Le Requin-renard commun ou Renard de mer commun (Alopias vulpinus) est une espèce de requins de la famille des Alopiidés. Il atteint près de de long dont la moitié environ se compose du lobe supérieur de sa nageoire caudale. Avec un corps fuselé, des yeux de taille modeste et un museau court et pointu, il peut être confondu avec le Requin-renard pélagique (A. pelagicus). Le Requin-renard commun vit dans les eaux tropicales et tempérées du monde entier, mais il préfère les températures fraîches. Il peut être observé près du rivage ainsi qu'en pleine mer, depuis la surface jusqu'à une profondeur de . C'est un migrateur saisonnier qui passe ses étés sous les basses latitudes.
La longue nageoire caudale du Requin-renard commun est à l'origine de nombreux contes fantaisistes. En réalité, il l'utilise comme un fouet pour assommer ses proies. Cette espèce se nourrit principalement de petits poissons vivant en bancs tels que les harengs et les anchois. C'est un bon nageur, capable de bondir hors de l'eau. Il possède des capacités physiologiques qui lui permettent de maintenir une température interne plus chaude que celle de l'eau de mer environnante. Le Requin-renard commun est vivipare aplacentaire, avec des embryons oophages, qui se nourrissent des œufs sous-développés ovulés par leur mère. Les femelles donnent généralement naissance à quatre individus à la fois, après une période de gestation de neuf mois.
Malgré sa taille, le Requin-renard commun est très peu dangereux pour l'homme en raison de ses dents relativement petites et de son caractère timide. Il est très apprécié par les pêcheurs commerciaux pour ses tissus musculaires, ses ailerons, sa peau et l'huile de son foie ; il est pêché à la palangre et au filet maillant. Ce requin est également apprécié des pêcheurs sportifs pour la lutte exceptionnelle qu'il offre au crochet et à la ligne. Le Requin-renard commun a un faible taux de reproduction et ne peut pas résister à la pression de la surpêche, comme le montre l'effondrement rapide des prises au large de la Californie dans les années 1980. Du fait de l'exploitation commerciale croissante dans de nombreuses parties du monde, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère cette espèce comme « vulnérable ».
Description thumb|left|Le Requin-renard commun peut être distingué des autres requins-renards par l'aspect de sa tête et la coloration sous ses nageoires pectorales.
Le Requin-renard commun est un requin assez robuste avec un tronc en forme de torpille et une tête large et courte. Le profil dorsal de la tête présente une courbure uniforme vers le bas avec un rostre pointu et conique. Les yeux sont modérément grands et n'ont pas de membrane nictitante. La petite bouche est arquée et, contrairement à d'autres requins-renards, a des sillons dans les coins. Les dents sont petites, triangulaires, et à bords lisses, sans cuspides latérales. Il a 32 à de dents inférieures et 25 à de dents supérieures. Les cinq paires de fentes branchiales sont courtes, avec les quatrième et cinquième paires situées à la base des nageoires pectorales.
Les longues nageoires pectorales falciformes se terminent en pointe. La première nageoire dorsale est grande et placée un peu plus près des nageoires pectorales que les nageoires pelviennes. Les nageoires pelviennes sont presque aussi grandes que la première nageoire dorsale et possèdent de longs ptérygopodes minces chez les mâles. La deuxième nageoire dorsale et les nageoires anales sont très petites. Il a des encoches en forme de croissant sur le pédoncule caudal à l'origine supérieure et inférieure de la nageoire caudale. Le lobe supérieur de la caudale est très allongé, ce qui est caractéristique des requins-renards. Ce lobe supérieur est, à lui seul, aussi grand que le reste du requin. Le lobe, légèrement incurvé, présente un angle abrupt vers le haut et a une encoche dans la marge arrière près de la pointe.
La peau est recouverte de petits denticules dermiques qui se chevauchent, chacun avec trois arêtes horizontales et trois à cinq dents marginales. Cette espèce est gris métallique, allant vers le bleu sur les flancs. Le dessous est blanc et cette couleur s'étend à la base des nageoires pectorales et pelviennes ; cela le distingue du Requin-renard pélagique, lequel est coloré jusqu'aux nageoires pectorales. La ligne de rencontre entre la coloration dorsale et ventrale est souvent irrégulière. Il peut y avoir une tache blanche à l'extrémité des nageoires pectorales. Le Requin-renard commun est la plus grande espèce de requin-renard, il peut communément atteindre de long pour un poids de . Le record de longueur confirmé est de , tandis que la longueur maximale théorique déduite de la courbe de croissance serait de 6,1 à . Le spécimen le plus lourd connu est une femelle de qui pesait .
Répartition et habitat thumb|Répartition confirmée (bleu foncé) et suspectée (bleu clair) du Requin-renard commun.
La répartition du Requin-renard commun englobe toutes les eaux tropicales et tempérées froides. Dans l'Atlantique Ouest, il vit de Terre-Neuve au golfe du Mexique, bien qu'il soit rare au sud de la Nouvelle-Angleterre, et du Venezuela à l'Argentine. Dans l'Atlantique Est, on le trouve de la mer du Nord et les îles Britanniques vers le Ghana (y compris Madère, les Açores, la Méditerranée et la mer Noire), ainsi que de l'Angola à l'Afrique du Sud. Dans la région Indo-Pacifique, cette espèce est connue de la Tanzanie jusqu'à l'Inde et les Maldives, le Japon et la Corée au sud-est de la Chine, de Sumatra et de l'Australie, et la Nouvelle-Zélande. Il vit également sur un certain nombre d'îles du Pacifique, comme la Nouvelle-Calédonie, les îles de la Société, Tabuaeran et les îles hawaïennes. Dans le Pacifique occidental, il a été observé en Colombie-Britannique, au Chili et dans le golfe de Californie.
Le Requin-renard commun est un grand migrateur, il se déplace vers les hautes latitudes en suivant les masses d'eaux chaudes. Dans le Pacifique Est, les mâles vont plus loin que les femelles, allant jusqu'à l'île de Vancouver à la fin de l'été et au début de l'automne. Les juvéniles ont tendance à rester dans les zones chaudes. Il semble y avoir des populations séparées avec des cycles biologiques différents dans le Pacifique Est et l'Ouest de l'océan Indien et peut-être ailleurs. Cette espèce ne semble pas faire de déplacements transocéaniques. Dans le nord-ouest de l'océan Indien, les mâles et les femelles se séparent en fréquentant un emplacement et une profondeur différente au cours de la saison de mise bas (janvier à mai). L'analyse de l'ADN mitochondrial a révélé une importante variation génétique régionale au sein des populations de Requin-renard commun dans les trois océans. Cela pourrait confirmer l'idée que, quoiqu’étant très mobiles, les requins des différentes régions se croisent rarement.
Le Requin-renard commun vit dans les eaux continentales et en pleine mer. Il a tendance à être plus abondant à proximité des terres, en particulier les jeunes qui fréquentent le littoral, notamment les baies. La plupart des individus fréquentent les eaux de surface, mais cette espèce peut aller jusqu'à au moins de profondeur.
Biologie thumb|left|Le lobe supérieur de la nageoire caudale du requin renard commun est très allongé.
Le Requin-renard commun est un nageur endurant et rapide, il peut même bondir complètement hors de l'eau. Comme les requins de la famille des lamnidés, il dispose d'une bande de muscle rouge aérobie le long de son flanc capable de se contracter fortement et efficacement pendant de longues périodes. En outre, le Requin-renard commun possède des fibres musculaires oxydatives lentes et un système de vaisseaux sanguins d'échange à contre-courant appelé rete mirabile, lui permettant de générer et de conserver la chaleur de leur corps. La température à l'intérieur des muscles atteint en moyenne de plus que celle de l'eau de mer ambiante, bien qu'il y ait d'importantes variations individuelles. Contrairement au Requin-renard pélagique et au Thon obèse, le Requin-renard commun n'a pas de rete mirabile orbitale pour protéger ses yeux et son cerveau des variations de température.
Les individus immatures sont des proies faciles pour les grands requins matures, comme le Grand requin blanc. Mis à part les observations d'orques se nourrissant d'adultes au large de la Nouvelle-Zélande, on ne connaît pas de prédateurs naturels. Les parasites documentés du Requin-renard commun comprennent le protozoaire Giardia intestinalis, les trématodes Campula oblonga (hôte inhabituel) et Paronatrema vaginicola, le ténia Acanthobothrium coronatum, Anthobothrium laciniatum, Crossobothrium angustum, Hepatoxylon trichiuri, Molicola uncinatus, Paraorygmatobothrium exiguum, P. filiforme, Sphyriocephalus tergetinus et les copépodes Dinemoura discrepans, Echthrogaleus denticulatus , Gangliopus pyriformis , Kroeyerina benzorum, Nemesis aggregatus, N. robusta, N. tiburo, Nesippus orientalis et Pandarus smithii.
Alimentation thumb|upright=1.2|Le Requin-renard commun est souvent pêché par sa nageoire caudale, car il l'utilise pour attaquer ses proies, elles-mêmes prises dans les filets.
Le long lobe supérieur de la nageoire caudale du Requin-renard commun est utilisé pour frapper et neutraliser les proies. Quelque 97 % du régime alimentaire du Requin-renard commun est composé de poissons osseux, la plupart des petits poissons vivant en banc comme les maquereaux, le tassergal, les harengs, les orphies et les poissons-lanternes. Avant de frapper, les requins, souvent à deux ou en petits groupes, compactent le banc de proies en nageant autour d'eux et en frappant l'eau avec leur queue. L'animal est également capable de chasser de grands poissons solitaires comme les cavalos, ainsi que les calmars et autres invertébrés pélagiques. Au large de la Californie, le Requin-renard commun se nourrit principalement d'Anchois de Californie, du Merlu du Pacifique nord, du Pilchard de Californie, du Maquereau espagnol, du Calmar opale et de Galathée pélagique. Il se concentre sur quelques espèces lorsqu'il est en eaux froides, mais devient moins exigeant durant les périodes plus chaudes d'El Niño.
De nombreuses observations ont montré que le Requin-renard commun utilise le long lobe supérieur de sa nageoire caudale pour assommer ses proies, preuve en est qu'ils sont souvent accrochés à la palangre par leur queue, après avoir sans doute enlevé l'appât. En juillet 1914, le biologiste marin Russell J. Coles a rapporté avoir vu un Requin-renard commun utiliser sa queue pour faire basculer des poissons dans sa bouche, et qu'un poisson a été jeté à une « distance considérable ». Le 14 avril 1923, l'océanographe W.E. Allen a observé un spécimen poursuivant un Éperlan de Californie près d'une jetée de la . Le requin a dépassé le poisson et a balancé sa queue au-dessus de l'eau comme un fouet à une vitesse fulgurante, blessant gravement sa proie. Pendant l'hiver 1865, l'ichtyologiste irlandais Harry Blake-Knox a prétendu avoir vu un requin-renard dans la baie de Dublin utiliser sa queue pour frapper un Plongeon huard blessé, qu'il a ensuite avalé. Cette observation fut contestée par d'autres autorités qui ont affirmé que la queue du renard n'est pas rigide ou assez musclée pour effectuer un tel coup; .
Cycle de vie thumb|Les embryons du Requin-renard se nourrissent des œufs ovulés par leur génitrice pendant leur développement.