thumb|Chronos, dieu du temps de la mythologie grecque, par Ignaz Günther, Bayerisches Nationalmuseum à Munich.
vignette|Montre à gousset ancienne Le temps est une notion qui rend compte du changement dans le monde. Un questionnement s'est porté sur sa « nature intime » : propriété fondamentale de l'Univers, ou produit de l'observation intellectuelle et de la perception humaine. Selon certains philosophes, la somme des réponses actuelles ne suffit pas à dégager un concept satisfaisant du temps. Toutes ne sont pas théoriques : le « vécu » perceptible du temps par les hommes est d’une importance capitale à une tentative de définition.
La mesure du temps ne saurait se concevoir de la même façon, par exemple, que la mesure de la charge électrique. Dans ce qui suit il faudra comprendre « mesure de la durée » en lieu et place de mesure du temps. La mesure de la durée, c'est-à-dire du temps écoulé entre deux événements, se base sur des phénomènes périodiques (jours, oscillation d'un pendule...) ou quantiques (temps de transition électronique dans l'atome par exemple). La généralisation de la mesure du temps a changé la vie quotidienne, la pensée religieuse, philosophique, et scientifique. Pour la science, le temps est une mesure de l'évolution des phénomènes. Dans le cadre de la théorie de la relativité, le temps est relatif (il dépend de l'observateur, avec quelques contraintes), et l'espace et le temps sont intimement liés, au point de se permuter partiellement l'un et l'autre dans plusieurs cas.
Étymologie Le mot temps provient du latin tempus, de la même racine que le grec ancien , « couper », qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis. temples (en latin ) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale (le initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures). Le mot « atome » (« insécable »), du grec (non coupé, indivisible) dérive également de la même racine.
Définition Selon les Définitions de Platon, le temps est le .
Temps historique
Le temps historique est découpé en trois périodes :
Le passé désigne l’information accessible à l’observateur présent. Le futur désigne l’information que l’observateur, présent, associe à l’anticipation. Le présent qui désigne l’immédiat et la relation entre information et matière.
La chronologie est la mise en ordre du temps selon la succession des faits, chaque fait étant situé par rapport aux autres en fonction d'un système de repérage, d'une échelle de temps. Il s'agit de pouvoir bien distinguer un fait d'un autre selon qu'il se situe « avant » ou « après ».
Dans certaines religions ou croyances, le futur, projet ou dessein d'une force surnaturelle, peut déterminer le présent ; cependant, le principe de causalité affirme que l'effet ne peut précéder la cause. Ce principe donne une définition implicite du temps : le temps est l'ordre de l'enchaînement des causes et des effets. Plus pragmatiquement le temps historique se mesure par ses conséquences concrètes, notamment celles qui le rendent visible par la superposition de strates géologiques (voir stratigraphie) ou de cercles de croissance des arbres (voir dendrochronologie).
L'interprétation d'Everett conduit plusieurs physiciens à considérer que le passé d'un observateur est unique, mais pas son futur. Plusieurs expériences de mécanique quantique, comme l'expérience de Marlan Scully peuvent amener à s'interroger sur la nature du temps.
Éléments généraux
Le Chronos ( : « temps, durée de temps ») est un concept qui, adjoint à l’Aiôn ( : « temps, durée de la vie, destinée, sort ») et au Kairos ( : « moment opportun, occasion »), permet de définir le temps. Ces concepts sont apparus chez les Grecs. Le Chronos est le tout du temps, relatif au présent : . C'est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes.
La notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement : le mouvement est la variation des choses la plus accessible à la perception. La variation n'existe que dans la durée. Ainsi, selon Aristote, le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur.
écrivait AlainAlain in Éléments de philosophie.. L’être humain constate en effet trivialement que des « objets » de toutes sortes sont altérés par des « événements » et que ce processus prend place dans un temps partagé par tous ceux qui ont conscience de son cours. Ces objets, ou du moins leur substance, sont cependant censés demeurer les mêmes, numériquement, malgré les changements qu’ils subissent. Le temps semble donc supposer à la fois changement et permanence (tout comme une rivière qui semble demeurer identique à elle-même alors que l'eau s'écoulant n'est jamais la même). Le temps aurait comme corrélat la notion de substance, que Descartes avait assimilée, en ce qui concerne les choses matérielles, à l’espace. Ces constatations amènent encore à un autre couple de notions essentielles quant à l’étude du temps : la simultanéité (ou synchronie), qui permet d’exprimer l’idée qu’à un même moment, des événements en nombre peut être infini se déroulent conjointement, a priori sans aucun rapport les uns avec les autres. En corrélation se trouve la notion de succession, ou diachronie (et par-là, l’antériorité et la postériorité) : si deux événements ne sont pas simultanés, c’est que l’un a lieu après l’autre – de sorte que d’innombrables événements successifs semblent se suivre à la chaîne sur le chemin du temps. Deux moments ressentis comme différents sont ainsi nécessairement successifs. De ces deux considérations, il est appris que le temps, si difficile à imaginer et à conceptualiser de prime abord, ne peut être examiné que sous l’angle de l'expérience individuelle universelle : l’avant, l’après et l’en-même temps. L'expérience subjective vécue nous révèle également les caractères extérieur (temps « contenant » ou temps subi, temps calendaire ou social) ou intérieur (temps « agit » – individuel – ou vécu, psychologique ou intrapsychique) du temps. Néanmoins, de la simple succession, ou de la simultanéité, la durée ne peut être déduite. En effet, quand un même film est projeté à une vitesse plus ou moins grande, l’ordre des événements y est conservé, mais pas la durée. Remarquons aussi que la projection à l’envers ne correspond à rien dans l’expérience du temps, qui est, lui, irréversible.
Ces notions font notamment appel à la mémoire, individuelle ou collective (sociale : familiale, clanique, tribale, ethnique, d'un peuple ou d'un collectif situé géographiquement) : le classement des événements dans un ordre quelconque ne peut se faire que si l’observateur (les observateurs/trices) se souvient (se souviennent), de manière spontanée (remémoration spontanée) ou construite (effort de mémoire), individuelle ou collective (mémoire collective ou sociale (Henri Hubert, Maurice Halbwachs), locale, populaire, professionnelle, etc.). De façon opposée, la mémoire se construit grâce au fait que certains événements se répètent (saisons, évènements), autorisant ainsi l’apprentissage (individuel ou collectif). De façon plus générale, il semble que le temps puisse être considéré (et considérer n’est pas connaître) sous au moins deux aspects : l’aspect cyclique : cycle des jours, des saisons, de la vie… l’aspect linéaire : évolution, transformation irréversible, passage de la naissance à la mort…
Tandis que l'aspect linéaire et irréversible a d'abord servi à mesurer le temps, par exemple par la combustion complète d'une bougie, la régularité du retour de certains événements donne une mesure plus précise. Les phénomènes périodiques naturels ont permis d’établir très tôt une référence de durée, le calendrier, et donc de quantifier le temps, c'est-à-dire lui associer un nombre et une unité, en effectuer une mesure. Aux temps modernes, des phénomènes périodiques artificiels ont permis de mesurer des durées plus courtes avec des horloges. Toutefois, cette connaissance est au mieux celle d’une substance du temps : elle n’apprend rien sur sa nature intime, car la mesure n’est pas le temps – il faut du temps pour établir une mesure. Et bien que l’intuition du cours du temps soit universelleÀ propos du sentiment intime et universel du temps : Alain, in Éléments de philosophie., définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités, probablement du fait que nous sommes tout à la fois dans le temps, et nous-mêmes du temps (physiquement et psychiquement). Saint Augustin écrit à propos de la définition du temps : . Il est vrai que décrire le temps ne semble possible que par une analogie, notamment au mouvement, qui suppose de l’espace. Imaginer le temps c’est déjà se le figurer et, en quelque sorte, le manquer.
Il faut donc distinguer la problématique de la représentation du temps de sa conceptualisation, tout comme il faut établir ce qu'on sait du temps par l’expérience pour mieux s’en détacher. Au fil des siècles, ces penseurs ont essayé d’évaluer le temps au travers de la méditation, du mysticisme, de la philosophie ou encore de la science. Il en ressort en fait que bien qu'il puisse être supposé avec raison que tous les hommes ont la même expérience intime du temps – une expérience universelle – le chemin vers le concept de temps n’est pas universel. Ce n’est donc qu’en détaillant ces modèles intellectuels et leurs évolutions historiques que l’on peut espérer saisir les premiers éléments de la nature du temps.
Perceptions culturelles vignette|Sablier en bois, utilisé pour mesurer une certaine durée de temps. Toutes les cultures ont apporté des réponses nombreuses au questionnement sur le temps, et la plupart d’entre elles tournent autour des mêmes thèmes, dictés par la condition humaine : l’immortalité des dieux ou l’éternité de Dieu, la permanence du cosmos et la vie fugace de l’homme, sont autant de dimensions temporelles partagées par la plupart des peuples de la Terre. Elles s’expriment dans le langage, dans les arts… Pourtant, toutes ne portent pas la même vision intime du temps.
Le partage le plus évident pour l’observateur des civilisations est sans doute la séparation entre une vision linéaire du temps, prévalant en Occident, et une vision cyclique de l’ordre temporel, prévalant par exemple en Inde (cf. l’œuvre de Mircéa Eliade).
Représentation spatiale Le temps est souvent représenté de façon linéaire (frises chronologiques). Cependant, des représentations en spirales, voire en cercles (le temps est un éternel recommencement) peuvent être trouvées marquant ici l'aspect cyclique et répétitif de l'histoire des hommes.
Dans presque toutes les cultures humaines le locuteur se représente avec le futur devant et le passé derrière lui. Ainsi en français on dit « se retourner sur son passé », « avoir l'avenir devant soi ». Cependant, le peuple aymara inverse cette direction du temps : le passé, connu et visible, se trouve devant le locuteur alors que le futur, inconnu et invisible, se trouve derrière lui.
Deux conceptions du temps qui passe peuvent être perçues : soit l'individu est en mouvement par rapport à l'axe du temps (« se diriger vers la résolution d'un conflit... »), soit ce sont les évènements qui se dirigent vers un individu statique (« les vacances approchent... »). La première est plus fréquente en français.
Éternité et échéance