La couronne de Castille (en espagnol : Corona de Castilla) rassemblait les territoires qui étaient au Moyen Âge sous l'autorité des rois de Castille. On peut dater sa naissance du règne du roi Ferdinand de Castille, qui le premier rassembla sous son autorité en 1037 les royaumes de Castille et de León, ce dernier rassemblant déjà les royaumes des Asturies et de Galice. Après des partages dynastiques, la couronne de Castille fut reformée en 1230 sous le règne du roi Ferdinand III de Castille. De plus, la couronne s'agrandit grâce à la Reconquista, intégrant de nombreux royaumes pris aux musulmans. Par le mariage des Rois catholiques, elle forme une union dynastique avec la couronne d'Aragon, mais conserve son indépendance nominale. Après deux siècles d'union, elle est dissoute et fondue en 1715 dans un royaume d'Espagne par les décrets de Nueva Planta. Pendant cette période d'union des couronnes, elle est le centre économique, culturel et politique de la monarchie espagnole. Le titre d'usage du souverain de la couronne de Castille est « roi de Castille et de León », quoique l'on trouve aussi le plus simple « roi de Castille ».
Histoire Du royaume de León aux royaumes de León et Castille
vignette|321x321px|Carte des emplacements des universités en Castille.
Le royaume de León apparut à partir du royaume des Asturies. La Castille était, à l'origine, un comté à l'intérieur du royaume de León. Dans la seconde moitié du , durant les guerres civiles léonaises, la Castille se comportait de manière de plus en plus indépendante, pour finir par tomber dans l'orbite de Navarre, dans le royaume de Sanche III Garcés qui assurera le comté pour son fils, qui deviendra Ferdinand Ier de León grâce à l’assassinat du comte García II de Castille en 1028.
En 1037, Ferdinand Ier se rebella contre le roi de León, Bermude III, qui mourut à la bataille de Tamarón, et devint donc le roi de León grâce à son mariage avec la sœur de Bermude, Sancha. C'est donc ainsi que le comté castillan devint une partie du patrimoine royal.
Depuis le début de la Reconquista, la frontière de l'Èbre a été disputée entre les musulmans, les Aragonais, les Navarrais et les Léonais. Le royaume de Nájera et le diocèse de Calahorra ont été incorporés finalement à la couronne de Castille en 1176, après être passés de main en main depuis 923, montrant son importance dans le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, commencé à Santo Domingo de la Calzada et San Millán de la Cogolla.
À la mort de Ferdinand, ses États furent divisés entre tous ses fils. Son préféré, Alphonse, reçut le royaume de León et la primauté que ce titre lui octroyait sur ses frères. Sanche eut le patrimoine de son père, le comté de Castille, élevé au rang de royaume, et le cadet, García, reçut la Galice. Cette division fut de courte durée : entre 1071 et 1072, Sanche renversa ses frères, et annexa leurs États, mais mourut assassiné en 1072, permettant à Alphonse de réunifier l'héritage légué par Ferdinand Ier, qui resta uni jusqu'en 1157, année durant laquelle l'empereur Alphonse VII est mort, en léguant le León à Ferdinand II et la Castille à Sanche III. Alphonse VIII succéda à Sanche, et Alphonse IX succéda à Ferdinand.
Quand le fils d'Alphonse VIII, Henri Ier de Castille, mourut en 1217, Ferdinand hérita du royaume de Castille, et accéda au trône en 1230, grâce à la mort de son père et au renoncement au trône de la part des infants, au León. Il a aussi profité de la grande faiblesse du royaume des Almohades pour avancer amplement la Reconquista, prenant la vallée du Guadalquivir tandis que son fils Alphonse conquérait le royaume de Murcie.
Les rois de la couronne de Castille possédaient les titres de Roi de Castille, León, Navarre, Grenade, Tolède, Galice, Murcie, Jaén, Cordoue, Séville, Algarve, Algésiras et Gibraltar et des îles Canaries, et des Indes et Terre fermes de l'Océan et Seigneurs de Biscaye et Molina. Les héritiers portaient le titre de Prince des Asturies.
Unification des Cortes L'union des royaumes eut comme conséquence l'union des Cortes de Castilla y de León, une institution politique qui régule la société d'ordre en Espagne durant le Moyen-Âge. Ils s'articulaient en trois branches, qui correspondaient à la noblesse, au clergé et au tiers-état. Bien que le nombre de villes représentées dans la Cortes variait au fil du temps, c'est le roi Jean Ier de Castille qui a fixé de manière définitive les villes qui avaient le droit d'envoyer l'équivalent des doléances au Cortes : Burgos, Tolède, León, Séville, Cordoue, Murcie, Jaén, Zamorre, Ségovie, Avila, Salamanque, Cuenca, Toro, Valladolid, Soria, Madrid, Guadalajara et Grenade (après 1492 pour cette dernière).
Avec Alphonse X, la majorité des réunions de Cortes furent conjointes pour tous les royaumes.
Même si à l'origine les différents royaumes et les villes conservaient leurs droits particuliers ( la conservation du Vieux Forum de Castille), il fut vite décidé de faire une loi unique pour tout le territoire castillan, avec les Siete Partidas (1265), l'ordonnance d'Alcalá (1348) et les Lois de Toro (1505), qui continuèrent à être appliquées jusqu'en 1889, année de la promulgation du Code Civil espagnol.
Le patronage et le payement du Vote
La justification providentialiste des origines de chaque royaume et de leur légitimité était un sujet de préoccupation important (non seulement durant le Moyen Âge, mais aussi durant tout l'Ancien Régime), et suscita de nombreux débats pour savoir quelle entité surnaturelle devait exercer son patronage, et sur quel territoire exactement, avec des conséquences, notamment fiscales. L'origine de ce patronage vient de batailles mythiques qui ont eu lieu entre le et le , dans lesquelles étaient notées des interventions miraculeuses, comme la bataille de Covadonga, la bataille de Clavijo ou la bataille de Simancas.
La langue castillane dans les universités Durant le , il existait de nombreuses langues dans les royaumes de León et de Castille, comme le castillan, l'astur-léonais, le basque et le galicien. C'est durant ce siècle que le castillan a commencé à gagner de l'importance, en tant qu'instrument, notamment culturel (par exemple, le Cantar de mio Cid).
Durant les dernières années de Ferdinand III, le castillan a commencé à être utilisé dans plusieurs documents, mais n'arrive au rang de langue officielle que sous Alphonse X. Depuis lors, tous les documents publics sont rédigés en castillan, ainsi que les traductions, au lieu d'utiliser le latin.
Aussi, durant ce siècle, une grande quantité d'universités furent construites sur les territoires de la couronne de Castille, comme celles de Palencia, Salamanque ou Valladolid, qui seront les premières universités européennes.
En 1492, la première édition de la grammaire sur la langue castillane fut écrite par Antonio de Nebrija.
: le règne des Trastamare L'ascension des Trastamare au trône À la mort d'Alphonse XI, un conflit dynastique commença entre ses fils Pierre et Henri. Alphonse XI avait contracté un mariage avec Marie de Portugal, avec qui il eut son héritier, Pierre. Sans aucun doute, le roi eut aussi avec Leonor de Guzmán plusieurs fils, parmi lesquels Henri, comte de Trastamare, qui disputa le trône à Pierre.
Durant sa lutte contre Henri, Pierre s'est allié avec Edouard de Woodstock, prince de Galles, plus connu sous le surnom du Prince Noir. En 1367, le Prince Noir battu les partisans d'Henri durant la bataille de Nájera, et en voyant que le roi ne tenait pas ses promesses, il abandonna le royaume, ce dont Henri profita pour reprendre la lutte. Finalement, Henri vaincu Pierre à la bataille de Montiel, en 1369, qui sera fatale pour ce dernier.
Jean de Gand, le frère du Prince Noir et duc de Lancastre, se marie en 1371 avec Constance, la fille de Pierre. En 1388, il revendiqua la couronne de Castille pour sa femme, l'héritière légitime selon les Cortes de Séville de 1361. Il arriva à La Corogne avec une armée, captura la ville, puis Saint-Jacques de Compostelle, Pontevedra et Vigo. Il demanda donc à Jean Ier de Castille, fils d'Henri, qu'il donne le trône à Constance.
Cette demande ne fut pas acceptée, et Henri proposa le mariage de son fils avec la fille de Jean de Gand et Constance. Cette requête fut acceptée, et depuis lors, le titre de prince des Asturies fut créé, pour l’héritier au trône. Cela permit d'arrêter tout conflit dynastique, et d'établir la paix entre l'Angleterre et la Castille.
Relations avec la couronne d'Aragon Durant le règne d'Henri III, le pouvoir royal fut restauré, redonné à la noblesse la plus puissante. Durant les dernières années de sa vie, il délègue une partie du pouvoir à son frère Ferdinand d'Antequera, qui fut le régent, avec son épouse Catherine de Lancastre, tant que le prince Jean, héritier du trône, était encore mineur. Avec le compromis de Caspe, en 1412, le régent Ferdinand abandonne la Castille, en devenant roi d'Aragon.
À la mort de sa mère, Jean II atteint la majorité, avec , et se marie avec sa cousine Marie d'Aragon. Le jeune roi confie le gouvernement à Álvaro de Luna, la personne la plus influente du corte, et allié à la petite noblesse, aux grandes villes, au bas-clergé et aux Juifs. Cet acte amena les foudres de la haute-noblesse castillane, ainsi que des Infants d'Aragon, ce qui provoqua, entre 1429 et 1430, la guerre entre Castille et Aragon. Álvaro de Luna gagna la guerre et expulsa les infants.
Deuxième conflit de succession Henri IV de Castille essaya de rétablir sans succès la paix avec la noblesse, qui avait rompu avec son père. Quand sa deuxième épouse, Jeanne de Portugal, accoucha de la princesse Jeanne, elle fut attribuée à une supposée relation adultère de la reine avec Beltrán de la Cueva, un proche du roi.
Le roi, harcelé par les révoltes et les exigences des nobles, dut signer un traité nommant comme héritier son frère Alphonse, laissant Jeanne en dehors de la succession. Après la mort d'Alphonse dans un accident, Henri signa avec sa demi-sœur Isabelle le traité des Taureaux de Guisando, dans lequel il la nomme héritière au trône si elle se marie avec le prince choisi par Henri.
Les Rois catholiques : union avec la couronne d'Aragon En octobre 1469, Isabelle et Ferdinand, le prince héritier d'Aragon, se marient en secret à Valladolid. Cette union eut comme conséquence directe l'union dynastique de la couronne de Castille à la couronne d'Aragon en 1479, quand Ferdinand fut roi d'Aragon, même si ce ne fut officiel que lors du règne de son petit-fils Charles Quint. Isabelle et Ferdinand avaient des liens familiaux et se sont mariés sans l'approbation du pape, ils ont donc été excommuniés. Postérieurement, Alexandre VI leur donna le titre de Rois Catholiques.
À bien des égards, les problèmes de l'union dynastique de l'Aragon et de la Castille furent peu différents de ceux qui furent engendrés par des expériences similaires ailleurs en Europe : le cas de l'Angleterre et de l'Écosse fut comparable, tout comme celui des Pays-Bas qui réussissent à s’unifier par l’Union d'Utrecht en 1579, formant les Provinces-Unies ainsi que l'union temporaire de la Suède et de la Pologne. Ces processus d'unification de peuples et de nations se généralisent à cette époque à travers l'Europe.
En raison du mariage d'Isabelle et de Ferdinand, le roi et demi-frère d'Isabelle, Henri IV considéra comme rompu le traité des Taureaux de Guisando, par lequel Isabelle devait accéder au trône de Castille à sa mort. De plus, Henri voulait allier la couronne de Castille avec le Portugal ou avec la France au lieu de l’Aragon. Pour ces raisons, il déclara comme héritière Jeanne au lieu d'Isabelle. À la mort d'Henri IV en 1474 commença une guerre civile, qui dura jusqu'en 1479, pour la succession au trône, qui opposa Jeanne et Isabelle et qui se solda par la victoire des partisans de cette dernière.