Les (pluriel de , littéralement « groupes d'intervention ») étaient les unités mobiles d'extermination du Reich allemand. À partir de l'invasion de la Pologne, ces unités de police politique militarisées étaient chargées de l'assassinat systématique des opposants réels ou supposés au régime nazi, particulièrement des juifs. Les Einsatzgruppen ont été l'instrument de ce qu'on nomme également la « Shoah par balles », qui fit .
Organisation Ces groupes agissent à l'arrière du front de l'Est, dans les territoires occupés (Pologne, Union soviétique et pays baltes). Ils sont sous l'autorité administrative de l'armée mais, pour les ordres opérationnels, obéissent à l'Office central de la sécurité du Reich (RSHA, ), l'organisme notamment chargé de la mise en œuvre de la Shoah, créé par Heinrich Himmler et dirigé par Reinhard Heydrich jusqu'à sa mort en 1942, puis par Ernst Kaltenbrunner.
Ces groupes mobiles d'extermination, eux-mêmes divisés en sous-groupes ou Einsatzkommando, sont principalement composés : de membres de la SS venant du RSHA ; de membres de l’ (l’OrPo) ; d’auxiliaires locaux de la police de sécurité, la .
Les missions d'extermination des sont successivement l'élimination en masse des cadres polonais, des Juifs et des Tziganes, puis, avec la rupture du Pacte germano-soviétique et de l'invasion de l'Union soviétique à partir du , des prisonniers de guerre et des civils soviétiques, en grande majorité des JuifsPlusieurs centaines de milliers selon le documentaire Einsatzgruppen de Michael Prazan (Infrarouge, Antenne 2, avril 2009)., des partisans (qualifiés par les SS de « saboteurs » et de « terroristes »), des cadres soviétiques, dont les commissaires politiques et des communistes au sens général du terme.
De 1940 à 1944, les assassinent plus d'un million et demi de personnes, essentiellement des Juifs. Leur action est la première phase de la Shoah, s'effectuant dans un premier temps au travers de fusillades dites « Shoah par balles »., et dans un deuxième temps au moyen de camions à gaz itinérants, avant la mise en place définitive des centres d'extermination à partir de .
Premières interventions L'étymologie du mot « » ne fait pas référence à une mission mortifère. Leur création est notamment liée au fait que, depuis la guerre de 1870 et la Première Guerre mondiale, les militaires allemands en campagne redoutent l'action de groupes de francs-tireurs insaisissables, méconnaissables, jetant le trouble et la confusion sur les arrières du front allemand.
Lors de l'Anschluss et de l'invasion de la Tchécoslovaquie, les suivent les troupes allemandes pour sécuriser les territoires occupés, confisquer les armes, rassembler des documents et arrêter les opposants politiques. Ils doivent aussi mettre en place l'expulsion des Juifs d'Autriche et de la région des Sudètes. Près de sont arrêtées et en détention dans les territoires occupés en .
Discours de justification de la propagande nazie Dès l'intervention de ces groupes en Pologne à l', l'action des est présentée par la propagande nazie comme une action défensive de la part du Reich, qui prolonge l'action défensive des Allemands ayant vécu sous la tutelle polonaise entre 1919 et 1939.
Lors de la préparation de l'invasion de l'Union soviétique, l'idéologie nazie présente les comme des acteurs du combat de l'Allemagne pour son existence dans le cadre d'une guerre totale d'extermination.
La guerre avec l'URSS communiste revêt une dimension idéologique importante. Pour les Allemands qui pénètrent en Union soviétique, les Slaves de l'Est sont perçus comme des barbares, des « Mongols ». Les favorisent les pogroms en Union soviétique. Ils souhaitent que les populations locales prennent part aux pogroms pour des raisons de maintien de l'ordre. En Lettonie, le pogrom de Riga fait quatre cents victimes. L' filme les pogroms à des fins de propagande.
Massacres en Pologne
vignette|upright=1.2|Exécution de Polonais par un , .
C'est lors de la campagne de Pologne que s'opère la première phase de radicalisation de l'action des , auxquels Hitler, dans un entretien avec Brauchitsch, assigne « certaines tâches ethniques ».
Cette campagne est la première des guerres de revanche menée par le Reich. À ce titre, la propagande nazie la présente comme une réparation de l'affront de 1918, à savoir la perte des conquêtes issues de la paix de Brest-Litovsk en 1918, et comme une opération de défense des minorités allemandes incorporées dans le territoire polonais.
Préparation vignette|Action des Einsatzgruppen à Kovno en Lituanie : exécution de Juifs résidents locaux. L'opération Tannenberg, dont le nom, choisi par Himmler, évoque à la fois la victoire de 1914 et surtout la défaite de 1410, est conçue comme une mesure de rétorsion face à cette défaite. Cinq sont constitués en par Heydrich ; par la suite, deux supplémentaires sont créés ainsi qu'un (« commando d'intervention ») indépendant formé à Dantzig. Au total, ces unités comptent , issus de la Gestapo, du SD, de la Kripo et de l'.
Dès le mois d', les militaires sont informés de la compétence du parti et de ses organisations paramilitaires à l'arrière du front.
Le , une réunion organisée autour des services de Heydrich précise l'action de ces unités : quatre groupes d'intervention, divisés en cinq commandos de cent hommes, soit au total, sont planifiés ; parmi ces , sont détachés du SD.
Motivations L'action de ces groupes, qui porte officiellement sur l'arrestation systématique de tous les ennemis potentiels, fait l'objet de négociations entre Heydrich et le général de brigade Eduard Wagner, responsable de la logistique au sein de l'OKW, entre le et le .
Loin de se limiter à leur mission officiellement convenue lors des négociations, dans le sillage de la , les procèdent au massacre planifié de l'élite polonaise, et particulièrement des Juifs considérés comme opposants potentiels.
Si la commet elle aussi de nombreuses exactions en représailles aux actions de francs-tireurs, le plus souvent imaginairesJochen Bölher, « L'adversaire imaginaire : « guerre des francs-tireurs » de l'Armée allemande en Belgique en 1914 et de la en Pologne en 1939 – Considérations comparatives », dans Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Paris, Autrement, , 2006, ., l'action des est quant à elle planifiée avant même le début de l'invasion, dirigée vers des victimes prédéfinies, considérées comme des opposants ou de futurs opposants potentiels à l'occupation allemande. Heydrich indique ainsi :
Tueries de masse alt=|vignette|Des Juifs de la voïvodie de Tarnopol abattus par balles dans un charnier à ciel ouvert près de Złoczów (Ukraine). Les tueries sont menées en parallèle avec celles commises par trois régiments des (unités à tête de mort) qui suivent les troupes allemandes pour . La brutalité des unités de la SS et le nombre des assassinats qu'elles commettent font l'objet de vives critiques du général de la , Johannes Blaskowitz : . Il semble être le seul à juger « inopportun » de livrer des suspects aux . Après la fin de la campagne de Pologne, lors d'un rassemblement d'officiers, le Mieth déclare que les formations de police qui ont pratiqué des exécutions de masse . Ces ne sont clos qu'après un accord entre Walther von Brauchitsch et Heinrich Himmler, début 1941, accord selon lequel les et ne doivent plus être abordés.
Les actions menées par l’ II dirigé par Emanuel Schäfer et de l' d'Udo von Woyrsch suscitent un profond malaise au sein du commandement de la . Après un entretien avec Walther von Brauchitsch, commandant en chef, le général Wagner rencontre Heydrich le , pour obtenir des précisions sur les missions confiées aux . Sur ce point, Heydrich est très clair : il s'agit de la purification radicale des Juifs, de l'intelligentsia, du clergé et de la noblesse. Selon Christopher R. Browning, le commandement de la ne souhaite contester que ponctuellement les décisions de la SS, éviter les pires bavures et .
Les I, IV et V ont de plus pour mission spécifique de mener une politique de terreur à l'encontre des Juifs : ainsi, entre le 15 et le , la synagogue de Dynow, près de la rivière San, est incendiée, avec une dizaine de Juifs à l'intérieur ; mais l'ensemble des engagés en Pologne a pour consigne de chasser le maximum de Juifs vers les territoires échus en partage à l'URSS.
Les Einsatzgruppen font de la Pologne le premier lieu d'expérimentation de tueries de masse totale, éliminant y compris les femmes et les enfants, avant même l'arrivée de directives en ce sens. Le , cinq jours après le début de l'opération Barbarossa, les Einsatzgruppen massacrent à Białystok plus de 2000 juifs, tués par balle et par un incendie délibérément provoquéLe monde nazi, Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin, chapitre « Détruire», pages 426, éditions Tallandier, 2024.
Le territoire polonais est également utilisé par les pour l'élimination des handicapés mentaux et physiques, dans le prolongement de l'Action T4. Les premières victimes sont déportées de Poméranie et massacrées en . Ces opérations font plusieurs milliers de victimes, dont certaines sont tuées au moyen de camions de déménagement reliés à des réservoirs de monoxyde de carbone pur.
De au , les assassinats commis par les , la Waffen-SS et leurs auxiliaires font entre et .
Invasion de l'Union soviétique
La préparation de l'opération Barbarossa fait changer la nature de l'action des . Dès le , ils sont organisés en plusieurs unités opérant dans des espaces délimités, leur action faisant l'objet d'intenses négociations entre la et la SS. Ils sont alors présentés comme les héros de la lutte des Germains contre les Slaves.
Printemps 1941 : une préparation minutieuse Préparation militaire et opérationnelle vignette|Carte allemande, montrant la conduite des opérations des Einsatzgruppen allemands des SS en Union soviétique en 1941. Le , Adolf Hitler exige du chef du bureau opération de la Wehrmacht, le général Alfred Jodl, que soit examinée l'intégration des services du Reichsführer-SS Heinrich Himmler dans les zones d'opération de l'Armée, ce qui débouche sur d'intenses négociations au sein de la , puis entre celle-ci et la SS. Dès le , la accepte de limiter le rôle des juridictions militaires aux affaires internes à la troupe ou aux affaires liées à une menace immédiate contre l'Armée. En l'absence d'administration civile, l'arrière du front devient de ce fait une zone de non-droit où la SS a les mains libres.
Le rôle des est mentionné dans des instructions du commandant en chef Wilhelm Keitel, le :
Ces instructions sont détaillées dans un accord négocié entre Reinhard Heydrich, chef du RSHA, et le général Wagner, en date du . Le texte est précis sur l'objectif de mission : . L'accord finalisé en après des discussions entre Wagner et Walter Schellenberg rajoute un droit tactique substantiel, celui d'opérer en plus des arrières des armées et groupes d'armées sur les arrières des corps d'armées pour ainsi capturer plus rapidement les victimes juste derrière le front. Les sont ainsi placés sous la double autorité conjointe de l'Armée pour le contrôle territorial et administratif et du RSHA pour le contrôle opérationnel et fonctionnel.
Au printemps 1941, plusieurs milliers de membres de la SS et de l’Ordnungspolizei sont rassemblés dans une école de police à Pretzsch, sur l'Elbe. À l'exception de quelques dirigeants, ils ne savent pas à quelle mission ils seront affectés. Leur entraînement est réduit à sa plus simple expression.
En outre, le , donc tardivement, lors d'une réunion avec les chefs des , Reinhard Heydrich établit la liste des personnes à assassiner :