Betapolyomavirus macacae, le virus simien 40 (SV40) ou virus vacuolant, est un membre des virus de la famille des Polyomaviridae trouvés chez le macaque rhésus. Le SV40 est un virus à ADN qui a été employé dans des vaccins contre la poliomyélite. Il induit des tumeurs cancérigènes in vitro et chez les rats, son effet sur l'homme a été très controversé du fait de résultats inconstants.
Il est utilisé en biotechnologie et en recherche comme agent biologique dans la création des lignées cellulaires immortalisées.
Histoire Les débats récurrents depuis les années 1960 sur, d'une part l'origine, et d'autre part le caractère pathogène ou non du SV40 sont particulièrement liés aux circonstances de sa découverte, dans les milieux de culture des premiers vaccins contre la poliomyélite, et ce juste après le "Cutter Incident". Le SV40 fut également découvert, au même moment, dans des vaccins contre l'adenovirus auxquels avaient été exposés du personnel de l'US Army de 1959 à 1961 Studies Find No Evidence That SV40 is Related to Human Cancer. Ce précédent que représente la contamination d'un vaccin par un virus simien a suscité l'hypothèse, aujourd'hui réfutée, publiée par le journaliste Tom Curtis quant à l'origine du VIH/SIDACurtis, Tom (19 March 1992). "The Origin of AIDS: A startling new theory attempts to answer the question, 'Was it an act of God or an act of man?". No. 626. Rolling Stone. pp. 54–9, 61, 106, 108..
Virus simiens avant le SV40 Le premier virus simien fut découvert en 1932 après qu'A Sabin a isolé l'agent infectieux ayant causé la mort d'un de ses collaborateurs, le William Brebner.
En 1953, le Herald R. Cox des laboratoires Lederle signale le risque de contamination des milieux de culture des vaccins par des virus qui pourraient être présents dans les reins de singe 1953, .. En 1952, les laboratoires Lederle avaient fait savoir que deux de leurs équipes avaient réussi à cultiver un des virus de la poliomyélite (souche MEFI) sur des embryons de poulet , , (Oct. 25, 1952), . sur le site JSTOR consulté le 20 mars 2010..
Entre 1955 et 1956 de nombreux virus sont trouvés dans des cellules de rein de singes apparemment en bonne santé Robert Rustigan , 1955Robert N. Hull , 1956, , .
En 1958 Robert N Hull fait état de la découverte de vingt autres virus Robert N. Hull , 1958, , .. Il souligne encore le risque que représentent les reins de singe comme milieux de culture « » sur le site SV40, consulté le 20 mars 2010..
Découverte difficile Bien qu'elle ait été évincée de tout programme officiel concernant le poliovirus à la suite de l'alerte qu'elle avait lancée avant le Cutter Incident, et parallèlement à ses travaux sur le cancer menés avec le Stewart à la suite de leur importante découverte du SE-polyoma virus, Bernice Eddy conduisait discrètement des recherches sur le virus de la poliomyélite.
Après avoir injecté à des hamsters des extraits de cellules de rein de singe rhésus – semblables à celles utilisées pour le vaccin anti-poliomyélitique – elle observe qu'ils développent un cancer au site d'injection : concluant à la présence d'un virus elle s'en ouvre à son chef de service, Joseph Smadel, le , qui rejette ses conclusions. Pour apprécier le jugement de Smadel, il faut d'abord avoir à l'esprit qu'à l'époque seuls les oiseaux étaient réputés développer un cancer à la suite d'une infection virale, les découvertes de Peyton Rous de 1931 étant elles-mêmes encore vues comme des curiosités. Et puis les équipes chargées de développer le vaccin n'avaient décelé aucun d'effet cytopathique dans ces cultures (on n'en découvrira la raison que plus tard : le macaque étant du SV40, les cellules de cette espèce étaient infectées de façon latente SV40, devenu un virus endémique humain, est-il à l'origine de cancers ? ). Mais surtout l'incident Cutter était dans toutes les mémoires. En , le Eddy fait toutefois une communication orale sur ses découvertes lors d'une réunion de la Cancer Society de New York. Furieux après sa subordonnée, Smadel exige dorénavant de contrôler toute communication sur ses travaux.
Probablement avertie de ces recherches, l'équipe de Maurice Hilleman, alors recruté par les laboratoires Merck, est pourtant en train d'arriver à des conclusions semblables. Hilleman, qui se méfiait de l'état sanitaire des singes rhésus objets de multiples trafics, avait fait venir de Madrid des singes verts pour procéder à des expériences en relation avec les vaccins anti-polio fabriqués par Merck (qui produisait celui de Salk et de Sabin). Inoculant des extraits de reins de singe rhésus dans des reins de singe vert, où des modifications pathologiques sont alors observées, il en conclut que des virus en sont la cause, qui pourraient se retrouver dans le vaccin antipolio. Il en fait d'abord une communication orale – intitulée How to detect Undetectable Viruses – à un colloque de la Sister Kenny Foundation (Second International Conference on Live Poliovirus Vaccines, Washington, ), puis une présentation plus académique lors d'une conférence à Copenhague. C'est à cette époque que, sur la suggestion d'un collègue des laboratoires Eli Lilly, il nomme ce virus Simian Virus 40, le quarantième à avoir été trouvé chez le singe. Dans la foulée, Hileman met au point le Purivax, une version dite purifiéeHilleman MR, et al. Investigation into the development and clinical testing of a poliomyelitis vaccine containing standardized amounts of purified poliomyelitis virus antigens. Acad Med N J Special Bull 1960;6:1±31. du vaccin Salk en utilisant des cellules de rein de singe vert (cercopithecus). Dans le même temps, un groupe de chercheurs de Yale confirme au microscope électronique que le SV 40 et le Stewart Eddy Polyoma sont des virus semblables, l'un infectant les singes, l'autre les souris. Cela sera confirmé par le Eddy en 1961, ce qu'elle ne pourra publier qu'en 1962Identification of the Oncogenic Substance in Rhesus Monkey Kidney Cell Cultures as Simian Virus 40, 17 Virology 65–75 (1962)Bernice E. Eddy, Tumors Produced in Hamsters by SV40, 1962, pp. 930-935.
Rien cependant n'avait encore filtré hors des cercles informés sur le potentiel oncogène de ces virus. De la même façon on discuta dès cette époque de la possibilité de retrouver ces virus à l'état virulent dans les vaccins antipolio. Hilleman et le Ben Sweet évoquent cet aspect dans un article intitulé : The vacuolating virus, S.V. 40Le virus (Proc Soc Exp Biol Med 1960 Nov.:420-27).
Alan P. Goffe, dans une contribution de , explique que le vaccin Sabin ne peut être un vecteur de communication du SV 40. Au printemps 1961 cependant, une collaboratrice de Bernice Eddy publie un communiqué affirmant que le SV 40 est effectivement présent dans le vaccin antipolio. Le vaccin Sabin devra lui aussi rapidement changer son procédé de production en utilisant des cellules de rein de singe vert . Enfin, à la suite de la communication faite par Gerber et alGerber P, Hottle GA, Grubbs RE, Inactivation of Vacuolating virus (SV40) by formaldehyde. Proc Soc ExpBiol Med 1961: 108: 205-9 .58. montrant que le SV40 gardait sa virulence dans les lots de vaccin contre l'adenovirus (eux aussi cultivés sur cellules de rein de singe), B. Eddy demande au responsable du Laboratory of Control Activities s'il ne serait pas opportun de soumettre ces vaccins à une règlementation : cette démarche, concernant indirectement le poliovirus à propos duquel elle ne pouvait plus intervenir, restera elle aussi sans suite At NIH, the circuits all seem to connect to Ruth Kirschstein sur The Ruth Kirschstein Page consultée le 20 mars 2010..
La presse grand public finit par se saisir, d'abord partiellement, de cette affaire le quand le New York Times annonce le retrait par Merck et Parke-Davis de leur vaccin antipolio jusqu'à ce qu'ils trouvent le moyen d'y garantir l'absence d'un virus simien (dont rien n'était dit du potentiel oncogène). En fait les laboratoires Merck avaient suspendu l'expédition de leur vaccin Purivax dès le mois de mai quand leurs propres tests y eurent révélé la présence du SV40 ; et quand les travaux de Girardi furent connus, Hilleman, alors directeur scientifique de Merck, demanda une nouvelle fois en vain à son autorité de tutelle (Division of Biologic Standards, DBS) de suspendre la production de tous les laboratoires. Ce n'est que lorsque la DBS trouva des SV40 dans des lots de Parke-Davis que ceux-ci durent suspendre à leur tour leur production. Donc lorsque le Times publia son article en juillet, les deux sociétés avaient déjà arrêté leur production depuis plusieurs semaines.
Il fallut attendre pour qu'un autre article du New York Times évoque les relations possibles entre SV40 et cancer, mais c'est surtout la communication de Girardi à la réunion annuelle de The American Association for Cancer Research vers la mi-avril qui officialisa véritablement cet aspect. Cette communication donnera lieu à publicationGirardi AJ, Sweet BH, Slotnick VB, Hilleman MR.Development of tumors in hamsters inoculated in the neonatal period with vacuolating virus SV40. Proc Soc Exp Biol Med 1962;109:649±60. Dès lors les recherches et les publications se multiplièrent. Déjà, au printemps 1962, Gerber fit savoir que les SV40 gardaient leur pouvoir infectieux malgré les procédés d'inactivation propres à la fabrication des vaccins "Salk". Alan Rabson, alors jeune chercheur au DBS, établit bientôt que le SV40 générait des cancers chez des rats.
Conséquences de la découverte En 1960 Merck renonce à la fabrication tant du vaccin Sabin que du vaccin Salk du fait de la contamination par des virus simiens.
À partir d', Hilary Koprowski, dont le vaccin oral n'avait pas été retenu par l'administration américaine, fait valoir Hilary Koprowski - The Man of Many Ideas sur le site Aids Origins consulté le 20 mars 2010. la sécurité du vaccin qu'il se propose de produire à partir du procédé de culture de cellules en lignées continues WI-38 mis au point par Leonard Hayflick du Wistar Institute dont Koprowski est directeur Former Wistar Institute Director Hilary Koprowski, M.D., Wins 2007 Sabin Gold Medal: Biomedical Pioneer to Be Honored at May 1 Ceremony sur le site The Wistar Institute consulté le 20 mars 2010.. Hayflick publiera ses travaux concernant l'utilisation de lignées continues pour la fabrication de vaccins dans The American Journal of Hygiene en 1962 American Journal Epidemiology.Hayflick L, Plotkin SA, Norton TW,Koprowsky H. « Preparation of poliovirus vaccines in a human fetal diploid cell strain », American Journal of Hygiene 75, (1962), 240-258. (un procédé qui ne sera utilisé que bien plus tard, avec une autre lignée – MRC-5 – par Aventis Pasteur pour le Poliovax) .
Le SV40 infectant sans effet apparent les Maccacus rhesus importés d'Inde et les Maccacus cynomolgus importés d'Indonésie mais pas les singes africains, ces derniers ont commencé à être utilisés couramment dans la production des vaccins polio. Le singe Mac. cynomolgus (qui possède un SNC très sensible à l'inoculation intracérébrale du poliovirus) continua cependant à être utilisé pour le contrôle des vaccins et pour les études de neurovirulence.
Des effets controversés Le au National Institutes of Health (Bethesda, Maryland) a lieu le premier colloque international sur le SV40..
En 2002, trois chercheurs expérimentés, les Gazdar, Butel et Carbone demandaient que le SV40 soit considéré comme appartenant au groupe des cancérogènes de classe 2AGazdar AF, Butel JS, Carbone M., SV40 and human tumours: myth, association or causality? Nat Rev Cancer. 2002 Dec;2(12):957-64..