L'expression « malgré-nous » désigne les Mosellans et les AlsaciensLa situation des conscrits des cantons de l'Est belges, de l'Arelerland (Belgique) et du Grand-Duché du Luxembourg, également annexés comme l'Alsace-Moselle par l'Allemagne nazie en 1940, relève de la même problématique. incorporés de force dans la Wehrmacht, l'armée régulière allemande, durant la Seconde Guerre mondiale, que ce soit dans la Heer (armée de terre), dans la Luftwaffe (armée de l'air), dans la Kriegsmarine (marine de guerre), ou encore dans la Waffen-SS. Les femmes incorporées dans les organisations nazies (RAD, KHD…) ont été désignées les malgré-elles.

Contexte historique Le Traité de Francfort, scellant la défaite française de 1871, donna une partie de la Lorraine — le département de la Moselle dans ses limites actuelles — et quelques villages du département des Vosges ainsi que l’Alsace (moins l'arrondissement de Belfort) à l'Empire allemand laissant aux populations pendant quelques mois le choix « d'opter » pour la FranceLes soldats et les détenus en résidence en optent vers l'Allemagne pour conserver le lien familial sans considération d'appartenance, leurs proches ne pouvant pas déménager facilement.. Les populations de ces contrées qui restent sur place se sont ainsi retrouvées sujets de l'Empereur allemand et soumises aux obligations et usages des ressortissants du nouveau Reich. Les jeunes hommes durent accomplir leur service militaire et tous ces soldats Alsaciens-Lorrains ont été mobilisés – au sein des armées de l'empire allemand – durant la Première Guerre mondiale. Entre 1914 et 1918, 380 000 Alsaciens et Mosellans sont incorporés dans l’armée allemande pour servir l'Allemagne et le Kaiser conscrits Alsaciens-Lorrains servirent en effet l'Empire allemand jusqu’à la fin de la guerre, même si des incidents disciplinaires furent rapportés par la hiérarchie allemande. En fait il leur était difficile de faire autrement. Dans son journal L'Alsace pendant la Guerre, Spindler rapporte cette conversation à la date du : 1914-18 : La grande guerre sur https://www.memorial-alsace-moselle.com/le-memorial/un-peu-d-histoire/1914-118-grande-guerrealsace-moselle.com consulté le .. Parmi ceux-ci, environ , faits prisonniers de guerre, choisirent alors de s'engager dans l'armée françaiseMémorial de l'Alsace-MoselleBon nombre d'« optants » Alsaciens et Lorrains avaient dès 1871 choisi l'exil pour se soustraire à l'autorité allemande.. Cette mobilisation au début de la Première Guerre mondiale se fait globalement sans heurt, les jeunes générations n'ayant jamais connu la France et se considérant comme citoyens allemands.. On le voit dans l’article en allemand Ich bin ein Kriegskind du pasteur Jean-Jacques Reutenauer, né en 1952. Son grand-père lui ayant dit quand il était encore tout jeune : , l’enfant répondit : À la fin de la guerre, en 1918, après quatre ans de dictature militaire, de brimades et de destructions volontaires, la population d'Alsace-Moselle n'éprouve plus la moindre sympathie pour l'Allemagne et fait le dos rond en espérant une paix prochaine.

Le problème est radicalement différent en 1942, tant sur le plan sociologique que sur le plan juridique. D'un point de vue humain, les jeunes appelés Alsaciens et Mosellans ne sont pas nés Allemands ; ils sont majoritairement restés « Français de cœur » et n'ont pour la plupart pas opté pour obtenir la nationalité allemande, qui leur a été octroyée d'office au nom du Volkstum.. D'un point de vue légal, l’annexion de facto des trois départements français par l'Allemagne nazie n'a pas été ratifiée par le droit international ni d’ailleurs par aucun traité entre la France de Vichy et l’Allemagne ; c’est ce que précise le une protestation du général Huntziger au général von Stülpnagel, président de la commission allemande d’armistice. Il y est bien dit : et on rappelle que cette Convention avait précisé

Bien que le terme « malgré-nous » apparaisse déjà en 1920, après la Première Guerre mondiale, lorsque des associations d'anciens combattants alsaciens et lorrains de la Grande Guerre emploient cette formule pour mettre en avant le fait qu'ils avaient dû se battre « malgré eux » dans l'armée allemande contre la FrancePierre Schlund, Souvenirs de guerre d'un Alsacien, Éditions Mille et une vies, 2011, .Paul Durand, En passant par la Lorraine ; gens et choses de chez nous 1900-1945, Éditions Le Lorrain, 1945, ., les premiers véritables « malgré-nous » ont été incorporés de force par l'armée allemande à partir d'Malgré-Eux dans l’armée allemande; Les incorporés de force mosellans 1942-1945, exposition sur les "Malgré-Eux" aux Archives départementales de la Moselle.

vignette|upright=0.9|Stèle des malgré-nous à la gare de Strasbourg-Cronenbourg. Quand l'armistice du 22 juin 1940 est signé, les cas de l'Alsace et de la Moselle ne sont pas évoqués. Ce territoire reste donc juridiquement français, bien qu'il fasse partie de la zone militairement occupée par l'Allemagne.

Le régime nazi l'annexe de fait au territoire allemand, par un décret du signé par le Führer Adolf Hitler qui en interdit la publication.

Le gouvernement de Vichy se borne à des notes de protestation adressées aux autorités allemandes de la commission de Wiesbaden, mais sans les rendre publiques, craignant les réactions allemandes : D’ailleurs ces notes restaient toujours sans réponses.

Le bruit se répand alors qu'une clause secrète avait de nouveau livré l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne, à cette différence près que les trois ex-départements français ne formaient plus une entité propre, comme c'était le cas lors la précédente annexion. Ainsi, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin deviennent le CdZ-Gebiet Elsass, territoire rattaché au Gau Baden-Elsaß ; tandis que la Moselle devient le CdZ-Gebiet Lothringen, territoire rattaché au Gau Westmark le ..

Chronologie des faits Jusqu'en cependant, si on multiplia les organisations paramilitaires, où la population des jeunes était obligée de s'inscrire, on s'abstint de l'ultime transgression juridique, la mobilisation obligatoire dans l'armée allemande. Mieux encore, l'Allemagne proclamait qu'elle n'avait pas besoin des Alsaciens-Mosellans pour gagner la guerre, qu'elle espérait bientôt terminée et victorieuse. Les services de Goebbels n'en firent pas moins une propagande active pour inciter les jeunes Alsaciens et Mosellans à s'engager, mais sans le moindre résultat. Seuls les fils des fonctionnaires allemands présents semblent avoir répondu à l'appel, mais ils furent moins d'un millier pour les deux départements alsaciensAlfred Wahl, Jean-Claude Richez, La Vie quotidienne en Alsace entre France et Allemagne (1850-1950), Hachette, 1993.. Le gauleiter Robert Wagner, qui était responsable de l'Alsace, était persuadé que ceux qu'il considérait comme des frères de race nouvellement reconquis entendraient vite l'appel de leur sang et se sentiraient rapidement allemands ; constatant le nombre infime d'engagés volontaires, il conclut — non sans cynisme — que les jeunes hésitaient à entrer dans l'armée allemande et qu'ils seraient heureux de s'y voir forcésVoir cet extrait du mémoire de défense de Robert Wagner : .. Au printemps 1942, à Vinnitsa, il persuada Adolf Hitler, au début fort réticent, d'introduire le service militaire obligatoire en Alsace, ce qui fut fait officiellement le . vignette|gauche|upright=0.9|Josef Bürckel, gauleiter du Gau Westmark.

De son côté, le gauleiter Josef Bürckel, responsable de la Moselle annexée, avait promulgué l'ordonnance instituant le service militaire obligatoire pour les Mosellans dès le . Il promulgua, dix jours plus tard, une seconde ordonnance portant sur l'octroi de la nationalité allemande aux Mosellans, qui rendit aussitôt applicable cette incorporation de force en Moselle.

En 1942, l'armée de Vichy démobilisa une grande partie des soldats du contingent qui avaient été maintenus sous les drapeaux depuis le début de la guerre mais, dès 1940, les Alsaciens-Lorrains avaient été autorisés à quitter l'armée française. Ceux qui n'ont pas profité de cet « avantage » ont pu rester dans l'armée française, et ensuite rejoindre les forces françaises libres. D'où, chez certains, un sentiment de supériorité vis-à-vis des autres soldats français, de l'intérieur :

Bürckel déclara, non sans hypocrisie, que les Mosellans qui ne se sentaient pas allemands pouvaient demander, avant le , à être expulsés vers la France. Le nombre de demandes fut tel que Bürckel se rétracta aussitôt, annonçant que les déportations se feraient non vers la France mais vers la Pologne et que les réfractaires au service militaire seraient envoyés en camp de concentration..

Le gauleiter Wagner, qui sentait bien l'illégalité d'une telle décision, déclara le : . Et le :

Le service militaire, en temps de guerre, équivalait à être incorporé et à participer aux combats. La plupart des malgré-nous furent affectés dans la Wehrmacht, mais de nombreuses classes furent versées d'autorité dans la Waffen-SS. Certains ont été incorporés directement dans les Waffen-SSLes seuls critères de sélection pour le recrutement dans les Waffen-SS étaient une taille minimale et une dentition en bon état., mais d'autres ont d'abord été incorporés dans des unités de la Wehrmacht, l'armée régulière, avant d'être rattachés ultérieurement à des divisions de Waffen-SSCe fut le cas des incorporés de force de la division SS Das Reich.. La décision d'incorporer de force des Alsaciens, des Mosellans, des Luxembourgeois et des Belges dans les Waffen-SS s'explique par le fait que les divisions de la Waffen-SS, dites « troupes d'élite », comptaient une forte proportion de pertes lors des combats. Dans son journal, courageusement tenu en français pendant l’occupation allemande, Marie-Joseph Bopp parle d’un collègue mobilisé et versé d’office dans les SS malgré ses efforts. On lui donne cette raison : c’est que Et puis On veut ainsi dissuader les jeunes gens de déserter.

Finalement, et se retrouvèrent, principalement sur le front de l'Est, à combattre l'armée de Joseph Staline. Ceux qui furent faits prisonniers par l'armée rouge ou qui désertèrent des troupes allemandes et rejoignirent volontairement des groupes de partisans soviétiques se retrouvèrent pour la plupart internés à Tambov, en Russie, en 1945. Nombre d'entre eux ont cependant vécu des combats en Normandie, comme les « malgré-nous » de la SS Das Reich, dans la poche de Falaise. Beaucoup de jeunes gens avaient moins de dix-huit, voire dix-sept ans. Parmi les rares qui ont pu déserter, ou se rendre aux Alliés occidentaux, certains se sont enrôlés dans les FFI ou dans l'Armée française de la Libération. En , les Soviétiques relâchent « seulement » prisonniers à Tambov ; ceux-ci sont transférés à Alger pour être incorporés dans l'armée de la France libre« L'Alsace au temps des malgré-nous », sur encyclopedie.bseditions.fr..

Le cas des officiers de réserve D'après la législation militaire, l'armée allemande ne peut pas incorporer d'officiers non nationaux..

L'affaire des 42, février 1944 par Marie-Joseph Bopp Jusqu’en 1944, les Allemands ne mobilisent pas les officiers de réserve, mais Marie-Joseph Bopp écrit le :

Une première alerte a lieu à la fin de 1943 puisque nous lisons chez Bopp à la date du :

Mais la situation est en fait beaucoup plus grave et le il écrit effectivement :

Et, moins d’une semaine après :

Les récalcitrants sont envoyés au camp de Cernay mais là encore on tente de les convaincre. Le ,

L'affaire des 42, mai 1944 par Cyrille Gillig Cyrille Gillig, avec cinquante officiers alsaciens est convoqué à Cernay le pour être incorporé dans les Waffen-SS. 42 refusent de porter l'uniforme allemand et sont envoyés au camp de concentration de Neuengamme au nord de l'Allemagne. Vingt survivants seront libérés par les Anglais en 1945.

Désertion