Arnaud de Villeneuve (en catalan : Arnau de Vilanova ; en latin : Arnaldus de Villa Nova), né vers 1240, peut-être en Aragon, et mort en 1311, est un illustre médecin et théologien valencien, du Moyen Âge. Il est un artisan de la réappropriation par les Européens de la médecine savante gréco-romaine après sa longue éclipse qui suit l'effondrement de l'Empire romain d'Occident. Par ses ouvrages, et son enseignement à Montpellier de la médecine de Galien, revue et simplifiée par Rhazès, il marque fortement les débuts de l'enseignement de la médecine à l'université.

En plus d'une œuvre médicale innovante, il est l'auteur de nombreux opuscules religieux qui placent dans une perspective apocalyptique l'objectif d'une réforme radicale de l'Église. Formé chez les Dominicains, il finit par rompre avec eux pour se rallier aux thèses des béguins et des frères spirituels des Franciscains, prophétisant l'imminence des fins dernières et l'annonce d'un schisme violent divisant vraie et fausse Église.

Son lien avec les Franciscains spirituels et ses thèses prophétiques favorisent la création d'une légende autour de son personnage. Après sa mort, son nom est associé à tort à un large corpus alchimique.

Il offre la figure de ce que pouvait être le savant engagé au Moyen Âge : à la fois médecin rationaliste dans l'exercice de son métier et homme de foi engagé dans les débats théologiques et moraux de son époque.

Biographie Jeunesse vignette|Couronne d'Aragon : royaume d'Aragon et royaume de Sicile Arnaud de Villeneuve naît dans le Bas Aragon, au sein d'une famille modeste., entre les années 1235 et 1240. Le lieu de sa naissance a été très discuté par les historiens. car il y a plusieurs villes portant le nom de "Villeneuve" prétendant être sa patrie tant en France (Villeneuve-lès-Maguelone, Villeneuve-Loubet et Villeneuve-en-Provence) qu'en Espagne (Villanova en Aragon). Mais la polémique s'est apaisée depuis la découverte d'une inscription en marge d'un manuscrit indiquant avec de multiples indices probants, qu'il est né à côté de Daroca aux confins du royaume aragonais (J.F. Benton., 1962). Antoine Calvet. précise même qu'il serait né près de Daroca, d'une famille originaire de Villeneuve-en-Provence, sans doute des juifs convertis et passés au royaume d'Aragon.

Arnaud grandit à Valence peu après la conquête puis la création du royaume chrétien de Valence par Jacques d'Aragon. Il se familiarise avec la langue arabe qui est alors dominante. Il se qualifiera lui-même plus tard comme étant catalanL'incipit de son ouvrage Regimen Salernitanum, est Incipit Regimentum sanitatis seu ordinatum a magistro Arnaldo de Villanova, Cathalano, omnium medicorum nune viventium gemma...

Durant toute sa vie, Arnaud se déplace continuellement entre l'Espagne, la France et l'Italie actuelles, à l'époque une mosaïque de petits royaumes, et de comtés vassaux, conquis et perdus, au gré des guerres et des mariages, et relevant de la couronne d'Aragon ; il séjourne à Valence, Barcelone, Montpellier, Naples, Palerme, Messine etc. Il rend aussi visite à des papes à Rome, Pérouse et Avignon et voyage comme ambassadeur à Paris.

Études vignette|redresse=0.8|Bureau du doyen de la Faculté de Médecine de Montpellier Vers 1260 à l’âge de 20 ans il vint à Paris pour obtenir le diplôme de « maître ès arts ». Il y eut pour maîtres Roger Bacon et Thomas d’Aquin et y rencontra Bertrand de Got, le futur pape Clément V avec lequel il se lia d’amitié.

Vers 1270, il entreprend des études de médecine à Montpellier, à l'époque sous la souveraineté des rois d'Aragon puis de Majorquela seigneurie de Montpellier, dont le suzerain était l'évêque de Maguelone, avait été l'héritage de Marie, fille de Guillaume VIII de Montpellier, lorsqu'elle se maria en 1204 à Pierre I (II), roi d'Aragon et comte de Barcelone. Les descendants de ce mariage ont occupé la seigneurie de Montpellier jusqu'à ce qu'elle soit transmise au roi de France, qui l'acheta en 1348 (L. Cifuentes, Université et vernacularisation au bas Moyen Âges, Colloque int. de Montpellier, mai 2001).. Il obtient le titre de Magister medicine.

Il fait aussi des études de théologie chez les Dominicains. Il suit le cursus des Humaniora (humanités) et le studium linguarum (étude de langue), en arabe, latin et peut-être en hébreu..

Il renonce toutefois à son état de clerc (ayant reçu les ordres mineurs) pour se marier avec Agnès Blasi, une fille de marchand originaire de Montpellier, sans cesser pour autant d'étudier la Bible auprès des Dominicains de Barcelone. Ils ont ensemble une fille, Maria, future religieuse dominicaine à Valence.

Professeur de médecine et médecin des souverains et des papes vignette|Gravure médiévale de Arnoldi de Nova Villa. Arnaud devient rapidement un médecin réputé, appelé à la cour des souverains. En 1281, il est médecin personnel de grands personnages. Il vit alors à Barcelone.

Vers 1280, il écrit son premier ouvrage de médecine. Suivront une quarantaine d'autres touchant toutes les facettes de la santé ainsi que de nombreux opuscules théologiques. Après sa mort, on relève de nombreux ouvrages d'alchimie écrit sous son nom.

En 1285, il est appelé au chevet de Pierre III d'Aragon pour l'assister dans ses derniers moments. Le roi lui donne en récompense les revenus (le cens) du château d'Ollers dans la région de Tarragone.. Alphonse II change ensuite la source de la pension d'Arnaud de la redevance de Tarragone en celle de Valence.. Pension confirmée par Jacques II d'Aragon. Durant les années 1289-1299, il est établi comme professeur de médecine à Montpellier où il compose la plupart de ses œuvres médicales. Jean Astruc. indique au qu'à Montpellier, « on y montre dans la rue du Campnau... la maison où l'on prétend qu'il demeuroit », maison, portant sculptés sur la façade un lion et un serpent se mordant la queue. Dans ses lectio (cours), il se fait le défenseur des œuvres de Galien, avec l'objectif de donner les grands principes galéniques permettant de justifier les actes médicaux pratiques. C'est une période très féconde où il écrit l'essentiel de son œuvre tant en médecine qu'en théologie.

Il soigne à l'occasion le pape Boniface VIIIpontificat de Boniface VIII : de janvier 1295 à octobre 1303. qu'il soulage (en 1301) de la gravelle grâce à un sceau d'or astrologiqueLe De sigillis (Des sceaux, in Opera, 1585, col. 2037-2042) décrit douze sceaux, un par signe zodiacal, faits d'or pur, un jour astrologiquement propice, en prononçant des formules. Texte apocryphe selon Nicolas Weill-Parot ("Arnau de Villeneuve et les relations possibles entre le sceau du Lion et l'alchimie", Arxiu de Textos Catalans Antics, , 2005, ). J.-P. Boudet, "La papauté d'Avignon et l'astrologie", Cahiers de Fanjeaux, : Fin du monde et signes des temps, Privat, 1995, .. Ce succès thérapeutique lui confère une renommée extraordinaire qui explique en partie pourquoi son nom est attaché à de nombreux ouvrages d'alchimie, d'astrologie mais aussi de magie que, pourtant, il dénonce dans un texte. Il donne aussi des soins aux papes Benoît XI et Clément V.

Jacques II d'Aragon, le Juste, l'appelle plusieurs fois à sa cour (en 1293 et 1297). Le médecin catalan lui dédie un ouvrage sur les régimes de santé, Regimen sanitatis, qui devient célèbre dans toute l'Europe.

Une personnalité spirituelle ardente vignette|redresse=0.8|Arnau de Vilanova (Barcelone). Après sa période d'enseignement médical à l'université de Montpellier, Arnaud déploie de plus en plus d'ardeur à la promotion de ses idées religieuses radicales. Au fil du temps, il produit une œuvre spirituelle abondante, dessinant les « contours d'une personnalité spirituelle ardente », suivant la formule de A. Calvet., (2011). Il séjourne alors à la cour des princes et des papes, pour les servir comme médecin, conseiller et ambassadeur, tout en essayant de les rallier à ses convictions religieuses prophétiques, confinant même au catharismePerarnau (1979) a montré qu'Arnaud a utilisé un texte cathare pour défendre le mode de vie des Béguins (Informatio beguinorum, 1305)..

Prophétisme apocalyptique Formé par les Dominicains et par Ramón Martí (Raimond Martin) qui l'initie aux études hébraïques, il est après les années 1290 très influencé par les idées de Pierre de Jean Olivi (ou Jean Olieu), un franciscain « spirituel » réclamant un respect rigoureux de la règle de pauvreté de l'ordre franciscain. Il écrit un opusculeCommentaires de l'Apocalypse, Expositio super Apocalypsi (1292). annonçant l'arrivée prochaine d'une part d'un pape angélique qui effectuerait la réforme de l'Église et d'autre part de l'Antéchrist. Ses prises de position le conduisent à rompre avec les frères Prêcheurs (Dominicains) et à se rapprocher des Mineurs (Franciscains).

Conflit avec les scolastiques de Paris En 1300la date retenue par les historiens depuis Hauréau (1881) était 1299, mais les récents travaux méticuleux de M. McVaugh (2006) incitent à supposer que la confrontation a eu lieu en septembre-octobre 1300., le roi Jacques II d'Aragon l'envoie à Paris comme ambassadeur auprès de Philippe IV le Bel pour des négociations sur le contrôle du Val d'Aran.. Durant son séjour, il se lance, avec des membres de la faculté de théologie de Paris dans des discussions sur son ouvrage De adventu antichristi (L'arrivée de l'Antéchrist, publié en 1288), dans lequel il annonce l'imminence de profonds bouleversements à la suite de l'advenue de l'Antéchrist. Alors qu'il s’apprêtait à partir pour Toulouse pour poursuivre les négociations politiques, il est mandé par l'officiel de la faculté qui le retient malgré ses protestations et celles de l'archevêque de Narbonne, Gilles Aycelin. Il est traité de « faux prophète » ayant entendu prouver que l'Antéchrist devait apparaître pour mettre à néant l'établissement de Jésus, des apôtres et des papes. Mais Arnaud fait jouer ses solides relations en haut lieu et il peut retrouver la liberté dès le lendemain, sous une caution de et grâce à l'intervention de ses amis dont Guillaume de Nogaret, un très influent conseiller du roi de France. Sa mésaventure se termine les jours suivants quand il accepte sous la contrainte de souscrire à une liste de points litigieux (temerarie assertos) préparés par la Faculté. Ses déboires avec la scolastique rationaliste parisienne. le poussent un peu plus dans le camp des contestataires, réclamant avec force une réforme profonde de l'Église.

Protecteur des Béguins et Spirituels En 1302, Jacques II le rappelle en Catalogne comme médecin. Arnaud polémique avec les Dominicains de Gérone et doit recourir à la protection du nouveau pape Benoît XIpontificat de Benoît XI : d'octobre 1303 à juillet 1304.. Il lui écrit une lettre de haute protestation morale où il prend vigoureusement fait et cause pour les Spirituels franciscains. Ce qui lui vaut une année d'emprisonnement. À la mort de Benoît XI en 1304 à Pérouse, il se réfugie à la cour de Frédéric II de Sicile, protecteur des Spirituels. Qualifié de « nouveau Platon » par le roi, Arnaud lui dédie son dernier ouvrage Allocutio christiani (1310) où il explique quels sont les devoirs d'un roi chrétien.

L'année suivante, en 1305, il retourne en Catalogne pour servir le roi Jacques II comme médecin, conseiller et ambassadeur. Il écrit à cette époque un texte de soutien aux Béguins, Informatio Beguinorum, qui lui vaut après sa mort une condamnation par le Saint Siège (en 1316). Ses théories radicales lui viennent directement du De viribus cordis d'Avicenne qu'il traduit de l'arabe en latin en 1306.

En 1308, il est envoyé comme ambassadeur de Jacques II auprès de Clément V, premier pape à siéger à Avignonpontificat de Clément V : de novembre 1305 à avril 1314.. Sur ses conseils, le souverain pontife fixe les programmes des études médicales de l'université de Montpellier dans des bulles ().