Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za BangaSon nom signifie « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter et qui ne laisse derrière lui rien que le feu», couramment abrégé en Mobutu Sese Seko, ou tout simplement Mobutu né Joseph-Désiré Mobutu le à Lisala (Congo belge) et mort le à Rabat (Maroc), est un homme d'État, militaire et dictateur zaïrois, ayant gouverné la république démocratique du Congo de 1965 à 1997, soit 32 ans de pouvoir.
Il devient président en 1965 à la suite d'un coup d'État et met fin à la crise congolaise. Tentant de purger le pays de l'influence coloniale, il le rebaptise Zaïre en 1971 dans le cadre d'une politique de « zaïrianisation » et change son nom en Mobutu Sese Seko un an plus tard. Il impose une dictature à parti unique gouvernée par son Mouvement populaire de la révolution (MPR) ainsi qu'un culte de la personnalité. Sous son régime, la population du pays subit une violation généralisée des droits de l'homme ainsi que l'hyperinflation. Simultanément, il obtient une réputation de kleptocrate pour sa corruption, ses extravagances, ainsi que sa fortune personnelle. En politique extérieure, il soutient les rebelles de l'UNITA et du FNLA dans la guerre civile angolaise, et son régime reçoit le soutien des pays occidentaux qui le perçoivent comme un adversaire du communisme en Afrique francophone. Il reçoit également du soutien et de l'aide financière de la Chine pour son opposition à l'Union soviétique.
Après la fin de la guerre froide, son régime s'affaiblit en raison de la fin de l'aide financière occidentale. En réponse, il autorise le multipartisme. À l'issue du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, le nouveau gouvernement rwandais ainsi que ses alliés ougandais et angolais soutiennent une invasion rebelle du Zaïre par l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) en lors de la première guerre du Congo et renverse son régime en . Il s'enfuit alors en exil et meurt d'un cancer de la prostate trois mois plus tard au Maroc.
Jeunesse et débuts Joseph-Désiré Mobutu est né à Lisala en 1930. Il est issu du peuple Ngbandi. Son père, Albéric Gbemani, cuisinier pour un magistrat colonial de Lisala, meurt alors que le jeune Joseph-Désiré n'a que . Élevé par son grand-père et un oncle, il poursuivit ses études dans une école catholique. Alors âgé de , il s'enrôle dans la Force publique à Luluabourg, où il apprend la discipline et y trouve une figure paternelle auprès du sergent Louis Bobozo.. Il est ensuite affecté, en 1953, à l'état-major de Léopoldville.
À 25 ans, il se marie civilement à , âgée de 14 ans et avec laquelle il aura huit enfants..
Après son passage dans l’armée, dont il sort sous-officier et qu'il quitte en 1956, il suit un cours de comptabilité, grâce auquel il obtient un brevet de secrétaire-comptable, puis se lance dans le journalisme à plein temps au sein du quotidien libéral de Léopoldville L'Avenir qui l'embauche. En 1957, grâce à l'un de ses mentors, le journaliste Antoine-Roger Bolamba, il rencontre Patrice Lumumba. Il voyage pour la première fois en Europe pour un congrès de presse à Bruxelles, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1958, où il reste quelque temps pour suivre une formation de journalisme.
Au même moment, les représentants du Mouvement national congolais (MNC), menés par Patrice Lumumba, négocient l'indépendance de la colonie. Lorsqu'ils arrivent à Bruxelles pour la tenue d'une table ronde, Mobutu se joint à eux avec et devient membre du MNC, en janvier-. C'est à cette occasion qu'il est repéré par officier de la CIA et futur chef d'antenne de la CIA au Congo avec lequel il établit de bonnes relations..
L'ascension et l'exercice du pouvoir vignette|gauche|Mobutu en 1960. vignette|alt=Mobutu en Israel, 1963|Mobutu en Israël, en 1963. En , il devient secrétaire d'État du gouvernement indépendant de Patrice Lumumba. Il profite du désaccord entre les différents hommes politiques et du fait d'être l'un des seuls lumumbistes à avoir une quelconque expérience militaire pour évoluer très rapidement dans la hiérarchie militaire. C'est ainsi, en tant que chef d'état-major adjoint et sous l'influence de l'ambassadeur de Belgique, qu'il fait arrêter et assigner à résidence Lumumba en 1960. Ce premier coup d'État le compte beaucoup dans les relations entre les Belges et Mobutu. Il met en place un gouvernement temporaire, le Collège des commissaires généraux. Devant les caméras, Mobutu accuse ensuite Lumumba de sympathie pro-communiste pour s'attirer le soutien des États-Unis. Lumumba tente de s'enfuir à Stanleyville, mais est rattrapé en chemin par les soldats. Mobutu le fait mettre en prison, où il est maltraité et torturé. Il est ensuite envoyé à la république du Katanga de Moïse Tshombe, où il est assassiné le , son corps « disparu en brousse » selon les documents officiels. Sous la direction de Pierre Mulele, des rebelles partisans de Lumumba partent en guerre contre Mobutu. Ils occupent rapidement deux tiers du Congo, mais avec l'aide des États-Unis, Mobutu parvient à reconquérir l'ensemble du territoire. Cette « victoire », impossible sans l'aide occidentale, est habilement mise à profit en interne par Mobutu se parant de la vertu de pacificateur, d’unificateur du territoire. Il pose ainsi son pouvoir sur deux piliers : à l'extérieur, le contexte de la guerre froide et à l'intérieur, la stabilité. Un autre moyen d'affermir son pouvoir est la prise de contrôle du pouvoir politique, dont le corollaire est la répression d'une partie des citoyens congolais.
Prise du pouvoir en 1965
Après avoir réorganisé l'armée, il mène le un coup d'État contre Joseph Kasa-Vubu, premier président de l'ancien Congo belge. Il est soutenu par la Central Intelligence Agency (CIA) lors de son coup d’État. Suivant une crise politique aiguë entre le président Kasa-Vubu et le gouvernement de Tshombe, ce coup d’État est acclamé et accepté de tous, Kasa-Vubu l'en remercie, Tshombe en est « absolument ravi », les syndicats CSLC, UTC et FGTK soutiennent le nouveau pouvoir de même que les organisations estudiantines UGEC et AGL. La population tant congolaise qu'étrangère applaudit le coup. À l'étranger, la Belgique et les États-Unis sont les premiers à reconnaitre le nouveau président. La Chine et l’URSS, mais aussi la France, montrent des réticencesLe 24 novembre 1965, l’armée prenait le pouvoir, Thilombo Munyengayi, Le Potentiel, édition 3589 du vendredi 25 novembre 2005.
Consolidation du régime Le , la population a pu mesurer toute la détermination de Mobutu, qui fit pendre sur la place publique quatre anciens ministres accusés à tort de complot : Alexandre Mahamba, Jérôme Anany, Emmanuel Bamba ainsi que l'ancien Premier ministre Évariste Kimba. Il demande l'extradition de Moïse Tshombé, arrêté à Alger en 1969, afin de le faire exécuter, mais celle-ci est refusée. L'ancien président Joseph Kasa-Vubu est quant à lui placé en résidence surveillée jusqu'à la fin de ses jours, tandis qu'Antoine Gizenga s'est exilé. Après la mort de Pierre Mulele, chef de la rébellion Simba, en , Mobutu est débarrassé de tous ses rivaux.
En 1969, il fait écraser une révolte estudiantine. Les cadavres des étudiants abattus sont jetés dans des fosses communes et 12 étudiants sont condamnés à mort. L’université est fermée pendant un an et ses étudiants enrôlés dans l’armée où, selon la télévision nationale,
Il instaure un régime autoritaire à parti unique, le Mouvement populaire de la révolution dont il devient maréchal-président en 1982. Un de ses souhaits est que le pays retrouve sa culture profonde, c'est alors la Zaïrianisation (décolonisation culturelle). En 1971, « l’année des 3 Z », il renomme à la fois le pays, le fleuve et la monnaie sous le nom de Zaïre. La même année, il impose un costume traditionnel, crée une version zaïroise du costume occidental : « l’abacost » (à bas le costume) et il oblige les Zaïrois à choisir des prénoms d'origine africaine et locale (donc non chrétiensJérémy André, « Congo : un cardinal face à la dictature », Le Figaro Magazine, semaine du 14 décembre 2018, p. 74-82.), ce qu'il fait lui-même en devenant Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, ce qui signifie, en langue lingala, « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter »Wa Banga se réfère à la secte des des Zandes. voir http://recaa.mmsh.univ-aix.fr/3/Archives/SALMON_1972.PDF .
Affaires internationales Les premières années, le régime est très bien vu sur le plan international, la personnalité affable du maréchal-président et les ressources naturelles du pays aidant un peu. Le Zaïre est alors considéré comme un exemple pour toute l'Afrique. Les investisseurs étrangers se précipitent sur les ressources naturelles dont le Zaïre est richement pourvu. L'État zaïrois lance alors une politique de grands travaux, les « éléphants blancs », qui donnent lieu à une importante corruption des élites politiques et administratives.
Pour le pouvoir gaulliste, qui soutenait Tshombe, Mobutu est l'homme des Américains et risque d'entraver les projets français dans la région. En , Paris incite le mercenaire français Bob Denard, alors colonel de l'armée congolaise, à appuyer une rébellion afin d'évincer Mobutu et de rétablir Tshombe à la tête de l’État congolais, sans que le projet aboutisse. La France fait échouer la tentative de Mobutu d'édifier avec le Tchad et la Centrafrique une Union des États d'Afrique australe (UEAC) visant à affranchir ses membres des puissances européennes, dont en particulier la France, en convainquant Bokassa de se retirer du projet. Les relations entre Kinshasa et Paris s’améliorent à la fin des années 1960 ; Mobutu est même le dernier chef d’État à être reçu à l’Élysée par Charles de Gaulle avant la démission de ce dernier. Le rapprochement avec la France s'accentue encore sous Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, et des accords de coopération militaire sont mis sur pied dans les années 1970.
En tant que colonisé et ex-soldat de la Force publique, Mobutu représente ce qu’aime l’administration belge, il sait les caresser dans le sens du poil, comme avec l’arrestation de Lumumba, mais il sait aussi qu'il a besoin du soutien des populations congolaises et c’est ainsi qu’il fait de Lumumba le héros national, le premier martyr de l’indépendance économique et c’est en son nom que les toutes puissantes entreprises minières belges sont nationalisées en 1966. Ces nationalisations interviennent en représailles à la libre parution en Belgique (alors que la France a censuré l'ouvrage) du livre de l'avocat belge Jules Chomé, qui décrit le règne de terreur au Zaïre. Avec Mobutu, le Congo est un partenaire des États-Unis, conditionné à la lutte contre la montée communiste en Afrique australe et à la non participation au mouvement des non-alignés (lequel reste dans les faits très léger). L'ambassade soviétique est ainsi fermée pendant les huit premières années du régime de Mobutu, des diplomates ont été à certaines périodes expulsés ou accusés de collusion avec des manifestants estudiantins et Mobutu n'a jamais effectué de visite diplomatique à Moscou. Le pays initie une diplomatie avec la Chine seulement après le virage pro-chinois de Nixon en 1972 et s'aligne plusieurs fois sur les votes américains à l'Assemblée générale des Nations unies. Même si le Zaïre proclame appliquer un « nationalisme économique », sa politique n'est en réalité pas anti-libéraleGeorges Mpwate Ndaume (Ph.D. professeur associé à la faculté des sciences sociales, université de Kinshasa), « La coopération américaine et le régime Mobutu, un dîner gratuit ? », Mouvements et enjeux sociaux, 2003..
vignette|Mobutu avec le prince Bernhard des Pays-Bas en 1973.