Le titre de baron de Richemont était porté par un homme qui affirmait être Louis XVII, après son exfiltration du Temple.

Il pourrait s’agir en réalité d'un certain Henri HébertLe 4 novembre 1834, la cour d'assises de la Seine a condamné à douze ans de prison un certain « Henri Hébert, se disant Esthelbert-Louis-Hector-Alfred baron de Richemont ». Son acte d'accusation (reproduit dans Mémoire d'un contemporain, p. 161) le présente comme « Esthelberl-Louis-Hector-Alfred baron de Richemont, âgé de 46 ans, rentier, né à Paris ». Gisquet (p. 40) l'appelle « Henri Éthelbert-Louis-Hector Hébert »., né à Paris vers 1788, ou de Claude Perrin, né le à Lagnieu, le premier n'étant peut-être que la fausse identité du secondL'identification du baron de Richemont à Claude Perrin est une erreur d'après Léon de La Sicotière (p. 68). Elle est cependant admise par Georges de Manteyer (t. I, p. 6-9). Selon des mentions marginales ajoutées à l'acte de naissance de Claude Perrin dans le registre paroissial de Lagnieu (Archives départementales de l'Ain), ce dernier serait « celui qui s'est fait passer pour Louis 17 »..

Biographie Le mythe survivantiste et la version du baron de Richemont Le vrai Louis XVII et les faux dauphins thumb|Reliquaire de la basilique de Saint-Denis contenant le cœur de Louis XVII, authentifié par des analyses scientifiques au début du .|gauche Le vrai dauphin, Louis-Charles de France, duc de Normandie, fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, est né en 1785. Il n'avait que sept ans lors de la Journée du 10 août 1792, pendant laquelle la famille royale fut arrêtée puis emprisonnée à la tour du Temple. Rendu orphelin par les exécutions de son père () et de sa mère (), il meurt de maladie le , à l'âge de dix ans.

Bien que la monarchie ait été abolie le , les royalistes considérèrent l'enfant comme l'héritier légitime de la couronne sous le nom de Louis XVII (1793-1795). Le comte de Provence, frère de Louis XVI, reçut ainsi le nom de Louis XVIII après la mort de son neveu.

Le mythe de la survie du jeune prisonnier du Temple commença à se diffuser dès 1795. Favorisé, sur le plan politique, par la restauration de la monarchie en France après 1815, et, sur le plan culturel, par le goût romantique pour les histoires tragiques d'emprisonnement, d'évasion et de conspiration, il s'est développé tout au long de la première moitié du , permettant l'émergence d'imposteurs plus ou moins convaincants (ou de fous persuadés de leur authenticité) qui prétendaient être le dauphin secrètement enlevé de sa prison. Le baron de Richemont est ainsi, au même titre que Jean-Marie Hervagault, Mathurin Bruneau, Jean-François Dufresne (dit « Charles de Navarre »), Victor Persat, Fontolive, Naundorff et Eliézer Williams« Faux dauphins » in William Duckett (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, t. VII, Paris, 1854, p. 198-199., l'un des nombreux « faux dauphins ».

Thèse survivantiste développée par le baron de Richemont Ébauchant sa version des faits dès la fin des années 1820 (ou même dès 1818, si l'on prête foi à l'épisode de la captivité milanaise) avant de l'étoffer par de nouveaux détails au cours des années suivantes, Henri Hébert s'inspira probablement d'un roman de Jean-Joseph Regnault-Warin, Le Cimetière de la Madeleine, dont Hervagault avait déjà tiré ses thèses.

Il prétendait ainsi être le dauphin, enlevé en 1794 de sa prison du Temple et remplacé par un autre enfant au moyen d'un « cheval de carton », tout cela à l'instigation du duc de Bourbon et du chef vendéen Charette, et avec la complicité de la femme d'Antoine Simon. Il affirmait avoir été placé à l'armée sous la protection d'un faux nom et confié à Kléber puis à Desaix. Après la mort de ces deux généraux, il aurait ensuite été envoyé en Amérique par Fouché. De retour en France, il y aurait été arrêté en 1818 sur ordre de Louis XVIII, qui aurait décidé de livrer son propre neveu aux geôles autrichiennes d'Italie afin de mieux pouvoir usurper le trône. vignette|Portrait du baron de Richemont, présenté comme celui du duc de Normandie dans l'autobiographie publiée en juillet 1831. Ce dernier épisode du récit des mésaventures du pseudo-duc de Normandie pourrait être fondé sur une expérience carcérale réelle. Voyageant avec un faux passeport au nom de Bourlon ou Bourdon, il aurait été arrêté le près de Mantoue par les agents de police autrichiens. Après leur avoir affirmé être Louis-Charles de Bourbon, il aurait été placé en détention à la prison de Milan, dont il aurait été relâché en .

Dans Mes prisons (Turin, 1832), le poète patriote Silvio Pellico raconte son incarcération à Sainte-Marguerite à Milan en 1820 et dit y avoir rencontré un prisonnier affirmant être le duc de Normandie. Un autre détenu politique, Alexandre Andryane, déclara y avoir aperçu le même personnage. Le récit de Pellico, publié en Italien en 1832 puis traduit en Français en 1833Silvio Pellico, Mes prisons. Mémoires de Sivio Pellico de Saluces, traduits de l'Italien et précédés d'une introduction biographique par A. de Latour, Paris, Fournier jeune, 1833, p. 76-88. est postérieur à l'autobiographie publiée par Hébert en 1831 : ce témoignage pourrait donc prouver la présence de l'imposteur dans les geôles lombardes dans les années 1820.

Publiée une première fois en 1831, l'autobiographie du faux Louis XVII s'enrichit de faits nouveaux - et, quelquefois, contradictoires - dans les années suivantes. Prenant soin de confier des rôles décisifs à des personnalités décédées (le duc de Bourbon, par exemple, est mort en 1830 dans de troubles circonstances), il développa une véritable théorie du complot et amalgama à ses dires de célèbres énigmes (Fualdès, dont l'assassinat défraya la chronique, aurait été tué parce qu'il en savait trop), certains détails des récits d'autres faux dauphins, ou encore les divagations d'autres personnages, tels que le paysan « visionnaire » Thomas Martin (qui aurait cependant reconnu Naundorff, le célèbre rival du baron de Richemont).

Agissements d'Henri Hébert (1826-1833) L'existence d'Henri Hébert est attestée pour la première fois en 1826, quand il s'installa à Rouen, où il gagna sa vie comme employé surnuméraire à la préfecture de Seine-Inférieure puis comme commerçant et exploitant d'une verrerie. Ayant fait banqueroute vers 1829, il fuit Rouen, où il fut condamné par défaut à trois mois de prison. C'est à cette époque qu'il escroqua un couple de Montigny-sur-Avre, M. et de Malard, qui croyaient être en face du vrai Louis XVII.

Profitant des troubles consécutifs aux Trois Glorieuses, pendant lesquels il envoya à plusieurs personnes (dont le duc de Choiseul) des manifestes explicitant ses prétentions, il changea plusieurs fois de nom et de lieu de résidence, s'attribua le titre de « baron de Richemont » tout en côtoyant des agitateurs républicains, et abusa de la confiance de plusieurs personnes. Par le choix de son pseudonyme, Hébert faisait peut-être allusion au titre de comte de Richmond, porté notamment par Henri Tudor. Celui-ci étant devenu roi après un conflit de succession (la guerre des Deux-Roses) et la défaite d'un usurpateur (Richard III), il pouvait constituer un modèle de réussite pour le prétendant au trône.

Hébert se fixa ensuite à Paris, où il s'entoura de complices et tenta de déjouer les investigations de la police en utilisant plusieurs adresses et plusieurs noms d'emprunt.

Arrestation et procès (1833-1834) Considéré comme suspect dans le cadre d'une enquête sur les projets de complot républicain de la société des droits de l'homme, Hébert fut arrêté en sur ordre du préfet de police Henri Gisquet, qui saisit à cette occasion un agenda grossièrement codé et une presse clandestine ayant servi à imprimer plusieurs publications, dont une autobiographie du soi-disant duc de Normandie (peut-être rédigée par l'obscur Saint-EdmeLéon de La Sicotière, p. 70.), plusieurs brochures politiques, ainsi qu'une une Pastorale et une Lettre aux députés signées sous le pseudonyme « Jean Bonhomme » et qui furent incriminées comme contenant une offense à la personne du roi. Enfermé à Sainte-Pélagie, il fut emmené à Lyon pour y être confronté à des témoins. L'enquête, les confrontations et la facile analyse cryptologique de l'agenda permirent aux autorités de reconstituer les faits et gestes d'Henri Hébert depuis son arrivée à Rouen en 1826.

Le procès d'Hébert et de ses complices eut lieu du au devant la cour d'assises de la Seine.

Parmi les témoins appelés à la barre, le dernier préposé à la garde du dauphin, un vieux peintre en bâtiments nommé Étienne Lasne (v. 1756-1841), confirma que le vrai fils de Louis XVI était mort dans ses bras, à la prison du Temple, en 1795. Lors de la séance du , un certain Morel de Saint-Didier, émissaire de Naundorff intervint pour défendre la légitimité de ce dernier et accuser Hébert d'imposture.

La défense fut incapable de trouver des témoins capables d'appuyer la thèse survivantiste. Alexandre Andryane admit que le pseudo duc de Normandie qu'il avait aperçu à Milan pouvait être Hébert mais ne confirma aucune autre des prétentions de l'accusé. Un certain docteur Rémusat affirmait avoir recueilli le témoignage de Marie-Jeanne Simon, mais les propos de la veuve du geôlier de Louis XVII, morte quinze ans plus tôt à l'hospice des incurables, étaient peu dignes de foi, d'autant plus que les Simon avaient quitté le Temple en . Or, Hébert avait tout d'abord daté de sa prétendue évasion, avant de changer sa version des faits.

Après avoir écarté l'accusation de complot contre la vie du roi et, faute de plaintes déposées par les victimes, celle d'escroquerie, les jurés déclarèrent Hébert coupable de tous les autres chefs d'accusation, à savoir le complot contre la sûreté de l'État et plusieurs délits de presse.

Cavale (1835-1840) et demandes de reconnaissance (1840-1853) gauche|vignette|Médaille de 1849 avec l’effigie du baron de Richemont, présenté comme Condamné à purger une peine de douze ans de détention à Sainte-Pélagie, où, selon Taxile Delord, ses talents culinaires étaient fort appréciés de ses codétenusTaxile Delord, Histoire du Second Empire, t. II, Paris, 1870, p. 160-161., Hébert s'en évada le et se réfugia à l'étranger pendant quelques années afin d'être oublié par la Justice. De retour en France vers 1838, il bénéficia d'une ordonnance royale d'amnistie du concernant les condamnés politiques.

Pendant de nombreuses années, le baron de Richemont lutta en vain pour obtenir sa reconnaissance officielle par la duchesse d'Angoulême, dont il prétendait être le frère. Contactée en 1840 par l'intermédiaire du chevaler d'Auriol, la duchesse s'indigna de cette démarche et répondit à l'émissaire : « Mon frère, M. le chevalier, est mort au Temple, j'en ai la certitude, et l'homme dont vous me parlez n'est qu'un imposteur de plus à ajouter à ceux qui ont déjà paru ». Il s'adressa ensuite sans plus de succès au duc de Bordeaux.

La mort de Naundorff, en 1845, ne fit qu'encourager la poursuite des démarches du baron de Richemont.

Profitant de l'ébullition révolutionnaire de 1848, il essaya de se faire reconnaître par le gouvernement provisoire, prononça en mars un discours au club de la barrière du MaineAlphonse Lucas, Les clubs et les clubistes : histoire complète, critique et anecdotique des clubs et des comités électoraux fondés à Paris depuis la révolution de 1848, E. Dentu, Paris, 1851, p. 48-49. et se porta même candidat aux élections d'avril.

L'année suivante, pendant laquelle il prétend avoir rencontré le pape Pie IX à Gaète, il tenta d'assigner la duchesse d'Angoulême en justice afin d'obtenir sa reconnaissance (et, plus tard, une part d'héritageLéon de La Sicotière, p. 84.).