Theodor Herzl Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API., en hébreu : Te'odor Hertsel (תאודור הרצל), nommé lors de sa Brit Milah (circoncision) Binyamin Ze'ev (), surnommé « le visionnaire de l'État » (Khozeh HaMedinahCar Herzl est le premier contemporain qui ait œuvré à la création d'un État juif. / ), né le à Budapest (actuelle Hongrie) et mort le à Reichenau an der Rax (actuelle Autriche), est un journaliste et écrivain austro-hongrois, qui a joué un rôle historique de premier plan en créant en 1897 l'Organisation sioniste mondiale, à l'origine de la création de l'État d'Israël ().
Auteur de (L'État des JuifsLa traduction en français de est L'État des Juifs. Le titre a souvent été mal traduit en L'État juif (qui serait, en allemand, ), créant ainsi une ambiguïté fondamentale au cœur du sionisme lui-même : faut-il créer un État pour les Juifs, qui puisse les défendre, en accord avec la conception selon laquelle seul un État-nation propre peut fournir une protection adéquate à tel ou tel peuple ; ou faut-il créer un « État juif », donc religieux et non laïque ?) en 1896, il est l'un des premiers à mettre en place l'idée d'un État national pour les juifs. Il fonde l'Organisation sioniste mondiale lors du premier congrès sioniste tenu à Bâle en 1897. Le sionisme de Herzl rend rapidement obsolètes les mouvements sionistes antérieurs, notamment celui des Amants de Sion de Léon Pinsker, dont nombre de cadres rejoignent l'Organisation sioniste (notamment Meïr Dizengoff, cofondateur et premier maire de Tel Aviv).
Herzl est aussi le fondateur en 1899 du Fonds pour l'implantation juive, organisme financier chargé d'acheter des terres en Palestine, alors territoire de l'Empire ottoman, et d'en affecter l'usage à des agriculteurs juifs.
Biographie
vignette|Theodor Herzl à 5 ans, photo prise vers 1865|alt=|gauche vignette|T. Herzl dans sa jeunesse, photo prise entre 1880 et 1890.
En 1860, Theodor Herzl nait sujet de l'empereur d'Autriche François-Joseph, chef de la maison de Habsbourg, qui est aussi, entre autres, roi de Hongrie. En 1867, l'empire d'AutricheL'empire d'Autriche apparaît au moment de la disparition du Saint-Empire romain germanique. Le chef de la maison de Habsbourg, traditionnellement élu empereur romain germanique depuis le , se proclame empereur d'Autriche. L'empire d'Autriche inclut des territoires qui faisaient partie du Saint-Empire (notamment l'archiduché d'Autriche) et des territoires qui n'en faisaient pas partie (notamment le royaume de Hongrie). La création de l'empire d'Autriche-Hongrie en 1867 est consécutive à la défaite des Autrichiens face aux Prussiens (1866), prélude à la création de l'Empire allemand (autour de la Prusse) en 1871. (1804-1867) devient l'empire d'Autriche-Hongrie (1867-1918), et Budapest, officiellement constituée comme ville en 1873, devient la capitale cosmopolite des « pays de la Couronne de saint Étienne » (ou Transleithanie), qui s'étend sur la Hongrie, mais aussi la Slovaquie et la Croatie, en droit égale à Vienne, capitale des « royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire » (ou Cisleithanie), mais aussi capitale impériale.
Origines familiales Theodor. est le fils de JacobJacob est le nom utilisé sur la tombe de Theodor Herzl et de ses parents au cimetière de Döbling, tombe toujours existante, visible sur la page Wikipédia anglaise Döbling Cemetery. (Yaakov) Herzl (1835-1902), issu d'une émigration vers Budapest de juifs de la périphérie de l'empire, en l'occurrence la ville serbe de Zemun (alors appelée Semlin), située près de Belgrade et conquise en 1717 par les armées autrichiennes sur l'Empire ottoman. Le recensement de 1756 de cette ville des confins militaires conserve la trace des aïeux de Herzl.
Le grand-père paternel de Theodor, Simon Loeb HerzlArticle de Gil Troy, début., était un juif orthodoxe, chantre (hazzan) de sa synagogue, proche du rabbin Yehouda Hay Alkalay (1798-1878), un des premiers membres des Amants de Sion, première organisation sioniste importante.
Sa mère est JeannettePrénom français effectivement utilisé sur ses tombes. D'autres sources indiquent « Jeannette Nanette Johanna ». Herzl, née DiamantTombe de Jeannette Herzl à Jérusalem : « daughter of Gabriel Hirsch Diamant ». (1836-1911). Theodor a une sœur aînée, Pauline, née le et morte le Dédicace de l'édition Harz (sans date) de Altneuland, disponible en ligne sur Gallica (troisième page NP). du typhus.
Theodor naît dans le quartier juif, situé dans l'ancienne ville de Pest, sur la rive droite du Danube, face à la colline de Buda sur la rive gauche. La ville abrite une population juive importante (environ 20 % des habitants), aussi certains la surnomment-ils « Judapest »..
Yaakov Herzl est un homme d'affaires juif pratiquant, qui est devenu propriétaire de sièges familiaux à la grande synagogue de la rue Tabak, près de laquelle la famille réside, mais il parle principalement l'allemandHenry Laurens, La Question de Palestine L'Invention de la terre sainte, Fayard 1999, . (plutôt que le yiddish ou le hongrois).
Herzl grandit dans un milieu de juifs assimilés. Il a pourtant fait sa bar mitzvah le . Sa famille, bien que juive et identifiée comme telle, : elle est « libérale et peu attachée aux traditions du judaïsme ». Lisa Romeo ne donne aucun fait concret à l'appui de la formule « peu attachée aux traditions du judaïsme »., selon la doctorante en histoire Lisa RomeoNotice « Lisa Romeo », sur le site Les clefs du Moyen-Orient. Elle est présentée comme « titulaire d'un master 2 » et n'est pas spécialiste de Herzl, ni même du sionisme, mais de la politique arabe de la France..
En 1878, la famille quitte Budapest à la suite de la mort de Pauline et s'installe à Vienne..
Judéité de Herzl Outre le prénom de « Théodore » (Tivadar en hongrois, Theodor en allemand), il reçoit les prénoms juifs de « Binyamin Zeev ».
Il est scolarisé de six à dix ans dans une école juive traditionnelle où il reçoit une instruction religieuse et où il apprend l'hébreu.
En 2006, un ouvrage de Georges Wiesz apporte de précieux renseignements sur le milieu d'origine et le sens profond de la judéité de Theodor Herzl, qui fut aidé financièrement par ses parents, pour la diffusion de ses idées sionistes.
Études supérieures et débuts professionnels (1878-1894) À partir de 1878, Herzl fait des études de droit à l'université de Vienne. Au début de ses études, il entre dans un cercle étudiant libéral appelé Akademische Lesehalle, puis en 1881, adhère à la Burschenschaft Albia.
En 1882, il lit l'ouvrage antisémite d'Eugen Dühring, La Question juive, ce qui l'amène à réfléchir sur le problème de l'antisémitisme. Confronté au développement de ces idées dans le monde étudiant, il quitte la Burschenschaft en 1883. Il obtient un doctorat en droit en 1884, d'où le titre qui lui est donné ensuite de « docteur » (en allemand Doktor, en abrégé à l'écrit : Dr).
Il travaille dans le domaine juridique en 1884 et 1885, à Vienne et à Salzbourg. Puis il se tourne vers le journalisme. Il écrit aussi des pièces de théâtre.
En 1891, il devient correspondant à Paris du , le plus important et prestigieux quotidien de Vienne (puis il est directeur littéraire de ce journal à son retour. en 1896). C'est là qu'il assiste au début de l'affaire Dreyfus.
Mariage (1889) et descendance En 1889, Theodor épouse Julie Naschauer (morte en 1907), issue du même milieu que lui. Le mariage est malheureux malgré la naissance de trois enfants dont le destin sera tragique : Pauline, née le et morte le à l'hôpital psychiatrique de Bordeaux« Cimetière juif de Bordeaux : la tragédie des Herzl », sur le site de Sud-Ouest, 11 septembre 2012. ; Hans, né le et mort par suicide le dans un hôtel de Bordeaux ; Margareth Gertrude (« Trude »), née le à Paris et morte au camp de concentration de Theresienstadt en 1943.
Pauline et Hans sont d'abord inhumés dans le cimetière juif de Bordeaux situé cours de l'Yser, aujourd'hui dans le cimetière national d'Israël au mont Herzl à Jérusalem, auprès de leurs parents.
L'affaire Dreyfus et la conversion de Herzl au sionisme (1894-1895) Herzl antisioniste (1894) Avant Herzl, le sionisme est représenté par quelques mouvements dont le principal est celui des Amants de Sion, fondés par Léon Pinsker en 1881 à Odessa (alors dans l'Empire russe).
Herzl n'est pas immédiatement tenté par le sionisme : en 1894, il écrit en faisant le compte-rendu pour de la pièce d'Alexandre Dumas fils, La Femme de Claude, dans laquelle un personnage (Daniel) encourage les Juifs à revenir sur la terre de leurs ancêtres, ce qui est le but du sionisme (Sion, colline de Jérusalem, étant le symbole de Jérusalem tout entière et même de la Terre d'Israël) : .
Herzl face à la condamnation et à la dégradation de Dreyfus (1894-1895) En tant que correspondant à Paris de , il suit l'affaire depuis le premier procès (1894) de Alfred Dreyfus« Theodor Herzl avait eu à Paris une aventure qui l'avait bouleversé, il avait vécu une de ces heures qui changent complètement une existence : il avait assisté en qualité de correspondant à la dégradation publique d'Alfred Dreyfus, il avait vu arracher les épaulettes à cet homme pâle, qui s'écriait : « Je suis innocent. » Et à cette seconde, il avait été persuadé dans sa conscience la plus intime que Dreyfus était innocent et qu'il n'était chargé de cet abominable soupçon de trahison que parce qu'il était juif ». Le Monde d'hier, Stefan Zweig. Après la condamnation du capitaine Dreyfus (juif d'Alsace qui a quitté l'Alsace annexée en 1871) pour espionnage au profit de l'Allemagne, Herzl est témoin, comme de nombreux Parisiens, de la cérémonie de dégradation dans la cour de l'École Militaire à Paris le . Dreyfus est ensuite expédié au bagne en Guyane. La quasi-totalité des Français, y compris juifs, pensent que Dreyfus est coupable et mérite sa condamnation. En revanche, les étrangers perçoivent parfois le caractère biaisé (antisémite) de la condamnation.
C'est vers cette époque que Herzl commence à estimer absolument nécessaire la constitution d'un , thèse qu'il développe dans son livre L'État des Juifs (), publié en 1896.
Il faut noter que l'affaire Dreyfus ne se termine pas en 1895 : une deuxième phase commence en lorsque Émile Zola, convaincu par Mathieu Dreyfus et Bernard Lazare de l'innocence du capitaine, publie avec le soutien de Georges Clemenceau son célèbre texte J'accuse…!, qui, après bien des procédures politiques et judiciaires, aboutit à la grâce du prisonnier accordée par le président de la République, à sa libération, puis à la révision de son procès et à sa réhabilitation en 1906, marquant la victoire définitive des républicains contre les réactionnaires antisémites.
Mais, entre-temps, Herzl a publié son livre Der Judenstaat dès 1896 et le premier congrès sioniste a eu lieu en 1897.
Rôle de l'affaire Dreyfus dans le revirement de Herzl Herzl dira plus tard que c'est l'affaire Dreyfus qui a motivé son engagement. Voir texte en ligne, même si cela n'apparaît pas dans son journal personnel.
Cette idée, devenue une sorte de lieu commun, est contestée par certains auteurs, comme Shlomo AvineriProfesseur de sciences politiques à l'université hébraïque de Jérusalem et ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien., qui affirme que « quiconque chercherait dans le journal [de Herzl] — pourtant riche en introspection et fourmillant de références historiques – un quelconque indice de la centralité de l'affaire Dreyfus dans le réveil de l'identité juive [de Herzl], ou son développement vers le sionisme, serait extrêmement déçu ».. Une telle affirmation tend à faire penser que l'affaire Dreyfus n'aurait pas eu un impact sur la conscience de Herzl.