Stellio Lorenzi, né le à Paris où il est mort le Relevé des fichiers de l’Insee, est un scénariste et réalisateur français. Il fut un téléaste français reconnu pour ses émissions historiques.

Les années de formation Stellio Lorenzi est né à Paris d’un père italien originaire de Sanremo. Il passe son enfance et son adolescence à Cannes puis rejoint la capitale. Après trois années d’études supérieures en mathématiques, il s’oriente vers des études d’architecture. Le concours d’entrée à l’École polytechnique lui est interdit, car les lois du régime de Vichy en refusent l’accès aux fils d’étrangers. En 1944, il est assistant réalisateur de Jacques Becker sur Falbalas. Il poursuit cette carrière jusqu’en 1951 auprès de réalisateurs comme Jacques de Baroncelli, Marc Maurette, Louis Daquin ou Gilles Grangier.

Les débuts à la télévision française En 1952, il entre à la télévision naissante qu’il connaît depuis 1949, alors qu’il appartenait à un télé-club d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Après la réalisation d’émissions artistiques (série des Visites à), il s’essaie aux dramatiques (La parole est au prophète de Bernard Hecht, Arthur Adamov, La Servante de (Marcelle Maurette). Il filme de grands vaudevilles comme ceux de Georges Feydeau ou d’Eugène Labiche, dont il goûte la critique du mode de vie bourgeois. Dans le même temps il adapte des œuvres théâtrales ou romanesques comme Volpone de Ben Jonson, Thérèse Raquin d’Émile Zola (1957), Montserrat d’Emmanuel Roblès (1960), Crime et Châtiment de Dostoïevski (1955), La Dame de pique de Pouchkine (1958). Il est aujourd’hui considéré comme l’un des fers de lance de L’École des Buttes-Chaumont, ensemble de réalisateurs qui se firent connaître par la production de dramatiques en direct (œuvres classiques du répertoire théâtral français, mais aussi adaptations de grands auteurs étrangers).

Son appartenance au Parti communiste français marque de son empreinte des œuvres télévisuelles, comme La Charrue et les étoiles de Seán O’Casey, qui met en scène les Pâques sanglantes de Dublin en 1916, vécues par des prolétaires.

Les émissions historiques Jean d’Arcy, à la tête de la télévision française, était en quête d’idées pour de nouvelles émissions de création autres que des adaptations. Lorenzi propose une série historique. Il contacte André Castelot et Alain Decaux, animateurs d’une émission de radio : La Tribune de l'Histoire. Decaux et Castelot refusent le projet, ne voyant pas d’avenir dans ce nouveau média. Lorenzi finit par les persuader. Les premières émissions mêlent propos d’historiens et des scènes de fiction. Progressivement l’émission devient une dramatique à part entière. Se succèdent alors Mayerling, L’Énigme du Temple, L’Homme au masque de fer, Anastasia… Ces titres font partie d.une série intitulée Les Énigmes de l'histoire.

Du au , trente-neuf épisodes de La caméra explore le temps tournés en direct font les beaux jours de la télévision française. On peut citer Les Templiers en 1961, l’épisode de La Terreur et la Vertu en 1964 sur Danton et Robespierre, Les Cathares en 1965…

On dit de Lorenzi qu’il a fait « la première grande histoire nationale en images imprégnée d’un civisme éthique ». C’est ce qui lui vaut quelques soucis, à l’image des problèmes soulevés par Cinq-Mars, dramatique relatant la vie d’un conspirateur opposé au cardinal de Richelieu et par L’Affaire Calas relatant une erreur judiciaire dont Voltaire s’était fait l’écho. Lorenzi instaure avec le public une réflexion sur l’arbitraire, le fanatisme religieux ou les injustices sociales. La série s’arrête en 1966 sous la pression politique qui s’inquiète du pouvoir grandissant de la télévision et des opinions pour le moins tranchées de Lorenzi. Mais à l’époque, la guerre froide fait rage, et ce sont surtout les liens unissant Lorenzi au Parti communiste français qui inquiètent les politiques et les dirigeants de la télévision, même si Lorenzi lui-même affirmait à l’époque qu’il avait pris ses distances avec le parti communiste, souhaitant porter un regard républicain, neutre et objectif, dénué d’esprit partisan, sur ses créations futures. Il insistait aussi sur le caractère pédagogique de ses réalisations.

Jacquou le croquant, un succès populaire Lorenzi évoque les années 1950 et 1960 en disant que les moyens techniques ne permettaient que des scènes d’intérieur, réduisant les séries historiques aux relations entre les grands personnages de l’Histoire. Plus tard, les nouveaux moyens techniques permettent de découvrir le quotidien des gens simples tout autant acteurs de l'Histoire. Ainsi, en 1967, naît la mini-série Jacquou le Croquant, adapté d’Eugène Le Roy. Les six épisodes d’une heure trente minutes sont écrits par Lorenzi et Michèle O’Glor. Cette fresque paysanne met en scène une famille de métayers du Périgord entre 1819 et 1830. Elle permet à Lorenzi d’explorer ses thèmes de prédilection comme l’injustice et l’arbitraire. Les nouveaux moyens techniques rendent réalistes des scènes qu’il filme en caméra portée. Il puise son inspiration visuelle dans les peintures des frères Le Nain tout autant que dans le documentaire Farrebique de Georges Rouquier.

Une fin de carrière en cohérence avec son engagement politique En , Lorenzi participe à « l’opération Jéricho » qui consistait pour les personnels en grève de l’ORTF à tourner autour de la Maison de la Radio pour « en faire tomber les murs ».

Dans les années 1970, il réalise entre autres une série de quatre épisodes : Zola ou la conscience humaine d’après Armand Lanoux qui avait consacré une biographie à l’auteur des Rougon-Macquart.

Dans les années 1980, Stellio Lorenzi devient producteur délégué à Antenne 2. Il dirige une collection s’intitulant L’Histoire en marche qu’il définit comme « une série de films d’aventure pris au sens large, dont la conception serait la résultante d’une collaboration entre Alexandre Dumas, pour les intrigues et le contexte historique, Simenon pour les reflets sociaux et Emmanuel Le Roy Ladurie pour ce qui est de la nouvelle histoire au niveau du peuple ». Seules trois émissions sont tournées et diffusées en 1985-1986 : Le Serment (réal. Roger Kahane, 1985), Les Prisonnières (réal. Jean-Louis Lorenzi, 1985), La Patrie en danger (réal. Michel Carrier, 1986).

Le , Stellio Lorenzi interdit à M6 de diffuser Jacquou le Croquant, refusant qu'une série conçue et réalisée pour le Service public soit achetée par une entreprise privée.

Lorenzi termine sa carrière comme conseiller à la présidence d’Antenne 2, et meurt le , à l’âge de , des suites d’un cancer, juste après tout un été de rétrospectives télévisuelles ambitieuses (Les Rois maudits, Le Huguenot récalcitrant, Don Juan par Marcel Bluwal, en plus des traditionnelles rediffusions des films de Pagnol les lundis soir , La fille du puisatier après la débâcle), pour les de la télé, sur FR3, cycle estival présenté par Pierre Tchernia.

Stellio Lorenzi est un téléaste qui a contribué au développement de la télévision française, au même titre que, par exemple, Claude Barma, Jean Prat ou Marcel Bluwal, et ses œuvres sont en cohérence avec son engagement politique et surtout un vibrant idéal humaniste et républicain, notamment dans ses émissions historiques.

Vie privée Marié en 1946, il est le père de quatre enfants : Claire (née en 1949), Laura (née en 1950), Jean-Louis (né en 1954), réalisateur, et Antoine (né en 1959), réalisateur.

Filmographie Au cinéma Assistant réalisateur 1945 : Falbalas de Jacques Becker 1946 : La Rose de la mer de Jacques de Baroncelli 1947 : Danger de mort de Gilles Grangier 1947 : Dernier Refuge de Marc Maurette 1949 : Le Point du jour de Louis Daquin .. 1949 : Le Mystère de la chambre jaune d’Henri Aisner 1949 : Le Parfum de la dame en noir de Louis Daquin 1949 : Amour et compagnie de Gilles Grangier 1951 : Maître après Dieu de Louis Daquin Réalisateur 1962 : Climats d'après André Maurois. Acteur 1962 : Adieu Philippine de Jacques Rozier.

À la télévision En tant que réalisateur 1952 : Série des Visites à 1953 : La parole est au prophète d’après Hecht et Adamov 1954 : Volpone d’après Ben Jonson 1954 : L’Affaire Lafarge, d’après la reconstitution du procès par Marcelle Maurette, avec Maria Casares et Pierre Mondy (INA) 1955 : Crime et Châtiment d’après Fiodor Dostoïevski 1956 : La Belle Hélène d’après Jacques Offenbach 1956 : La Puce à l’oreille d’après Georges Feydeau 1956-1957 : série des Énigmes de l'histoireÉnigmes de l’histoire sur INA.fr 1957-1966 : 28 épisodes de La caméra explore le tempsLa caméra explore le temps sur ina.fr.. 1957 : Thérèse Raquin d’après Émile Zola 1957 : Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche 1958 : Monsieur chasse d’après Georges Feydeau 1958 : La Dame de piqueLa dame de pique Extrait sur ina.fr. d’après Alexandre Pouchkine avec Jean Rochefort, Roger Carel, Daniel Ceccaldi, Arlette Thomas 1958 : Le Voyage de monsieur Perrichon d’après Eugène Labiche 1959 : Marie Stuart d’après Friedrich Schiller, téléfilm 1960 : Montserrat d’après Emmanuel Roblès 1962 : Oncle VaniaOncle Vania Extrait sur ina.fr d’après Anton Tchekhov avec Gérard Chouchan, Jean Topart 1963 : La Charrue et les Étoiles d’après Sean O'Casey 1964 : La caméra explore le temps (épisode : La Terreur et la Vertu)La terreur et la vertu Bref extrait sur ina.fr. issu de l’émission La caméra explore le temps créée en 1957 par Stellio Lorenzi, André Castelot et Alain Decaux 1965 : DonadieuD’après la pièce de Fritz Hochwälder, Donadieu ou La grâce d’Alè (1953). .. 1967 : Jacquou le CroquantJacquou le croquant Extraits sur ina.fr., série de six épisodes 1971 : La Cerisaie d’après Anton Tchekhov 1974 : Antigone d’après Sophocle 1975 : Les Rosenberg ne doivent pas mourirLes Rosenberg ne doivent pas mourir Extraits sur ina.fr., téléfilm, adapté par Alain Decaux avec Marie-José Nat, Paul Le Person, Georges Wilson 1978 : Émile Zola ou la conscience humaineÉmile Zola ou la conscience humaine Extraits sur ina.fr..

Théâtre Metteur en scène 1970 : Dom Juan de Molière, théâtre de Nice 1970 : Montserrat d’Emmanuel Roblès, Festival de la Cité Carcassonne.

Notes et références

Voir aussi Sources et bibliographie Christian Bosseno, 200 téléastes français, éditions Corlet-Télérama, Paris, 1989. Jean-Marc Doniak, Les Fictions de la télévision française, éditions Dixit, Paris, 1998. L'Humanité, , article de Jack Ralite sur Stellio Lorenzi. Gilles Delavaud, L'Art de la télévision : Histoire et esthétique de la dramatique télévisée (1950-1965). Bruxelles : De Boeck ; Brie-sur-Marne (Val-de-Marne) : INA [Institut national de l'audiovisuel], DL 2005. (Collection Médias-Recherches. Série Études).

Liens externes

Stellio Lorenzi : portrait du réalisateur en vidéos sur ina.fr Isabelle Coutant : Les réalisateurs communistes à la télévision. L'engagement politique : ressource ou stigmate? CAIRN.INFO Maryline Crivello-Bocca : L'Écriture de l'histoire à la télévision. La mobilisation des consciences : La Caméra explore le temps (1956-1966). In : La Télévision dans la République : les années cinquante, sous la dir. de Marie-Françoise Lévy, Éditions Complexe-IHTP/CNRS.

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