Zéphirin Camélinat, né le à Mailly-la-Ville (Yonne) et mort le à Paris, est un syndicaliste et homme politique français.

Biographie Carrière professionnelle Né en 1840., fils d'un vigneron carrier tailleur de pierres surnommé Camélinat le rouge, Rémi Zéphirin Camélinat déménage à Paris à l'âge de et travaille chez un fabricant de tubes de cuivre, puis comme ouvrier bronzier. Tout en se formant professionnellement (il suit des cours aux Arts-et-métiers et apprend l'anglaisNotice , Le Maitron en ligne.), il devient l'un des principaux dirigeants syndicaux des ouvriers du bronze, dont il anime, en 1867, une grève victorieuse. Reconnu professionnellement, il travaille durant cinq ans pour des entreprises qui participent à la construction et la décoration de l'Opéra Garnier à Paris in ...

vignette|gauche|5 francs Camélinat (1871). Lors de la Commune, en remplacement d’Alfred Renouard de Bussierre parti le à Versailles, Zéphirin Camélinat est nommé directeur de la Monnaie de Parisnotice « Camélinat » in . le . Il réorganise l'entrepriseMichel Cordillot, La Monnaie sous la Commune, , in La Commune de Paris 1871. Les acteurs, les événements, les lieux, éditions de L'Atelier, 2021, et fait frapper, avec la fonte d'une partie de l'argenterie impériale récupérée dans les palais, des pièces de 5 francs au type Dupré, dites Hercule au trident, son différent de directeur de la monnaie étant un trident, lequel symbole remplace l'abeille, qui est celui de Bussierre. Une partie de ces pièces portent sur la tranche une nouvelle devise : « Travail, Garantie Nationale ».

Mises en circulation durant la courte période de la Commune, elles sont restées célèbres et recherchées jusqu'à aujourd'hui dans le monde de la numismatique. ont été frappés, mais seulement ont été mis en circulation. On peut remarquer qu'il fut d'une honnêteté rigoureuse et que, lors de son départ pour l'exil, pas un sou n'a manqué dans les caisses ni une monnaie dans les collections « La 5 francs Camelinat », in Bulletin numismatique, — en ligne..

Parcours politique Ami de Pierre-Joseph Proudhon, il est l'un des signataires du Manifeste des Soixante (1864). Fondateur de l'Association internationale des travailleurs (AIT), il participe, en 1866 à Genève au premier congrès de celle-ci. Il est mobilisé pendant la guerre de 1870. Dès , il est un des membres actifs du Comité central républicain des Vingt arrondissements de ParisJean Dautry, Lucien Scheler, Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris (septembre 1870-mai 1871), Les Éditions sociales, 1960, . Membre du conseil fédéral parisien de l'AIT, le conseil fédéral de l'Association internationale des travailleurs se réunit, Michèle Audin, Ma Commune de Paris., il prend part activement à la Commune.

Après l'épisode de la Monnaie, il participe aux derniers soubresauts de la Commune. Ainsi, Jules Vallès relate dans L'Insurgé, le début de la journée du : Jules Vallès, L'insurgé, chapitre XXXIV. Vallès et ses compagnons « redescendent », alors, de Belleville.

Il échappe à la répression versaillaise et doit s'exiler à Londres puis (en 1873) à Birmingham, où il exerce son métier. Condamné à la déportation par contumace en , il est gracié en 1879. De retour en France en 1880, il rejoint l'Alliance socialiste républicaine de Charles Longuet, gendre de Karl Marx. Il contribue à la renaissance du socialisme et participe à la formation de la SFIO. Redevenu dirigeant « syndical » des ouvriers bronziers, il organise, en , une grèveNotes, in .. En , il fonde, avec Benoît Malon, la Société républicaine d'économie sociale.

thumb|gauche|Zéphirin Camélinat, député (1885-1889). Député de la Seine (1885-1889), élu sur une liste de concentration républicaine, coalition de socialistes indépendants et de radicaux socialistes, comprenant notamment Georges Clemenceau, Stephen Pichon, et Henri Rochefort son élection est saluée comme « un grand événement » par Friedrich Engels.. Camélinat obtient sur et Georges Lefranc, Le mouvement socialiste sous la Troisième République, Payot, Paris, 1963, .. Il se présente ainsi :

À la Chambre des députés, il siège à l'Extrême gauche, puis participe, en 1886, à la création du Groupe ouvrier, qui rassemble, à la fin de la législature, une vingtaine de députés.. Il défend la révision de la Constitution dans un sens « républicain socialiste », l’indemnisation des accidents de travail, l'aide sociale pour les personnes handicapées, la limitation du travail des enfants, la séparation de l’Église et de l’État et la gratuité de la justice.. Il soutient les mineurs de Decazeville en grève. Mais lors des élections de 1889, qui se déroulent au scrutin d'arrondissement, il est devancé dans le arrondissement de ParisL'Écho de Paris, . au du scrutin par le possibiliste Jean-Baptiste Dumay, élu au tour. Toujours « socialiste indépendant », il est de nouveau battu dans cette circonscription de Belleville-Saint-Fargeau, aux élections de 1893, par Victor Dejeante, un autre socialiste, présenté comme plus « révolutionnaire »Gilles Candar, « Un militant socialiste » in ..

En 1892, il participe au journal Le Cri du peuple.

Candidat socialiste indépendant à plusieurs élections législatives (dans le Nord, en 1898, dans l'Yonne en 1902 et 1906), ou municipales (à Paris) de 1893 à 1907, sans succès, il prend part au processus qui mène les diverses organisations se réclamant du socialisme vers l'unité. En 1900, après le congrès de celles-ci, tenu salle Japy à Paris (3-)Georges Lefranc, op. cit. , ., il est l'un des du Conseil général d'unité socialiste, où siègent Jean Allemane, Paul Brousse, Jules Guesde, Jean Jaurès, Édouard VaillantLe Socialiste, , 24-, . Édition reprint par André Rossel, éd. Hier et demain, Paris, 1975, volume 8 (1898-1900), introductions de Jacques Girault et Claude Willard..

Membre du Parti socialiste français en 1902, il participe à la création du Parti socialiste, unifié sous le nom de Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Le , il préside la première séance du congrès d'unité socialiste, salle du Globe à Paris.. Il devient le trésorier appointé du nouveau partiCompère-Morel et Jean Lorris, Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l'Internationale ouvrière, 1912, Librairie Aristide Quillet, volume La France socialiste, par Hubert Rouger, , biographie « Louis Camélinat ».. En 1914, comme la majorité du parti, il approuve l'Union sacrée. Quittant son poste de trésorier en 1919, il se rallie aux majoritaires communistes du congrès de Tours en 1920, et favorise la naissance du communisme en France.

En 1921, il transmet les quatre actions du journal L'Humanité (fondé par Jean Jaurès) qu'il détient personnellement, au Parti communiste (Section française de l'Internationale communiste). Il partage les , qu'il possédait pour le compte du Parti socialiste, au prorata des suffrages obtenus par les protagonistes du congrès de Tours (70% - 30%). Mais contrairement à une histoire « officielle » longtemps sélective, ce n'est pas lui qui .. Le choix décisif est le fait de l'administrateur du journal, l'ingénieur Philippe LandrieuNotice « LANDRIEU Philippe », le Maitron en ligne., qui transmet intégralement aux majoritaires les souscrites en 1907 par des partis socialistes étrangers. L'historien ajoute aussi l'abstention des héritiers de Jean Jaurès (sa femme et sa fille) dans le processus de transmission du journal. Landrieu est exclu du parti communiste en 1923 et n'est pas ouvrier. Le nom de est alors, seul, mis en avant par son partiHistoire du Parti communiste français (manuel), Les Éditions sociales, 1964, : .

En , à 84 ans, il devient le premier communiste à se présenter à une élection présidentielle en France. Lors de l’unique tour de scrutin, remporté par le radical Gaston Doumergue, il obtient de parlementaires, soit 2,5 %. Ce score est inférieur au nombre de députés communistes (26) élus lors des élections législatives de Pascal Guillot, « Camélinat et les débuts du Parti communiste » in ., cinq d'entre eux étant absents lors du vote.

Il se porte candidat à l’élection sénatoriale partielle du dans le département de la Seine. Sa candidature est avant tout symbolique alors que se présente également l'ancien président de la République et figure de droite Alexandre Millerand : celui-ci l’emporte dès le premier tour, Zéphirin Camélinat arrivant en cinquième position avec soit 7 % des suffrages exprimés..

En 1922-1923, selon les conditions de Moscou, et comme André Marty le fait, les communistes doivent résilier leur affiliation à la franc-maçonnerie. Quant à lui, Camélinat, admis à la loge « Les Trinitaires » en 1889, était radié de cette loge depuis , pour défaut de paiementAndré Combes, « Camélinat et la Franc-maçonnerie », in ..

En 1929, il devient président de l'Association des anciens combattants et amis de la Commune de ParisRémi Morvan, "Elle n'est pas morte" : une histoire de l'association des amis de la Commune (1881-1971), ..

Il participe à la première édition de la Fête de l'Humanité en 1930..

vignette|Carte postale éditée par le Parti communiste en 1932. vignette|Verso de la carte postale éditée pour les obsèques de Camélinat. Sa longue vie et son parcours en font une figure tutélaire du Parti communiste jusqu'à sa mort, en 1932... Ses obsèques, organisées et célébrées à Paris le , donnent lieu à un cortège militant imposantJean Vigreux, « Liturgie, symbolique et mémoire : les commémorations de Camélinat » in . entre son domicile de Belleville et la Gare de Lyon. L'Humanité annonce le lendemain L'Humanité, 11 mars 1932, .« dans la rue derrière Camélinat, chiffres sans doute exagérés, mais montrant une importante participation ».

Famille Il vit hors mariage avec Zoé Angélina Garancher, ouvrière passementière, qui le rejoint en Angleterre, où elle meurt de phtisie, à Birmingham, âgée de le « Camélinat-le-communard, de Mailly-la-Ville à l'exil outre-Manche », .. Le couple a six enfants : cinq naissent à ParisArchives de Paris, naissances du arrondissement : acte 1925/1865, acte 1189/1866; décès du arrondissement, acte 2432/1867; naissances du arrondissement : acte 3282/1868, acte 3411/1869. La mère est nommée Angele Menard dans le acte, Zoé Garanché dans le dernier acte ; consultés le ., une fille Aline, en , un fils, Georges Zéphirin en , une fille mort-né, en , un fils, Eugène, en , une fille, Georgette Eugénie, en ; un autre fils, Albert, naît à Londres en 1872 mais ne vit que deux mois. Eugène reste à Birmingham, lors du retour en France de son père, et y devient un industriel prospère.

Zéphirin Camélinat se marie le avec Emma Aston, une Anglaise née en France. Ils ont deux fillesToutes deux sont inhumées à Mailly-la-Ville : cf ., nées à Birmingham, Zélie, en 1875, Berthe, en 1878, qui deviendront ouvrières de la haute-couture à Paris, servies par leur connaissance de la langue anglaise. Emma Aston meurt à Paris, à l'âge de le . vignette|gauche|Plaque apposée sur la façade de l'immeuble sis 137 rue de Belleville à Paris dans le (angle avec la rue Lassus), habité par Zéphyrin Camélinat.

Réalisation 1871, pièce de 5 francs dite , en circulation en France à partir de 1871 ; thésaurisée après 1914.

Hommages Plusieurs villes de France ont donné le nom de Camélinat à une de leurs voies (rue, boulevard, avenue, allée, square), telles : Le Havre, Saint-Étienne, Douarnenez, et en Île-de-France : Alfortville, Athis-Mons, Aulnay-sous-Bois, Bagnolet, Bezons, Le Blanc-Mesnil, Bois-d'Arcy, Gennevilliers, Goussainville, Malakoff, Montreuil, Mantes-la-Ville, Nanterre, Pierrefitte-sur-Seine, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Savigny-sur-Orge, Sevran, Villejuif, Viry-Châtillon, Vitry-sur-Seine, etc. son village natal.

En chanson En 1887 Camélinat apparaît sous la plume du chansonnier Mac-Nab, au troisième couplet de sa célèbre chanson :

Notes et références

Voir aussi

Sources

Articles connexes Liste des députés de la Seine Groupe ouvrier

Liens externes

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