vignette|alt=Gravure: tête humaine dans l'aile d'un vautour, corps humain décapité. Grues et scorpions, frise de chèvres |Pierre gravée: tête humaine dans l'aile d'un vautour, animaux. Göbekli Tepe (bât.D), 9300-7500: Néolithique précéramique. Turquie. vignette|alt=2 bouteilles d’eau soudées l’une à l’autre, céramique à suspendre. La grande / la petite: décor vertical / oblique|Couple de bouteilles, à suspendre. Traits noirs horizontaux, obliques, verticaux sur fond rouge. Céramique, H. . Culture de Yangshao final v. 3500-3000. Chine. vignette|alt=Monument mégalithique.|Stonehenge, entre 3000 et 1100: Néolithique et Âge du bronze, site mégalithique. Royaume-Uni. vignette|alt=Personnages composites ou masqués multicolores tenant une tête coupée.|Manto. Longeur 2,80m. Coton, brodé en fibres de camélidé. 100 AEC-100 EC. Paracas, Pérou. Musée d’art de Lima.

Lart néolithique est celui des premières sociétés agricoles et pastorales, ou seulement pastorales. Il apparaît au Moyen-Orient dès 10 000 avant l’ère commune (AEC). Ces cultures néolithiques ne connaissent ni la métallurgie (bronze, fer), ni l'organisation étatique. Cet art englobe des peintures et gravures rupestres, sur roche à l'air libre, des objets en pierre polie, ainsi que des céramiques (poteries et statuettes) qui apportent un éclairage précieux sur la vie au sein de ces cultures« Culture » : ..

Contrairement aux végétaux, très rarement figurés, les animaux sont un thème majeur. Toutefois, la grande nouveauté réside dans la place accordée à la figure humaine — hommes, femmes et enfants —, désormais représentée dans l'art rupestre sur des parois rocheuses en plein air et non plus au fond des grottes, comme c'était le cas dans l'art pariétal paléolithique.. L’image de l'être humain y apparaît rarement naturaliste : elle est le plus souvent simplifiée, stylisée« Styliser » selon le Wikitionnaire, dans les arts visuels : « Interpréter un objet en vue de lui donner une forme esthétique particulière. » styliser. Voir aussi, « stylisation » sur Parten.art , plus précis que Wikitionnaire. Il parle d’une « réinterprétation de la forme ... où l'artiste réinvente la réalité. » ou évoquée par des formes symboliques inventées. Parallèlement, les compositions abstraites et les motifs géométriques répétés atteignent une grande complexité, notamment sur la vaisselle de céramique en terre cuite. Cette dernière impose d'ailleurs une contrainte à l'artiste : adapter son décor de surface à une forme tridimensionnelle.

Avec la poterie en terre cuite, l'inventivité des Néolithiques dans le choix des formes et des décors devient un marqueur essentiel pour identifier, définir et dater ces différentes cultures. Cette période est également marquée par l'émergence de nouvelles techniques, au premier rang desquelles figure le polissage des pierres (parfois précieuses comme le jade), l’art du textile, mais aussi avec le développement de l'architecture monumentale et le travail de la terre cuite, qui apparaissent à des moments différents selon les régions.

L'ensemble des objets transportables, mobiles — bijoux, outils décorés, céramiques et statuettes en terre cuite ou en pierre — compose ce qu'on appelle l'« art mobilier » néolithique, tandis que la roche sculptée ou gravée en place constitue les pétroglyphes.

Sur le plan symbolique, les statuettes féminines, abondantes dans presque tous les foyers néolithiques, sont nettement plus nombreuses que les représentations masculines, à l'inverse de ce que l'on observait au Paléolithique ; le sens de cette prédominance demeure une énigme. Tout aussi mystérieuses, les figures hybrides mi-humaines, mi-animales (dites thérianthropes) sont associées par de nombreux archéologues à des pratiques chamaniques, un sujet qui fait encore débat aujourd'hui. ..

Cet article n'a pas prétention à l'exhaustivité mais propose un panorama mondial des manifestations artistiques néolithiques, en accordant une place plus importante au Moyen-Orient, sur les sites les plus anciens, et à l'Europe en raison de l'abondance des recherches qui y ont été menées.

Cadre temporel Les cultures néolithiques émergent après la période froide et sèche du Paléolithique au début de l'Holocène, marqué par un net réchauffement climatique entre le et le millénaire. L'augmentation des précipitations réduit alors les zones désertiques, des conditions favorables au développement des chasseurs-cueilleurs mésolithiques. Par la suite, les variations climatiques locales ont encouragé le passage à une économie de production agricole, propre au Néolithique. Après plusieurs millénaires, certaines cultures néolithiques — dites chalcolithiques — développent une métallurgie à petite échelle de l'or, de l'argent et du cuivre.

Au-delà du Néolithique, plusieurs sociétés maîtrisent la technologie du bronze (Âge du bronze) puis celle du fer (Âge du fer), tandis que d'autres passent directement du Mésolithique à l’Âge du bronze ou à la métallurgie du fer avec agriculture et pastoralisme. C'est à cette époque que de grandes cités émergent, donnant naissance aux premiers États. D'autres cultures néolithiques conservent leur mode de vie inchangé, tandis que certains groupes mésolithiques de chasseurs-cueilleurs perpétuent leurs traditions adaptées à leur environnement. Ces deux comportements se poursuivent parfois jusqu'à l'arrivée des colonisateurs occidentaux au de notre ère.

Pierres polies Également appelé « âge de la pierre polie », le Néolithique se caractérise par deux outils emblématiques : la hache et l’herminette, qui succèdent au biface du Paléolithique. Bien que la pierre polie s’étende à divers objets, la majorité de l'outillage reste tailléeLes outils taillés dans : .. Mais haches et herminettes, après avoir été préformées par enlèvement d'éclats, sont soigneusement polies pour offrir un tranchant optimal. Leurs lignes épurées répondent parfaitement aux besoins du travail du bois, devenu essentiel dans une société désormais sédentaire aux habitats fixes..

Les haches étaient emmanchées ou utilisées directement comme hachettes. Emmanchées, elles servaient aussi à combattre. Tandis que la hache permet d'abattre et de couper, l'herminette emmanchée sert davantage à écorcer, façonner et sculpter le bois. Les roches utilisées étaient sélectionnées selon leur dureté et leur usage final. En Europe, les artisans travaillaient aussi bien des matériaux plus ou moins locaux (schiste, silex, diorite, amphibolite, éclogite) que des roches précieuses ( jaspe, jadéite) qui faisaient l'objet d'échanges sur de longues distances.

Toutes n'avaient pas une vocation utilitaire : certaines pièces, de grande taille, ne portaient aucune trace d'usage. Véritables objets de prestige, celles-ci témoignaient du statut social de leur possesseur, alimentaient les réseaux de troc ou faisaient office de dépôts rituels enfouis sous terre. Elles dépassaient ainsi la simple fonction d'outil pour devenir des symboles de pouvoir, d'échange et de mémoire..

L'esthétique de ces pierres impressionne par la précision de leurs formes et la tension de leurs courbes, conçues pour l'efficacité. On observe néanmoins une grande variété typologique. Les lames exceptionnellement longues, impropres au travail, constituaient de véritables biens de valeur réservés à l'élite. Enfin, le polissage poussé des roches dures révélait leur éclat lumineux, parfois presque métallique. Associé à la couleur, à la dureté et à la rareté de la pierre comme le jade, ce jeu avec la lumière renforçait la préciosité de l'objetDépôt dit de Bernon : Musée d’Archéologie Nationale..

Les perles en pierres de couleurs, souvent multicolores, sont délicatement percées et portées autant par des hommes, des femmes et des enfants, mais pas par tous.

Art néolithique et société

Deux phénomènes sociaux majeurs sont bien visibles dans l'art néolithique et ils se constituent plus ou moins partout : c’est l’apparition de hiérarchies et d'une multitude d’images de la femme.

Signes de hiérarchies vignette|200px|alt=Statuette d’un personnage assis, un objet dans la main droite, visage au masque triangulaire|Homme (?). Terre cuite modelée. Hongrie v. 4800, paraît masqué, tient sur l'épaule un objet en forme de crosse ou de boomerang. Cette sorte d'insigne de pouvoir se retrouvera, bientôt, en différents points d’Europe. Kózsef Koszta Museum, Budapest. Statuette, céramique. Site de Szegvár-Tüzköves. Culture de Tisza du Néolithique final. Grande Plaine de Hongrie entre 5000 et 4400. Koszta József Múzeum, Szentes. Hongrie. [Exposition : First Kings of Europe au Musée Field, Chicago]..

Au Néolithique, le nombre de sépultures augmente considérablement. L'inhumation avec un mobilier funéraire reste toutefois le privilège d'une minorité. Dans ces premiers cimetières, la majorité des défunts — plus ou moins éloignés du centre de la nécropole — ne possède aucun objet.. La disparition des matières organiques masque une partie des dépôts. Après 5000 av. J.-C., des distinctions genrées émergent en Europe et au Moyen-Orient. Les femmes reçoivent des parures. Les hommes cumulent parures et outils, et en ligne .

En Chine, la culture de Majiayao (phase Majiayao, v. 3500-2700 av. J.-C.) illustre cette spécialisation des dépôts. Les hommes reçoivent des outils agricoles et les femmes du matériel de filage. L'émergence d'inégalités sociales y apparaît nettement ensuite, lors de la phase Machang (v. 2500-1800 av. J.-C.). Des sépultures isolées contiennent alors jusqu'à 85 céramiques peintes.

On voit apparaître dans les cultures néolithiques un usage de roches rares qui valorise certaines sépultures masculines. Des haches et herminettes, parfois en jaspe ou en jade provenant de sites très éloignésLa jadéite - en fait la jadéitite - du mont Viso, que l’on a retrouvé en Bretagne sous forme d’objet de luxe dans le matériel funéraire, n'est pas nécessairement translucide, et sa palette de couleurs est étendue. ., traduisent la position dominante des groupes patriarcaux. La perfection formelle et l'état intact de certaines herminettes polies attestent leur valeur symbolique. La valeur symbolique de ces signes du pouvoir repose ainsi sur l’exotisme des matériaux mais aussi sur la prouesse technique. Pour donner un exemple, en France à la fin du Néolithique au Grand Pressigny, la fabrication de lames d’exception, en silex, mesurant jusqu'à . de long nécessitait l'emploi d'un appareillage capable d'exercer une pression de 400 kg/cm². Opération, comme les constructions mégalithiques, qui reste encore difficile à imaginer aujourd’hui avec les moyens de l'époque.

Partout les parures funéraires renforcent ces différenciations sociales. Durant le Rubané, en Champagne, ces ornements associent des fossiles locaux et des coquillages marins importés de Normandie, occupée alors par des populations mésolithiques. Ce qui suppose encore des réseaux de communication à longue distance entre des cultures très différentes. Ces parures concernent environ un quart des défunts : seuls 20 % des hommes, 22 % des enfants et 25 % des femmes emportaient des parures dans leur tombe.

En Europe, l'émergence de dispositifs funéraires mégalithiques confirme la concentration du pouvoir. Dans de nombreuses cultures néolithiques dans le monde les élites mobilisent alors la force de travail de toute une région pour bâtir ces monuments colossaux. Les tertres géants de Carnac illustrent cette monumentalité funéraire.. Ce mobilier d'exception indique l'apparition de chefferies politiques coercitives.

Images de femmes

La découverte de nombreuses statuettes féminines au Néolithique suscite d'importants débats interprétatifs. Celles-ci proviennent principalement de contextes domestiques ou de dépotoirs, également : . L'hypothèse d'un culte de la « Déesse Mère » ou d'un matriarcat reste contestée faute de preuves. La recherche privilégiant la prudence emploie les termes de « statuettes stéatopyges ».