Richard Hakluyt (). (né à Hereford vers 1552 ou 1553, mort le à Londres), chapelain de la cathédrale de Bristol et archidiacre de l'abbaye de Westminster, est un géographe, historien, traducteur, éditeur et diplomate anglais de l'époque élisabéthaine.
Il fut l'un des plus ardents propagandistes de l'expansion de l'Angleterre outre-mer, notamment par son livre Navigations, voyages, trafics et découvertes de la nation anglaise (1589).
Biographie Origines familiales Contrairement à une croyance persistante, la famille Hakluyt est d'origine galloise, plutôt que hollandaiseL'hypothèse selon laquelle les Hakluyt sont originaires des Pays-Bas est battue en brèche : cf. l'introduction de . ; selon l'antiquaire John Leland, la famille doit son patronyme à la forêt de Cluyd dans le Radnorshire.. Il semble qu'elle se soit établie dans le comté de Herefordshire en Angleterre vers le , plus précisément à Yatton« Richard Hakluyt », § 13 de la (The Literature of the Sea) du tome IV de .John Winter Jones, "Introduction" de .On a pu écrire que les Hakluyt avaient obtenu "Eaton Hall" (Yatton?) d'Owain Glyndŵr lorsqu'il s'empara du Herefordshire en 1402: cf. ., à un peu plus de au sud-est de Leominster, et comptait au nombre des plus importants propriétaires fonciers. Un certain Hugo Hakelute, ancêtre présumé de Richard Hakluyt, fut élu député du borough d'Yatton en 1304 ou en 1305Cf. l'introduction de qui affirme que cette attribution eut lieu au ., puis entre le et le , on ne compte pas moins de cinq "de Hackluit" ou "Hackluit" parmi les Sheriffs du Herefordshire. Un certain Walter Hakelut fut anobli au cours de la du règne d'Édouard (1305), et en 1349 Thomas Hakeluyt était chancelier du diocèse d'Hereford. Les actes notariés montrent enfin que Thomas Hakeluytt était juge de paix sous Henri VIII (qui régna de 1509 à 1547) et Édouard VI (qui régna de 1547 à 1553).
Années de jeunesse Richard Hakluyt, cadet d'une fratrie de quatre garçons, est né soit à Hereford dans le comté du Herefordshire vers 1552Cité dans ., ou à Londres vers 1553. Le père de Hakluyt, également prénommé Richard, était membre de la Corporation des Foureurs. Lorsqu'il mourut en 1557, son fils Richard n'avait que cinq ans, et sa femme Margery mourut elle aussi peu après. Richard Hakluyt eut pour tuteur un cousin avocat sociétaire de Middle Temple, l'une des associations des Inns of Court londoniennes..
vignette|gauche|La bibliothèque de Christ Church (Oxford), par un artiste anonyme, extrait du livre de Rudolph Ackermann intitulé History of Oxford (1813).
Formé à Westminster School puis au collège de Christ Church (Oxford), entre 1583 et 1588, Hakluyt fut d'abord chapelain et secrétaire de Sir Edward Stafford, l'ambassadeur anglais auprès de la cour de France. Le fait d'être ordonné prêtre devait permettre à Hakluyt d'exercer plus tard des charges importantes à la Cathédrale de Bristol et à l'Abbaye de Westminster, de devenir chapelain particulier de Robert Cecil, le de Salisbury et principal secrétaire d'État de la reine Élisabeth et du roi Jacques .
Alors qu'il étudiait à Westminster School comme pupille de la Couronne, Hakluyt rendit visite à son tuteur légal : leur conversation autour de « certains livres de cosmographie, une carte du monde et une Bible », l'engagèrent à poursuivre « l'étude de cette science et la pratique de ces lectures . Dédicace de Hakluyt à Sir Francis Walsingham de l'ouvrage . L'orthographe a été modernisée. ». Admis au collège de Christ Church (Oxford)Aucun monument ne commémore cependant Hakluyt, que ce soit à la cathédrale de Christ Church (Oxford) ou ailleurs dans ce collège., en 1570 grâce à une bourse versée par la Corporation des Foureurs, « ayant prononcé ses vœux », il entreprit de lire tous les récits de voyages et d'exploration écrits ou imprimés qui lui tomberaient sous la main. Il fut reçu licencié ès Arts (B.A.) le , puis Maître ès Arts (M.A.) le , et commença à donner des conférences de géographie. Il fut le premier en Angleterre à exposer, selon ses termes, « tant la corruption des anciens globes, cartes, sphères et autres instruments propres à cette science, que leur version récemment rectifiée » Hakluyt exerça la charge de professeur assistant à Christ Church de 1577 à 1586, bien qu'après 1583 il ne résidât plus à Oxford.
Hakluyt reçut l'Ordination en 1578, et cette même année se vit octroyer une « pension » par la guilde des tisserands pour qu'il puisse poursuivre des études de théologie. La pension devait s'éteindre en 1583, mais William Cecil fit en sorte qu'elle soit prorogée jusqu'en 1586, afin de soutenir les recherches de Hakluyt dans le domaine de la géographie.
Ambassade à Paris La première publication de Hakluyt, intitulée A Short and Briefe Narration (1580), était une traduction du Bref Récit et Succincte Narration de la Navigation Faite en MDXXXV et MDXXXVICf. . de l'explorateur français Jacques Cartier, récit de son second voyage au Canada en 1535–1536. Hakluyt poursuivit par un essai intitulé (1582).
Les Voyages de Hakluyt attirèrent l'attention de Lord Howard of Effingham, et de Sir Edward Stafford, beau-frère du précédent. Hakluyt, âgé à présent de trente ans, et familier des « plus éminents capitaines au long cours, des plus grands négociants, et des meilleurs marins de notre nation », fut choisi pour être chapelain et secrétaire de Stafford, nouvel ambassadeur anglais à la cour de France, qu'il accompagna à Paris en 1583. Sur les instructions du Secrétaire d'État Francis Walsingham, il se consacra principalement à la collecte d'information sur les explorations espagnoles et françaises, « recherchant minutieusement toute information propre à éclairer nos explorations du Ponant aux Amériques ». Bien que cette ambassade fût le seul séjour de sa vie sur le Continent, elle suffit à l'irriter par les discussions dont il fut témoin à Paris, sur les limitations imposées aux Anglais pour les explorations outre-mer.
vignette|La façade ouest de la Cathédrale de Bristol (avril 2005).
Les premiers résultats des recherches menées par Hakluyt à Paris furent publiés dans un livre intitulé , que Sir Walter Raleigh lui avait commandé. Le manuscrit, perdu de vue trois siècles durant, ne fut publié qu'en 1877. Hakluyt rentra en Angleterre en 1584, et offrit une copie de son Discourse à la reine Élisabeth (à qui l'ouvrage était dédié) ainsi que ses commentaires en Latin sur la Politique d'Aristote. Il y recommandait de créer des colonies anglaises sur les territoires encore vierges de l'Amérique du Nord, afin de gagner la reine à la cause de Walter Raleigh et de ses projets d'expédition. En , alors que Hakluyt avait rejoint l'ambassade à Paris, la reine lui octroya la première chaire vacante en prébende à la Cathédrale de BristolSelon l' Encyclopædia Britannica, op. cit., la reine attribua à Hakluyt la première chaire disponible en prébende à la Cathédrale de Bristol deux jours avant son retour de Paris., dont il bénéficia effectivement dès 1585 ou 1586 et qu'il conserva, avec d'autres bénéfices ecclésiastiques, jusqu'à sa mort.
Les autres écrits de la période parisienne de Hakluyt consistent pour l'essentiel en traductions et compilations, avec des dédicaces et préfaces de son cru. Ces écrits postérieurs, à côté de quelques lettres, sont pour nous les seules sources biographiques sur la vie du géographe anglais. Hakluyt s'intéressa de près au journal de bord de René de Laudonnière, intitulé Histoire Notable de la Floride, paru à Paris en 1586.. Le succès du livre dans la capitale française incita Hakluyt à en entreprendre la traduction en langue anglaise ; il la fit paraître sous le titre (1587). La même année, son édition du De Orbe Nouo Decades Octo de Pierre Martyr d'Anghiera parut à ParisSur la suggestion de Hakluyt, cet ouvrage fut traduit en anglais par Michael Lok et publié sous le titre .. Cet ouvrage comporte une carte gravée rarissime, dédiée à Hakluyt et signée F.G. (attribuée à Francis Gualle), et où le nom de « Virginia » apparaît pour la première fois.
Retour en Angleterre vignette|Page de titre de la première édition des The Principall Navigations, Voiages, and Discoveries of the English Nation de Hakluyt (1589).
En 1588, Hakluyt, après avoir servi neuf ans en France, rentra définitivement en Angleterre en compagnie de Lady Stafford. En 1589, il publiait la première édition de son chef-d'œuvre, un recueil commenté intitulé The Principall Navigations, Voiages and Discoveries of the English Nation, qui s'appuie autant que possible sur les témoignages directs des colons et explorateurs. Dans la préface, l'auteur annonce la fabrication prochaine par Emery Molyneux du premier globe terrestre en Angleterre. L'édition définitive en trois volumes des The Principal Navigations, Voiages, Traffiques and Discoueries of the English Nation parut entre 1598 et 1600. Dans la dédicace du second volume (1599) à son mécène Robert Cecil, il engageait le ministre à entreprendre sans tarder la colonisation de la Virginie. Quelques exemplaires de cet ouvrage monumental comportent encore une carte d'une extrême rareté : la première mappemonde fondée sur la projection de Mercator parue en Angleterre, et exécutée selon les principes d'Edward Wright. Le recueil de Hakluyt a été qualifié par l'historien James Anthony Froude d'« épopée de l'Angleterre moderne. ».
Le , Lady Stafford, elle-même Comtesse de Sheffield, confia à Hakluyt le rectorat de Wetheringsett-cum-Brockford, dans le Suffolk. Il conserva cette charge jusqu'à sa mort, et résida à Wetheringsett tout au long des années 1590 et même encore souvent par la suite. En 1601, Hakluyt publia sous le titre The Discoveries of the World la traduction du portugais d'un ouvrage d'Antonio Galvano. Cette même annéeQuoique The Galileo Project dit que cela n'arriva qu'en 1599. son nom est cité comme conseiller de la Compagnie anglaise des Indes orientales, fournissant des cartes et des informations sur les comptoirs.
Au service de Robert Cecil À la fin des années 1590, Hakluyt devint le chapelain privé et le pensionné de Robert Cecil, le fils de Lord Burghley, qui devait s'avérer le mécène le plus généreux du géographe élisabéthain. Hakluyt dédia à Cecil le second (1599) et le troisième tome (1600) de l'édition augmentée des Principal Navigations, ainsi que son édition des Discoveries de Galvão (1601). Cecil, premier Secrétaire d'État de la reine Élisabeth et du roi Jacques , le gratifia des bénéfices de prébendier de l'Abbaye de Westminster le Selon l'introduction de Jones aux Divers Voyages de Hakluyt', op. cit., Hakluyt prit la succession du Richard Webster en tant que prébendier de l'Abbaye de Westminster vers 1605.. L'année suivante, il fut élu archidiacre de l'abbaye.
Hakluyt fut marié deux fois, d'abord en 1594 puis en 1604. Sur l'acte du second mariage, daté du , il est qualifié de chapelain du Savoy Hospital ; c'est également le titre que lui donnait Cecil. Son testament mentionne des appartements qu'il occupait dans cette institution à son décès, tandis qu'un autre document indique qu'il est docteur en théologie (D.D.). vignette|gauche|Sur cette carte de Westminster due à John Norden (1593), la flèche rouge indique l'emplacement du Savoy Hospital, où Hakluyt était chapelain. Cette institution fut ouverte aux pauvres et nécessiteux par le roi Henri VII sur les bords de la Tamise. vignette|gauche|Sceau de la Virginia Company de Londres.