La Ligue des jeunesses patriotes, ou Jeunesses patriotes (JP), est une ligue d'extrême droite française active durant l'entre-deux-guerres.

Histoire Opposition au Cartel des gauches (1924-1926) Les Jeunesses patriotes sont créées en Le Drapeau, 20 avril 1924. par le député bonapartiste Pierre Taittinger dans le cadre de la vieille Ligue des patriotes, dont elles se détachent en 1926Le Drapeau, 30 janvier 1926.

L’année 1924 est marquée par l’agitation des ligues nationalistes en France en réaction à la victoire électorale du Cartel des gauches et à la crainte d'un coup de force communiste mais aussi de l'ensemble des forces de droite, comme en témoigne la fondation de la Ligue républicaine nationale par Alexandre Millerand. Une partie de ses cadres et de ses adhérents anciens combattants est issue de la Ligue des chefs de section.

En , en marge d'une réunion électorale, des incidents éclatent à Paris dans la rue Damrémont entre les JP et des militants communistes. Ces derniers font quatre morts dans les rangs des Jeunesses patriotesPierre Milza, Fascisme français, Paris, Flammarion, 1987, p. 112. Ces morts, suscitant un émoi certain, ont pour conséquence un essor marqué des JP, présentées par Taittinger comme .

Les JP fusionnent en avec un autre groupement nationaliste et anticommuniste, la Légion d'Antoine Redier. On prête aux JP membres en 1926.

Appui aux cabinets d'union nationale Avec le retour de gouvernements d'union nationale au pouvoir dans les années 1926-1932, Pierre Taittinger décide, contre l’avis d’une partie de sa base, d'infléchir le discours antiparlementaire des JP, de collaborer avec les élus de droite et d'accepter certaines décisions en matière de politique étrangère qui heurtent les nationalistes les plus ardents. Cette tactique a un avantage pour lui : les Jeunesses Patriotes se fondent dans le paysage politique, attirent à elles parlementaires et adhérents. Une centaine de députés et plusieurs dizaines de sénateurs adhèrent aux JP à la fin des années 1920.

En l'absence de Taittinger, les JP apportent leur soutien aux côtés des Croix-de-feu au Comité contre l’Évacuation de la Rhénanie et de la Sarre fondé en 1929 par le général Mordacq mais Taittinger fait reporter cette décision, ce qui hérisse les JP les plus nationalistesAnne-Catherine Schmidt-Trimborn, La ligue d’action française : mode d’organisation et pratiques culturelles, sociales et politiques (1905-1936), Histoire, Université de Lorraine, 2017, : Lire en ligne. Il accepte par pragmatisme et refus de la politique du pire la ratification du plan Young en 1929 et l'évacuation de Mayence en 1930, contrairement aux Croix de feu, subissant les critiques de l'Action française et de Louis MarinAlbert Kéchichian, D’une association d’anciens combattants à un mouvement de mobilisation morale. Les Croix-de-Feu : un protoparti sans politique ?, dans Collectif, Associations et champ politique: La loi de 1901, Éditions de la Sorbonne, 2001 : Lire en ligne et celles aussi de quelques JPHenri de Kerillis, "Réponse à un Jeunesse patriote en colère", L’Écho de Paris, 7 août 1929 ou de Philippe BarrèsL’Écho de Paris, 9 août 1930 (Lettre de Ph. Barrès), L’Écho de Paris, 15 août 1930 (réponse de Taittinger), Ibid., 25 août 1930 (Lettre de Ph. Barrès), Ibid., 5 septembre 1930 (Lettre de Taittinger), Ibid., 11 septembre 1930 (Lettre de Ph. Barrès), Ibid., 21 septembre 1930 (Réponse de Taittinger).

Deuxième offensive des JP (1932-1936) Leur activité est relancée par la victoire électorale du Cartel des gauches en 1932. Les JP participent aux manifestations de rue en 1933 et 1934 et à l'agitation ligueuse. Deux membres des JP meurent lors de l'émeute du 6 février 1934L'Alerte, mars 1934. Les JP créent en 1934 avec Solidarité française le Front national qui se veut une organisation de rassemblement des ligues au niveau de la propagande et de l'action. Les JP subissent la concurrence des Croix-de-feu.

Comme avant 1932, les JP collaborent avec le Centre de propagande des républicains nationaux (CPRN), malgré des relations parfois compliquées avec son animateur, Henry de KerillisH. de Kerillis, "Ce que l'Echo de Paris a fait et fera pour les Jeunesses patriotes", L’Écho de Paris, 11 décembre 1935.

Le port de l'uniforme (manteau et béret bleu notamment) s'accroit, aussi bien pour les que pour les ligueurs, les sections féminines dirigées par Marie-Thérèse Moreau, la jeune section de scouts (les Voltigeurs de France), le groupe motorisé"La fête de Jeanne d'Arc", L'Alerte, juin 1935.

Les JP se transforment à l'automne 1935 en Parti national populaire, à l'occasion du projet de loi sur les milices privées paramilitairesL'Alerte, décembre 1935. Le parti est dissous en par le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, en application de la loi du , avec d'autres ligues nationalistes (Croix de Feu, Solidarité française, Parti franciste)Le Temps, 20 juin 1936.

Un groupe homonyme verra le jour au Canada français en . Menées par Walter O’Leary et, dans une moindre mesure par son frère Dostaler, ces Jeunesses Patriotes souhaitent la création d’un État indépendant irrigué par un corporatisme d’inspiration mussolinienne.

Avatars des JP après la dissolution des ligues (1936-1944) Pierre Taittinger réactive à l'été 1936 un Parti républicain national et social (PRNS) fondé sans succès en 1930L'Alerte, septembre 1936. Ce parti participe au Front de la liberté lancé en à l'initiative de Jacques Doriot et de son Parti populaire français. Ce front est une tentative de rapprochement des partis « nationaux », à laquelle souscrit la Fédération républicaine..

Localement, des militants du PRNS ont pu militer dans des rassemblements régionaux, comme le Rassemblement national lorrain en Meurthe-et-Moselle et dans les Vosges.

Idéologie et militantisme des JP Les JP ont peu de profondeur idéologique (ils veulent un régime fort plutôt que vraiment fasciste), mais jouent un rôle important dans l'histoire de l'extrême droite française. Tout d'abord, de très nombreux responsables de l'extrême droite des années 1930-1940 passent, au moins un temps, dans ses rangs. Ensuite, les JP jouent le rôle de service d'ordre pour les autres partis « nationaux », notamment pour les meetings de candidats de la Fédération républicaine. Ils participent également à des actions contre leurs adversaires, notamment communistes.

Ainsi, les JP assurent la passerelle entre une partie des droites républicaines et parlementaires et les autres mouvements ligueurs, l'Action française ou la « nébuleuse fascistoïde ».

La force militante des JP apparaît avec ses Phalanges universitaires, composées d'étudiants, et ses , unités paramilitaires rassemblant surtout des jeunes célibataires et des anciens combattants afin de , coller des affiches, distribuer des tracts et vendre les journaux des JP dans des . Les disposent d'une autonomie certaine au sein des JPJean Vavasseur-Desperriers, « Jeunesse et mouvements de droite durant l’entre-deux-guerres », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°4, janvier-avril 2008 : Lire en ligne"Programme", L'Alerte, octobre 1930, Pierre Taittinger, "Les groupes mobiles des Jeunesses patriotes", L'Alerte, mai 1930, "Audition de M. Pierre Taittinger", L'Alerte, mai 1934"Aux phalanges universitaires des Jeunesses patriotes", Excelsior, 19 mars 1934 (photographie). Ces deux groupements ont rassemblé chacun au maximum 10 000 membres. Ces des JP sont dénoncées par la gauche"Les troupes de choc des Jeunesses patriotes", Le Populaire, 31 décembre 1934. D'où l'accusation de fascisme par leurs adversaires et le débat sur les ligues paramilitaires au Parlement en 1935, débouchant sur la loi du qui a permis la dissolution des JP en .

Les historiens restent divisés sur l'appartenance au fascisme des Jeunesses patriotes. La majeure partie de l'historiographie française affirme que les JP ne sont pas fascistes même s'il a existé une tentation fasciste en son sein, notamment à ses débuts et dans les années 1930.

Personnalités des JP et du PRNS Dirigeants Pierre Taittinger, espoir du bonapartisme avant 1914, président de l'Union de la jeunesse bonapartiste de la Seine, député depuis 1919, puis fondateur de la ligue, président des JP puis du PRNS. Édouard Soulier, président d'honneur des JP puis du PRNS, conseiller municipal de Paris, député de la Seine (1919-1938), pasteur protestant. Fortuné d'Andigné, vice-président des JP., député du Maine-et-Loire (1932-1935). Charles des Isnards, vice-président des JP puis du PRNS, conseiller municipal de Paris, député de la Seine (1936-1940). Philippe Henriot, membre des JP, vice-président du PRNS, députéJournal des débats, 27 avril 1939. Michel Parès, vice-président des JP, membre de la commission exécutive du PRNS, député d'Oran (1931-1936). Stéphane Pighetti de Rivasso, membre fondateur des JP. Henri Provost de la Fardinière, vice-président des JP puis du PRNS, député du Calvados (1936-1937). Roger de Saivre, commissaire général des phalanges universitaires, membre de la commission exécutive du PRNS et président des Jeunesses nationales (années 1930), futur chef-adjoint du cabinet civil du maréchal Pétain (1941-1942) puis député d'Oran (1951-1955). Xavier Vallat, vice-président du PRNS, député de l'Ardèche (1919-1924, 1928-1940), commissaire général aux questions juives (1941-1942). Jean Ybarnégaray, vice-président des JP, député des Basses-Pyrénées (1914-1942), ministre en 1940. Marie-Thérèse Moreau, présidente des sections féminines, avocate.

Autres parlementaires membres des instances des JP ou/et du PRNS Louis Delsol, membre de la commission exécutive du PRNS« Parti républicain national et social », L'Alerte, mensuel des nationaux-sociaux, Lyon, septembre 1936, p. 1., conseiller municipal de Paris, député de la Seine (1928-1932). Joseph Denais, membre de la commission exécutive du PRNS, député de la Seine (1911-1919, 1928-1940, 1944-1956). Emmanuel Évain, membre de la commission exécutive du PRNS, conseiller municipal de Paris, député de la Seine (1919-1936).

Membres notoires Pierre Amidieu du Clos, maire de Longwy entre 1924 et 1939, conseiller général de Meurthe-et-Moselle de 1928 à 1940, député de 1928 à 1936. Hubert Lyautey, maréchal de France, nommé membre d'honneur des phalanges universitaires en 1934. Robert Montillot, délégué à la propagande du PRNSLe Matin, 20 mars 1938, p. 5., député de Haute-Saône (1933-1936, 1945-1955) Jacques Schweizer, président général des Jeunesses nationales et socialesL'Alerte, organe du Parti républicain national et social et des Jeunesses nationales et sociales, Lyon, janvier 1939 puis, après 1940, chef des Jeunes de l'Europe nouvelle, mouvement collaborationniste. Charles Trochu, conseiller municipal de Paris, animateur du Front national, membre de la commission exécutive du PRNS. Jacques Martin-Sané.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Fascisme en France sous la Troisième République Front national (années 1930) Ligues d'extrême droite Les Chemins de la gloire, bande dessinée qui parle du protagoniste Raymond Lécluse qui adhère aux Jeunesses patriotes.

Bibliographie Source primaire Philippe Boegner, « L'heure des ligues. III. Les Jeunesses patriotes », Marianne, (Lire en ligne)

Sur les Jeunesses patriotes et ses avatars Jean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les jeunesses patriotes (1919-1944), Institut d'études politiques de Paris, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Raoul Girardet, 2730 p. + annexes, . . Jean Philippet, « Les Jeunesses Patriotes : ligue, milice ou parti ? », in Olivier Dard, Nathalie Sévilla (dir.), Le phénomène ligueur sous la Troisième République, Centre Universitaire Lorrain, 2009, p. 178-194. Robert Soucy, « Centrist fascism : The Jeunesse Patriotes », Journal of Contemporany History, Vol. 16, 1981, p. 349-368.

Les Jeunesses patriotes au sein de l'extrême droite