la Révolution française conduit à un changement brutal de mode. L'abolition des corporations et la raréfaction des pierres précieuses conduit à la création de bijoux plus modestes. De plus, le style ostentatoire des bijoux de l'Ancien Régime cohabite mal avec les principes égalitaires de la République. Ce climat favorise l'apparition de boucles d'oreille économiques, fines et plates : les poissardes. Maintenues par un crochet verrouillé sur la face avant, ces boucles d'oreille sont parfois ornées d'émail ou de pâte de verre.

Le sacre de Napoléon Ier marque le retour de parures de bijoux très démonstratives. Les girandoles et pendeloques réapparaissent en version allégée grâce au travail en filigrane et en cannetille. Les boucles d'oreille tendent à s'allonger et atteignent le niveau des épaules dans les années 1830.

Le style repoussé apparaît à cette époque. Conçues à partir de feuilles d'or travaillées par gaufrage, ces boucles d'oreille sont particulièrement légères et bon marché. Très économe en or, le style repoussé remplace rapidement les boucles d'oreille en cannetille.

Entre les années 1840 et 1850, le retour de coiffures couvrant les oreilles et la popularité des tiares éliminent temporairement la boucle d'oreille de la tenue de soirée.. À cette période apparaît la dormeuse, une boucle d'oreille de très petite taille, proche des puces actuelles. Portée la nuit, son unique rôle est d'empêcher l'étrécissement du trou.

Les boucles d'oreille réapparaissent à partir de 1850 à l'initiative de la reine Victoria qui prend l'habitude de porter en public des pendants volumineuxAlain Gras et Yannick Yotte Sociologie-ethnologie: Auteurs et textes fondateurs. Les bijoux de l'époque sont d'une grande variété, frivoles et humoristique. Du burlesque au décalé, toutes sortes de motifs curieux sont portés en boucle d'oreille.

L'époque victorienne voit également d'importantes découvertes archéologiques qui conduisent à un regain d'intérêt pour les formes classiques. Des crotalia et des baule sont de nouveau fabriquées et les thèmes de l'Antiquité (tête de bélier, amphores) refont surface. Les camées et les micromosaiques deviennent également des boucles d'oreille fréquentes. À tous les motifs de l'époque sont souvent ajoutées des franges faites de chaînettes métalliques très fines.

Vers 1890, le perçage des oreilles perd en popularité et se voit rapidement remplacé par les boucles d'oreille à vis.

Au début du , l'idéal féminin incarné par les Gibson Girls conduit à l'apparition de coiffures hautes qui découvrent les oreilles. Les longs pendants disparaissent pour laisser place à des boucles d'oreille de plus petite taille, les top and drop et les puces. Ces dernières, très courantes de nos jours, sont constituées d'une simple perle ou pierre donnant l'illusion de flotter sur le lobe.

Vers 1910, Louis Cartier développe les premiers sertis sur platine, un métal plus dur que l'or permettant de créer des structures à la fois fines et résistantes. C'est la naissance du style guirlande, caractérisé par des formes néoclassiques éthérées, souvent chargées de diamants.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, le mouvement Art déco conduit à une révolution de la bijouterie, tant au niveau des matériaux utilisés que des techniques. Les boucles d'oreille prennent des couleurs très vives grâce au mélange de nouveaux matériaux tels que corail, la jade et le cristal de roche. Les formes sont géométriques et souvent inspirés par l'Asie ou l'Égypte. De nouvelles techniques de joaillerie, comme le serti invisible développé par Van Cleef & Arpels donnent naissance aux bijoux pavés de diamants. La tendance aux coiffures très courtes favorise l'apparition de boucles d'oreille pendantes et de grandes dimensions. Ces bijoux, lourds et fragiles, conduisent au développement du fermoir alpa, un mécanisme de ressort plus efficace que le traditionnel fermoir à vis. Le début des années 1930 marque le retour des boucles pour oreille non percées avec l'apparition des fermoirs à clip.

Dans les années 1940, l'or redevient le métal de référence pour les bijoux, le platine étant utilisé à des fins militaires. L'époque est propice à l'apparition de bijoux modestes, souvent conçus à partir de pièces plus anciennes, parfois ornés de pierres synthétiques. Au cours des années 1950, la popularité des perles et du diamant assurent le retour du platine sous la forme de palladium. Ces années signent l'âge d'or des boucles d'oreille à clips, le perçage de l'oreille étant simplement passé de mode. Avec l'apparition du bijou fantaisie, les années 1960 marquent une rupture avec plusieurs siècles de bijoux. Les boucles d'oreille prennent des dimensions extravagantes, s'ornant par exemple de coquillages et d'émail coloré.

Les années 1970 marquent le retour des boucles pour oreille percées. Cette tendance est facilitée par l'apparition d'équipement spécifiquement conçu pour le perçage des oreilles, notamment les anneaux auto-perceurs (ou sleeper) et les pistolets perce-oreille... Il devient possible de se faire percer les oreilles par les médecins ou directement dans les magasins d'accessoires, généralement sponsorisés par les fabricants de boucles d'oreille. Chez les femmes, les puces (ou clous d'oreille) deviennent très prisées. On observe dans les milieux bourgeois un engouement particulier pour les grosses puces ornées de diamants et de saphirs, sertis avec des chatons à griffe. Les boucles d'oreille regagnent également un certain intérêt chez les hommes, notamment dans les communautés hippie et gay. Dans les deux décennies qui suivent, les boucles d'oreille masculines gagnent les milieux de la musique, du cinéma et du sport..

À partir des années 2000, la démocratisation des modifications corporelles dont le body piercing conduit à de nouvelles tendances. Il devient courant de porter plusieurs boucles par oreille, au niveau du lobe ou du cartilage.

Dimension culturelle et symbolique Dans la plupart des sociétés actuelles, les boucles d’oreille sont un élément de la tenue vestimentaire courante. En tant qu’accessoire de mode, elles sont le plus souvent un moyen d’expression personnelle permettant d’ajouter une touche de coquetterie, de style ou de féminité à l’apparence.