Pierre-Étienne Flandin, né le à Paris 16 (Seine) et mort le à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes)Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance /410/1889 ; avec mention marginale du décès. Autre mention : mariage en 1912 avec Marguerite Laurence Barbier., est un avocat et homme d'État français.

Chef de file de la droite libérale et dirigeant de l'Alliance démocratique dans les années 1930, il est président du Conseil (chef du gouvernement) de à et organise la conférence de Stresa, en Italie, pour faire front commun contre le réarmement de l'Allemagne. En 1938, il approuve les « accords de Munich » en adressant ses félicitations personnelles aux quatre signataires (Chamberlain, Daladier, Mussolini et Hitler). En , il est vice-président du Conseil en remplacement de Laval et ministre des Affaires étrangères du régime de Vichy pendant .

Frappé d'indignité nationale pour sa participation à Vichy, il effectue de prison à la Libération avant d'être relevé de sa condamnation.

Biographie

Jeunesse et études Membre de la famille Flandin, il est le fils d'Étienne Flandin , député puis sénateur de l'Yonne et résident général de France en Tunisie, et de Marie-Léonie-Pauline Ribière.

Après de brillantes études secondaires au lycée Carnot, il étudie à l'École libre des sciences politiques ainsi qu'à la faculté de droit de l'université de Paris. Il est titulaire d'un doctorat en droit de l'université de Paris obtenu en 1914.

Il s'inscrit au barreau où il est secrétaire d'Alexandre Millerand. Candidat aux élections législatives de 1914, il est élu député de l'Yonne, à peine âgé de .

Il fut marié à Marguerite Barbier (1891-1970), fille de Léon Barbier (1853-1919), industriel et sénateur de la SeineLes Préfets de Gambetta, Vincent Wright, Éric Anceau, Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2007., dont postérité.

Spécialiste de l'aéronautique vignette|gauche|redresse|Pierre-Étienne Flandin en 1914. Sur sa demande, Flandin effectue son service militaire dans les aérostiers et obtient son brevet de pilote-aviateur en 1912, à l'époque héroïque de la conquête de l'air. Il est affecté à la mobilisation de 1914, à la réserve générale des pilotes puis à l'escadrille M.F. 33. Mais il est bientôt rappelé en mission à la direction de l'Aéronautique au ministère de la Guerre, cumulant ses fonctions avec celles de rapporteur de l'Aéronautique à la commission de l'Armée et à la sous-commission de Défense nationale. Appelé en 1917, par le président Painlevé, à la direction du Service aéronautique interallié, il est chargé d'organiser la participation de l'aviation américaine, en liaison avec l'aviation française et l'aviation britannique. À l'armistice, il est chargé par Clemenceau de préparer la Convention internationale de navigation aérienne qui devait être annexée au traité de Versailles. Il devient alors le premier président de la Commission internationale, avec pour mission d'organiser la navigation aérienne dans le monde. Il y représente la France pendant dix ans et y joue un rôle prépondérant. Ses compétences aéronautiques l'appellent naturellement à occuper le poste de sous-secrétaire d'État à l'Aéronautique et aux Transports aériens en 1919. Il y réalise une œuvre notable : choix et construction des premiers ports aériens : Le Bourget, Orly, Marignane, Ajaccio et, en Afrique du Nord, Oran, Alger, Tunis et Rabat ; rédaction et promulgation du statut des premières compagnies de navigation aérienne ; inauguration des premières lignes commerciales de transport de passagers, de poste et de fret par avions et hydravions ; définition et vote de la législation aérienne ; création de l'Office national météorologique ; centralisation des services techniques et industriels de l'Aéronautique.

En reconnaissance de ses services au progrès de l'aviation marchande, dont il est l'animateur, l'Aéro-Club de France lui décerne sa grande médaille d'or puis l'appelle à sa présidence en remplacement d'André Michelin. Flandin y organise la première croisière aérienne touristique et les premiers rallyes civils. Lorsqu'il est appelé, à partir de 1930, à jouer un rôle de plus en plus important dans la politique, il démissionne de la présidence active mais reste président d'honneur de l'Aéro-Club. Les contacts qu'il acquiert dans l'aéronautique le rapprochent du groupe Bouilloux-Lafont, qui détient la Compagnie générale aéropostale et dont il devient l'avocat. Il est impliqué en 1931 dans l'affaire de l'Aéropostale en raison des incertitudes qui entourent son rôle exact dans la gouvernance du groupe.

Réélu député de l'Yonne en 1919 et en 1924, il prend une place de plus en plus importante à la Chambre des députés. Membre de la Commission du suffrage universel, il rapporta favorablement le vote des femmes, mais le projet échoue au Sénat. Désigné pour la commission des Finances, il est rapporteur de plusieurs budgets. Abordant avec aisance la tribune, il s'y distingue par la précision de ses exposés. Il est vice-président de la Chambre des députés en 1928. Mais il est appelé par André Tardieu à siéger au gouvernement, fonction qu'il ne devait plus quitter jusqu'en 1936.

Patron de l'Alliance démocratique vignette|gauche|redresse|Pierre-Étienne Flandin en 1931. vignette|Flandin prononçant un discours au congrès de l'Alliance démocratique à Arras (1934). C'est au début des années 1930 que sa carrière politique prend son envol. Il est ministre du Commerce et de l'Industrie dans les cabinets Tardieu de 1930 ; ministre des Finances dans en 1931-1932 ; puis à nouveau dans celui de Tardieu en 1932. Membre de l'Alliance démocratique en 1914, il en prend la tête en 1933. Il y défend une ligne centriste d'alliance avec les radicaux contre Paul Reynaud et André Tardieu, qui poussent à la création d'une formation réunissant la droite. Il s'inscrit ainsi dans la tradition du grand parti de la droite libérale sous la Troisième République, porté vers l'alliance des centres depuis sa fondation en 1901.

En tant que ministre du Commerce, il règle le statut de la Compagnie française des pétroles et sa participation à l'Irak Petroleum Company, et représente la France, sur la proposition d'Aristide Briand, aux conférences économiques de la Société des Nations et à l'Assemblée de Genève. Ministre des Finances, il a à faire face à la crise des banques que l'économie française traverse. En renflouant la Banque nationale de crédit, il évite un krach qui eût plongé la France dans les mêmes difficultés que celles qui obligèrent finalement la Belgique, l'Angleterre et même les États-Unis à dévaluer leur monnaie. En dépit de la faillite allemande, du moratoire Hoover et de la dévaluation anglaise, c'est sous son administration financière que la Banque de France a atteint le record de son encaisse or ( tonnes).

Chef du gouvernement en pleine tempête vignette|gauche|Pierre-Étienne Flandin, Joseph Paul-Boncour et Albert Sarraut, ministres du second gouvernement Albert Sarraut (24 janvier 1936 - 4 juin 1936). En , Pierre-Étienne Flandin présente un programme économique qui est à la Bourse de Paris, portée aussi par les accords franco-italiens. concernant les possessions coloniales des deux pays en Afrique.

Au mois de , une offensive spéculative est déclenchée contre le franc. Victime d'un grave accident d'automobile à Auxerre, Flandin affronte la tribune le bras cassé pour empêcher la dévaluation monétaire. Il y réussit, mais son cabinet, amputé de son ministre des Finances, Louis Germain-Martin, est renversé. Il entre comme ministre d'État dans le cabinet Laval et, à la chute de ce dernier, devient ministre des Affaires étrangères dans le cabinet d'Albert Sarraut. Il doit faire face à une grave crise diplomatique provoquée par la réoccupation de la rive gauche du Rhin par l'armée allemande. , comme vis-à-vis des signataires des accords de Locarno, notamment le Royaume-Uni, garants de l'exécution de ce traité ; à peine obtient-il à Londres, la conclusion d'un accord franco-anglais qui valait alliance militaire pour l'avenir.

Finalement, la passivité du ministère Flandin des Affaires étrangères face à la réoccupation constitue une des premières reculades importantes de la France face à Hitler, et annonce l'attitude munichoise que Flandin adoptera à partir de l'arrivée du Front populaire.

L'opposition face au Front populaire et l'esprit munichois Les élections de 1936 amènent le Front populaire au pouvoir. Flandin quitte le gouvernement pour devenir, à la Chambre, le chef de l'opposition nationale. Il fait montre alors d'inconséquence face à la menace hitlérienne, sans doute par anticommunisme et manque de hauteur de vue, jusqu'à devenir progressivement le Président de l'Alliance démocratique depuis 1933, il mène une vigoureuse campagne dans le pays, multipliant les discours où il passe au crible la politique économique et financière du Front populaire, ainsi que ce qu'il estime être les erreurs diplomatiques du gouvernement. Ces controverses l'opposent non seulement à Léon Blum mais aussi, dans son propre parti, à Paul Reynaud, dont il désapprouve les thèses dévaluationnistes, les positions fermes contre Hitler et l'action qui mènerait, selon lui, la France à la guerre, dans un état d'impréparation matérielle et morale.

Connaissant les faiblesses du pacte franco-soviétique, puisqu'il avait été conclu sous son gouvernement en et qui avait été ratifié en , témoin en outre des incertitudes britanniques dues à l'état de faiblesse militaire du Royaume-Uni en face du réarmement allemand, il adopte avant l'heure une position défaitiste ; il propose d'abandonner à l'Allemagne l'Europe centrale qu'il juge indéfendable et de se replier sur les forces de l'Empire français (politique dite de ). Il approuve ainsi les accords de Munich, avec la grande majorité de l'opinion en France et en Angleterre., mais pousse son militantisme, au-delà des rassemblements politiques et d'une campagne de presse, jusqu'à envoyer un message personnel de félicitations à HitlerGilles Richard, Histoire des Droites en France de 1815 à nos jours, Perrin 2017 ., ce qui provoque des remous et des démissions au sein de son partiLe Matin, 14 novembre 1938, « Vifs incidents au congrès de l'Alliance démocratique ».. Les communistes et certains nationalistes s'en prennent alors violemment à lui le considérant comme un « traître »François Paulhac, Les Accords de Munich et les origines de la guerre de 1939, Paris, Vrin, 1988, . ou comme le pire des Munichois de France. Ainsi, le royaliste Jacques Renouvin le giflera à deux reprises publiquement alors que Flandin déposait une gerbe sur le tombeau du Soldat inconnu (). Ce devient le symbole du renoncement et de la faillite morale d'une certaine droite française et sera abondamment exploité dans la suite contre Flandin. Il s'en expliquera ainsi avec une certaine désinvolture : De manière très compromettante pour Flandin, Adolf Hitler lui répond par télégramme, en date du , en écrivant, avant l'heure, le mot « collaboration » :

Jacques Renouvin s'exprimera dans la presse sur la signification de son geste :

Guerre de 1939-1945 et rôle à Vichy Lorsque la guerre éclate, Flandin n'appuie pas moins les mesures qui peuvent contribuer à renforcer la défense occidentale. Durant la campagne de France, il ne suit pas le gouvernement à Bordeaux mais s'installe à Domecy-sur-Cure, dans l'Yonne, dont il est le maire depuis de très nombreuses années. Très apprécié des populations de l'Avallonnais, qu'il représentait au Parlement depuis plus de , il contribue par sa présence, conformément aux instructions du gouvernement et plus spécialement du ministre de l'Intérieur Mandel, à maintenir sur place les autorités et à éviter l'exode qui gênait les opérations militaires. Sa maison est occupée le par la Wehrmacht.