Adrien Louis Marie Alibert, dit Louis Alibert (Loís Alibèrt en occitan selon la norme classique), né le à Bram dans l'Aude et mort le à Montpellier, est un linguiste français d’expression française et occitane, auteur de la Gramatica occitana segon los parlars lengadocians (en 1935 et 1936) et du Dictionnaire occitan-français selon les parlers languedociens (en 1966, à titre posthume), qui sont des documents fondamentaux dans la finalisation de la norme classique de l'occitan, adoptée par l'Institut d'études occitanes (IEO) en 1945.

En raison de son soutien actif à la politique pétainiste de collaboration sous l'Occupation, il fut condamné à cinq ans de prison et frappé de la mesure d'indignité nationale à vie après la Libération.

Biographie Né dans le Lauragais, il est le fils de Jacques Alibert et de Françoise Lanes (Francesa Lanas). Son parrain et sa marraine sont Stanislas Lanes (Estanislau Lanas) et Maria DazilhaLouis Alibert leur dédicace le second volume de la Gramatica occitana segon los parlars lengadocians : . Il grandit dans une famille de paysans où l'on parle occitan.

Après l'obtention du baccalauréat à Carcassonne, Alibert choisit la faculté de pharmacie de Toulouse pour poursuivre ses études. Son intérêt pour l'histoire et la philologie occitaneJoseph Anglade, son professeur, est notamment connu pour avoir fait adopter le terme en lieu et place de pour désigner la langue d'oc : lui fait fréquenter en parallèle les bancs de la faculté de lettres, où il bénéficie des enseignements de Joseph Anglade.

Carrière militaire Ajourné en 1905 et en 1906, Alibert est incorporé dans le d'infanterie en 1907. Il fait ses classes dans la disponibilité le puis est placé en réserve le jusqu'à son rappel sous les drapeaux au début du mois d'. Il effectue sa première période d'exercices du au dans le d'infanterie et la deuxième dans le d'infanterie.

Alibert participe à la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est nommé caporal le , pharmacien auxiliaire le , pharmacien aide-major de à titre temporaire le dans l'armée territoriale. Il est mis à la disposition du service de santé du d'armée le qui l'affecte à l'hôpital complémentaire à Castelnaudary. Il est démobilisé le mais reste dans la réserve de l'armée territoriale jusqu'en 1925. Il est nommé pharmacien aide-major de en 1924 et libéré de ses obligations de service militaire en 1932.

L'œuvre pour la langue occitane

En 1929, il commence à collaborer à la revue Òc, par une rubrique, en avril, intitulée « Conversas filologicas ». C'est le début de son œuvre de réforme linguistique : il tente de concilier le système de Frédéric Mistral, basé sur la phonétique du provençal rhodanien du et en partie sur les codes graphiques du français, celui d'Estieu et Perbosc, archaïsant, et celui de Pompeu Fabra, adapté au catalanAlibert dans l'introduction de la Gramatica occitana : : ..

En 1930, il fait partie des fondateurs de la Société d'études occitanes (SEO) dont il devient secrétaire et dont il est la cheville ouvrière. Dans les années suivantes, il transforme Òc en publication de la SEO.

Il publie en plusieurs fascicules entre 1931 et 1934, une œuvre majeure, Gramatica occitana segon los parlars lengadocians (« Grammaire occitane selon les parlers languedociens »), constituant la base de la norme classique de l'occitan qui sera reprise après guerre par l'Institut d'études occitanes Georg Kremnitz, « Catalanisme i anticatalanisme de les concepcions normatives de l'occità » dans Actes del vuitè Col⋅loqui Internacional de Llengua i Literatura Catalanes 1989, ..

La période de Vichy

Il participe au numéro spécial des Cahiers du sud intitulé « Le génie d'oc et l'homme méditerranéen » paru en , dans lequel il fait part de ses espoirs d'une politique favorable aux langues régionales du gouvernement de VichyIl conclut ainsi son article sur la langue occitane : « Aujourd'hui, une nouvelle aurore se lève, qui promet de beaux jours à la langue d'Oc renaissante. Le gouvernement du maréchal Pétain vient de lui ouvrir la porte des écoles primaires et il nous promet la reconstitution de nos vieilles provinces. C'est le moment de répéter, à l'adresse de certains méridionaux et en guise de conclusion, ces vers d'un admirateur toulousain du poète Goudelin : Barbareus est istam nescit quicumque loquelam »..

Il participe à la fondation de la section de Montréal de la Légion française des combattants, mais en est exclu car il veut en faire une , , printemps 2000.. Il est également adhérent au Groupe Collaboration d'Alphonse de Châteaubriant dès sa création en 1941.

En , il écrit au préfet de région pour tenter d'obtenir la reconnaissance de la Société d'études occitanes et l'attribution d'une charge de cours d'occitan nouvellement créée à sa demande à la faculté de Montpellier.

Après la Libération À la Libération, René Bach, un interprète français de la Gestapo, déclare pendant un interrogatoire que c'est la femme d'Alibert, Marie-Louise Latour, qui a dénoncé un résistant gaulliste et grand blessé de la guerre de 14-18, M. Joseph Baby, ingénieur des Ponts et Chaussées, mort en déportation. Si Marie-Louise Latour a nié les charges relevées contre elle, elle a cependant admis être l'auteur d'une lettre dénonçant plusieurs gaullistesLa Démocratie, 11 mars 1946, À la cour de justice de Montpellier : Les époux Alibert de Montréal sont condamnés aux travaux forcés et à la réclusion. À la libération, Louis Alibert fut condamné à mort, sa peine étant commuée en cinq années de prison, et à l'indignité nationale. Son épouse fut pour sa part condamnée à dix ans de travaux forcés pour avoir écrit des courriers de délation : .

Cette condamnation l'empêche de participer à l'émergence de l'occitanisme de l'après-guerre et de jouer un rôle dans la fondation de l'Institut d'études occitanes (IEO) en 1945, bien que la création de cet institut marque la consécration de son œuvre linguistique, puisque l'IEO adopte la norme classique, en se basant sur la Grammaire d'Alibert de 1935Il est l'auteur d'un ouvrage sans nom d'auteur, La réforme linguistique occitane et l'enseignement de la langue d'oc, qui décrit l'orthographe classique de l'occitan, édité par l'IEO en 1950.. Il participe toutefois à l'adaptation de cette norme au dialecte gascon en compagnie de Jean Bouzet et Pierre Bec.

Louis Alibert meurt à Montpellier le . Il est inhumé au cimetière de Bram (secteur E3)René Nelli, Éloge de Louis Alibert, Carcassonne, 1959..

L'héritage d'Alibert Un dictionnaire posthume et inachevé, le Dictionnaire occitan-français selon les parlers languedociens, a été publié en 1966 grâce au travail de Robert Lafont, Raymond Chabbert et Pierre Bec sur ses manuscrits inédits.

Œuvres

Sept élégies de Tibulle traduites en languedocien, 1928 Le lengadoucian literari, Toulouse, 1928 Casemir Clotos, A la Clarou del calelh, pouesios lengodoucianos, amb un gloussèri de las paraulos las pus esguerrièras, per L. Alibert, Carcassonne, les impr. de Gabelle, 1932 Gramatica occitana segon los parlars lengadocians, 2 volumes, Societat d'estudis occitans, Toulouse, 1935, 1937 , édition en un volume, Centre d'estudis occitans, Montpellier, 1976 Les Troubadours de l'Aude, 1941 (Revue Pyrénées ) Origine et destin de la langue d'Oc, 1942 (les Cahiers du Sud, numéro spécial « Le génie d'Oc et l'homme méditerranéen ») Sur quelques toponymes catalano-occitans dans l'Aude, 1956 (Revue internationale d'onomastique ) Toponymes de l'Aude, 1957 (Revue internationale d'onomastique ) Dictionnaire occitan-français selon les parlers languedociens, Institut d'études occitanes, 1966 (posthume) , 1977 , 1993 Proverbes de l'Aude (classés et mis en orthographe occitane par Raymond Chabbert), Vent Terral, Andouque, 1998,

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Français Jean-Pierre Chambon, Christian Hérilier, Catalan

Liens externes

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