Curaçao ( ; en français : ; en papiamento : , ), officiellement le pays de Curaçao (en néerlandais : ; en papiamento : ), est l'une des îles Sous-le-Vent dans les Petites Antilles, en mer des Caraïbes, formant un État autonome au sein du royaume des Pays-Bas depuis la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises en 2010. Elle se trouve dans le nord de l'Amérique du Sud, à seulement 66 km de la côte du Venezuela. Sa capitale est Willemstad.

Curaçao compte (2025) pour une superficie de . Elle est la plus peuplée des îles des Caraïbes néerlandaises (devant Aruba) et la plus étendue (devant Bonaire). Trois langues sont officiellement reconnues : le néerlandais, le papiamento et l'anglais, bien que l'espagnol soit aussi commun, héritage de la possession espagnole de l'île avant sa prise par l'amiral Johannes van Walbeeck de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales en 1634. Le niveau de développement de Curaçao est élevé et sa monnaie est le florin caribéen.

L'île est gouvernée par un parlement élu, les États de Curaçao, qui nomme le Premier ministre. Le gouverneur de Curaçao est le représentant local du monarque néerlandais.

Étymologie De nombreuses théories tentent de trouver l'origine du nom de Curaçao.

La plus probable est qu'elle dérive des mots portugais coração, « cœur », ou curação, « art de soigner » — cette dernière version correspondant au soin du scorbut des marins par les fruits de l'île. Une autre version stipule qu'il s'agirait plutôt du nom par lequel les premiers habitants de l'île s'identifiaient ; les premiers explorateurs espagnols désignaient d'ailleurs les Arawaks de l'île dIndios Curaçaos. À partir de 1525, l’île figura sur les cartes espagnoles comme Curaçote, Curasaote, Curasaore et même Curacaute. Au , elle apparaît sur la plupart des cartes en langue portugaise comme Curaçao ou Curazao. Sur une carte créée par Jérôme Cock en 1562 à Anvers, l'île est nommée Qúracao.

Géographie vignette|gauche|200px|Carte de Curaçao. Cet État autonome du royaume des Pays-Bas fait partie du groupe d'îles des Petites Antilles appelé îles Sous-le-Vent. Curaçao se trouve dans la mer des Caraïbes, à à l'ouest de Bonaire, à au nord de la punta Gavilán sur la côte du Venezuela et à à l'est d'Aruba. Les trois îles sont quelquefois désignées sous le sigle îles ABC. Sa capitale est Willemstad.

Son code ISO 3166-1 alpha-2 est « CW ».

vignette|gauche|200px|Plage à Curaçao. La côte nord-est (au vent) est rocheuse et battue par la houle et le vent alors que la côte sud-ouest (sous le vent) en est abritée et accueille les villes, les plages et la majorité des récifs coralliens. La végétation de l'île est composée d'une savane semi-aride parsemée de cactus, d'arbustes épineux. L'île est trop au sud pour être soumise au passage des cyclones tropicaux. Le point le plus haut de l'île, le Christoffelberg (du nom de Christophe Colomb), culmine à et se situe dans le Curaçao Christoffelpark, une réserve de faune et de flore. Les grottes de Hato, près de la côte nord de l'île, sont une attraction touristique locale. Les Saliñas sont des lacs salés qui accueillent des flamants roses.

L'îlot inhabité de Petit Curaçao (Klein Curaçao en néerlandais) se situe au sud-est de Curaçao.

Histoire

L'île de Curaçao, au début de son histoire, fait partie des principaux repaires de pirates. Elle abrite notamment des boucaniers au moment où la piraterie fut la plus active. Espagnole jusqu'en 1634, elle sert de base navale aux Hollandais car on peut y charger du sel pour conserver le poisson et approvisionner les expéditions militaires.

Le trafic illégal d'esclaves vers l'Empire espagnol, généré par la disparition de l'« Asiento » portugais en 1640 puis la guerre néerlando-portugaise en Angola (1641-1648), finit par utiliser Curaçao comme point de ralliement, vers la fin des années 1650, en raison de sa proximité avec le Venezuela, le poisson salé servant cette fois à nourrir le nombre croissant d'esclaves en transit. À partir de 1662 ce trafic devient légal, avec la couverture de marchands génois installés de longue date en Espagne et la participation des îles anglaises de la Barbade et de la Jamaïque.

Puis vers la fin du , des marchands juifs et protestants tissent un réseau de livraison au départ de la petite île. Découvrant que les Amérindiens acceptent de vendre du cacao contre des textiles européens, les navires néerlandais remontent le río Yaracuy, qui se jette dans l'Atlantique à côté du port de Tucacas.

Les Premières-nations et les Espagnols Les premiers habitants de Curaçao sont les Arawaks qui arrivent du Venezuela.

En 1499, l'île est explorée par Alonso de Ojeda qui prend possession de l'île au nom de l'Espagne et décime les Arawaks. Il appelle l'île Isla de los Gigantes. Au début du , après avoir dépeuplé l'île par de fréquents raids pour fournir Hispaniola en esclaves, les Espagnols veillent à ce qu'elle soit repeuplée d'Amérindiens. Curaçao est rattachée administrativement au gouverneur du Venezuela (Coro), excepté lors de la concession Welser.

Colonisation néerlandaise vignette|Le Handelskade à Willemstad, Curaçao. Au milieu des années 1630, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), qui combattait l'Union ibérique au nord du Brésil, dans la Nouvelle-Hollande (Pernambouc), cherchait un port d'attache situé directement dans la mer des Caraïbes car les Espagnols venaient de lui prendre celui de Saint-Martin.

La perte définitive des salines de la Punta de Araya, un lagon nouvellement fortifié par les Espagnols à un jet de pierre de la côte vénézuélienne, et celle de Saint-Martin, a fait que les directeurs de la WIC se souciaient de procurer une nouvelle saline pour l'industrie halieutique néerlandaise.

Sur les conseils de Jan Janszoon Otzen qui avait été fait prisonnier à Tortuga (Venezuela) quelques années auparavant puis transféré à Curaçao afin de lui faire couper du bois avant de le ramener en Europe, la compagnie décida de conquérir l'île.

Otzen avait brossé un portrait idyllique de la géographie de Curaçao. En 1634, la compagnie affrète une escadre de six vaisseaux sous le commandement de Joannes van Walbeeck et Pierre le Grand.

Un gouverneur et 38 colons européens s'installent sur l'île, où vivent quelque 400 Amérindiens. Les Néerlandais s'aperçurent que les marais salants décrits par Otzen étaient impropres à l'exploitation.

En 1635, malgré la formation à Madrid par Olivares d'un conseil spécial pour la reconquête de Curaçao, les Espagnols attendirent l'année suivante. Le faible détachement naval chargé de cette mission ne put même pas s'y rendre.

Déterminée à garder sa possession, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales reçut l'appui des États de Hollande et des états généraux néerlandais, l'administration de la nouvelle colonie (et de ses dépendances Aruba et Bonaire) étant passée sous la coupe de la chambre amstellodamoise de la compagnie. Celle-ci fournit rapidement des renforts et des provisions à Walbeeck.

Plaque tournante des corsaires néerlandais Dans les années suivantes, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales oblige ses corsaires à rapporter à Curaçao tout butin acquis aux dépens des Espagnols. Entre-temps, les Néerlandais avaient entamé la construction d'un fort (Fort Amsterdam) et la fondation d'une ville située au fond de la baie de , Willemstad, nommée en l'honneur du fils et futur héritier du stathouder Frédéric-Henri, Guillaume II d'Orange-Nassau.

En 1642, Pieter Stuyvesant est nommé gouverneur, avant de partir en 1647 gouverner la Nouvelle-Néerlande.

À partir de 1636, les Néerlandais importent des esclaves au Brésil mais sans investir trop car leur situation militaire est précaire, avec un soulèvement portugais.

À Curaçao, dans la seconde partie des années 1650, le gouverneur néerlandais Matthias Beck signale une demande des Espagnols en Espagne, mais l'île n'en accueille aucun avant 1658..

Curaçao devient la plaque tournante des corsaires néerlandais et des marchands. Leurs navires servent à la traite négrière à l'époque, encore modeste, des colonies françaises, anglaises des Îles du Vent, ainsi que de celles de la terre ferme espagnole..

À partir de là, le papiamento, un créole à base de créole cap-verdien, néerlandais, d'espagnol, de portugais et de langues africaines, s'implante chez les esclaves.

En 1678, une expédition française commandée par l'amiral-comte Jean II d'Estrées doit s'emparer de l'île. Après avoir repris Tobago à Jacob Binckes, l'expédition s'échoue cependant en route sur les coraux de l'archipel de Las Aves. Curaçao échappe ainsi à la tentative de conquête française..

Arrivée des Néerlandais vignette|Curaçao à la fin du . , Bibliothèque royale des Pays-Bas. En 1652, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales passe contrat avec David Cohen Nassi (1612-1685), autorisant les Juifs à cultiver la terre à Curaçao, mais leur refusant la liberté religieuse pleine et entière ainsi que l'autorisation de se livrer au commerce. Nassi, alias Joseph Nunes Da Fonseca et Christovao de Tavora, était un converso (converti, nouveau-chrétien) ayant vécu en Nouvelle-Hollande avant de devenir un colonisateur chevronné.

En 1654, la Nouvelle-Hollande (Brésil) redevient portugaise, les Pays-Bas capitulant après une quinzaine d'années de guerre au Brésil. Certains de leurs ressortissants s'installent dans les Caraïbes. Ils fondent en 1655 la petite colonie du Pomeroon, sur les rives du fleuve du même nom. La large concentration de négociants et d'armateurs juifs à Curaçao fait de l'île l'épicentre de l'histoire des Juifs aux Caraïbes.

Au Brésil, les planteurs du Maragnon se soulevèrent contre les Néerlandais dès 1642, et tous les Brésiliens en font autant en 1645, puis Fernandès Vieira gagna deux batailles importantes.

Entre 1636 et cette révolte portugaise, les esclaves revendus par des bateaux néerlandais sur le marché brésilien étaient tous vendus à crédit, mais à partir de 1644 et 1645 la proportion d'esclaves vendus passe à respectivement 78 % et 100 %, reflet de l’appréhension des Portugais, lesquels sentent que le Brésil risque de leur échapper très prochainement..

L'île de Curaçao sert aussi de refuge aux Juifs après leur expulsion de la Martinique et de la Guadeloupe en 1685, en particulier à Benjamin da Costa d'Andrade, qui avait acquis des Amérindiens la technique de préparation du breuvage du cacao dès 1664.. À partir de 1693, la colonie devient le centre mondial du commerce du cacao.

Commerce du cacao

Au début du , une immigration en provenance des Pays-Bas, d'autres pays d'Europe et d'Asie fait grossir la population de l'île, jusque là base navale militaire des années 1630, investie dans les années 1660 par le trafic illégal, à . De nombreuses familles juives s'installent à Curaçao et construisent en 1732 la synagogue Mikve Israël-Emanuel qui est aujourd'hui la plus vieille synagogue encore vouée au culte en Amérique.

C'est le commerce du cacao et du textile qui a permis cette croissance de l'île ainsi qu'une étape importante dans l'Histoire de la culture du cacao. Pour le cacao, les Néerlandais utilisent une enclave sur la côte du Venezuela, Tucacas, comptoir où cohabitent des juifs et chrétiens de Curaçao, pour obtenir des quantités considérables de cacao et de tabac. Ils exportent ces denrées vers Amsterdam et participent aussi au commerce entre Curaçao et d'autres parties du Nouveau Monde, en important des Pays-Bas des toiles de lin d'Allemagne, du vin de Madère et de Bordeaux, de la cannelle et du poivre des Indes orientales. Les sépharades utilisèrent leur connaissance de l'espagnol et du portugais pour commercer avec les colonies espagnoles voisines.