Nominoë (Nevenoù ou en bretonLa forme habituelle en breton moderne est Nevenou ( noms de famille Nevenou et Evenou, Eveno). On trouve aussi des variantes comme , graphie pseudo-savante utilisée dans le Barzaz Breiz notamment., NomenoiusDom Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, , , Charles Osmont impr., Paris, 1742. ou NumenoiusRéginon, Chronique, in G. H. Pertz, Monumenta Germaniae historica, , , Weidmann, Berlin, 1861. en latin, en français les graphies Nominoé et Nomenoe sont aussi utilisées), né vers 800, mort le près de VendômeRené Merlet, La Chronique de Nantes (570 environ-1049), Alphonse Picard, 1896, ., est le souverain de Bretagne de 845 à 851. Il est à l'origine de la naissance d'une Bretagne unifiée et indépendante, d'où le qualificatif de père de la Patrie (« ») que lui attribue l'historien Arthur de La Borderie au ..

Il négocia directement avec les rois francs pour obtenir sa suprématie sur la Bretagne tout en restant fidèle nominalement au souverain franc. En pratique, après les combats de Ballon (845) et Messac (843), Charles le Chauve accepte de reconnaître Nominoë comme dux et de renoncer à le prélever d’un tribut en échange de sa soumission personnelle à la suzeraineté franche sur la Bretagne.

Biographie

Ses origines Son nom, assez rare, est peut-être issu du vieux breton « nom » c'est-à-dire « temple », à rapprocher du gaélique irlandais « naomh » saint et gaulois « nemeton » sanctuaire ou « nemo » ciel avec comme variantes Nevenoe/Nevenou en breton, Naomhin, Nevin, Niven en irlandaisAlain Stéphane Les prénoms celtiques éditions Jean-Paul Gisserot 1999 ..

Dom Morice, s'appuyant sur une vie du roi Judicaël rédigée au par le moine Ingomar dans laquelle ce dernier précise que « tous les princes qui ont régné en Bretagne depuis Judicaël étaient issus de ce roi », indique que Nominoë était « fils d'Erispoë comte de Rennes et de la race des anciens rois de Bretagne »Pierre-Hyacinthe Morice, Histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1836, ..

Les moines de l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil dont il avait incendié le monastère ont complaisamment reproduit, dans une prose rythmée nommée « Versiculi » ou « Versus de eversione monasterii Glonnensis », une légende qui indique que Nominoë était fils d'un paysan enrichi par la découverte d'un trésor, indications reprises par les Francs d'Anjou de la famille Foulques (Plantagenêt), hypothèse totalement fantaisiste car à l'époque carolingienne seuls les laïcs issus de familles de la haute aristocratie avaient le quasi-monopole des charges publiques.. ..

Une charte de 834 le qualifie de prince des Vénètes, mais c'est seulement en raison de sa fonction de comte de Vannes. Il semblerait qu'il soit originaire du Poher, peut-être de "Botmel" (Botnumel) en CallacLes Bretons de Nominoé, Brasparts, Éditions Beltan, 1990 (réimpr. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2003).., ou bien encore de "Bonnevel" en Priziac.. J. Quaghebeur fait de Nominoë le fils ou le petit fils du roi Murman..

Comte carolingien

Selon Arthur de La Borderie, Nominoë est comte de Vannes dès , toutefois les données chronologique de cet acte sont contradictoires selon .. Toutefois le titulaire de ce comté carolingien exerçait encore sa fonction de comte de Vannes dans un acte du daté de la de Louis le PieuxCartulaire de Redon, acte : Uuidone comite in Venedia, Reginario episcopo, Portitoë machtierno et Uuoruili frater eju (il s'agit de deux fils de Iarnithin).. Il semble donc que l'autorité de Nominoë se limitait à une partie du comté « On observe cette dualité des fonctionnaires civils. Gui reste comte jusqu'en 831 or dès 820 le breton Nominoë apparaît comme « princeps Veneticæ » et en 827 il est dit « come Veneticæ civitatis ». Pendant au moins il y eut en Vannetais simultanément deux comtes, le comte franc Guy et le comte Breton Nominoë ». Léon Levillain « La Marche de Bretagne, ses marquis et ses comtes » dans: Annales de Bretagne. , , 1951. . avant qu'il ne soit reconnu comme à partir de 833, à partir de 837 par Louis le Pieux.. Selon Jean-Christophe Cassard, repris par Joël Cornette, c'est au plaid d'Ingelhem, en mai 831, que l'empereur Louis le Pieux nomme Nominoë comte de Vannes et missus imperatoris, c'est-à-dire envoyé de l'empereur en Bretagne. Cette fonction lui donne des pouvoirs étendus dans les domaines administratif et judiciaire, notamment sur les comtes, mais aussi dans le domaine religieux puisqu'il devait enquêter sur les évêques.

Nominoë apparaît pour la première fois dans un acte exerçant une charge publique comme « Nominoe magistro in Britanniam » lors d'une donation en faveur de l'abbaye de Redon le , vingtième année du règne de Louis le Pieux Cartulaire de Redon ..

Rebelle

À la mort de l'empereur Louis en 840, il soutient dans un premier temps avant de se rallier à Charles le Chauve qui lui reconnaît le titre de missus dominicus ducatus, lorsque Nominoë lui rend l'hommage au . Puis il entre en rébellion ouverte contre l'administration franque. Nominoë trouve à cette époque un allié local en la personne de , fils d'un précédent comte de Nantes lui aussi ancien partisan de Lothaire, mais non confirmé dans cette charge par Charles le Chauve.

À la suite des batailles de Messac (843) et de Ballon (845), le roi Charles doit reconnaître l'autorité de Nominoë sur la BretagneAnnales de Saint-Bertin : AD 846 « Charles marchant avec une armée contre le pays de Bretagne, la paix fut traitée entre lui et Noménoé ».. Au cours de l', Charles et Nominoë concluent un traité. Charles accorde au Breton le titre officiel de « dux » et le dispense de tribut en échange de la reconnaissance de sa suzeraineté personnelle sur la Bretagne. En 847-848, Nominoë, occupé à résister difficilement aux attaques des Vikings sur la Bretagne qui lui infligent trois défaites Jean Renaud Les Vikings et les Celtes éditions Ouest-France, Rennes 1992 . Annales de Saint-Bertin AD 847 « Les Danois viennent dans les parties de la Gaule habitée par les Bretons, et l'emportent trois fois sur eux dans les combats. Noménoé vaincu fuit avec les siens, puis par des présents qu'il leur envoie, il écarte les Danois de son pays. », ne mène aucune expédition contre la Neustrie.

Vers la fondation du royaume breton

Le pouvoir carolingien disposait en Bretagne d'évêques acquis à son autorité à Quimper, Vannes, Dol-de-Bretagne et Saint-Pol-de-Léon. Cette situation était inacceptable pour Nominoë qui désirait affirmer son émancipation. Ne pouvant rien attendre du pouvoir franc ni de l'archevêque de Tours dont dépendait la Bretagne, Nominoë se tourne vers le Pape et lui envoie en 848 une délégation menée par Conwoïon l'abbé de Redon. Le Pape réserve aux Bretons un bon accueil, il donne quelques reliques à Conwoïon mais refuse de se prononcer sur la déposition des évêquesBarthélémy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé Les Papes et les Ducs de Bretagne COOP Breizh Spézet (2000) .. Il se contente de préconiser la tenue d'un synode de douze évêques devant lesquels les prélats en cause doivent comparaître.

Comme il était impossible de réunir une telle assemblée en Bretagne, Nominoë se résout à un coup de force. En il réunit à Coët Louh une assemblée de clercs et de laïcs, et les évêques Suzannus de Vannes, Félix de Quimper, Salacon de Dol et Liberalis de Léon (?) sont condamnés pour simonie, déposés et remplacés par des « évêques bretons ». Selon la chronique de Nantes citée par Arthur de la Borderie., le pape aurait aussi reconnu à Nominoë sous le titre de duc le droit de porter une couronne d'or, et donc de se faire sacrer par l'« archevêque » de DolChronique de Nantes. . Toutefois les historiens considèrent généralement que le chroniqueur, non contemporain, n'est pas fiable, nombre de ses affirmations étant contredites par les textes contemporains..

Bien que la promotion de Dol-de-Bretagne à la tête de l'église bretonne, mise au crédit de Nominoë par Arthur de la Borderie., doive être attribuée à l'accord de 866 entre Salomon de Bretagne et le Pape , l'installation de ces nouveaux évêques (de nouveaux évêchés sont créés à Aleth, Tréguier et Saint-Brieuc) marque une étape essentielle pour Nominoë, il ne s'agit plus d'une révolte mais de la revendication d'une prérogative royale.

Les incursions bretonnes s'étendent jusqu'aux abords de BayeuxLouis Halphen Charlemagne et l'empire carolingien éditions Albin Michel, Paris réédition 1968, .. En 849 Nominoë est de nouveau en guerre contre Charles le Chauve qui rappelle et lui confie de nouveau la marche de Bretagne. En Nominoë reprend ses agressions et occupe Angers et ses alentoursAnnales de Saint-Bertin : AD 849 : « Le Breton Nominoë avec sa perfidie accoutumée s’empare d’Angers et des pays circonvoisins… et se répandit en armes hors de son pays avec son insolence accoutumée. ». trahit une nouvelle fois son suzerain et s'allie avec le chef breton. Alors que vers le Charles le Chauve s'avance vers la Vilaine, Nominoë et s'emparent de Rennes et de Nantes dont ils détruisent les fortifications et lancent ensuite des raids sur le Bessin et le comté du Maine dont Le Mans qui est prise à son tour.

Nominoë meurt subitement au cours d'une expédition en profondeur dans la Beauce près de Vendôme le chroniqueur Adémar de Chabannes, n'hésite pas à prétendre qu'il périt « au commandement de Dieu frappé par un ange » ! Chronique Brepols, Turnhout, Belgique , ., le Annales de Saint-Bertin : AD 851. après avoir une nouvelle fois occupé le Maine et l'Anjou. Il est inhumé dans l'abbaye Saint-Sauveur de RedonJean Verdon Chronique de Saint-Maixent, Les Belles Lettres, 1979, : « Noménoé, tyran des Bretons plutôt que roi, est frappé par la volonté céleste ; Erispoë, son fils, lui succéda dans le royaume d'une manière indue. ».

Même s'il en avait les prérogatives, il ne semble pas que Nominoë ait jamais porté le titre de roi bien que le chroniqueur de la fin du Réginon de Prüm lui donne ce titre. Dans le cartulaire de Redon, il est tour à tour qualifié de duc des Bretons, de duc en Bretagne, de duc de toute la Bretagne, de prince de Bretagne et de prince de toute la Bretagne. C'est son fils et successeur Erispoë qui a été reconnu officiellement comme roi par Charles le Chauve après la bataille de Jengland, fondant ainsi le royaume de Bretagne. Roi sous condition d'hommage, le roi de Bretagne est donc théoriquement vassal du roi de la Francia OccidentalisPaul Jeulin « L'hommage de la Bretagne en droit et dans les faits ». Dans: Annales de Bretagne. , -4, 1934. ..

À Redon, une plaque apposée sur l'ancien rempart dit : « À la gloire de Nominoë, premier roi de Bretagne, fondateur de la ville de Redon avec saint Convoyon (…) en souvenir du de la cité »Françoise Surcouf, " pour raconter la Bretagne", Les éditions du Palais, 2013..

Titres

en 832 en 834 en 833, 834, 831-837 en 833 en 837, 839 en 834, 840 en 837 en 833, 835Histoire de Bretagne .Nominoe missus imperatoris Ludovici .

Postérité littéraire

thumb|Nominoë dans L'Histoire de Notre Bretagne (1922, Jeanne Malivel).

Le Tribut de Noménoë est un poème du Barzaz Breiz par Théodore Hersart de La Villemarqué qui le qualifie dans l’argument de « plus grand roi que la Bretagne ait eu »Lire en ligne sur Wikisource : Le Tribut de Noménoë (1846, quatrième édition, ) ou Le Tribut de Noménoë (1883, huitième édition, ).. Cette balade dont l'originalité fut un temps remise en cause notamment par Francis Gourvil, fut reconnue comme authentique et issue de la tradition bretonne en 1974 par Donatien Laurent après consultation des carnets retrouvés de La Villemarqué en 1964.