thumb|400px|Carte du monde montrant le taux d'alphabétisation par pays (Rapport sur le développement humain de 2013). Gris = aucune donnée
L'alphabétisation est « l'acquisition des connaissances et des compétences de base [de lecture et d'écriture] dont chacun a besoin dans un monde en rapide évolution et un droit fondamental de la personne humaine »..
Histoire de l'alphabétisation des adultes
Avant 1920, l'alphabétisation était essentiellement destinée à compenser chez des adultes le manque d'accès à la formation de base. Souvent, les cours d'alphabétisation étaient destinés à des ouvriers, c'est le cas par exemple du Montreal Mechanic's Institute, fondé en 1828Turgeon, Jocelyn ; Bourque, Louise ; Thibeault, Danielle. Une histoire de l'éducation des adultes : apprendre tout au long de la vie. [Québec] : Ministère de l'éducation, du loisir et du sport, 2007.. Le , une organisation en alphabétisation du Canada a initié en 1899 son programme d'alphabétisation par des « ouvriers-enseignants », des étudiants universitaires recrutés pour enseigner, pendant l'été, dans des « tentes de lectures » montés dans les camps de bûcheron.
À partir de 1919, l'alphabétisation devient une priorité pour certains gouvernements. En Grande-Bretagne, le (Rapport du Royaume-Uni sur l'Éducation) présente un programme politique pour l'alphabétisation et affirme que chaque adulte a besoin de formation continue, et en Union soviétique, le Décret du Conseil des commissaires nationaux sur l'élimination de l'analphabétisme parmi les populations de la république socialiste fédérative soviétique de Russie oblige Alain Verhaagen, Alphabétisation 1919-1999 : Mais… que sont devenues nos campagnes ?, Hambourg : Institut de l'UNESCO pour l'éducation, 1999.
En 2011, pas loin de 775 millions d'adultes avaient encore un niveau d'alphabétisme considéré comme insuffisant. Même pour ceux qui ont eu accès à une éducation de base dans un cadre formel, le fait de ne pas avoir achevé leur scolarité et d'avoir reçu un enseignement de qualité médiocre ne leur a pas permis d'atteindre un niveau de compétences de base suffisant ; la qualité de l'éducation et la pertinence des apprentissages demeurent des préoccupations majeures. Au moins 250 millions d'enfants ne savent pas bien lire, écrire ni compter, même après quatre années de scolarité au minimum.
Évolution du concept d'alphabétisation au fil du temps Quatre grandes conceptions de l'alphabétisation se sont succédé au cours des cinquante dernières années. Celles-ci sont nécessairement un peu arbitraires et il est impossible de diviser la période en segments distincts. Les quatre catégories ou tendances de la vision de l'alphabétisation sont les suivantes : l'alphabétisation, compétence isolée : approche centrée sur les processus de décodage et d'encodage de la lecture et de l'écriture, déconnectés d'autres compétences ; l'alphabétisation fonctionnelle : instrument destiné à améliorer l'utilisation des compétences, la qualité de vie et les moyens d'existence ; l'alphabétisation, outil d'autonomisation : moyen de comprendre le monde, de s'interroger, de problématiser les structures sociales et l'exercice du pouvoir, faisant ainsi de l'alphabétisation un processus libérateur ; l'alphabétisation, une pratique sociale : approche tenant compte de la diversité et de la pluralité de l'alphabétisation liées aux différents contextes et modes de vie des apprenants.
gauche|vignette|Session d'alphabétisation dans une zone rurale en Afrique.
L'alphabétisation scolarisante En 1949, lors de la Première Conférence internationale sur l'éducation des adultes (CONFINTÉA 1, Elseneur, Danemark), l'analphabète est définie comme étant « une personne incapable de lire et écrire, en le comprenant, un exposé simple et bref de faits en rapport avec la vie quotidienne ».
L'alphabétisation fait alors partie des préoccupations et des priorités sur le plan international, mais elle ne fait pas partie intégrante de l'éducation des adultes ; elle est une étape préliminaire, la conception demeure scolarisante.
Dans les années 1960, les réalités changent : de nouveaux pays, anciennes colonies, intègrent les institutions internationales, entraînant une perspective du développement international. Ces changements sociaux amènent de nouvelles conceptions de l'alphabétisation. En 1960, lors de la Deuxième Conférence internationale sur l'éducation des adultes (CONFINTÉA 2) qui se tient à Montréal, on y fait le lien entre l'alphabétisation et le développement international. L'alphabétisation est reconnue comme étant l'aspect « le plus urgent » de l'éducation des adultesConférence mondiale sur l'éducation des adultes, Montréal (Canada), 21- : rapport final. Paris : Unesco, 1960..
L'alphabétisation fonctionnelle En 1962, l'alphabétisation fonctionnelle fait son apparition. Une personne qui n'est plus analphabète est définie comme « une personne qui a acquis les connaissances et compétences [linguistiques] indispensables à l'exercice de toutes les activités où l'alphabétisation est nécessaire pour jouer efficacement un rôle dans son groupe et sa communauté et dont les résultats atteints en lecture, en écriture et en arithmétique sont tels qu'ils lui permettent de continuer à mettre ces aptitudes au service de son développement propre et du développement de la communauté et de participer activement à la vie de son pays. » (UNESCO, 1962) Cette définition annonce un changement de la finalité de l'alphabétisation : de fin en soi, elle devient un moyen, un outil au service du développement économique. Un effet de ce nouvel objectif est que l'alphabétisation change de cible. Au lieu de cibler toute la population par des campagnes massives, on cible la population active, misant sur le développement d'un capital humain qui générera de la richesse pour permettre au pays de consolider le reste des réseaux d'enseignement.
Un exemple de ce changement sur le plan des politiques nationales : en 1967 la Loi sur la formation professionnelle des adultes permet, au Canada la formation de base pour les travailleurs jusqu'à l'équivalence du diplôme d'études secondaires.. Cependant, cette loi ne permet pas aux adultes « inactifs » (mères ou pères au foyer, par exemple) de se formerhttp://www.mels.gouv.qc.ca/dfga/liste/pdf/41-7018.pdf Turgeon, Jocelyn ; Bourque, Louise ; Thibeault, Danielle. Une histoire de l'éducation des adultes : apprendre tout au long de la vie. [Québec] : Ministère de l'éducation, du loisir et du sport, 2007..
alt=Participante à un atelier d'alphabétisation populaire.|vignette|Participante à un atelier d'alphabétisation populaire.
L'alphabétisation conscientisante La fin des années 1960 et le début des années 1970 voit l'émergence d'une nouvelle pédagogie militante, qui relie l'alphabétisation à la libération. Cette approche développée surtout par Paulo Freire, ouvre une troisième voie en alphabétisation. Après les approches scolarisantes fonctionnelles, qui partent du point de vue de l'environnement lettré et visent respectivement à combler les lacunes de l'adulte en formation ou à lui assurer un développement dans une perspective économique, l'alphabétisation dite conscientisante part du monde et du vécu de la personne analphabète. Elle repose sur une relation égalitaire entre l'intervenant(e) et l'apprenant(e) afin d'encourager l'émergence des capacités critiques, et donc transformatrices de la réalité, de ces derniers.
Cette pédagogie vise l'autonomisation de l'apprenant(e) comme acteur dans tous les champs d'activité. Au Canada, le courant de l'alphabétisation populaire naît à cette époque, par la fondation de comités de citoyens ou de groupes communautaires faisant de l'alphabétisation selon une approche conscientisante. Au Québec ces organismes d'alphabétisation se sont coalisés autour du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ), fondé en 1981. Aujourd'hui cette organisation réunit 80 des d'alphabétisation populaire dans la province francophone.
Cette approche trouve son écho lors de la , tenue en 1972 à Tokyo. Sans mentionner spécifiquement l'alphabétisation, CONFINTÉA déclare que «L'éducation des adultes est pour le citoyen un outil de libération dans une société qu'il est appelé à construire de l'intérieur en le transformant.»Rapport final : troisième conférence internationale sur l'éducation des adultes réunie par l'Unesco, Tokyo, - / Conférence internationale sur l'éducation des adultes ( : 1972 : Tokyo, Japon). Paris, France : Unesco, 1972. et aussi des personnes qui ne savent pas lire ni écrire, et n'ont pas assez d'argent pour aller à l'école.
Droit
Le droit à l'éducation est mentionné dans le cadre de l'Article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. 2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié… »..
UNESCO, dans la lutte pour l'alphabétisation « Construire la paix dans l'esprit des hommes et des femmes » telle est la mission de l'UNESCO.
L'UNESCO est une organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture. De ce fait, l'alphabétisation constitue l'une des missions de cette organisation. La lutte pour l'alphabétisation constitue un moteur du développement durable. L'UNESCO considère qu'elle contribue à une participation accrue au marché du travail, mais aussi à l'amélioration de la santé et de la nutrition infantile et familiale, la réduction de la pauvreté et le développement des chances dans la vie. Entre autres, l'alphabétisation permet une amélioration des conditions de vie..
Afin de permettre l'alphabétisation l'UNESCO a établi différents projets :
L'un de ces principaux projets est le développement des capacités pour l'éducation aussi dit « CapED ». Ce projet permet aux de fournir une aide aux États membres dans le cadre d'une augmentation des niveaux d'alphabétisation des jeunes et des adultes.
L'autre grand projet de l'UNESCO est une collaboration entre l'UNESCO et Pearson, il s'agit de l'initiative UNESCO-Pearson pour l'alphabétisation : amélioration des moyens de subsistance dans un monde numérique. Ce projet tente de tirer profit des nouvelles technologies dans la lutte pour l'alphabétisation..
La lutte contre l'analphabétisme