Le ou DAF , était sous le Troisième Reich l'organisation des travailleurs et des employeurs allemands, soumise au contrôle étroit du parti national-socialiste (NSDAP).

Créé dans le but de lutter contre les particularismes des associations de salariés nazis, le DAF est confié à un proche d'Adolf Hitler, Robert Ley, Reichsleiter pour l'organisation du parti, et connaît une croissance importante, d'abord en raison de la suppression des syndicats ouvriers, puis de l’absorption de l'association des employeurs en K. D. Bracher, Hitler et la dictature allemande, ..

Création Un nouveau rouage de l’administration nazie Pensé par Hitler comme un moyen d'intégrer la classe ouvrière, vivier politique du SPD et du KPD, au nouveau régime, dans un contexte de remise en cause des conquêtes sociales du début du siècleK. D. Bracher, Hitler et la dictature allemande, ., le Front du Travail est organisé à partir d' par Ley et Muchow, responsable des cellules d'entreprisesR. J. Evans, Le Reich, II, .. Seule conséquence réelle du discours de Hitler du lors de la fête nationale du peuple allemand, la création du Front du Travail doit permettre de surmonter les antagonismes de classes au sein d'une organisation destinée à créer les conditions d'une meilleure connaissance des classes, les , les unes par rapport aux autres, dans le cadre de la .

Une création sous le sceau de l’illégalité Dans le climat de confiance créé par le discours de la veille, la police et ses auxiliaires de la SA et de la SS, sous la direction des responsables des syndicats nazis, les NSBO, occupent le à 10 heures du matin, l’ensemble des locaux des organisations syndicales liées au parti social-démocrate et au parti communiste (bourses du travail, sièges de journaux, directions), placent en détention provisoire les principaux dirigeants et proposent à leurs permanents de continuer leur action dans le cadre des NSBO. Cette action illégale, menée par le NSDAP avec le soutien de la police, qui ne dispose cependant pas encore des possibilités légales permises par les lois ultérieures, rencontre peu de résistance dans la population.

Par ce coup de force contre les syndicats (les syndicats catholiques étant momentanément épargnés dans le contexte de négociation du concordat et de préparation de la réintégration de la Sarre), le NSDAP entre en possession non seulement des biens des syndicats, mais aussi des fonds contrôlés par ces structures. L’illégalité de cette prise de possession, officiellement justifiée par des détournements de fonds (non jugés par la suite) de la part de syndicaux, n’est pas légalisée, ni en 1933, ni par la suite, ce qui pose tout au long du Reich des problèmes juridiques de propriété au DAF.

Au cours du mois de , Ley tente de donner à l'organisation dont il est le chef un statut juridique clairement défini, qui aurait abouti à sa transformation en collectivité de droit public, ce qui aurait permis de légaliser les usurpations de propriété du mois de mai, tout en influant sur la constitution d'un État corporatiste, qu'il était question de mettre en place à l'automne 1933; cette orientation est rapidement mise de côté sous la pression des conservateurs et de leurs représentants.

Le congrès fondateur Le 1933, à Berlin, en présence de la totalité du gouvernement et de la direction du parti, est organisé le premier congrès du DAF, placé sous le patronage de Hitler ; celui-ci fixe les modalités de la fusion des différentes organisations destinées à composer le DAF. Regroupant les syndicats dissous de fait le , deux organisations sont créées, l'association générale des travailleurs allemands, confiée à Walter Schuhmann, chef de la NSBO, et l'association générale des employés allemands, confiés à Albert Forster, Gauleiter de Dantzig, et deviennent les centres du DAF.

Des tensions internes dès la création Des divergences politiques se font jour entre les tenants de la création d'un État corporatiste, autour des dirigeants des cellules d'entreprises du parti, regroupés autour de Muchow et les proches de Hitler et Ley.

La loi du réorganise les relations sociales en Allemagne, fixant, au grand dépit des anciens membres des NSBO, la réalité des compétences des fonctionnaires du DAF dans le domaine des négociations salariales ; elle est précisée par la loi du , qui ordonne les relations salariales selon le FührerprinzipR. J. Evans, Le Reich, II, ..

La loi du , créant les fidéicommissaires du travail, dépendant de l'État, choisis parmi les représentants des milieux économiques, instaure les conditions de violentes oppositions entre les NSBO, surtout dans les régions industrielles, et les commissaires : ainsi, par exemple, en appelant directement à Hitler, le chef des NSBO du Gau de Silésie, est éconduit par le ministère du Travail du Reich, qui justifie l'existence des commissaires et rappelle la nature strictement politique du NSBO. Accusé à cette occasion de vouloir détruire la , le NSBO de Silésie est accusée de sympathies marxistes dissimulées, à la suggestion du commissaire du travail pour le Gau de Silésie, comme à de nombreuses fois par la suite. La création des fidéicommissaires, et plus encore, usurpant les compétences du NSBO (notamment concernant la politique salariale) les décisions qu'ils prennent, toujours en faveur du patronat, participant à la marginalisation des NSBO au sein des institutions nazies, se trouve à la base de la désaffection des salariés à l'encontre du DAF.

L'idéologie du DAF dans le cadre nazi Créé au départ pour concurrencer les syndicats nazis, le DAF s'inscrit totalement dans l'idéologie nazie de la Volksgemeinschaft. Les entreprises sont envisagées comme des communautés au sein desquelles évoluent en harmonie dirigeants, ouvriers et salariés : cette harmonie est censée se matérialiser par le pouvoir des délégués du personnel, jouant un rôle de conseil auprès des dirigeants, qui, s'ils sont remis en cause, peuvent être démis de leurs fonctions.

Face aux contradictions internes du régime qui proclame à la fois la révolution et son achèvement, le Front du Travail développe une argumentation opposant socialisme et socialisation, défini l'un comme et plus largement le , l'autre renvoyait au .

Organisation Le schéma de mai 1933 Lors du congrès fondateur, est dévoilé le schéma de l'organisation. L'association générale des travailleurs allemands et l'association générale des ouvriers allemands, pensées au départ comme les piliers du DAF, doivent composer avec les associations autonomes d'ouvriers et d'employés, divisées par branches, avec des adhésions individuelles.

Ces trois groupes d'associations sont coiffées par un bureau central du DAF, dirigé par Robert Ley et divisé en 11 sections spécialisées.

Au niveau territorial, treize districts sont créés, confiés chacun à un chef de district. chaque district est lui-même subdivisé en cercles et en groupes locaux.

Enfin, d'un strict point de vue juridique et institutionnel, le DAF et le NSDAP sont totalement séparés, mais cette séparation légale ne doit pas faire illusion car les principaux dirigeants du DAF exercent tous des responsabilités au sein du NSDAP : Robert Ley y exerce les fonctions d'« organisateur » du NSDAP (Reichsorganisationsleiter), et tous les postes importants au sein du DAF sont occupés par les principaux responsables du NSBO, encore sensibles en 1933 à la rhétorique socialiste du parti.

Une réorganisation précoce Durant le mois de , Le DAF connaît de nombreuses mutations et réorganisations.

Tout d'abord, les organisations représentant le patronat et les industriels, ayant fait le constat du caractère peu révolutionnaire de la nouvelle structure, intègrent le DAF. Dès le , la corporation nationale de l'industrie allemande, par la voie de son principal dirigeant, Gustav Krupp von Bohlen und Halbach, appelle ses membres à adhérer au DAF : en effet, selon lui, le DAF avait clarifié son rôle dans les relations sociales.

Ensuite, en dépit de déclarations fracassantes, les ambitions de Ley et des cadres du DAF en matière syndicale sont remises en cause après les élections du , le DAF tendant à partir de ce moment à se transformer en organe de propagande, au détriment de ses activités syndicales : en effet, le , sous la pression des ministres de l'Économie et du Travail, Ley signe une déclaration avec ces deux ministres déniant toute possibilité d'intervention du DAF dans la politique sociale et salariale du régime.

Une organisation aux multiples ramifications Dès la suppression des syndicats en , le ministère du Travail du Reich crée au sein du DAF l’organisation Kraft durch Freude (« La Force par la joie »), destinée à subventionner les congés ouvriers (organisation de vacances, croisières) et les manifestations culturelles et sportives.

Pour financer ces multiples organisations, le gouvernement du Reich rend obligatoire, pour l'ensemble des travailleurs du Reich, l'adhésion au Front du Travail, financé par les cotisations prélevées directement sur les salaires, faisant du DAF une organisation détestée des ouvriers et des salariés allemands ; les cotisations versées sont pour une part non négligeable détournées par les salariés du Front du Travail, pour leur usage personnelR. J. Evans, Le Reich, 1933-1939, ..

Une organisation corrompue et calquée sur celle du NSDAP La mise en place du Führerprinzip À partir de , le Front est réorganisé sur la base du Führerprinzip : tout le pouvoir est concentré dans les mains de Robert Ley et de ses proches, dans le cadre d'une organisation centralisée, malgré l'opposition d'un certain nombre des cadres qui ont créé sur le terrain le Front du TravailR. J. Evans, Le Reich, 1933-1939, ..

Le DAF dans le Troisième Reich Rapidement, le DAF entre en concurrence avec d'autres structures de la nébuleuse national-socialiste, la , selon le mot de Martin Broszat. Il doit notamment contrer l'influence des cellules national-socialistes d'usines (NSBO) ; soutenue par Göring, l'organisation de Robert Ley devance définitivement à partir de la fin de l'année 1934 ses concurrents, s'affirmant comme l'une des organisations du Reich national-socialiste, avec ses millions de cotisants, parmi les plus importantes.

Au cours des années 1930, lorsque le DAF dispose de moyens importants, les projets qu'il lance sont ainsi largement critiqués par d'autres responsable du régime : le projet de , les appartements du peuple, visant à permettre l'accession à la propriété, sont ainsi critiqués par Goebbels en raison de leur coût, de leur piètre qualité et de leur faible superficie, jugée indigne de la .

De plus, à partir de 1938, le DAF, disposant d'une autonomie réelle, tient ses congrès à Nuremberg, au même moment que ceux du parti.

Ses moyens, fournis par les cotisations mensuelles des salariés du Reich, placent l'organisation en position de force par rapport aux autres acteurs économiques du Reich, l'administration du plan de Quatre Ans, ou la Reichsbank, dont le directeur, Schacht, ordonne aux organisations sur lesquelles il exerce une tutelle, de classer sans suite les rapports du DAF.

Corruption au sein du DAF Les cotisations que perçoit l'organisation font de la corruption l'une des principales caractéristiques de l'organisation, dès sa mise en place. Ainsi, de Robert Ley au moindre des permanents du Front, l'ensemble des salariés du Front du Travail se laissent corrompre par les entreprises allemandes, auxquelles ils octroient des contrats préférentiels.

Budget et sources de financement Grâce à des actifs estimés à près de 500 millions de reichsmark, en 1937, et à des rentrées annuelles évaluées à 20 millions de reichsmarks (les cotisations obligatoires), le DAF dispose de moyens pour mener une politique conforme à ses objectifs et aux idéaux du national-socialisme.